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CHAPITRE III

Le syndicat r« Union » des tullistes de Calais.

Ce syndicat est considéré comme Tun des meilleurs types des syndicats ouvriers de notre pays.

Les ouvriers tullistes anglais, venus au moment de la création de la fabrique calaisienne, y avaient établi des sociétés de secours mutuels, à rituel maçonnique, sur le modèle des sociétés de Nottingham *.

En 1851, à la suite d'une grève partielle, une Société des tullistes fut fondée, sous le couvert de la neutralité, mais avec la pensée de constituer un fonds de résistance contre Tac tion patronale. Cette société fut presque immédiatement dissoute par Tautorité préfectorale.

Le 26 juin 1867, à la suite d'un conflit dans une usine, nouvel essai de société, sous prétexte de secourir les chômeurs involontaires. Ce fut V Union des ouvriers tullistes. Le président, une partie des membres du comité

i. Les associations professionnelles, t. II, ministère du Commerce. Cette partie du travail a été rédigée par M. Octave Festy, enquêteur du ministère, ancien collaborateur de M. de Bousiers dans sa belle enquête sur le Trade-Unionisme en Angleterre. (Y07. Biblioth. du Musée social.)

et la moitié environ des adhérents étaient Anglais. Les cotisations s'élevaient à 50 centimes par semaine. Dans chaque atelier se trouvait un collecteur, qui servait de lien entre l'atelier et le Comité-directeur. Le capital social était placé à la caisse d'épargne et divisé en livrets attribués par moitié aux sociétaires français et aux sociétaires anglais. La société comptait cinquante membres. Elle disparut après dix-huit mois d'existence.

Le 29 juillet 1883, parut à Calais le Travailleur y organe de la Fédération socialiste révolutionnaire du Nord, créé par un ouvrier tuUiste, qui songea à fonder une nouvelle association professionnelle de la corporation.

Le 23 septembre, le nouveau syndicat comptait 500 membres. Le 7 octobre de la même année, VEstaminet des travailleurs devenait le siège de la nouvelle organisation. Mais la loi sur les syndicats n'était pas encore votée, et les ouvriers tullistes durent se sectionner par groupes de 19 membres. Douze groupes furent ainsi constitués. L'un de ces groupes ne tarda pas à faire bande à part et à former une organisation dissidente, sous le titre d'Alliance,

A la fin de l'année, V Union comptait mille membres. Dans le courant de l'année suivante, elle étendit son action à Caudry t pour empêcher le travail de déserter Calais pour Caudry ». Le moyen était d'égaliser les salaires dans les deux centres de fabrication. Elle demandait aux fabricants de l'aider dans cette œuvre c moralement et pécuniairement ». Les patrons répondirent par une fin de non-recevoir.

L'Union ne devait avoir qu'une existence assez brève. Au mois de mai 1886, des ouvriers, voulant soutenir leurs salaires contre les prétentions de leur patron, purent constituer un comité de résistance, qui réussit à

donner 20 francs par semaine aux grévistes et à leur assurer le succès, c'est-à-dire le maintien de leurs salaires anciens.

V Union fut officiellement dissoute le 27 juin 1886.

VAlliance continuait à vivre. Son but était d'entretenir < des relations cordiales et fréquentes avec le syndicat patronal ».

Cette même année un krach financier se produisit sur la place de Calais.

Les fabricants diminuèrent d'un coup les salaires de 20 p. 100. Le bureau de VAlliance proposa aux fabricants l'adoption d'un tarif; mais l'entente ne put se faire, et la fin de l'année 1886 et l'année 1887, où le chômage et la misère furent considérables, servirent admirablement à la diffusion des idées révolutionnaires.

Dans son numéro du 27 février 1887, le journal le Réveil ouvrier^ organe des déshérités^ publiait une lettre de M. Salembier qui, s'étant vu fermer la porte de tous les ateliers, sous prétexte qu'il n'était pas membre de YAlliancej avait demandé son admission à VAlliance, et se plaignait de n'y avoir pas été admis.

Le 11 avril 1888, M. Salembier ressuscitait V Union avec 150 adhérents. La nouvelle Union n'eut, pendant longtemps, qu'une existence difficile.

L'industrie tullière traversait une crise épouvantable. La misère des ouvriers était lamentable. Dans l'hiver 1887-1888, VAlliance se mit d'accord avec les patrons pour distribuer des secours. Le syndicat patronal recueillit des fonds qu'il convertit en bons d'aliments et

de chauffage, que VAlUance était chargée de distribuer. La ville fut divisée en six quartiers, pourvus chacun d'un fourneau économique. La souscription produisit 25000 francs, auxquels vinrent se joindre 25000 francs volés par le Conseil municipal. Pendant Fhiver 1888- 1889, le Conseil municipal vota une nouvelle somme de 25000 francs. Mais de plus en plus, V Alliance déclinait et tout faisait prévoir sa disparition prochaine.

Enfin, au mois de mai 1890, il se constituait à Calais une Union des chambres syndicales ouvrières de Calais, qui s'empressait d'adhérer à la Fédération nationale des syndicats ouvriers. Son secrétaire était M. Salembier.

Le 15 août de la même année, la chambre syndicale patronale présentait aux fabricants un projet de tarif, pour les prix au rack des divers articles de la fabrication des tulles et dentelles.

€ La misère, disait-elle, force souvent les ouvriers d'accepter des salaires dérisoires, ce qui aide sensiblement à la dépréciation des cours. »

L'Alliance dénonça ce tarif élaboré à l'écart des ouvriers et portant des prix très inférieurs aux prix généralement payés.

De son côté, V Union française invitait les ouvriers à un meeting de protestation contre « le . tarif-pilon ». A cette réunion, la mise à l'index fut décidée contre une maison de fabrication, dont la prétention était d'appliquer le tarif, « qui réduisait les salaires de 33 p. 100 », et on adoptait un tarif proposé par VUnion,

D'autre part, les fabricants se réunissaient et signaient, au nombre de soixant&<lix, l'engagement d'honneur de

LES TULLISTES DE GAtAIS 137

déclarer le loch^out^ dès qu'un des soixante-dix aura été mis à l'index pour s'être refusé à appliquer le tarif des chambres syndicales ouvrières. Une amende de 100 francs par jour et par métier devait frapper les parjures.

Le 15 septembre 1900, 7 délégués ouvriers se rencontraient avec 7 délégués patrons à l'Hôtel de Ville, en présence du maire. Mais le but des patrons n'était point de discuter le tarif de YUnion, c L'élaboration possible d'un tarif de conciliation, dit l'un d'eux, doit se faire expressément avec les deux syndicats ouvriers. » M. Salembier, représentant de V Union , déclara alors très nettement qu'il ne saurait prendre part aux pourparlers, si VAUiaMe y était admise. « V Alliance n'est qu'un cadavre », ajoutait-il.

Le 27 septembre, sur le refus de VUnion de lever l'in* terdit de la maison Houette et Butter, les soixante-dix fabricants fédérés fermaient leurs ateliers.

Les pourparlers pour l'élaboration d'un tarif reprenaient le 20 octobre 1890, entre les délégués des patrons et les délégués de VUnion. Le 30, le tarif de conciliation était adopté par tous.

Pendant la durée du conflit, VUnion avait reçu une somme de 17122 fr. 50, dont 13000 francs des tullistes de Nottingham, et ses dépenses s'étaient élevées à 14050 fr. 55. Cinquante membres de V Alliance avaient en outre été atteints par le lock-out; ils avaient reçu 7 fr. 50 par semaine pendant quatre semaines.

Le lor novembre, VUnion tenait son assemblée générale, et l'un de ses orateurs déclarait que, si les ouvriers avaient fait des concessions, c'est qu'ils se trouvaient

à bout de ressources et qu'on pouvait craindre la défection d'un certain nombre d'entre eux.

Il fut décidé que la cotisation syndicale serait portée à cinquante centimes par semaine, que les petits fabricants seraient successivement mis à l'index, jusqu'à complète adoption du prix du tarif de conciliation, et qu'une semaine, suffisante pour permettre aux ouvriers de ces ateliers de résister, leur serait allouée par le comité de ï Union.

V Union fît ensuite imprimer des affiches qu'on placarda dans les estaminets de Calais. Elles étaient laconiques :

« Les ouvriers tullistes, ne faisant pas partie du syndicat V Union, ne sont pas admis dans cet établissement. »

Cent cabaretiers affichèrent cet avis, quelques coiffeurs suivirent cet exemple.

D'autre part, V Union concluait des ententes avec les tullistes de Caudry et de Saint-Quentin, pour l'unification des salaires, et avec le syndicat des ouvriers tullistes de Nottingham.

Le 14 décembre, aux élections pour les conseils de prud'hommes, la liste de YAlliance était battue par la liste de Y Union,

Le 31 août 1891, le comité patronal des soixante-dix (du lock'Out) décidait sa propre dissolution et la reprise, pour chacun d'eux, de la liberté pleine et entière pour l'application du tarif.

A une assemblée générale de Y Union, on décidait d'attendre la reprise des affaires pour imposer aux patrons

un tarif uniforme à Calais et à Caudry, et la mise en interdit < des six fabricants, qui se seront le plus mal conduits à l'égard de leurs ouvriers ».

Et en même temps, Y Union publiait une brochure, qui est bien Fun des spécimens les plus intéressants des armes de la lutte syndicale.

c Le parcage des moutons noirs » : tel est le titre de cette brochure, qui comprend les noms et les adresses de 172 moutons noirs (ou renégats : Blacks-Sheeps) avec l'adresse de chacun et une courte notice sur sa vie corporative.

La brochure se termine par la liste des cafés, débits de tabac et épiceries, fréquentés par les moutons noirs, et naturellement à éviter par les moutons blancs, c'està-dire par les syndiqués fidèles.

Cette liste comprend 12 établissements ^

Le 10 octobre 1891, V Alliance se débaptisait et prenait le nom de Chambre syndicale des ouvriers tullistes de Calais. La nouvelle chambre faisait appel < à tous les indépendants >. Et l'administration en fonction se retirait pour permettre l'entrée d'administrateurs nouveaux et briser les anciens préjugés soulevés contre VAlliancCy dont on avait si souvent dénoncé les complaisances pour les patrons.

1. La brochure Le parcage des moutons noirs était réservée aux syndiqués de V Union, qui devaient l'avoir constamment sur eux pour démasquer les traîtres et éviter les maisons où ils avaient trouvé asile. Cette mesure était légèrement tyrannique. Voit-on un épicier, comme ce Reisenthel Hippolyte, dit Clément, obligé de refuser sa marchandise aux malheureux mis à Tindex par le syndicat?

A la fin de 1893, V Union française des ouvriers tuUistes comptait les huit dixièmes des ouvriers. La chambre patronale représentait plus de 1 600 métiers sur les 2000 existant à Calais. Le moment sembla opportun pour discuter de nouveau les questions de tarif. Le syndicat ouvrier proposait comme type le tarif de Nottingham et la journée de dix heures en usage à Nottingham, enfin la constitution d'une commission d'arbitrage, toujours comme à Nottingham.

Les pourparlers durèrent pendant les premiers mois de 1894. La chambre patronale était muette sur la question de la journée de dix heures et déclarait refuser le tarif de Nottingham comme étant d'application trop difficile pour s'adapter à l'extrême variété des articles de l'industrie calaisienne. Les patrons de Nottingham, ajoutait-elle, sont obligés de s'en tenir à l'article courant et à ne pas se lancer dans la fabrication de nouveautés, pour lesquelles le tarif donnerait des prix inacceptables. Il n'était nul besoin non plus d'une commission d'arbitrage, qui ferait double emploi avec le conseil de prud' hommes. C'était une fin de non-recevoir absolue aux avances du syndicat ouvrier.

Le 31 mars 1895, celui-ci fondait une caisse spéciale de secours, dont les cotisations étaient aussi élevées que les cotisations syndicales : 50 centimes par semaine.

Vers la même époque, il essayait d'obtenir l'unification du prix de rack (1920 tours de métier), pour arrêter la tendance à la baisse et à la réduction des salaires amenée par des fabriques peu importantes. Quatre de ces maisons se soumirent. Dix-huit autres

furent mises à l'index. Cette grève très restreinte n'eut pas de suite. Certaines maisons finirent par céder. D'autres trouvèrent à remplacer leurs ouvriers grévistes. Le maximum de ceux-ci n'avait atteint que le chiffre de quatre-vingt-douze.

A la fin de 1896, les relations étaient complètement rompues entre le syndicat patronal et le syndicat ouvrier.

Cependant, de ce manque d'entente, des gens habiles songèrent à profiter. Ce furent des commissionnaires allemands, nouvellement venus dans la ville, et qui essayèrent d'accaparer l'industrie calaisienne.

Se basant sur les bas salaires payés aux ouvriers, ils proposèrent à ces derniers de leur fournir des métiers. Les ouvriers devaient ainsi échapper à l'exploitation patronale, ils devenaient petits patrons eux-mêmes; pouvaient-ils hésiter? Ils n'y songèrent pas. Ils eurent un métier à eux, dont ils devaient rembourser, par leur travail, le prix aux commissionnaires qui les avaient commandités. C'était pour eux leur rêve réalisé. Sans avoir besoin d'une révolution pour acquérir leur instrument de travail, il leur suffisait d'accepter l'offre qui leur était faite.

Mais voici que les commissionnaires émirent la prétention de faire travailler ces ouvriers pour eux seuls et au taux de salaire le plus bas. Les ouvriers, tenus par la somme d'argent qu'ils avaient acceptée, durent se soumettre à leurs dures conditions, et l'on vit toute une famille de malheureux travailler toute la journée et une partie de la nuit pour gagner de quoi ne pas mourir de faim.

C'était le sweating System dans toute sa force.

Et les commissionnaires eurent véritablement leur ère de prospérité. Ils étaient patrons sans aléa; les modèles ne leur coûtaient rien, puisqulls leur étaient fournis par les grandes maisons et qu'ils n'avaient qu'à les faire copier. L'industrie calaisienne allait rapidement à sa ruine. Bientôt, sur 1 800 métiers, 500 étaient aux mains des commissionnaires allemands. Il était temps de remédier à ce désastre.

Les patrons l'essayèrent et ils décidèrent de mettre à l'index toute maison de fabrication qui fournirait aux commissionnaires-producteurs.

Mais leur index devait rester platonique. Comment pouvaient-ils songer à empêcher une maison de produire, parce qu'elle produisait pour des commissionnaires peu scrupuleux?

C'est ce que les ouvriers dirent aux patrons. Eux seuls, — les ouvriers, — étaient en mesure d'imposer aux fabriques leurs conditions, et ils ne demandaient pas mieux, dans la circonstance, que de soutenir des intérêts qui leur étaient communs avec les patrons. Les maisons importantes se voyaient en efTet, du fait de cette concurrence meurtrière, obligées de réduire les salaires de leurs ouvriers.

Ceci se passait en août 1896.

Les patrons répondirent par une nouvelle fin de nonrecevoir.

Les commissionnaires, prévenus du danger qui les menaçait, firent des ouvertures aux ouvriers et leur proposèrent de reprendre le tarif de 1890. Est-ce que le véritable ennemi n'était pas toujours le patron? L'entente avec les commissionnaires devait permettre aux ouvriers de réduire à néant les prétentions patronales.

Non, répondirent les ouvriers clairvoyants : et sans se

laisser décourager par les premiers échecs, ils revinrent à la charge auprès des patrons.

Enfîn, le 8 décembre 1896, la convention suivante était signée entre le groupe de défense des patrons et les ouvriers syndiqués :

Ce jour, 8 décembre 1896, se sont réunis :

!• D'une part :

Les délégués soussignés du syndicat V Union, agissant au nom de ce syndicat;

^ D'autre part :

Les délégués soussignés du groupe de défense des fabricants, agissant au nom des adhérents de ce groupe,

Après discussion sur la question d'un tarif unique (tarif de 1890) à imposer à la fabrication calaisienne.

Le comité de VUnioUy approuvant l'œuvre de relèvement de l'industrie calaisienne entreprise par le groupe de défense des fabricants, décide de le seconder de tous ses efforts.

Il a été décidé ce qui suit :

1" Le comité de V Union s'engage d'abord à exiger de ses adhérents, qu'ils ne travaillent que chez des fabricants payant ledit tarif. Ce tarif sera complété d'un commun accord pour les articles parus depuis 1890.

II s'engage ensuite à mettre à l'index, dans des conditions qui seront ultérieurement fixées, les fabricants qui se refuseraient à appliquer ledit tarif.

2" Les délégués du groupe de défense s'engagent, au nom de tous leurs adhérents, à appliquer ledit tarif dans leurs ateliers.

Ces engagements réciproques sont pris aux conditions suivan tes :

UUnion sévira contre les membres de son syndicat qui refuseraient de se conformer aux conditions de cet arrangement.

Le groupe de défense appliquera l'article 5 de la convention du 1* septembre, aux fabricants qui manqueraient aux engagements souscrits.

Cette convention ne sera définitive et ne commencera & recevoir son exécution qu'après la remise réciproque :

1* D'une part, par le comité de VUnion au comité de défense, d'une délibération de l'assemblée générale du Syndicat ouvrier, approuvant les actes de son comité.

2* D'autre part, par le comité de défense au comité de VUnion, de la liste des fabricants adhérents à la convention.

144 SYNBIGATS OUVRIERS

En janvier 1897, cette convention recevait un commencement d'exécution :

Le 11 janvier, VUnion faisait quitter leur travail à 130 ouvriers répartis dans 20 ateliers, où le tarif de 1890 n'était pas respecté.

Le 20 janvier, 112 grévistes avaient repris leur travail aux conditions exigées.

Le 25, deux fabricants, occupant 22 ouvriers, puis, le 26, quatre autres fabricants, occupant 30 ouvriers, étaient mis à l'index. Le nombre des maisons successivement atteintes du 11 janvier au 13 mars s'éleva à 48 et celui des grévistes à 188. A cette dernière date, il ne restait plus que 9 établissements à l'index et 19 ouvriers sans travail. Au 13 juin, le nombre des grévistes s'était de nouveau élevé à 50, pour 10 établissements. Depuis, leur nombre alla en décroissant jusqu'au 13 novembre, où furent servies les dernières indemnités, qui varièrent de 15 à 20 francs par semaine suivant le nombre des ouvriers en grève.

Sur les soixante-quatorze maisons atteintes par ces dix mois de lutte, soixante-quatre avaient accepté le tarif de 1890, dix restaient encore à l'index et ne pouvaient recruter leur personnel qu'en dehors des membres du syndicat ouvrier. L'Union avait dépensé, en indemnités aux grévistes, la somme de 32000 francs ^

A la fin de 1897, VUnion imposa un droit de 50 francs et une amende de 25 francs pour tout « mouton noir » ou renégat, qui demandait sa réadmission. Elle comptait

1» Office du travail, Statistiques des grèves de 1897,

alors. 2 000 adhérents sur les 2200 ouvriers tullîstes qui existaient à Calais. En 1899, elle gagnait un lot de 100 000 francs au tirage d'obligations du Crédit foncier. Les autres syndicats ouvriers n'existaient plus en réalité. La Chambre syndicale indépendante n'exerçait aucune influence. V Union resta donc seule jusqu'à la fin de 1900, où fut créé le syndicat V Émancipation,

M. Salembier, ancien maire socialiste de Calais, était le président de l'Union. Un autre ancien maire de Calais, M. Delcluze, également socialiste, également membre du parti ouvrier français (guesdiste), était jaloux de l'autorité de M. Salembier, qui venait de quitter le parti de M. Guesde, pour accepter le programme des indépendants (parti de MM. Briand et Jaurès). M. Delcluze voulut fonder un syndicat concurrent et créa VÉmanci' pation, dont firent partie tous les anciens conseillers municipaux delcluziens.

Lorsque M. Salembier déclara la grève de 1900, V Émancipation y qui comptait environ 400 membres, se montra hostile à cette manifestation et accepta le système des quarts réduits à dix heures. On l'accusa de prendre parti pour les patrons, qui proposaient ce système, on traita ses membres de renégats. Il n'est pas douteux que l'action de ce syndicat n'ait été considérable dans l'échec éprouvé par l' Union, dans cette grève déclarée pour faire appliquer la loi <ie 1900.

SYNDICATS UVRIERS. *^

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