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INAUGURATION DE L' ANNEXE

Sept mois plus tard (novembre 1886), M. Mesureur déposait et faisait adopter son rapport tendant à Tacquisition de Timmeuble de la Redoute, qui appartenait à TAssistance publique, et le 3 février 1887 avait enfin lieu l'inauguration de la première Bourse du travail, qui ne devait être qu'une des annexes de la grande Bourse centrale promise depuis si longtemps. Ce fut M. Mesureur, président du Conseil municipal de Paris, qui présida la cérémonie et prononça le discours d'ouverture :

La Bourse centrale, dit-il, sera en grand ce que va être l'annexe que nous ouvrons. Elle contiendra, outre les bureaux des syndicats, une vaste salle de réunions, un hall couvert où viendront s'abriter les grèves d'embauchage, qui se tiennent actuellement sur la voie publique, exposant les ouvriers aux intempéries des saisons, d'autres salles destinées aux réunions

les chambres consultatives d'arts et métiers de tous les grands centres de production, en France ou à l'étranger, afin de leur demander hebdomadairement les prix principaux de journées d'ouvriers de chaque corps d'état et des renseignements précis sur les localités dans lesquelles les ouvriers sont en nombre insuffisant pour satisfaire aux demandes.

Ces documents seront affichés dans des tableaux spéciaux, au début de chaque semaine, & proximité du tableau des prix de journée à Paris.

Art. 8. — Le secrétaire général recevra et enregistrera, par ordre de date, les demandes des chambres syndicales d'ouvriers, relatives à l'occupation des quatre-vingts locaux mis à leur disposition, comme il est dit à l'article premier.

11 soumettra des propositions à la commission administrative en vue de régler les jours et heures pour l'occupation de chaque local.

moins nombreuses, aux bibliothèques, aux conférences et aux cours.

La Bourse mettra à la disposition de tous, sous une forme simple et pratique, les offres et les demandes de travail et les documents relatifs à la statistique du travail ; elle donnera à cette statistique une publicité large, impartiale et régulière, en un mot, elle contiendra tous les organes nécessaires à son but; si, pour le bon fonctionnement de tous ses services, des employés lui sont nécessaires, la Ville les lui donnera, sans qu'il puisse jamais résulter de leur présence une direction ou une tutelle administrative. (Bravos prolongés.)

Lorsque le Conseil municipal aura constitué cette institution de toutes pièces et assuré son fonctionnement, sa tâche sera terminée; mais pour cela il vous demande quelques mois encore de crédit. Rappelez-vous que le prolétariat a mis des siècles avant d^arriver à la liberté et à Tégalité politiques; vous aurez bientôt l'instrument qui vous permettra de rendre effective cette liberté dont il faut savoir se servir, et qui vous permettra de travailler à Favènement de cette égalité sociale, bien lointaine encore, si nous en jugeons par l'état actuel, dans lequel les êtres trop jeunes, trop faibles ou trop vieux trouvent si difflcilement leur place à ce qu'on a appelé le banquet de la vie.

Rappelez-vous que cette idée même de la Bourse du travail a mis un siècle à germer.

Le 3 juin 1887, dans une séance tenue à la salle Horel, une commission provisoire fut nommée pour administrer la Bourse du travail, afin de ne pas la laisser plus longtemps entre les mains de l'administration préfectorale.

Cette commission provisoire devait administrer la Bourse, jusqu'à la nomination du comité général.

Le 7 novembre 1887 la commission executive de la Bourse touchait une somme de 5 000 francs, votée par le Conseil municipal pour l'administration de la Bourse du travail pendant le quatrième trimestre, et le 11 novembre elle se rendait acquéreur du titre du Bulletin de la Bourse du travail.

Pendant les années 1887 et 1888, la vie de la Bourse du travail n'offre rien de très intéressant; mais vient 1889, l'année de l'Exposition. Une commission de quarante membres est chargée de fournir aux ouvriers visiteurs de l'Exposition, les renseignements qui peuvent leur être utiles, et de les conduire à travers Paris et les environs, et dans ce but, un crédit de 50000 francs est fourni par le Conseil municipal.

Dès le mois de juin les étrangers commencèrent à affluer. Les premiers délégués furent les délégués anglais, envoyés grâce à une souscription ouverte par le lord maire de Londres.

Le mois de juillet fut consacré aux visites que l'on s'était promis de faire aux usines Decauville, à l'école Diderot, à Sèvres, Saint-Cloud et Versailles*, aux abattoirs de la Villette, aux usines Potin, aux ateliers Hotchkiss.

Des fêtes et des punchs furent offerts par l'Hôtel de Ville et la Bourse du travail.

Pendant les trois mois suivants d'août, de septembre et d'octobre, les réceptions et les excursions continuèrent en l'honneur des nombreuses délégations arrivant de la province et de l'étranger.

Le rapport de la commission s'enorgueillit des résul tats obtenus.

1. Les délégués parisiens qui avaient pris part à cette excursion s'étant attribué chacun vingt francs pour ses frais de la journée, le crédit fut suspendu et les ouvriers durent présenter pour chaque nouvelle excursion un devis approximatif, pour être approuvé par la commission municipale des fêtes.

€ Partout, maintenant, on connaît la Bourse du travail.

€ Grâce à réchange d'idées résultant de leurs rapports avec les membres des syndicats parisiens, beaucoup de délégués, après avoir constaté la nécessité du groupement, de retour chez eux, se sont mis à l'œuvre pour l'organisation de leurs corporations.

€ Parmi les délégués reçus, un certain nombre n'appartenaient pas à des syndicats et furent très étonnés d'être reçus par nous au même titre que les autres, car nous ne voulions voir en eux que des travailleurs. Notre organisation les étonna ; cette institution si puissante, dont ils n'avaient pas soupçonné l'existence, les enthousiasma ; aussi la Bourse du travail de Paris devint-elle pour eux l'auxiliaire indispensable en cas de lutte. Nous n'avons pas tardé à connaître combien les travailleurs de la province avaient placé d'espoir en nous.

L'année 1890 vit la complète organisation des services de la Bourse du travail.

Le budget était ainsi établi :

6 948 francs pour l'administration, sur lesquels 2 440 francs pour chacun des deux secrétaires, 288 francs pour le trésorier, 100 francs pour l'archiviste, 480 francs pour la permanence du dimanche, 1 092 francs de jetons de présence pour la commission executive et 108 francs de jetons de présence pour la commission de contrôle.

Les frais concernant les bureaux s'élevaient à 1 700 francs, les frais du bulletin à 6 288 francs.

Le budget total s'élevait à 20000 francs.

Les commissions d'études, fonctionnant à la Bourse

du travail; étaient au nombre de huit, constituant le comité général.

Le 22 janvier 1891, le décret constituant le Conseil supérieur du travail était promulgué, sans qu'on eût tenu compte du dernier amendement présenté par la commission de la Bourse. Les candidats ouvriers étaient nommés par le ministre et non soumis à l'élection de leurs pairs. Aussi le comité général de la Bourse invitait-il € les ouvriers, désignés pour faire partie dudit conseil, à refuser cette fonction »,

Le citoyen Ribanier était dans ce cas, il fut invité à décliner cette nomination.

« Le gouvernement, disait le Bulletin de la Bourse, constatant chaque jour les progrès immenses du mouvement syndical, a essayé de canaliser ce mouvement à son profit. Ne pouvant le tourner, il institua un Conseil supérieur du travail et prit, pour former ce conseil, tous les gens tarés ou à la dévotion de la classe capitaliste... Dans la classe bourgeoise, il prit les hommes les plus contraires au progrès. Il fît de niéme pour la classe ouvrière, qu'il y introduisit en minorité. »

Le fonctionnement de la Bourse était assez actif, mais l'emploi des fonds laissait à désirer, et le 9 mars 1891 une commission d'enquête fut nommée pour vérifier les dépenses et faire une investigation sévère sur les dilapidations commises.

Le budget de l'année 1889 avait laissé un reliquat de 5 278 fr. 58.

Or, une proposition déposée par M. Herbinet en février 1890, avait été adoptée par le comité central, attri-

buant cette somme à la propagande c pour la cpéationdes syndicats, fédérations de syndicats et bourses du travail».

Mais les charges s'étaient considérablement augmentées et le trésorier, qui devait aller chaque mois à la caisse municipale pour toucher son budget, par mensualités de 1 666 fr. 65, était forcé d'entamer le reliquat pour faire face aux dépenses courantes.

Des membres de la commission executive s'étaient transformés en chômeurs habituels et avaient, sans raison plausible, constitué à leur profit une situation, dont la rémunération s'était élevée pour certains mois à 492 francs, 208 francs et 200 francs. Trois d'entre eux, dans le mois de novembre 1890, avaient touché 600 francs de travaux supplémentaires.

Bref les dépenses courantes de l'année avaient dépassé de 3 679 francs la subvention municipale et ébréché fortement la réserve provenant du reliquat de 1889.

D'autres membres de la commission avaient, pour un voyage dans le département du Nord, compté 160 francs de dépenses (hôtel et chemins de fer) et ajouté à ces frais une somme fixe de 8 francs par jour.

On reprochait aux secrétaires de se faire aider journellement par deux ou trois chômeurs attitrés, — toujours les mêmes, — qui touchaient régulièrement une bonne journée de 8 francs et ne semblaient pas pressés de chercher ailleurs d'autre travail, assurément plus pénible et peut-être moins lucratif.

La commission d'enquête constata que dans un mois, plus de cent heures de travail, c'est-à-dire plus de 100 francs, avaient été employés pour le pliage du fl«/lelin officiely alors qu'au tarif syndical, le pliage et la mise sous bande n'auraient pas coûté plus de 1 fr. 75 par semaine.

Le nombre d'heures consacrées à la confection de V Annuaire était si considérable que la commission avait reculé devant ce calcul.

Ces chômeurs avaient pris racine à la Bourse. Il y avait le premier chômeur, le deuxième chômeur, le troisième chômeur, etc. ; c'était une situation officielle.

€ Il est remarquable, ajoutait le rapport, de voir qu'à la Bourse du travail, ce sont les mêmes qui jusqu'alors ont été les payeurs et les payés *. >

A la suite de ce rapport, le comité général de la Bourse déposa sa commission executive et confia l'administration de la Bouï'se à une nouvelle commission. Il ne se produisit dans le budget de 1891, qu'un déficit de 1 054 francs, qui provenait des premiers mois de l'exercice.

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