OUVERTURE DE LA BOURSE CENTRALE
Le 30 mars 1892, le rapport de M. Champoudry, relatif au règlement définitif à donner à la Bourse centrale du travail et à son annexe déjà ouverte de la rue Jean- Jacques Rousseau, vint en discussion devant le conseil municipal.
M. Champoudry avait déjà été rapporteur du règlement provisoire de la rue Jean-Jacques Rousseau. € Tout en conservant, disait le rapporteur, le désir de respecter l'autonomie des chambres et groupes corporatifs, nous ne pouvons oublier que nous avons la garde des deniers publics et que notre devoir d'administrateurs scrupuleux nous oblige à intervenir, dans une cer-
1. Supplément du Bulletin de la Bourse du travail, n"* 267. Rapport de la commission d'enquête, présenté au comité général de la Bourse (séance du 19 mai 1891). — Bourse du travail (Annexe A), 35, rue Jean-Jacques Rousseau, 1891.
taine mesure, pour assurer le bon fonctionnement de l'œuvre. D'ailleurs, l'état d'anarchie relative, dans lequel se trouve actuellement l'organisation ouvrière, nous impose le devoir de veiller de près aux débuts d'une institution dont il faut assurer l'avenir. »
Le nombre de groupes adhérents était alors de 216. A ces groupes, un premier projet de règlement avait été communiqué.
€ Ainsi que nous le présumions, ajoutait M. Cham-
poudry, ce projet fut attaqué et critiqué avec une très grande passion; nos intentions furent suspectées et complètement dénaturées, par suite d'une méfiance excusable chez des gens aussi souvent trompés que les travailleurs. »
Des concessions furent faites et l'on finit cependant par s'entendre de part et d'autre.
Par leur demande d'admission, les chambres syndicales et groupes corporatifs prenaient l'engagement de se conformer aux prescriptions du règlement. Ils ne pouvaient être dépossédés de leur local qu'avec l'approbation du conseil municipal ; mais ils étaient admis par le comité général.
Sur interpellation de M. Binder, M. Poubelle, préfet de la Seine, disait alors : « Le règlement sur lequel M. Binder tient à connaître mon avis, ne dit pas autre chose que ceci : La Bourse centrale et son annexe sont mis à la disposition des chambres syndicales, chargées de les administrer. Qu'y a-t-il en tout ceci qui vous paraisse nécessiter des explications? Il y a, je le sais, à côté des syndicats formés conformément aux dispositions de la loi de 1884, d'autres groupes qui ne sont pas constitues régulièrement. Mais en quoi cela me regardet-il? Le conseil municipal pouvait distinguer entre les
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groupes légalement constitués et ceux dont la formation n'est pas régularisée : il n'a pas cru devoir entrer dans ce détail. D'un autre côté, M. le procureur de la République, chargé de veiller à l'observation de la loi, n'a pas dissous ces groupes. Je m'en tiens là. Le point essentiel, c'est que le conseil reste maître de la situation. Or, cette garantie existe. Que redoutez-vous? »
Le budget des deux Bourses était ainsi fixé. Une somme de 50 000 francs était allouée pour leur fonctionnement, cette somme était versée par douzièmes.
La surveillance et le gardiennage de l'immeuble du Château-d'Eau étaient assurés au moyen d'un crédit de 63 400 francs. Le personnel se composait d'un concierge, un chef surveillant, 29 surveillants et 2 hommes de peine.
Enfin un crédit de 55 000 francs devait subvenir aux besoins du chauffage, de l'éclairage et de l'entretien de cette Bourse centrale.
La Bourse centrale fut inaugurée le dimanche 22 mai 1892, par M. Sauton président du conseil municipal, qui remit le bâtiment aux mains des travailleurs « avec la confiance qu'elle serait un instrument de pacification sociale qui contribuera un jour à établir la Paix universelle >. Un punch à l'Hôtel Moderne termina la fête.
Un an plus tard, la Bourse devait être fermée par le ministère Dupuy, pour les raisons que nous allons indiquer.