CHAPITRE II
QUELQUES DONNÉES ANATOMO - PHYSIOLOGIQUES SUR LA CIRCULATION ARTÉRIELLE DE L'INTESTIN (TERRITOIRES MÉSENTÉRIQUES)
Si un grand nombre de protocoles d’autopsies ne précisent pas l’état des artères mésentériques parce que les observateurs n'avaient pas l'attention attirée de ce côté, dans beaucoup de cas, c’est une faute de technique commise au début de la vérification nécropsique qui crée un obstacle aux recherches ultérieures dans ce territoire vasculaire. Souvent, en effet, on pratique d'emblée léviscération totale; on détache l'aorte du paquet viscéral ; si l’attention a été attirée du côté de l'intestin on le libère de ses attaches mésentériques, puis on examine, isolé et ouvert; rencontre-t-on alors des lésions telles qu’ulcérations, ecchymoses, nécrose ou infarcissement, et veut-on en chercher Pexplication dans une lésion artérielle, il est pratiquement presque impossible, dans le moignon mésentérique isolé, de retrouver et surtout de localiser les lésions; ou du moins le travail de dissection que nécessiterait cette recherche demanderait trop de temps, et on se prive amsi de renseignements souvent utiles, parfois d’une importance capitale. Au contraire,
Sat ft la recherche de ces altérations vasculaires est relativement simple sion dirige d'emblée les investigations de ce côté. Aussi, lorsqu'on fait l’autopsie d’un sujet ayant présenté, pendant sa vie, des phénomènes mtestimaux rentrant dans le cadre de ceux que nous étudierons, ou lorsqu’à l'ouverture de l’abdomen on constate sur l'intestin en place, soit la temte noirâtre de l'infaretus, soit l'aspect gangréneux d'un segment, soit les taches ecchymotiques de quelques anses, soit encore un épaississement anormal localisé des parois, il est bon de modifier un peu la conduite habituelle des opérationsnécropsiques et de procéder de la manière suivante: les viscères ayant été enlevées en totalité par le procédé habituel, on place tout d’abord le paquet viscéral la face dorsale tournée en haut et on imcise Vaorte le long de la ligne médiane postérieure en pénétrant par les iliaques: laorte ainsi ouverte, on se rend compte immédiatement des lésions de son seoment thoraco-ahdominal, et, surtout, on peut, dès ce moment, noter l’état des orifices de naissance des branches. On retourne alors le bloc viscéral pour le faire reposer sur la face dorsale et on se dirige, aux ciseaux et à la sonde cannelée, sur le trajet des mésentériques. Tout d’abord, pour découvrir l'artère mésentérique supérieure, on relève en haut le côlon tranverse, on écarte les anses erêles en les rabattant à gauche et en bas: on découvre Partère au devant de la troisième portion du duodénum, audessous du bord inféricur du pancréas : on suit aussi loim que possible son trajet et on met à découvert ses collatérales : l’ineision le long: dutube artériel
ve permet, s’il y à des lésions, de les situer très exacte ment par rapport à la naissance de l'artère ou de ses branches, et aussi par rapport aux anses intestinales. Pour la mésentérique inférieure, on rejette à droite le paquet des anses grêles, on écarte à gauche les portions terminales du côlon, et, pour trouver plus rapidement le tronc artériel, on le cathétérise avec un stylet qu'on enfonce par l’orifice aortique.
tenvoyant, pour l’étude anatomique complète des mésentériques, aux traités classiques, aux travaux de Dwight (1903), de Monks (1903), de Roux et de Mie Kontowt (1907), de Latarjet (1910), de Lardennois et Okinezye (1910), de Villandre et Gatellier (1911), nous ne retiendrons, parmi les acquisitions récentes, que les points dont la connaissance peut être utile pour linterprétation des phénomènes pathologiques.
Les recherches de Monks, et surtout celles de M'° Kontowt ont précisé LE MODE ANASTOMOTIQUE DES COLLATÉRALES DE LA MÉSENTÉRIQUE SUPÉRIEURE DES- TINÉES A L'INTESTIN GRÈLE. Voici la facon dont Tl'estul décrit ces anastomoses : €Après un trajet den à 10 centimètres, les artères » (branches de l'intestin grêle) « se divisent chacune en deux rameaux, lun supérieur, autre inférieur: le rameau supérieur s’anastomose par Imosculation avec le rameau mférieur de Partère qui est au-dessus ; le rameau inférieur s’anastomose, de même, avec le rameau supérieur de l'artère qui est au-dessous. De ces anastomoses, il résulte une longue série darcades, dont la convexité est lLournée en avant du côté de. l'intestin gréle, De chacune de ces
és QUE arcades partent, en divergeant, quatre ou cinq rameaux qui se bifurquent et s’anastomosent à leur tour en donnant naissance à une nouvelle série d’arcades plus petites que les précédentes. Au-devant d'elles se trouve une troisième et quelquefois même une quatrième série d’arcades formées de la même façon et toujours orientées dans le même sens. Finalement, on voit se détacher des dernières arcades une multitude d’artérioles qui se jettent sur les deux faces de l’intestin grêle et se ramifient dans ses différentes tuniques. » En réalité, en précisant l’étude de ces arcades on arrive à faire une distinction suivant le niveau de l'intestin grêle auxquel sont destinées les artères, Dans la portion mitiale du jéjunum, c’est-à-dire pour les trois premières collatérales, il n’y a qu'une arcade; plus bas, il y a deux séries d’arcades puis, à mesure que l’on descend, les arcades deviennent plus nombreuses et sont formées de rameaux plus petits; le plus grand nombre d’arcades, qui est ordinairement de 5, se rencontre au commencement du tiers inférieur du mésentère (M'e Kontowt). La dernière série d’arcades, d’autant plus rapprochée du bord de lintestin que les étages anastomotiques ont été plus nombreux, forme un véritable canal continu qui suit à peu près régulièrement le bord mésentérique de l’intestin et qui est désigné sous le nom de vaisseau parallèle de Diigt. De ce vaisseau parallèle partent les vaisseaux droits destinés au tube intestinal. Ces vasa recta forment sur les faces de l’intestin des festons d’où naissent des rameaux à caractère nettement terminal chez
nu — l’homme : chez le chien, au contraire, ces derniers rameaux peuvent s’anastomoser le long du bord hbre de l'intestin, formant ainsi un véritable « vaisseau parallèle distal » (Villandre et Gatellier).
LES COLLATÉRALES DE LA MÉSENTÉRIQUE SUPÉ- RIEURE DESTINÉE A LA MOITIÉ DROITE DU GROS INTESrix présentent ordinairement deux arcades anastomotiques : la première formée par la bifurcation des branches de la mésentérique peu après leur naissance, la deuxième située près du bord intestinal. Comme particularités, notons la distribution artérielle de l’appendice qui est à peu près complètement autonome, lartère appendiculaire ne contractant que des anastomoses insignifiantes avec les artères cœcales (Murian). Signalons aussi, à la limite entre l’intestin orêle et le gros intestin, l'existence d’une zone du mésentère où 1l n y a pas de rameaux artériels notables : cette « aire avasculaire de Treitz » est située entre la terminaison de la mésentérique supérieure, l'iléo-cœcale et l’arcade termimo-iléale; on admet ordinairement que l’atrophie des vaisseaux dans cette zone est consécutive aux processus d’accolement des mésos au péritome postérieur.
De la MÉSENTÉRIQUE INFÉRIEURE naissent les coliques gauches qui s’anastomosent entre elles avant de se distribuer à la fin du côlon transverse, aux côlons descendant et sigmoïde. Entre le territoire colique gauche et le territoire rectal de l’hémmorroïdale supérieure se trouve également une aire où les artères sont peu abondantes et de calibre minime c'est la « zone avasculaire de Sudeck »,
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Nous avons signalé les anastomoses qu'échangent entre elles les branches issues d’un même tronc mésentérique. Mais CHAQUE RÉSEAU MÉSENTÉRIQUE EST UNI PAR DES ANASTOMOSES AUX DEUX TERRITOIRES SUS ET SOUS-JACENTS.
La dernière branche de la mésentérique supérieure, la colique droite supérieure, envoie parallèlement au côlon transverse une branche importante qui va s'unir au rameau supérieur de la première colique gauche: cette voie anastomotique, entre les deux territoires mésentériques, est désignée sous les noms de grande arcade anastomotique de Riolan » ou « d'anastomosis maxima de Haller ».
Du côté duodénal, les deux arcades pancréaticoduodénales sont formées par l'artère pancréaticoduodénale inférieure (branche de la mésentérique supérieure) et la pancréatico-duodénale supérieure (branche de hépatique). La mésentérique supérieure contracte encore une autre anastomose avec le territoire cœliaque, par sa petite artère pancréatique qui va s'unir à un rameau de la splénique.
Du côté du rectum les anastomoses des hémorroidales mettent largement en communication le réseau de la mésentérique imférieure avec celui des iliaques et des fémorales.
Les CONDITIONS DE LA CIRCULATION ARTÉRIELLE DE L'INTESTIN sont dominées par le mode de distribution de la mésentérique supérieure : cette artère doit, à elle seule, assurer Pirrigation d'un territoire qui comprend presque tout lintestin grêle et la moitié du oros Intestin; ses ramifications s'étendent sur une
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longueur de plus de 8 mètres, circonstance qui ne se retrouve nulle part dans l’économie. Cette artère peut-elle être suppléée, le cas échéant, par les troncs voisins avec lesquels elle échange des anastomoses ? Tel est le problème qui, eu égard à son importance au point de vue pathologique, a soulevé de nombreuses discussions ef provoqué de multiples séries d'expériences.
Un premier point, imdiscutable, est établi depuis longtemps : sur le cadavre, une injection poussée dans la mésentérique inférieure ou le tronc cœliaque remplit tout le territoire de la mésentérique supérieure (Litten, Grasser et Hallé); l'artère mésentérique supérieure est donc anatomiquement anastomotique, Selon lexpression de Litten. Mais les conditions de ces expériences sont bien différentes de celles rencontrées pendant la vie, et on ne peut reporter leur conclusion dans le domaine de la physiologie.
Dans les expériences pratiquées in vivo, dans les déductions tirées de quelques cas pathologiques ayant la valeur d'expériences, l'accord est loim d’être fait. Tout récemment, Lagane. dans sa thèse, faisant une excellente étude expérimentale d'ensemble où il relate la plupart des expériences effectuées et apporte une importante contribution personnelle, met en relief les discordances entre les résultats obtenus et cherche à en déterminer les raisons. Or, si les conclusions des auteurs sont très différentes, 1} faut reconnaitre que les conditions expérimentales sont elles-mêmes assez variées pour rendre les comparaisons difficiles. Tout d’abord, on a utilisé divers animaux : chien, cobave,
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chat, lapin. Il est possible que la distribution mésentérique ne soit pas la même chez tous ces animaux, et nous avons signalé déjà la richesse plus grande des anastomoses entre les artères pariétales chez le chien. D'autre part, les physiologistes ont employé des techniques et un matériel expérimental très différent. Surtout ils ont sacrifié leurs sujets à des périodes très variables : d’aucuns les sacrifient quelques heures après l’expérience ; d’autres les laissent vivre plusieurs jours ou attendent que la mort se produise comme conséquence du trouble circulatoire qu’ils ont créé.
Un point qui a une grosse importance et sur lequel il est difficile d’être renseigné, c’est le degré d’infection qui succède aux différentes manœuvres opératoire dans l’abdomen ; la plupart des protocoles n’en parlent pas. Enfin, un élément dont on n’a peut-être pas assez tenu compte est fourni par l'importance plus ou moins grande des réflexes d’origine péritonéale qui doivent se produire au cours de ces manœuvres expérimentales. Dans certains cas, après une imtervention rapide, aseptique, les animaux sont mis au repos complet; dans d’autres, au contraire, par exemple dans certaines expériences de Litten, on multiplie les irritations de la séreuse abdominale : on ne referme la paroi qu'avec des pinces qu’on enlève toutes Les dix minutes pour se rendre compte de l’état circulatoire, Il est bien évident que dans ces conditions les réflexes péritonéaux et l’inflammation nécessaire de la séreuse créent des circonstances circulatoires toutes différentes !
Ces réserves étant faites, nous rappellerons briève-
ment les diverses expériences eflectuées sur le territoire mésentérique supérieur d’abord, puis sur le territoire mésentérique inférieur.
La ligature du tronc de la mesentérique superieure ou de ses grosses branches est, dans les expériences de Litten, suivie invariablement de Îa constitution d’un infarctus hémorrhagique de lintestin avec mort dans douze à quarante-huit heures. Des résultats analogues sont obtenus par Faber, Niederstem : Karder voit se produire de la nécrose d'emblée; Ravenna, chez deux lapins et cinq chiens, constate de petits infarctus multiples de l’intestin. Au contraire, Beckmann, chez un chien après quatre heures, Cohn et Cohnheim, également chez le chien, ne voient pas de modifications appreclables de l’intestin ; il en est de même dans quelques expériences de Ravenna sur le lapin et le chat et dans celles de Nazari (1907).
La ligature simullanée des grosses branches inesenleriques et des voies anastomotiques donne, par contre, toujours des troubles graves : infarctus hémorrhagique (Cohnheim) ou nécrose (Marek). Ravenna, liant en même temps les grosses branches mésentériques et les petits rameaux artériels et veineux du mesentère, obtient aussi un infarctus hémorrhagique.
Au niveau des pelites branches de distribution, les ligatures ont un effet très différent suivant qu'elles portent au-dessus ou au-dessous des arcades anaslomotiques. La ligature des rameaux artériels au-dessus de Parcade n’entraine pas de modifications notables de lintestin dans les observations de Litten, ‘de
PR ES Niederstem et dans la plupart de celles de Ravenna (qui aurait vu une seule fois un mfarctus). D’une série d'expériences effectuées sur le chien, Bégouin (1898) tire les conclusions suivantes : on peut sectionner le mésentère sur 10, 25 et mème 30 centimètres sans provoquer de sphacèle, à condition que la section mésentérique reste à plus de 4 centimètres du bord de l'intestin grêle, laissant persister la ligne des anastomoses. Si les ligatures artérielles portent awdessous des arcs anastomotiques, la compensation est très difficile : Bier (1895), Madelung disent qu’on ne peut détacher plus de 5 centimètres d’intestin de son mésentère, par une section juxta-mtestinale, sans provoquer de sphacèle. Pour Bégoum dans de telles conditions, une section de » centimètres est le plus souvent suivie de sphacèle: si elle attemt S centimètres le sphacéle ne manque jamais. Lagane ayant lié les petites artères intestinales sur plus de 30 centimètres sacrifie le chien après vingt-quatre heures et constate de l’ « œdème de l’intestin ».
Du côté des branches destinées au gros intestin, on considère habituellement comme très dangereuse la hyature d'une artère colique en particulier de la colique droite supérieure (colica média des Allemands) malgré l'existence proche de la « grande anastomose »; en réalité Cunéo, Ombrédanne ont montré que la ligature de la colique moyenne peut être très bien tolérée, si elle porte sur le tronc même de l'artère et n’intéresse pas ses anastomoses : au contraire la ligature de 13 centimètres de mésocôlon chez le lapin entraine la nécrose (Kader).
On a realise les oblitérations mésentériques, en dehors des ligatures, par des njections faites dans le tronc ou dans les branches de l'artère : on a imjecté du plâtre, du mercure, de la cire, des grains de tabac, du charbon, de la paraffine, du coagulum sanguin desséché et trituré, ete. (Cohnheim, Panum, Niederstem, Marek, Ravenna, Lagane). Dans un cas de Cohnheim où la cure s'était arrêtée au niveau des grosses branches 1l n’y eut pas de lésions imtestimales consécutives. Lagane a noté dans une expérience (où la mort de l’animal était due à une cause accidentelle) de Pinfiltration leucocytaire des parois de l'intestin. Mais le plus souvent, les embolies artificielles vont obstruer les petites branches artérielles et surtout les vaisseaux de la paroi ; 1l en résulte de la nécrose intestinale (Cohnheim, Panum, Niederstem, Ravenna, Lagane), quelquefois de lapoplexie ou un mfarctus de l’intestin (Lagane).
On a souvent essayé de compliquer les conditions expérimentales en assocuant les oblilérations veineuses auæ oblitérations artérielles : on obtient alors plus facilement l’infarctus, sauf s’il s’agit de petits territoires, comme c’est le cas dans les sections mésentcriques auxquelles nous avons fait allusion plus haut. Ou bien encore on a augmenté les chances d’infection en injectant au préalable des cultures de bacilles d’Eberth ou de staphylocoques (Lagane): on réalise ainsi une circonstance favorisant l’apparition de la nécrose.
La mésentérique inférieure présente des conditions circulatoires beaucoup plus favorables, dans un terri-
0e toire beaucoup plus restremt, avec des anastomoses larges aux deux limites.
La ligature du tronc mésenterique inférieur est bien compensée dans les expériences de Litten. Ravenna au contraire le liant à son origine produit un infarctus. D’autres fois, on constate de simples ecchymoses superficielles de l'intestin:
La ligature de l’hémorrhoïidale superieure, audessous de la dernière collatérale importante de la mésentérique inférieure, peut donner un infarctus du rectum (Sudeck ; Hartmann et Dietrich).
Comment interpréter toutes ces donnees expérimentales ? Pour Litten et la plupart des classiques, la mésentérique supérieure est anatomiquement anasto— motique mais physiologiquement terminale : cette insuffisance des voies collatérales à rétablir la circulation est due à la longueur: du circuit mésentérique : pour qu'une injection, poussée dans la mésentérique inférieure, pénètre dans toute la longueur du territoire inésentérique supérieur, 1] faut exercer une pression énorme, de 30 centimètres de mercure, et encore w'injecte-t-on souvent ainsi que les artérioles et non les capillaires. Or, la pression dans la mésentérique inférieure n'excède pas normalement 8 centimètres de mercure ! Cette interprétation est loin d’avou la valeur absolue que sembleraient indiquer les chiffres : en réalité on ne peut comparer la pression qu’il faut exercer sur le piston d’une seringue pour injecter des vaisseaux morts, à la pression mise en jeu dans une artère vivante pour lancer l’ondée sanguine suivant les conditions créées par les vaso-moteurs et variables à
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chaque instant ! Par ailleurs l'expérimentation ellemême vient s'élever, nous l’avons vu, contre cette théorie du caractère terminal de la mésentérique supérieure. Cohnheim soutenait déja que, pour qu’un infarctus intestinal püt se produire, il fallait Poblitération simultanée du tronc (ou d’une grosse branche), de l'artère et des rameaux anastomotiques périphériques. C’est à celte même conclusion que sont arrivés Souligoux et Lagane : « la mésentérique supérieure peut être considérée comme une artère fonctionnellement anastomotique et, dans lintestin, la circulation collatérale existe grâce à la disposition en arcades, des artères mésentériques...et aussi grâce au secours des petits vaisseaux des parois intestinales » (Lagane); l’intégrité de ces anastomoses mésentériques et pariétales est nécessaire à la suppléance circulatoire.
Nazari constate que la compensation circulatoire est possible, mais difficile, après l’oblitération mesentérique même complète. Pour que la circulation collatérale puisse suffire 1} faut un certain nombre de contingences favorables : lenteur de l’occlusion, intégrité de la circulation dans les voies anastomotiques, et aussi pression suffisante, par bonne circulation générale. Sa conclusion est que les artères mesentériques sont analomiquement el fonchionnellement anaslomohiques mais virtuellement lerminales.
Nous venons d'étudier les modifications apportées dans la circulation artérielle de Pintestin par les obstacles mécaniques créés en divers points du territoire mésentérique. Mais de continuelles variations se pro-
Te ee duisent dans ces vaisseaux sous lINFLUENCE DU SYs- TÈME NERVeUx dont nous allons rapidement rappeler l’action.
Depuis longtemps les physiologistes ont étudié l’eftet vaso-moteur intestinal produit par les excitations nerveuses du sympathique où du pneumogastrique. On appréciait de visu les modifications circulatoires de la surface libre de l’intestin, de la muqueuse et les var1ations de calibre des vaisseaux mésentériques: c'est la méthode suivie par Cl. Bernard, Budge, Pmceus, Vulpian, Moreau, Samuel, Sanders-Ezn, Zunst, Dastre et Morat. D'autres expérimentateurs étudiaient les modifications de la pression artérielle générale et en dédui saient l'effet vaso-moteur intestinal : von Bezold et Bensen, Asp, Heidenhain et Grützner, Bæœhm, Rossbach, Pawlow, Belfield, Bradford et Dean. Plus récemment l'étude de l’mnervation vaso-motrice de l'intestin a été reprise complètement par Francois Franck et Hallion dans un important travail des Archives de Physiologie de 1896 : ces auteurs ont utilisé la méthode volumétrique, et ont donné des conclusions auxquelles on a peu ajouté depuis.
De toutes ces expériences se dégage d’abord un fait dominant : le sympathico-splanchnique a un rôle vaso-constricteur intestinal.
La section des splanchniques, après une courte vasoconstriction due à l'irritation mécanique, entraine une vaso-dilatation paralytiquesuivie de congestion intense, d'augmentation des pulsations des artères mésentériques, d’œdème de la muqueuse digestive et d’exsudation intestinale; en même temps on constate une
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dépression artérielle générale aussi marquée qu'après la section de la moëlle cervicale (von Bezold et Bensen).
L’excitation du bout périphérique des splanchniques amène les modifications inverses : resserrement des mésentériques, suppression des pulsations, pàleur de la muqueuse intestinale, alors que la pression artérielle générale s'élève des quatre-cinquièmes de sa valeur (von Bezold).
La localisation des filets vaso-constricleurs intestinauæ au niveau des nerfs d’origme du sympathique avait été tentée chez la grenouille par Horscraft Waters en 1885, mais elle n’a été établie de facon précise chez les mammifères que par les belles expériences de Fr. Franck et Halhon dont voici les conclusions : Les vaso-constricteurs intestinaux sortent de la moëélle par les rami communicantes entre le V® dorsal et le [T° lombaire; les filets dont l'émergence est au niveau le plus élevé sont destinés au Jejunum ; puis de haut en bas naissent les filets de l’iléon, et ceux des colons.
Mais /e sympathico-splanchnique n’envoie pas aux vaisseaux tnleshinäux que des filels constricleurs. Bradford et Dean ont déja vu que l'excitation du grand splanchnique par des chocs d’induction espacés (un par seconde) entraine une dépression aortique qu'on peut attribuer à une vaso-dilatation abdomimale. Fr. Franck et Hallion précisent cette action vaso-dilutatrice du sympathique : les filets dilatateurs sont mélangés aux constricteurs et pour les mettre en évidence il faut porter une excitation prolongée sur Jes rami
Evo communicantes ou le splanchnique : à la phase de vaso-contriction mésentérique succède une phase de vaso-dilatation active, comcidant avec un abaissement de la tension aortique. Ces filets dilatateurs naissent surtout dans les rami communicantes XI° XIF et XITT° dorsaux, It" et IT° lombaires.
Pour apprécier l'effet vaso-moleur intestinal du pneumogastrique, il est nécessaire de prendre des précautions afin d'éviter deux causes d'erreur : 1° l’action sur le cœur, si on fait l'excitation au cou (injection d’atropine), et 2° les modifications cireulatoires explicables par un réflexe dû à la sensibilité récurrente du bout supérieur du pneumogastrique. En se mettant autant que possible à Pabri de ces facteurs surajoutés, Fr. Franck et Hallion montrent que /e pneumoyaslrique est vaso-dilatateur intestinal (contrairement à l’opinion soutenue par Bœhm et Rosshach).
Les centres nerveux, dont sont tributaires les vasomoteurs intestinaux, sont multiples : tout d'abord, 1l y a un centre périphérique au niveau du plexus solatre, dans les ganglions mésentériques supérieurs (Langley, François Franck, Laignel-Lavastine): après ablation du plexus solaire, on observe : une baisse de la pression sanguine périphérique, de l’hy— perhémie intestmale, avec parfois ulcérations de la muqueuse, entrainant de la diarrhée où on peut découvrir des lambeaux epithéliaux (Laionel-Lavasline).
I y a un deuxième centre, médullaire, entre la V° dorsale et la IT° lombaire.
Fr, Frank et Hallon admettent l'existence de cen-
rt = tres plus élevées dansla région bulbo-protubérantielle. Enfin, ils ont vu que l'excitation directe de la zone sensiivo-motrice du corleæ provoquait la vaso-constriction en jejunum et la vaso-dilatation du côlon.
Les centres peuvent être directement excités par le sang asphyvique (Sanders-Ezn, Zunst, Dastre et Morat) : on a alors de la vaso-constriction mésentérique cenérale, dans tout l'intestin.
Les modifications vaso-motrices de l’intestin sont obtenues très facilement par le moyen de reflexes : l'excitation centripète d’un nerf cutané, comme le crural, provoque de la vaso-constriction du jejanum et de la vaso-dilatation du côlon (F. Franck et Hallion); la vaso-constriction domine el entraine une augmentation notable de la pression artérielle périphérique, du moins au début de l'expérience. Au contraire, l'excitation centripète des filets nerveux de sensibilité viscérale (pneumogastrique et sympathique) ou celle du nerf dépresseur de Ludwig et de Cyon, produit une vaso-dilatation intestinale active, avec dépression artérielle générale.
Nous voudrions insister, en terminant, sur l’importance des varialions de la pression artérielle générale observées à la suile des modifications de la circulation intestinale: la vaso-constriction du territoire mésentérique entraine une augmentation considérable de la pression artérielle générale, malgré la vaso-dilatation périphérique réflexe, qui tend ràa établir léquilibre. Ces sortes de balancements, entre la circulation centrale et la circulation périphérique, sont mis en évidence de façon très élégante par l'expérience
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d'Otfried-Muller : le sujet est étendu, la tête, les bras, le thorax, le tronc et chaque membre imférieur sont portés sur six sangles, dont chacune actionne l'aiguille d’une balance; en produisant de la vasodilatation abdominale (boisson chaude), on voit augmenter le poids du tronc et baisser les poids des membres.
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