INTRODUCTION
Dans ce modeste travail, nous avons l'intention de contribuer à l'étude d’une affection curieuse, caractérisée par une hypertrophie symétrique et exclusive des glandes lacrymales et des glandes salivaires, connue sous le nom de maladie ou mieux de syndrôme de Mikuliez. Depuis longtemps déjà, les auteurs qui la décrivirent et l’étudièrent se sont refusés à la considérer comme une véritable entité morbide, mais se sont accordés à en faire la manifestation d'un état infectieux antérieur aigu ou chronique.
Alors que nous suivions l’enseignement de M. le Professeur agrégé Favre, nous eûmes l’occasion de voir une malade atteinte de syndrôme de Mikuliez. D’après l’examen clinique, cette malade pouvait êlre considérée comme une spécifique : aussi notre maître nous conseilla-t-il, comme objet de notre travail inaugural, de rechercher si, dans les causes possibles de cette affection, ne pouvait pas entrer pour une large part cette si commune et si grande infection qu'est la syphilis.
Après avoir fait brièvement l'historique du syndrôme avec l'étude de l’évolution des idées à son sujet depuis son apparition en clinique, nous en rappellerons les différents symptômes, les moyens de diagnostic et enfin
les lésions anatomiques. Mais c’est surtout l’éliologie qui nous arrêtera. Nous envisagerons les différentes causes pouvant produire cette affection. La première condition nécessaire pour instituer un traitement rationnel est de connaître l’origine de la maladie.
Nous rapporterons, dans le courant de notre travail, deux observations inédites de syndrôme de Mikuliez chez des spécifiques, l’une étant celle de la malade dont nous avons déjà parlé, l’autre celle d’un malade fort intéressant que M. Favre à bien voulu nous présenter dans son cabinet de consultation. Une troisième observation inédite est due à l’obligeance de notre camarade, le Docteur Pierre Blanc, que nous remercions sincèrement.
Nous avons trouvé dans la littérature médicale plusieurs relations de cas de syndrôme de Mikuliez chez des syphilitiques; nous ne manquerons pas de les mentionner et de faire remarquer leur fréquence relative et le grand intérêt qu'il y a à songer toujours à la syphilis lorsque l’on se trouvera en présence d’un syndrôme de Mikuliez. Plus souvent peut-être qu'on ne serait tenté de le croire, cette manifestation très apparente de la spécificité servira à déceler une syphilis cachée et à faire instituer le traitement.
A la suite de ces relations de syndrôme de Mikuliez observées chez des spécifiques avérés, nous citerons plusieurs autres cas dont les observations nous font suspecter une syphilis héréditaire ou acquise comme origine probable de lhypertrophie des glandes lacrymales et salivaires.
Enfin, nous éludierons les différentes manifestations
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de la syphilis des glandes salivaires et lacrymales et nous verrons la grande analogie qui existe entre elle et l’affection que nous nous sommes proposé d'étudier. Nous terminerons en parlant des traitements employés jusqu’à ces dernières années, tous plus ou moins empiriques, où l’iodure de potassium, l’arsenic et le mercure sont des plus vantés. Leur action s'explique aujourdhui, à la lumière des notions récemment ac-
quises sur l’éliologie de l'affection décrite par Mikuliez.