DIAGNOSTIC DES FORMES COMPLETES
On doit séparer l'affection qui nous occupe des cas de luméfactions leucémiques des glandes lacrymales et salivaires associés à des adénopathies ganglionnaires.
Des faits de cette catégorie avaient été signalés longtemps avant la publication du mémoire de Mikuliez. C’est ainsi que Gallasch, en 1884, fit connaître un cas de leucémie chez un enfant de quatre ans et demi, qui présentait une tuméfaction des glandes parotides, sublinguales et lacrymales. Le petit malade ayant succombé à la cachexie leucémique, Gallasch trouva les glandes lacrymales, comme les autres glandes malades, en état d'infiltration Iymphoïde bien caractérisée.
Les faits observés par Gallasch ont été notés par un bon nembre d ‘observateurs, et nous savons aujourd'hui que des affections systématisées ganglionnaires peuvent débuter au niveau des glandes et simuler le syndrôme de Mikuliez.
Trousseau, dans sa clinique sur ladénie, insiste sur ce fait. Sur douze observations de cette affection, on & noté quatre fois l’existence de tumeurs lacrymales.
Il s’agit de sujets chez lesquels on constate, pendant un temps plus où moins long, une tuméfaction siégeant le plus souvent au niveau des paupières. Dans une seconde phase de l'affection, des tuméfactions ganglion-
naires apparaissent : préauriculaires, sous-maxillaires,
en pres
cervicales, qui bientôt se généralisent. L'affection revêt alors le caractère d’une adénie, qui tantôt reste aleucémique, tantôt s'accompagne d'une multiplication énorme de lymphocytes et devient leucémique.
Dans une observation de MM. Mollard et Favre, la leucémie ne s'est manifestée que longtemps après l’établissement des tuméfactions ganglionnaires.
Ces deux auteurs nous ont communiqué l'observation d’un second cas de leucémie à début lacrymal, dont nous avons eu la bonne fortune de voir les coupes et dont nous reparlerons dans quelques instants.
Citons aussi les observations de MM. Marcuse, Leber, Senator, Zirm, Van Duyse, Haeckel, de Wecker et Masselon, Sneguireff, etc.
Il s’agit, dans ces cas, de toute autre chose que de l’affection décrite par Mikuliez. Nous avons affaire à une maladie, non de la glande, mais du tissus lymphoïde péri- ou intraglandulaire.
Si l’on examine, en effet, une glande, et particulièrement une glande parotide, on trouve normalement dans son tissu des points Iymphoïdes, et l’on comprend que le lymphadénome puisse débuter en ces points comme il peut le faire au niveau des amygdales, de l'intestin (Iymphadénies à début amygdalien, lymphadénie intestinale).
Nous sommes loin ici du syndrôme de Mikuliez. Le diagnostic pourra être hésitant à la période des tuméfactions isolées. Même à ce moment, dans le cas observé par MM. Mollard et Favre, il s'agissait d'une infiltration molle, à limites mal précises, siégeant à la partie moyenne de la paupière supérieure el ne donnant pas
l'impression de ces indurations fermes, presque carlila-
== 0 2 gineuses, qui sont caractéristiques du syndrôme de Mikuliez.
A une seconde période, le diagnostic devient facile, lorsqu'apparaissent les tuméfactions ganglionnaires el
les modifications sanguines.