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DÉCISIONS RÉCENTES

Le Congrès de Mannheim

La question « Parti et Syndicat » a été déjà souvent traitée depuis qu’il existe un mouvement ouvrier allemand. Mais elle l’a été d’une manière toute particulière pendant les derniers dix-huit mois, après que le Congrès syndical de Cologne se fut prononcé contre la grève générale (1). Ce n’est pas l’usage — heureusement— dans le mouvement ouvrier allemand, de discuter comme dans un salon : cependant, on en vint, dans les discussions sur ce problème, à des conflits fâcheux qui, souvent, dégénérèrent en querelles personnelles. Plus d’une fois, l’on put même redouter que de pareilles querelles ne portassent sérieusement dommage au mouvement ouvrier.

11 s’agissait principalement de savoir si le mouvement syndical devait être traité comme une partie indépendante du mouvement ouvrier ou s’il devait se subordonner au Parti social-démocrate. Pour pouvoir se former un jugement sur cette question, il est nécessaire qu’on se représente les conditions politiques au milieu desquelles doit se développer le mouvement ouvrier allemand. On sait qu’il n’y a pas, en Allemagne, de loi uniforme sur les associations, mais que chacun des vingt-six États fédéraux a une loi particulière sur les associations, à l’exception de quelques petits États où le régime des

(1) Cf. Revue Syndicaliste , 2° année, p. 121.

associations et des réunions n’est point du tout défini par la loi. Ces lois datent, sans exception, du milieu du siècle précédent, c’est-à-dire d’une époque où la réaction était, en Allemagne, pire qu’aujourd’hui même, et où le mouvement ouvrier était encoré si faible qu’il lui fut impossible d’obtenir une modifications de ces lois. Elles tendaient toutes, d’ailleurs, à mettre des entraves à tout mouvement libéral. On sait que l’effort des auteurs de ces lois a complètement échoué. Le mouvement ouvrier allemand a prouvé qu’il peut surmonter tous les obstacles qui lui sont opposés par le gouvernement et les autorités dans le but d’empêcher sa croissance. 11 a réussi à trouver les formes d’organisation qui permettent aux travailleurs d’échapper aux lacs de la législation sur les associations. Les formes d’organisation s’accomriiodent simplement aux différentes lois, et l’on peut dire que ces dernières n’opposent plus au mouvement ouvrier d’obstacles un peu sérieux que dans de petites localités de contrées arriérées. Dans les grands centres, à fortes organisations, la soumission aux prescriptions de la loi est une gêne beaucoup plus pour les autorités policières que pour le mouvement ouvrier.

D’après toute une série de lois sur les associations, les associations qui s’occupent de questions politiques ne peuvent accepter dans leur sein ni femmes, ni mineurs, ni apprentis. Bien plus, jusqu’en 1900, ces associations ne pouvaient se fédérer. Or, comme il est tout à fait nécessaire pour les syndicats qu’ils puissent accepter aussi des femmes et des jeunes gens, et qu’ils puissent s’étendre sur toute l’Allemagne, ils durent s’abstenir de toute action politique officielle. Il ne leur fut donc pas possible de poursuivre déclarément la réalisation du socialisme. Ils durent plutôt limiter leur activité à améliorer, autant que possible, les conditions de salaires et de travail de leurs membres à l’intérieur de la société capitaliste mais en employant des moyens qui, au moins, ne créent aucun obstacle à la réalisation du socialisme. Les syndicats durent donc, en un mot, se résoudre à observer la « neutralité politique », et à abandonner aux associations politiques l’action socialiste particulière. De même, il sembla qu’il était tout à fait prudent de tenir les syndicats à l’écart des controverses religieuses. Le seul point commun aux deux organisations fut qu’elles se plaçaient également sur le terrain de la lutte de classe.

Ainsi s’établit entre les syndicats et le Parti socialiste une vraie division du travail, qui se manifesta encore plus clairement lorsque les syndicats développèrent leur système d’assurances mutuelles et que leur influence croissante sur les conditions du travail leur imposa des tâches de plus en plus nombreuses qui, à la vérité, n’étaient pas toujours de nature socialiste, mais intéressaient vivement leurs membres. On peut donc pensçr que même si les lois réactionnaires sur les associations n’avaient pas existé, cette division du travail, issue de la nature des choses, se serait imposée au cours du temps. Pour l’action politique de la classe ouvrière, il n’y a point besoin de divisions en groupes corporatifs : le mécanicien peut agir à côté du tailleur, le tisserand à côté du forgeron, etc. En outre, le travailleur encore inconscient, indifférent, se sent plutôt attiré au Syndicat qu’au Parti, parce que le

premier est plus capable de lui apporter des avantages matériels que le second, dont les efforts tendent à un idéal encore assez éloigné, hélas !

L’éducation de l’ouvrier allemand conscient se fait habituellement de la manière suivante : attiré par les avantages matériels en perspective, il adhère à son Syndicat. Le Syndicat, par ses conférences, par son organe corporatif, par sa bibliothèque, par la continuelle rencontre avec des camarades animés des mêmes préoccupations, développe son éducation, surtout dans le domaine économique. Il sort peu à peu de ^on ancienne inconscience et commence à considérer d’un œil critique les différents partis politiques. Selon son intelligence et son intérêt, il voit plus ou moins rapidement que pas un parti politique bourgeois ne veut sérieusement et ne peut représenter sans réserve et expressément ses intérêts politiques. La conscience de son devoir s’éveille en lui : il entre à la section socialiste de sa circonscription et participe selon ses forces à l’action politique de la classe ouvrière, qui a pour but de remplacer le mode de production capitaliste par le mode socialiste et, jusqu’à la réalisation de cet idéal, d’introduire des mesures législatives qui soient propres à améliorer le sort des travailleurs.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire naguère (1), c’est dans ces toutes dernières années que nos syndicats ont atteint leur plus grand accroissement de membres. Il va de soi qu’une très grande partie de ces membres se trouve encore dans la période de début de l’évolution que nous venons de décrire et n’a pas encore reconnu que c’est le devoir de tout ouvrier conscient d’être aussi membre d’une section socialiste, de s’abonner à un des 63 organes du parti et de participer avec zèle à l’action politique. C’est un fait regrettable, mais indéniable, qu’il y a d’une part 1 million et demi d’ouvriers syndiqués et de l’autre seulement 400.000 organisés politiquement. En outre, on ne peut contester l’existence de ce danger, à savoir que ceux qui s’occupent j exclusivement de syndicalisme ou exclusivement de politique et négligent I — soit par manque de temps, soit pour toute autre raison — l’autre partie du mouvement ouvrier, tombent, avec le temps, dans une certaine étroitesse de vues qui peut finalement causer quelque dommage au mouvement. Il s’est trouvé ainsi de nombreux camarades du parti pour affirmer précisément que cette étroitesse de vues était particulièrement remarquable chez les fonctionnaires syndicaux. Ces craintes étaient exagérées. Mais d’autre part, les camarades du parti, qui formulaient cette critique contre les fonctionnaires syndicaux, ne voyaient point qu’eux-mèmes, les critiqueurs, et avec eux certains autres camarades qui s’occupaient exclusivement ou presque exclusivement de politique, n’élaient pas exempts d’étroitesse de vues. Oui certes, et l’on peut affirmer que les syndicalistes comprennent beaucoup mieux la vie du parti que maint Niirpcivlcilcr (occupé seulement du parti) ne comprend l’action syndicale.

Si fâcheuse que soit cette situation, il apparaîtra, à quiconque réfléchit, qu’elle était fatale. L’accroissement des syndicats dans les dernières

.(1) Page 122.

années imposait à leurs leaders une telle masse de nouveaux devoirs et une telle quantité de travail que beaucoup d’entre eux, en dépit de leur bonne volonté, ne pouvaient agir politiquement comme il eût été souhaitable.

Puis se produisirent les évènements que j’ai racontés dans mon article « La grève générale et les syndicats allemands ». D’autres divergences d’idées se manifestèrent sur la nécessité du chômage le jour du 1 er Mai. Jusqu’en 1904, chaque année, aux congrès du parti, la classe ouvrière fut invitée à suspendre le travail partout « où cela était possible sans dommage matériel ». Mais cette éventualité de dommage matériel devenait plus certaine d’année en année. Que les organisations patronales décidassent, chaque année, en grand nombre, d exclure les ouvriers chômeurs pendant un certain nombre de jours, c’était encore là le moindre mal. C’est celui, en tous cas, que la classe ouvrière pouvait supporter le plus facilement. Mais pire est le dommage qui provient pour les ouvriers de ce que les syndicats, par suite du chômage du I e Mai, ne peuvent à cette époque rien entreprendre pour le bien de leurs membres. Ce furent les idées qu’on exprima au congrès syndical de Cologne. Mais après que ce Congrès eut provoqué, dans quelques milieux du parti, un mouvement de mécontentement contre les fonctionnaires syndicaux, il ne peut paraître étonnant qu’à Iéna la résolution accoutumée sur la fête de mai fût accentuée : l’invitation à cesser le travail partout où il n’y avait point de dommage matériel à redouter lut transformée en une invitation à cesser le tiavail «partout où cela était possible ». Et cette accentuation indéniable fut surtout bien marquée par la manière dont une série d’organes du parti entreprirent la propagande en faveur du chômage. A les en croire, les membres du parti auxquels il était impossible de chômer le 1 er Mai ne devaient plus etre considérés du tout comme de vrais camarades du parti. Les conséquences fâcheuses d’une pareille agitation ne se sont pas fait attendre. De nombreux patrons en sont venus à considérer le chômage au 1 Mai comme une rupture de contrat, et il s’est trouvé au moins un tribunal industriel, celui de Hambourg, pour soutenir cette vue et condamner à des dommages-intérêts les travailleurs inculpés. Les patrons, dans la reliure, prirent le chômage comme prétexte pour se libérer de contrats collectifs qui leur étaient désagréables. Ils déclarèrent, en de nombreux endroits, que le chômage constitue une rupture de contrat et que le tarif conclu n’avait plus désormais aucune valeur pour eux. Ils jugèrent le moment favorable pour dicter à leurs ouvriers des conditions de travail plus mauvaises. La conséquence fut un long combat qui a atteint 1’ « Union des relieurs » de telle manière qu’elle aura besoin de plusieurs années pour se remettre. Les ouvriers électriciens de Berlin ont été frappés de la même façon.

Si l’on se rappelle, d’autre part, ce que nous avons dit de la grève générale et des syndicats allemands dans la Revue syndicaliste de septembre, il apparaîtra clairement que la situation réclamait d’être éclaircie. On y est arrivé sur plus d’un point au Congrès du Parti à Mannheim. Le Congrès a comblé les espérances que nous avions exprimées ici, et déçu ceux qui escomptaient une scission dans le mouvement ouvrier. Le mot

d’ordre du Congrès fut : « Assez de querelles, de quelque côté qu’elles proviennent! » Sans doute, les vives discussions n’ont pas fait défaut à Mannheim; mais tous les orateurs, sauf de très rares exceptions, ont manifesté clairement leur effort pour servir la cause et rechercher ce qui unit plutôt que ce qui divise.

Le rapporteur sur la grève politique de masses fut de nouveau, cette année, le camarade Bebel. A Iéna, il s’était agi de faire entrer la grève générale parmi les moyens de lutte du prolétariat allemand. A Mannheim, il s’agissait de combattre les fausses interprétations que l’on avait données, de divers côtés, de la résolution d’Iéna. Il s’agissait, en outre, d’examiner les possibilités d’application de la grève de masses. Ce fait explique que Bebel qui avait parlé à Iéna comme un agitateur enflammé, parla au contraire, à Mannheim, avec tant de prudence et de calme, que différents orateurs crurent voir une contradiction entre ses deux discours. Ce n’était cependant point exact. S’il se manifesta une différence entre ses deux discours, elle tenait exclusivement au changement de situation. Cette fois, son discours fut un vif démenti adressé aux camarades qui avaient tiré de la résolution d’Iéna cette conséquence « que ce serait bientôt le grand coup » et qui avaient propagé la grève politique de masses d’une manière qui faisait craindre que la classe ouvrière ne fut détournée du travail pratique du présent, aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine économique. Bebel expliqua que pour pouvoir mener une grève en Allemagne ou en Prusse, avec chance de succès, nous devions être autrement armés que nous ne l’étions présentement et que nous ne pouvions l’être de longtemps : aussi le Comité directeur devait-il protester contre l’opinion de quelques camarades, à savoir que nous aurions dû risquer la grève de masses, même avec la certitude d’être vaincus. Une telle action, continua Bebel, serait un non-sens et amènerait une débâcle. Il serait inconcevable de commencer une grève de masses sans que les masses y soient disposées, el Vétcd cl'esprit dont peut sortir une grève générale ne se crée point artificiellement. On a pu le voir lorsqu’au milieu d août dernier, les chefs de la social-démocratie russe ont décidé la grève générale à une majorité des deux tiers. Cette grève générale échoua, parce que la grande majorité des ouvriers et des organisations ouvrières déclarèrent qu’ils n’y prendraient point part. Ce fait devrait être une leçon digne de remarque pour ceux qui croient que la grève générale peut se faire à tout moment. Si un attentat est projeté contre le suffrage universel, ou si l’on veut ravir aux travailleurs le droit de coalition, « alors, dit Bebel, il n’y a pas à se demander si nous voulons ; alors, nous le devons. Les droits que nous possédons, nous ne les laisserons pas prendre, car nous serions de tristes et misérables sires. A ce moment, il n’y a plus à marchander ni à discuter. Nous devons tous marcher au feu, dussions-nous rester sur le terrain ». Mais ce qu’il a dit à Iéna garde sa valeur : « Avant que nous nous engagions dans de grandes batailles, nous devons d’abord sérieusement organiser, faire de la propagande, éduquer politiquement et économiquement l’ouvrier, le rendre

conscient et capable de résister, l’animer pour le moment où nous devrons lui dire : « Tu as à jouer le tout, parce que c’est une question vitale qui se pose pour toi, comme homme, comme père de famille, comme citoyen. » Au nom du comité directeur tout entier et de la commission de contrôle, Bebel déclara donc : « Nous soutenons que la grève de masses est nécessaire, mais nous ne nous laisserons pas pousser à une pareille grève, de quelque côté que vienne la provocation ». Quant à la question des syndicats et de la grève de masse, on a exprimé, dit-il, l’idée que la résolution de Cologne est contradictoire à celle d’Iéna. Il ne veut rien dire à ce sujet, mais il se réjouit de rappeler que les discussions des comités syndicaux (à la conférence de février, dont le procès-verbal a été livré à la publicité par la trahison des anarcho-socialistes) ont montré qu’en dépit de tout ce qui fut dit de désagréable sur le parti, nous nous sommes beaucoup mieux entendus qu’il ne semblait possible après Iéna.

Le contre-rapporteur, le camarade Legien, président de la commission générale des syndicats allemands, s’occupa des discussions de la commission générale et du Comité du parti à propos de la grève politique de masses et de tout ce qui en sortit. Sur la question de la grève de masses, il déclara qu’il considérait, pour l’instant, comme une erreur de s’arrêter à un moyen de combat déterminé. Mais il est faux aussi, continuà-t-il, de considérer la résolution de Cologne comme dirigée contre la grève de masses. A l’excuse de ceux qui ont attaqué cette résolution (1), il faut dire ou qu’ils ne l’ont pas lue ou qu’ils ne l’ont pas comprise. Dans la résolution de Cologne, ce qui se trouve repoussé, c’est la propagande de la grève de masses. Mais si Von en vient réellement à la grève de masses, alors les syndicats se Irouveronl au premier rang . Il ne s’agit ici encore que d’assurer l’unité entre le parti et les syndicats.

Ces deux discours rencontrèrent une grande approbation. Bebel avait déposé une résolution d’après laquelle le Congrès se bornait à confirmer la résolution d’Iéna. Legien y apporte un amendement, marquant que la résolution de Cologne n’était pas en contradiction avec elle. Bebel accepta 1 amendement au nom du comité directeur et de la commission de contrôle. Le camarade Kautsky avait proposé d’apporter à la deuxième partie de la résolution une addition qui était propre à remettre de nouveau en question tout le travail d’unité accompli à Mannheim. 11 y avait, dans pette addition, une phrase disant que les camarades du parti devaient se sentir liés par les résolutions du Congrès, aussi bien dans leur action syndicale que dans toute autre action. Ce que nous avons dit plus haut suffit à montrer le dommage qui aurait pu résulter de cette addition pour le mouvement ouvrier allemand. Kautsky a montré, par son amendement, qu’on peut avoir beaucoup de mérite dans le domaine théorique, et être tout à fait étranger à ce qui concerne la pratique du mouvement. Il fut facile aux*contradicteurs de saper ses arguments. Bomelburg (président des maçons), et Reichel (2 e président

(1) CI. le texte de la résolution : Revue Syndicaliste, loc. cil. p. 121.

des ouvriers en métaux) parlèrent avec efficacité. Devant cette opposition, Kautsky retira la phrase incriminée ; et le reste de son addition qui, à la vérité, était superflu, mais ne pouvait nuire, devint le deuxième paragraphe de la résolution.

Au vote, l’amendenient Bebel-Legien (I, alinéa 1) fut voté par 323 voix contre 62. L’ensemble de la résolution, y compris la première partie de l’addition Kautsky, fut adopté avec 386 voix contre 5. La résolution eut donc le texte suivant :

« I. — Le Congrès confirme la résolution d’Iéna sur la grève politique de masses, et, après avoir reconnu que la résolution du Congrès syndical de Cologne n’est pas en contradiction avec la résolution d’Iéna, considère comme close toute discussion sur le sens de la résolution de Cologne.

« Le Congrès recommande encore une fois, et avec une insistance particulière, à l’attention de tous, les résolutions qui ont trait au renforcement et à l’extension du parti, à la diffusion de la presse du parti, à l’entrée des membres du parti dans les syndicats, des syndiqués dans le parti.

« Aussitôt que le Comité directeur tient pour nécessaire une grève politique de masses, il doit se mettre en relations avec la Commission générale des syndicats et prendre toutes les mesures utiles pour assurer le succès de cette action.

« IL — Les syndicats sont absolument nécessaires pour améliorer la situation de la classe ouvrière dans la société bourgeoise ; ils ne sont pas moins nécessaire que le Parti socialiste, qui a à mener la bataille pour pour relever la classe ouvrière et lui assurer des droits égaux à ceux des autres classes dans le domaine politique, mais qui, outre cette besogne immédiate, tend à libérer la classe ouvrière de toute oppression et exploitation par l’abolition du salariat et par l’organisation d’un système de production et d’échange reposant sur l’égalité sociale de tous, c’est-à-dire de la société socialiste, — but auquel l’ouvrier syndiqué conscient doit nécessairement tendre. Les deux organisations doivent donc s’aider mutuellement et collaborer dans leurs luttes.

« Pour donner aux actions qui intéressent également les syndicats et le Parti une direction uniforme, les directions centrales des deux organisations doivent chercher à s’entendre.

« Mais, pour assurer cette unité de pensée et d’action du Parti et des syndicats, qui est indispensable, pour la victoire de la lutte de classes prolétarienne, il est nécessaire que le mouvement syndical soit guidé par l’esprit de la social-démocratie. C’est le devoir de tout camarade du Parti d’agir en ce sens. »

Tout le débat eut lieu dans le plus grand calme, et en toute objectivité. Seule la camarade bien connue, Rosa Luxembourg, apporta une note discordante, qui fut bientôt étouffée.

Les dispositions pacifiques qui régnaient dans le Congrès se manifestèrent encore d’une autre manière. Malgré les ' vilenies dont s’étaient rendus

coupables, vis-à-vis du mouvement ouvrier en général, les localistes, on ne prit pas de mesures contre eux. Il fut décidé de tenter encore une fois d’obtenir leur réunion aux syndicats centralisés sur les bases d’une résolution prise en 1901, par un Congrès du parti. Si cette tentative ne réussit pas, le parti aura dans son prochain Congrès à prendre enfin des mesures.

Le prochain Congrès ouvrier international ayant à prendre position sur le chômage du premier mai, aucune nouvelle résolution ne fut prise.

Comme nous l’avons dit, nous pouvons, d’une manière générale, envisager avec une vive satisfaction tout le cours de ce Congrès. Les divergences d’opinion ne disparaîtront pas dans l’avenir. Elles sont, le signe d’un mouvement vivant et qui prospère. Mais il faut espérer qu’à l’avenir le Congrès restera comme un modèle de la manière selon laquelle de telles divergences doivent être traitées. C’est seulement ainsi que les paroles du discours de clôture de Singer peuvent devenir vérité. Il disait, en effet :

« Camarades! De même que le Main et le Neckar s’écoulent tous deux dans le grand et puissant fleuve du Rhin, de même Parti et Syndicat sont deux affluents de ce grand fleuve où viennent se jeter tous les affluents du mouvement ouvrier prolétarien. De même que les deux rivières se réunissent et finalement se confondent dans un même puissant courant, de même les syndicats et le parti politique se réunissent dans tous les cas où il s’agit des intérêts de la classe ouvrière, des intérêts du prolétariat. »

A. Ouist,

de l’Union des Ouvriers en métaux d’Allemagne.

Congrès corporatifs anglais

Les deux principaux évènements qui ont marqué le mouvement tradcunioniste anglais en octobre ont été les Congrès annuels de la Fédération des Mineurs et des Employés de chemins de fer. Les succès de la classe ouvrière aux élections générales de janvier ont eu un effet différent sur l’attitude de chacune de ces organisations, à l’égard de la tactique politique indépendante adoptée par le récent mouvement ouvrier, et à un moindre degré à l’égard du mouvement Socialiste caractérisé qui est né dans notre pays. Les mineurs ont été les pionniers de la représentation trade-unioniste dans les corps politiques anglais ; ils ont été, pendant une période considérable, représentés à la Chambre des communes par des membres de leur métier. Depuis 1874, les députés mineurs ont siégé au Parlement, mais ont constamment soutenu le parti libéral, leur sympathie personnelle pour les traditions libérales les ayant empêchés de prendre cette position indépendante qui est devenue la base même du nouveau mouvement ouvrier. Une section seulement des mineurs s’est définitivement associée au Parti ouvrier et les deux membres qu’elle a envoyés au Parlement travaillent et votent avec le nou-

veau parti. Le reste des députés mineurs, à la Chambre des communes, bien qu’ayant formé un groupe trade-unioniste avec d’autres élus, de sympathies labour-liberal, continuent d’être considérés comme une aile du gouvernement libéral.

Après les élections générales et l’influence qu’elles donnèrent au Parti ouvrier indépendant, fort désormais de trente députés, il fut décidé qu’un vote serait organisé dans la Fédération des Mineurs à l’effet de savoir si elle s’affilierait formellement au nouveau mouvement, si elle contribuerait"^ sa caisse, et si elle insisterait pour que ses membres se joignissent au parti indépendant. L’annonce du résultat de ce vote a été le gros évènement du Congrès des Mineurs à Swansea. On apprit que dans les districts du Pays de Galles, de l’Ecosse et du Yorkshire, de même qu’en Lancasliirc et en Cheshire (la section déjà affiliée au parti ouvrier) la sympathie pour le nouveau mouvement était très vive. Les deux districts de Northumbcrland et Durham qui, tout récemment encore, étaient opposés au Bill des huit heures, ne font pas partie de la Fédération, et, par suite, ne furent pas consultés sur la question de l’affiliation au parti ouvrier. On avait prévu que les autres districts repousseraient la proposition, surtout en raison de la vive opposition manifestée par plusieurs des leaders'anglais, et dans l’ensemble on ne s’attendait pas à ce que le vote fut favorable à l’affiliation. Les évènements justifièrent ces prévisions, mais il y eut un désappointement général en présence du petit nombre de votes exprimés dans les deux sens; ce qui rendit la consultation presque sans valeur au point de vue pratique. Sur un total de 487.000 membres, 193.936 seulement prirent la peine de voter ; 92.222 votèrent en faveur de la nouvelle politique et 101.741 pour le maintien du système actuel dans ses traits principaux. Dans plusieurs districts, les majorités en faveur de l’affiliation furent suffisamment nombreuses pour les amener probablement à se joindre aux forces ouvrières comme sections distinctes, et cela à une date peu éloignée. Il est reconnu de tous les côtés que le résultat est trop indéfini pour être décisif, et la petitesse de la majorité a surpris un tant soit peu les vieux trade-unionistes qui suivent le sentier battu de la politique « ouvrière libérale ».

Pour une grande part, l’opposition à l’affiliation fut causée par l’insinuation que le nouveau parti ouvrier était aux mains des socialistes. En vérité, le parti est composé à la fois d’organisations socialistes et de Trade-Unions, et un certain nombre de ses membres sont des socialistes déclarés ; mais le fait que les deux groupements avaient accepté la plateforme commune de rindépendance politique fut diligemment passé sous silence, et le croquemitaine du socialisme fut évoqué devant les mineurs, comme un mal qu’ils devaient éviter.

Par une curieuse ironie des circonstances, cependant, après que le vote eut été annoncé et qu’il devint clair que, pour le moment, une association plus complété avec le parti à tendances socialistes était impossible, le Congrès inaugura ses travaux et adopta à l’unanimité une résolution demandant la nalionalisalion des mines et des carrières !

Le Bill des huit heures provoqua une discussion intéressante au même point de vue. Il y a des années que le Bill a été voté par des Parlements successifs, mais comme gouvernements sur gouvernements ont également négligé d’en faire une loi, aucun progrès n’a été fait, l’excuse à cette inaction étant invariablement l’opposition des sections du Nortlumberland et de Durham. Récemment, cependant, les ouvriers de Durham ont changé d’attitude, pendant que l’opinion changeait dans le reste du district, et l’on espérait avec confiance que le présent gouvernement aiderait au passage du Bill à cette session. Ce fut donc avec des sentiments variés que la décision prise par le secrétaire d’État de l’Intérieur, ministre libéral, de renvoyer le Bill à une commission spéciale chargée d’examiner les conséquences économiques de cette mesure, fut reçue par les mineurs radicaux, partisans du Gouvernement. Les leaders qui s’étaient plus particulièrement engagés dans la propagande en faveur de la tactique de l’indépendance désignèrent dans l’échec de la réforme 1 habituelle méthode libérale en matière de réformes industrielles, et un long et vigoureux débat eut lieu à ce sujet au Congrès.

On doit faire des démarches auprès du secrétaire d’État de l’Intérieur pour lui demander de s’intéresser à la transformation du Bill en loi à la date la plus proche possible, mais il y a peu d’espoir d’un résultat efficace. Ce sont des incidents de ce genre qui amènent une grande partie du peuple à voir la logique de la tactique indépendante. Il n’y a pas, en effet, le moindre doute à avoir : si les deux groupes ouvriers au Parlement étaient fondus en une seule unité indépendante, le gouvernement serait forcé de cesser ce badinage du constant ajournement des réformes.

Il résulte très clairement des chiffres du vote et du ton général des discussions au Congrès, que la foule des mineurs, à la suite de beaucoup de leaders, marche à grands pas dans la direction du socialisme. Nous avons un proverbe anglais qui dit que : « C’est un dur travail que d’apprendre de nouveaux tours à un vieux chien », et il est en effet difficile pour les vieux leaders des mineurs, qui ont été depuis des années les disciples de l’école libérale, de voir la pleine signification du nouveau mouvement. C’est à la jeune génération que le nouvel idéal et la nouvelle tactique parlementaire en appellent, et dans plusieurs centres l’accroissement du sentiment trade-unioniste va de concert avec le développement heureux de la propagande socialiste. C’est dans les South Wales, où les mineurs trade-unionistes ont cessé le travail afin de forcer leurs camarades non unionistes d’adhérer à l’Union qui, elle, assure à tous les meilleures conditions de travail et les meilleurs salaires, c’est, disons-nous, dans ce district précisément que la diffusion de la foi socialiste est le plus heureusement poursuivie.

Pendant que les mineurs réglaient ainsi leurs affaires à Swansea, les employés de chemins de fer étaient réunis de même dans la ville voisine de Cardiff. Ici encore, l’objet principal du Congrès fut la question de

l'indépendance politique des trade-unionistes. Les employés de chemins de fer ont été représentés depuis plusieurs années au Parlement par leur secrétaire général, le député Richard Bell, qui, pendant un moment, fut.adhérent au nouveau Parti ouvrier, mais qui a constamment refusé d’adhérer à la politique définie par ce Parti dans ses quatre derniers Congrès, politique selon laquelle ses candidats et membres du Parlement s’engagent à refuser tout concours aux candidats des autres partis politiques. En égard à l’habileté de Mr Bell, dans sa sphère particulière de politique industrielle, sa société a bien voulu lui permettre d’occuper la position de tirailleur, et le résultat de ses actes a été tel qu’il est considéré comme un soutien du parti libéral, pour les principes duquel il professe d’ailleurs la plus vive sympathie. Les trois autres candidats des employés de chemin de fer, cependant (deux d’entre eux ont gagné leurs sièges aux dernières élections), avaient rempli le souhait exprimé par la Société à son Congrès et étaient restés loyalement aux côtés du Parti ouvrier, au Parlement et en dehors, reconnaissant que les intérêts de leur propre groupe industriel seraient mieux servis par un Parti solide dont les membres agissent à l’unisson pour n’importe quelle question industrielle qui peut surgir. Or, depuis que Mr Bell a refusé ainsi de s’aligner avec le Parti ou rier, il a gardé encore la sympathie d’un certain nombre d’employés de chemin de fer, quoiqu’il y ait peu de doute sur le fait que l’opinion prépondérante dans sa propre société soit contre ses principes.

La Commission exécutive de la Société avait proposé « que tous les candidats parlementaires dussent signer et accepter les conditions du Parti ouvrier et se soumettre à sa discipline parlementaire ». N

Comme cela s’appliquait seulement aux candidats, distingués ainsi des membres du Parlement, cela n’avait aucune importance pour la position de Mr Bell jusqu’à ce qu’il revienne devant ses électeurs aux autres élections générales. Après une chaude discussion au cours de laquelle Mr Bell se plaignit de l’ingratitude de la Société pour son travail passé, la proposition fut votée par 37 voix contre 22. Deux ans auparavant, la même résolution fut rejetée par un double vote et l’an dernier elle eut le même sort, par une majorité de 14 votes. Ce changement prouve à l’évidence que les succès parlementaires du nouveau Parti ont saisi l’imagination de la grande masse des ouvriers de chemins de fer et qu’ils sont prêts à suivre le progrès du mouvement qu’ils ont le mérite d’avoir inauguré, il y a sept ans.

Plus tard, pendant le Congrès, une tentative fut faite pour forcer Mr Bell à adhérer au nouveau Parti ouvrier. On augmentait de la sorte le revenu de la Société en n’ayant plus à verser la somme de 200 livrés par an que paierait la caisse du Labour Party, et on rendait aussi la position de Bell égale à celle des autres députés, employés du chemin de fer, MM. Wardle et Hudson. Cette proposition fut rejetée par une majorité considérable. Il fut clairement reconnu qu’après avoir permis à Mr Bell de faire sa campagne électorale en tirailleur, il aurait été injuste de le forcer à changer son attitude à présent, quoiqu’une justice strictement démocratique doive, à tout

prendre, le contraindre de poursuivre la politique indépendante tracée par l’Union qui l’engage.

Profitant du moment où le monde politique était calme, la presse des Partis usa le mieux possible de l’allure anti-socialiste des deux Congrès. Le vote des mineurs fut traduit comme un recul décisif des socialistes, et Mr Bell, qui chercha à cacher les mérites ou démérites de son propre cas par de vives et fausses attaques contre le caractère de plusieurs membres socialistes du Parti ouvrier, fut salué par les journaux libéraux et conservateurs comme le seul sauveur du socialisme. La presse hurla littéralement aux socialistes et à leur foi politique, et les ministres du cabinet libéral rivalisèrent avec les leaders des Tories pour dénoncer les nouvelles doctrines collectivistes. Un résultat amusant de tout ce tumulte a été l’adhésion de la Société libre ouvrière (une organisation patronale et jaune) à l’attitude de ces leaders trade-unionistes qui, comme Mr Bell, s’opposent à l’union des socialistes et trade-unionistes dans le nouveau Parti ouvrier. Comme le prévoyait le socialisme trade-unioniste, toute cette magnifique publicité a porté la question du socialisme et de ses propositions pratiques devant un public plus étendu que celui que l’on aurait pu atteindre par aucun autre moyen, et le résultat, c’est que le mouvement socialiste défini comme il s’exprime dans l’L L. P. (l’Independent Labour Party — qui n’est qu’une section du grand Parti ouvrier) augmente rapidement en nombre et en influence.

Pendant que les ministres du cabinet dénonçaient le socialisme et tout ce qu’il signifie, les membres d’une Commission spécialement choisie par le gouvernement, et dans laquelle siégeaient ces mêmes ministres, étaient occupés à considérer combien il est évidemment favorable de placer les canaux et les chemins de fer de l'Irlande sous le contrôle de l’État!

On semble porté, du côté des politiciens et des trade-unionistes de la vieille école, à répudier le socialisme, mais à accepter volontiers, ou tout au moins à envisager, les puissantes installations de l’administration socialiste.

G.-S. Middleton,

Secrétaire-adjoint du Labour Party.

En Italie

Les organisations ouvrières italiennes sont encore trop jeunes pour avoir une vue nette et précise de la direction politique et économique à laquelle elles se rattachent. Aussi réussirai-je difficilement à donner une idée exacte de notre mouvement et des tactiques des chefs des diverses tendances pour prendre la direction du mouvement ouvrier.

D’ailleurs,le Parti socialiste n’a pas su encore se fixer àlui-même une direc-

tion, et il ne sait pas encore se dégager de la masse des petites intrigues de personnes qui n’ont point toujours pour objet les conquêtes prolétariennes, mais — à l’imitation des partis bourgeois — suivent quelquefois et favorisent les passions des groupes pour tenter l’escalade des pouvoirs dans le Parti et dans les organisations ouvrières.

Voyons d’abord — à la hâte — quelles sont les limites des divisions dans les organisations ouvrières.

D’une part, les Chambres du Travail, premières institutions du groupement ouvrier (si l’on excepte la Fédération des Travailleurs du Livre, des Chapeliers et quelques autres qui sont de vieilles organisations), défendent avec vigueur leur prétention à diriger les mouvements ouvriers. D’autre part, les vingt Fédérations de métiers, toutes récentes pour la plupart, mais pleines d’énergie, tendent à se faire reconnaître le droit exclusif de diriger les mouvements professionnels : grèves, agitations, etc., en laissant aux Chambres du Travail une vaste besogne à accomplir entre les coopératives et les mutualités : par les inscriptions électorales et la conquête des administrations communales, par l’agitation locale en vue d’améliorer les conditions de vie, par l’action contre le renchérissement des loyers, du pain, etc., par le développement de l’instruction, et ainsi de suite. Politique réformiste.

Dans le Parti socialiste, plus grand est le dissentiment, nombreuses sont les tendances et les sous-tendances.

Les syndicalistes s’agitent depuis un peu plus d’une année : ils sont une fraction de la majorité révolutionnaire victorieuse au Congrès de Bologne en 1904. Ces syndicalistes, il est bon de le dire, sont de purs bourgeois : avocats, professeurs, médecins, publicistes, etc., qui voudraient captiver et guider le Parti sous l’étiquette syndicaliste pour faire illusion aux masses ouvrières. A côté d’eux se trouve un petit nombre de prolétaires qui apportent dans les Congrès des votes, mais non leurs propres et vraies consciences.

Ces syndicalistes se divisent ensuite en parlementaires et anti-parlementaires : les derniers en minorité.

Les intégralistes : ainsi s’appelle une majorité d’hommes qui n’ont qu’un but, l’union du Parti — en cherchant à concilier les inconciliables — avec un programme et des ordres du jour qui flattent et fouettent tout à la fois un peu l’une et un peu l’autre des fractions extrêmes.

Même les intégralistes se divisent en centre droit (réformistes) et centre gauche (révolutionnaires).

Enfin, viennent les rèfonnisles , de nom comme de programme. Mais il ne faut pas croire que les réformistes, parce qu’ils cherchent à conquérir

par le moyen des pouvoirs publics des réformes continuelles en faveur des prolétaires, en viennent à renier le but final du socialisme.

Ils savent, eux, tenir compte de l’état arriéré de l'éducation économique et politique du prolétariat italien; en‘travaillant à obtenir des conquêtes graduelles en sa faveur, ils ont comme objet son élévation intellectuelle, morale et matérielle, et aussi son éducation, pour ramener à saisir et à discuter les problèmes économiques qui doivent le plus l’intéresser et pour le mettre en état de suivre une direction donnée, par connaissance vraie et non par suggestion oratoire ou par sympathie personnelle.

Parmi les réformistes, il n’y a point de différences fondamentales de méthodes. Dans leur masse se rencontrenl les plus vieux camarades socialistes, les meilleurs et les plus anciens militants ouvriers.

Un grand nombre d’intégralistes sont en fait des réformistes. Les conditions de lieu et d’attachement aux habitudes les ont ballottés entre les deux courants.

Ayant ainsi brièvement esquissé le milieu et les divers groupes qui recherchent la majorité (à une autre occasion nous parlerons des hommes), voyons brièvement les résolutions nous intéressant plus directement qui viennent d’être prises en deux Congrès : le Congrès ouvrier de Milan (29-30 septembre-l er octobre) et le Congrès socialiste de Rome (7-8-9-10 octobre).

Dans l’un et dans l’autre, les discussions des premiers jours furent occupées par un conLinuel débat académique — cependant élevé et relativement calme, où les chefs des diverses fractions en atténuant ou en accentuant la force de leurs antérieures déclarations de principes, cherchèrent à conquérir pour eux la majorité.

Mais celle-ci était déjà — en grande partie —• préparée à voter comme il avait été décidé dans les assemblées de sections. Aussi les paroles n’eurent-elles d’autre importance que d’ôter ou de donner de la valeur aux opinions des adversaires, dans la mesure où ils savaient s’adapter au milieu.

La conclusion, par ailleurs, fut celle qui — quoi qu’on ait prétendu le contraire — était désirée par la majorité des organisés italiens, à savoir que l’on dût cesser d’occuper tout le temps en luttes intestines qui non seulement divisent, mais aussi éloignent les ouvriers des organisations, si bien que dans ces dernières années la diminution des forces ouvrières fut trop évidente, et plus encore celle de leur activité combattive.

Le Congrès ouvrier décida, par un ordre du jour opposé à celui des syndicalistes, que « c’est seulement avec un organisme central, agissant dans le sens d’une politique indépendante de classe que les organisations ouvrières pourront arriver à la réalisation intégrale de leur programme de revendications ; pour cela, elles mèneront cette action multiformç et quotidienne qui se sert de tous les moyens qui sont à la disposition des travailleurs, et qui réussit à élever graduellement les conditions morales et matérielles du prolétariat, en le préparant ainsi à régir les destinées de la société future... »

Comme on le voit, c’est de prémisses quasi-syndicalistes qu’on en vient aux moyens multiformes — prémisses et moyens qui se trouvent répandus çà et là dans les discours de toutes les fractions du Parti et des organisations.

Et dans les statuts, on approuve « les nécessaires et opportunes ententes conclues avec les partis qui, dans le domaine politique, assureront la défense des intérêts des travailleurs, etc... »

Le Congrès socialiste décida de développer l’action pratique du Parti, considérant « comme sa plus grande tâche de développer l’organisation « économique sous les formes diverses de la résistance, de la coopération « et de la mutualité (tâche qui se retrouve parmi celles de la Confèdè- « ration du Travail ) et d’arracher aux pouvoirs publics une législation « du travail qui rassemble et généralise les conquêtes fragmentaires des « organisations économiques, en uniformisant toutes les délibérations « des organisations du prolétariat. »

Désormais personne ne peut nier que les résolutions fondamentales des deux Congrès sont identiques, et plutôt tempérées de réformisme, même si l’on veut donner à tous les considérants variés de l’ordre du jour du Congrès socialiste leur valeur purement de principe... et littéraire. Ce qui importe surtout, c’est le travail qui doit se faire et les lins immédiates auxquelles il doit s’appliquer.

Telle est, décrite télégraphiquement, notre situation actuelle.

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