INTRODUCTION
Nous nous proposons dans ce travail d'étudier des cas dans lesquels les deux syndromes cholécystique et appendiculaire peuvent coexister ou se succéder, et nous chercherons l'explication de leurs rapports réciproques.
Ces deux syndromes sont généralement assez nets. En effet, en présence des deux tableaux cliniques suivants, le médecin pose sans hésitation un diagnostic qui ne peut que recevoir dans la suite une entière confirmation.
Un malade est pris brusquement trois ou quatre heures après le repas du soir d'une douleur très vive occupant l’hypocondre droit, accompagnée souvent de frissons intenses et répétés. Cette douleur spontanée présente son maximum d’acuité au niveau de la vésicule biliaire (point cystique de Flemming) et de là s'irradie vers le haut du corps : à l’épigastre, à l'épaule droite et aussi parfois à l’omoplate, au sein et suivant le trajet du phrénique. Elle est exacerbée par la pression, mais cependant elle peut être calmée par une pression douce et large.
La durée de la crise est de six à douze heures ; elle présente une série de phases paroxystiques alternant avec des phases de rémission et cesse brusquement.
Pendant ce temps l'abdomen est ballonné ou rétracté. Souvent il y a de l’hyperesthésie et de la défense muscu-
aire. Les troubles digestifs sont constants : nausées, ho-
ENTRE quets,vomissements d’abord alimentaires, puis muqueux, puis bilieux, anorexie, constipation.
La température est normale ; cependant, d'après Fürbringer, il y aurait souvent une légère ascension au moment de l'accès. Parfois se produit la fièvre hépatalgique de Charcot : température à 40° et plus, durant quelques heures avec frissons et sueurs.
L'état général ne présente rien de spécial, sauf dans les cas plus accusés qui peuvent s'accompagner de symptômes péritonéaux.
Autre cas :
Il s'agit d’un malade qui a été pris d’une douleur brusque et violente, en coup de pistolet, siégeant à la fosse ihaque droite et tendant à s’irradier à tout l'abdomen, s’atténuant à mesure qu'elle se généralise.
L'abdomen est légèrement ballonné. La palpation au niveau de la fosse iliaque droite permet de constater la tiade douloureuse de Dieulafoy : hyperesthésie cutanée, défense musculaire, douleur à maximum au point de Mac Burney. Elle donne en outre la sensation d’un gâteau situé derrière la paroi abdominale, dû à la tuméfaction périappendiculaire ; mais ce n’est que quatre ou cinq Jours après le début des accidents qu'est constitué cet empâtement qui contribue avec la défense musculaire à empêcher la souplesse de l'abdomen du côté droit.
Le malade présente aussi des troubles digestifs ; vomissements plus fréquents le premier jour que les jours suivants, vomissements alimentaires, quelquefois bilieux, porracés el même brunâtres, fécaloïdes ; langue sale, anorexie, soif vive, conslipalion. Il peut y avoir émission de
gaz par l'anus, mais parfois il n'y a ni maliéres, ni gaz et le ventre est légèrement ballonné. Le facies est grippé, abdominal, le visage exprime la souffrance, les traits sont tirés, les yeux creux et cernés, le nez pincé.
La température qui s'est élevée brusquement oscille entre 38°5 et 39°, mais elle peut manquer dans certaines formes très toxiques. Le pouls est bien frappé, tendu, fréquent : 100 à 120 pulsations ; mais il peut être mou, irrégulier en même temps que très fréquent, c’est que l'on est en présence d’une forme grave à réaction péritonéale intense.
En présence des deux syndromes que nous venons de décrire, il est impossible au médecin de rester hésitant : le diagnostic de colique hépatique s'impose dans le premier cas non moins impérieusement que le diagnostic d’appendicite dans le second. Maïs, en clinique, les syndromes ne se présentent pas {oujours aussi typiques, aussi schématiques, pourrait-on dire. Les localisations de la douleur sont loin d’être toujours aussi précises. « On nous accordera aisément, dit Tripier au sujet de la colique hépatique, que les points douloureux classiques sont ceux que l'on observe le moins souvent. » D'autre part, le point de Mac Burney peut se trouver en défaut (1}. Appendicite et colique hépatique présentent bien des irradiations douloureuses communes. De plus, il y a des sujets chez qui la vésicule descend jusqu'au contact du cæcum;1l y en a d’autres chez qui l’appendice remonte derrière le cæcum jusqu’au foie ; c'est alors que la localisation de la douleur et
(4) Pau Derger, 2 fois sur 39 cas d’appendicite (XIV* Congrès de Chirurgie, octobre 1901).