HISTORIQUE
Déjà bien avant von Mikuliez, on avait décrit des hypertrophies chroniques des glandes lacrymales, mais généralement elles étaient limitées à un seul côté. Quelques cas symétriques étaient en général rapportés à la leucémie ou au lymphadénome.
En 1886, Power rapporte le cas d’un jeune homme chez qui les glandes lacrymales étaient tuméfiées. La même année, Frost communique un cas de tuméfaction chronique des deux glandes lacrymales.
Cette hypertrophie symétrique appela done l’attention des ophtalmologistes, mais aucun ne fait mention d'hypertrophie consécutive des glandes salivaires.
Cette association fut remarquée pour la première fois par von Mikuliez, qui, en 1888, présenta au Verein für Wissenschäftliche Heilkunde de Künigsberg un homme de quarante-deux ans « atteint de tumeurs multiples, lesquelles intéressent principalement les glandes salivaires et les glandes analogues ».
Le compte rendu de la Société en question se borne à enregistrer le fait; c’est que, comme l’a déclaré quatre ans plus tard Mikuliez lui-même, l'interprétation du cas dont il s'agissait ne laissait pas que d’être embarrassante, car il n'entrait dans le cadre d'aucune des affec-
Ur lions connues, et il ne trouva pas dans la littérature médicale d'observation comparable; aussi résolut-il d’ajourner la publication détaillée de ce fait, jusqu’au jour où il aurait l’occasion d’en trouver un semblable (Cheinisse).
C’est alors qu'Haltenhoff, en 1889, publie un cas « d'hyperplasie lymphatique des glandes lacrymales et salivaires ». à
En 1891, Fuchs, à son tour, présente un malade atteint d'affection symétrique des glandes lacrymales et des glandes parotides.
Aussi, Mikuliez, retrouvant les plus grandes analogies entre les deux observations et l’histoire de son malade, n’hésita pas à consacrer une étude spéciale à l’affection symétrique des glandes lacrymales et salivaires et a ériger celle-ci en entité morbide. C’est ce qu'il fit en
I s’en faut, d’ailleurs, que les trois observations que nous venons de rappeler soient restées isolées et puissent être considérées comme de simples curiosités pathologique : dans son mémoire, Mikuliez mentionne brièvement deux autres faits qui lui ont été communiqués par Fuchs, et, depuis la publication de ce travail, un assez grand nombre de cas du même genre ont été relatés. Nous signalerons les plus intéressants dans cet hislorique, ainsi que les études les plus importantes faites sur l’affection qui nous occupe.
Les noms des auteurs qui ont publié d'autres observations seront inscrits dans notre bibliographie, afin que l’on puisse se reporter à leurs articles. |
De Wecker et Masselon, en 1892, rapportent l’observa-
ue
tion d’un malade atteint de tumeurs symétriques des glandes lacrymales, palpébrales et parotidiennes.
Debierre et Snell, en 1893, publient chacun un cas de tuméfactions symétriques des glandes lacrymales et parotidiennes.
Tietze, en 1896, signale le cas d’une malade qui présenla une luméfaction des glandes sous-maxillaires et, quatre ans après, une ltuméfaction des glandes lacrymales.
En 1897, Kümmel fait paraître un mémoire où il réunit les cas parus jusqu'à lui, et y ajoute six observations personnelles. Sur ces vingt et un cas réunis, plusieurs relèvent de la leucémie ou de la lymphadénie et leur rattachement au syndrôme de Mikuliez est contesté.
Parmi ses six observations personnelles, quatre ont eu pour objet des affections limitées aux glandes salivaires et sont des formes incomplètes de la maladie de Mikuliez.
En 1904, Sneguireff, dans plusieurs communications, publie une étude importante de l’affection. Pour lui, son étiologie est si différente qu'il convient de parler de syndrôme et non de maladie. Cet auteur signale la fréquence des formes incomplètes.
Wallenfang (1904), dans sa Contribution à l'étude des tumeurs symétriques des glandes lacrymales et salivaires, croit que la maladie de Mikuliez n’est qu'une étape vers la pseudo-leucémie générale.
Après une discussion qui à eu lieu en 1905, à la 5ociété Médicale de Vienne, le Docteur Cheinisse expose un examen très complet de la maladie de Mikuliez, qui ne doit pas être considérée comme un syndrôme, ainsi
que l'ont soutenu les auteurs précédents. « En réunissant, dit cet auteur, les faits épars que l’on trouve dans les recueils spéciaux d’ophtalmologie ou de chirurgie, il nous sera facile de démontrer que l’élat morbide décrit par Mikuliez constitue une affection sui generis parfaitement caractérisée et qui, .à ce litre, mérite d’avoir sa place dans la pathologie et d’être mieux connue qu’elle ne l’a été jusqu à présent. »
Il semble cependant que la théorie de Sneguireff soit plus acceptable, et Mikuliez lui-même ne reconnaît pas à l'affection une étiologie univoque.
En 1908, de Joug et Joseph présentent à la Société Médicale des Hôpitaux un infantile de quinze ans à antécédents héréditaires chargés, atteint d'hypertrophie des glandes salivaires et lacrymales.
Frenkel, par des publications parues en 1908, 1909, 1912, établit l'existence d'un syndrôme d'hypertrophie des glandes salivaires à l’état physiologique existant chez 1 pour 200 des individus normaux ne présentant aucun trouble.
MM. Souques et Chené, en 1909, décrivent des formes incomplètes de la maladie de Mikuliez.
Le premier cas de maladie de Mikuliez déerit à Lyon le fut par Lacous, à la clinique d’ophtalmologie, en 1909.
En 1910, Séjournet fait une étude très détaillée du syndrôme, et plusieurs fois, dans le cours de ce travail, nous aurons l’occasion d'en parler.
Nous ne manquerons pas de signaler, en 1940, la thèse de Saussol sur Les dif/érentes formes cliniques du syndrôme de Mikulicz, et en 1911 celle de Berthon, qui étu-
die les relations possibles entre le syndrôme en ques-
tion et les insuffisances glandulaires, lestieulaire principalement.
Nous ne ferons que mentionner de nombreuses autres observations qui ont été publiées en France : par Dieu, Gouget, Sicard et Leblane, Méry, Lucien Girard et Mercier-Desrochettes, Aubineau; en Allemagne, par Caspary, Marcuse, Haenisch, Senator, Hormel, Haeckel, Siebenmann, ete.; aux Etats-Unis, par Dünn, Raudolph, Olsho, Teleston, Lintz, Posey, Palmer, ete.; en Angleterre, par Elliot, Pooley, Paton, Mac Donald, etc...
Toutes ces observations sont consignées dans notre bibliographie.
Pour compléter cet historique, nous ne faisons que signaler les observations qui nous intéressent plus particulièrement et sur lesquelles nous reviendrons longuement dans la suite; nous voulons parler des cas de syndrôme de Mikuliez chez des syphilitiques.
La première relation de ce genre fut celle de Guttmann, en 1907, qui, dans son article « Sur les rapports de la syphilis et de la maladie de Mikuliez », cite l’observatiton d’un spécifique atteint de maladie de Mikuliez.
En 1914, Vennin et Worms nous apportent une observation semblable. La même année, Théodoresco, dans un article très documenté, nous fait connaître que, lorsque l’on se trouve en présence de l'état morbide que nous étudions, on doit toujours diriger ses investigations du côté de la recherche de la syphilis, car, le plus souvent, celle-ci entre en cause.
Puis, plus près de nous, en 1918, de Massary et Tockmann, MM. Flandin et Aubin en 1920, citent deux cas de syndrôme de Mikuliez chez des spécifiiques certains.