SYPHILIS DES GLANDES LACRYMALES ET SALIVAIRES
Il est très intéressant de donner un aperçu de ce que la littérature médicale contenait, touchant la syphilis de ces glandes.
Nous ne pouvons développer complètement ce point. Nous signalerons que, bien avant les conceptions actuelles, on à rapporté à la syphilis, et d’ailleurs très justement, des cas de lésions glandulaires multiples que nous n'hésiterions pas aujourd’hui à étiqueter « syndrôme de Mikuliez », et dont nous aurions pu légitimement rapporter les observaltions très probantes à la suite de celles que nous avons citées plus haut. Nous en ferons précéder l'exposé d’un très court résumé de l’action du tréponème sur ces glandes.
Il fut admis pendant longtemps que la syphilis n’atteignait jamais les glandes salivaires. On rencontre cependant, dans la littérature médicale, d'anciennes observations, telles que celles de Richter en 1800, de Riest en 1839, de Rollet en 1859, de Hardy en 1878, où l'attention des eliniciens semble avoir été attirée du côté des glandes parotides et sous-maxillaires, plus ou moins tuméfiées au cours d’une syphilis en évolution.
En 1865, Virchow signale pour la première fois des manifestations tardives de la syphilis portant sur les glandes salivaires.
En 1866, Lancereaux publie, dans son Traité de la Sy-
philis, le compte rendu de lautopsie d'une femme qui présentait, entre autres accidents, des lésions tertiaires de la glande sous-maxillaire.
Pour lui, si les cas d'affection syphilitique des glandes salivaires sont peu nombreux, cela tient à ce que ces organes ne sont pas d'ordinaire examinés après la mort et que les troubles fonctionnels qui résultent de leur altération peuvent passer inaperçus. Oh peut done croire que la syphilis les atteint peut-être plus souvent qu'on ne le suppose.
Fournier et Verneuil, en 1875, signalent des cas très intéressants de syphilis des sublinguales.
Kaposi, en 1891, constatant des tumeurs des glandes parotides et sublinguales chez de vieux malades syphilitiques, a réussi à guérir les accidents par un traitement mercuriel.
En 1894, Neumann publie cinq observations intéressantes de syphilis des glandes salivaires à forme subaiguë pendant la période secondaire. On trouve également la description d’une manifestation tardive très curieuse de la spécificité, localisée au niveau de la glande de Blandin-Nühn.
Depuis lors, des exemples de syphilis des glandes salivaires sont rapportés fréquemment. Plusieurs ont trait à des manifestations lardives de la syphilis héréditaire; ce sont les cas de Osler, Bresgen, Erler, Mer- Kel;etc.…
Koschel, en 1895, publie dans sa thèse l'observation d'un malade vraisemblablement hérédosyphilitique. Ce travail contient le résumé de quatorze cas précédemment
décrits.
Puis viennent les observations de Felmann en 1902, de Lapersonne en 1902, Symmers en 1908, Heller en
En 1909, Faroy étudie le pancréas et la parotide dans l'hérédo-syphilis du fœtus et du nouveau-né. Il retrouve dans la glande salivaire l’analogue des lésions de pancréatite scléreuse et de pancréatite hémorragique qu'il avait observées d'autre part, et il met en évidence l'abondance des tréponèmes contenus dans les parenchymes glandulaires.
Morestin, en 1912, cite un cas de syphilome parotidien accompagné d'une gomme du sterno-cleido-mastoïdien.
Gerber, en 19143, fait une étude détaillée sur la syphilis des glandes salivaires.
Vuillet, la même année, dans sa thèse, rapporte une observation personnelle de fumeur parotidienne d’origine syphilitique.
Guibaud, en 1918, rapporte un cas de tumeur syphilitique de la parotide chez une ouvrière de la pyrotechnie de la marine à Toulon.
Nous avons intentionnellement laissé de côté quelques cas rares de gomme syphilitique parotidienne, à évolution progressive vers le ramollissement : tels sont ceux cités par Lang en 1884, Bock en 1885, Gile en 1906, ete...
S'il est quelques exemples d’engorgement des parotides, contemporain du chancre, où apparaissant très peu de temps après l'accident primitif, le plus souvent,
les lésions des glandes salivaires se montrent plusieurs années après le début de l'infection au cours des périodes secondaire et tertiaire.
Osler, Erler, Mandowsky ont cité des cas évidents de manifestations héréditaires.
Par ordre de fréquence, les glandes les plus souvent atteintes sont : la parotide, la sous-maxillaire, la sublinguale.
Il convient, d'après Villet, de diviser la svphilis des glandes salivaires en :
1° Syphilis précoce.
a) Tout au début de l'infection, plusieurs cas de tuméfactions des glandes salivaires ont été décrits, mais ils sont rares ;
b) On a remarqué une forme subaiguë chez des sujets en général porteurs d'accidents secondaires. Le développement de la tuméfaction des glandes salivaires est rarement brusque, mais pourtant assez rapide. On constate d’abord un gonflemnet diffus, généralement symétrique et bitaléral de la région parotidienne. Au bout de quelque temps, on peut nettement percevoir la glande.
On voit qu'il n’y à qu'un pas entre cette affection et les cas de syndrôme de Mikuliez à début rapide, cités par MM. de Massary et Tockmann, Flandin et Aubin, Blanc.
2° Syphilis tardive.
Tantôt il existe une inflammation chronique bilatérale et diffuse, prédominante au niveau des parotides; tantôt, au contraire, la lésion se trouve localisée au niveau d'une seule glande salivaire.
Nous signalerons encore, dit Vuillet, l'atteinte simul-
lanée des glandes salivaires et des glandes lacrymales.
SD
La glande forme une masse élastique plus ou moins dure, non douloureuse au toucher. La peau à un aspeel normal et est mobile sur les plans sous-jacents. Les symptômes fonctionnels sont nuls.
Nous sommes done ici en plein syndrôme de Mikuliez. On verra qu'il n'a pas été méconnu par les anciens syphiligraphes, ainsi qu'en témoignent les trois observations que nous donnons en dernier lieu, ne pouvant mieux clôturer notre thèse.