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INSTITUTIONS DE CONCILIATION

Si Ton ajoute que la corporation se préoccupe des moyens d'exercer son œuvre de conciliation dans tous les différends et sur toutes les questions qui se rattachent à sa spécialité (salaires, interruptions ou reprises du travail, accidents de fabrique, etc., etc.) selon l'article 6 de la loi du 21 mars 1884 et les articles 2 et 14, n® 4 de ses statuts, on reconnaîtra qu'elle est à même de procurer à ses adhérents d'importants avantages, auxquels ne peut prétendre l'ouvrier abandonné à lui-même.

t'O SYNDICATS OUVRIERS

Telle est Torganisation d'une de ces corporations modernes, pour la création desquelles d'éminents esprits se sont dépensés et qui sont loin d'avoir répondu aux espoirs de leurs créateurs.

Cependant il faut bien reconnaître que cette forme syndicale est la seule que l'on puisse employer dans certaines conditions. Si nous prenons comme exemple les ouvrières de la confection, à Paris, il apparaît presque impossible de les réunir dans un syndicat professionnel purement ouvrier. D'atelier à atelier les ouvrières se jalousent, et, dans le même atelier, les fonctions et les rémunérations sont trop dissemblables pour que les ouvrières d'un même atelier puissent trouver un intérêt commun à se syndiquer entre elles. Il serait d'ailleurs chimérique d'espérer par l'organisation syndicale ouvrière obtenir l'exhaussement des salaires. Les bras offerts ici sont trop nombreux, pour que les ouvrières, qui ont la chance d'être attachées à une maison, aient pu songer à imposer par la force des conditions à leurs patrons.

Le seul syndicat qui existe dans la corporation des ouvrières de la confection est donc un syndicat mixte, le syndicat de rAiguilley qui unit dans une pensée de solidarité les patronnes, les employées et les ouvrières des professions de l'habillement. Cette association offre à ces ouvrières l'appui moral d'une famille professionnelle, avec les avantages matériels d'institutions corporatives : des bureaux de placement, de contentieux, de renseignements, une caisse de prêts gratuits, une caisse d'encouragement aux sociétés de secours mutuels, une maison de famille pour les ouvrières isolées, les soins gratuits d'un médecin.

Chaque associée-patronne verse une cotisation minima

LE SYNDICAT MIXTE 17i

de 10 francs, chaque employée 2 francs, chaque ouvrière 1 franc. Les cotisations capitalisées forment le patrimoine corporatif. — La caisse de prêts gratuits est alimentée par des dons. Elle en a reçu un entre autres de 10 000 francs. — La maison de famille reçoit des pensionnaires, moyennant 50 francs par mois pour le logement et la nourriture, et comme la somme de 50 francs est insuffisante à couvrir les dépenses de chacune des pensionnaires, une vente de charité vient annuellement combler le déficit. Un bulletin est envoyé chaque mois aux associées. Enfin des restaurants pour les couturières ont été ouverts dans les quartiers de Paris où les maisons de confections sont les plus nombreuses. — La permanence du syndicat est établie 35, rue Boissy d'Anglas. Madame Lambert-Caillemer, secrétaire-générale, y reçoit les ouvrières et s'occupe de leur placement.

Le syndicat mixte a été admirablement décrit dans un livre qui fait autorité en la matière : Le syndicat mixte, par M. Adeodat Boissard *. L'auteur estjan ardent protagoniste de ces institutions, dans lesquelles il retrouve une renaissance de nos vieilles corporations.

i. Rousseau, éditeur, et Guillaumio, éditeur, 1897.

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