‹ Syndicats, ouvriers, fédérations, bourses du travailChapitre 46 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les syndicats jaunes.

Le premier en date est celui des corporations ouvrières des usines du Creusot, fondé le !«' novembre 1899, après la deuxième grève.

La première grève avait surpris tout le inonde et M. Schneider avait cru briser la résistance de ses ouvriers, en refusant de reconnaître le syndicat rouge qui groupait les deux tiers de ceux-ci. Le syndicat n'en devint que plus puissant et la grève aboutit à l'arbitrage de M. Waldeck - Rousseau, constatant que c l'intermédiaire du syndicat, auquel appartient Tune des parties, peut être utilement employé si toutes deux y consentent ; mais ne peut être imposé >. Cette sentence ne donnait nullement satisfaction au syndicat et il ne Taccepta qu'avec le secret désir de reprendre la lutte au plus tôt. En effet, une nouvelle grève éclatait en mai 1899. Sur l'invitation <ie M. Schneider, 250 ouvriers seulement rentrèrent dans les ateliers le vendredi 2 juin. On dut les protéger et les pourrir avec du pain et du saucisson. Comme c'était jour maigre, que ces ouvriers étaient des démocrates

chrétiens, la chose fut trouvée plaisante et ils furent dénommés saucissons. Les saucissons furent expulsés des sociétés de secours mutuels. Ils fondèrent alors un syndicat, dont M. Mangematin, peintre à l'usine, fut nommé président. Le gland de leurs insignes était jaune ; ils devinrent les jaunes. Ils furent d'abord traqués et obligés de ne sortir qu'armés. Aujourd'hui, ils sont 5 215, alors que les rouges ne sont plus que 2 ou 300.

Le syndicat jaune de Montceau est également issu de grèves. Il a été créé par des ouvriers qui voulaient résister à cette épidémie qui a désolé la région de Saône-et-Loire. Ce fut en décembre 1899, sous la direction de M. de Gournay, qui lui était favorable. Le nouveau directeur M. Coste le fut moins, et sous son administration, les jaunes furent persécutés par les rouges. Un jaune reste pendant une heure, la jambe prise sous un chariot; au lieu de le dégager les rouges lui crient des insultes. Un autre, vieillard de soixante ans, est précipité d'une hauteur de 30 marches par une bande de jeunes gens. Au fond des puits, les jaunes trouvent leurs vêtements lacérés; dans les carrières, leurs gamelles pleines de terre. Malgré ces persécutions, le syndicat jaune compte, à l'heure actuelle, 2 300 adhérents.

Le syndicatjaune de Perrecy-les-Forges date du 17 janvier 1900.

Perrecy est un petit bourg de 2000 âmes, situé à 15 kilomètres de Montceau. Les forges ont disparu, mais la compagnie d'Anzin y exploite un petit charbonnage qui occupe 250 ouvriers.

En juin 1899, deux jours après la première déclaration

de grève de Montceau, les gens de Perrecy se mettent en grève à leur tour — influence du voisinage! — Us réclament une moyenne de 4fr. 50 par jour. Le directeur, livres en mains^ leur prouve que la moyenne est de 4 fr. 75 et il ajoute : « Je refuse de vous diminuer >. Et la grève cessa. La deuxième grève eut pour cause la demande, faite par le syndicat rougcy seul existant alors, du renvoi de deux frères. Une trentaine de leurs amis, un bâton à la main, vont reprendre le travail, et la grève cesse de nouveau. La troisième fut plus mouvementée. Le 25 décembre 1899, six ouvriers étaient renvoyés pour outrages au directeur et à l'ingénieur. Le syndicat rouge déclare la grève, mais une vingtaine de mineurs continuent à travailler. D'autres vinrent se joindre à eux et lorsqu'ils furent quarante ils attaquèrent les grévistes qui les molestaient. Ils constituèrent alors leur syndicat, et depuis il n'existe plus, en dehors d'eux, qu'une cinquantaine de rouges sans organisation.

Page 1