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iritation des plexus nerveux sympathiques périaor-tiques et périmésenteriques, Nous avons vu, dans notre chapitre de physiologie, l'effet vaso-constricteur Intestimal de l’excitation de ces plexus : l’excitation du grand splanchnique donne aussi (Courtade et Guyon) de l’arrêt des mouvements péristaltiques de l’intestim et de la contraction tonique des fibres circulaires. Ces deux actions sur la circulation et sur la motilité de l'intestin cadrent assez bien avec ce que l’on voit dans la crise entéralgique : élévation de la tension artérielle générale (obs. XLIT), parfois sensation à la palpation du côlon contracté (obs. XLIT et XLIT). Quant à la douleur, signe dominant du syndrome, elle se retrouve aussi dans les excitations expérimentales du sympathique abdominal où elle se traduit par les réflexes à distance, qui rappellent les phénomènes réflexes, souvent à allure grave, que nous avons notés. Max Buch s'appuie, pour démontrer l’origine sympathique de ces douleurs dans les crises entéralgiques, sur l’hyperesthésie, trouvée non seulement au niveau de l’aorte, mais aussi du sympathique, en particulier du plexus hypogastrique supérieur et des cordons lombaires. D’alleurs, dès 1904, le professeur J. Teissier soutenait cette pathogénie nerveuse des crises entéralgiques de laortite abdominale ;-au début de ses recherches sur la pathogénie, le diagnostic et les complications de l’aortite abdominale, nous trouvons cette phrase qui ne laisse place à aucun doute : « Plus on fouille le sujet, plus on trouve que la question est compréhensive, car plus s’éclaire, avec les faits mis en lumière, la pathogénie de bien
des Symptômes à origine douteuse où à point de départ eu apparence très disparate, el qui pourtant vont relever d’un processus univoque, l’excitation des plexus nerveux péricœlaque et périaortique ; tels assurément les réflexes lipothymiques où syncopaux, fréquents dans les affections des organes abdominaux et les nombreuses crises douloureuses considérées comme des manifestations entéralgiques, néphralgiques, cystalgiques ou autres, et qui ne sont, en somme, que des irradiations douloureuses trahissant diversement et comme à distance cette irritation sourde des plexus nerveux, et que le repos dans le décubitus horizontal calme parfois comme par enchantement. »
La crise entéralgique offre de frappantes analogies avec la colique de plomb, et Pal range les deux phénomènes réflexes parmi les crises vasculaires: douleur: analogue avec phénomènes réflexes de même ordre, ponts douloureux à la pression dans la région du plexus solaire, hypertension artérielle se retrouvent, en effet, dans la colique saturnime. Or, on a signalé depuis longtemps l'existence des lésions du plexus solaire chez les saturnins (Segond, Kussmaul et Maer), et on les a retrouvées dans lintoxication saturnime expérimentale (Mossé, Laignel-Lavastine).
Quelle est Ja lésion du sympathique abdominal qui explique, dans la périaortite, l'éclosion de ces crises de & névralgie ou de névrite solaire » ? ‘(Lœper). Y a-t-1l des altérations concomitantes deces vasa vasorum et de la sclérose des ganglions sympathiques mal irrigués, ou s’agit-1l simplement de stase au niveau de ces vasa vasorum, par fluxion collatérale ?
it Les examens histologiques que l’on pourra faire élucideront cette question.
Pour les crises de diarrhée, la pathogénie nerveuse s’impose encore davantage, Son apparition brusque, sans rapport avec l'alimentation et le plus souvent sans cause apparente, rappelle tout à fait les brusques modifications du système vaso-moteur. Le professeur Teissier compare cette « entérorrhée » à un véritable « œdème aigu de l'intestin », phénomène vaso-moteur qui est à l’aortite abdominale ce qu’est l’œdème aigu des poumons par rapport à l’aortite de la crosse. Cette comparaison éloigne toute idée d’interprétation de la crise de diarrhée par les lésions vasculaires de l’intestin, car 1l est évident que, dans l’œdeme aigu du poumon, 1l n’est pas question de lésion des vaisseaux pulmonaires, alors que l’aorte est le seul vaisseau attemt. Mais, dans les deux cas, les plexus nerveux périaortiques sont atteints par propagation de l’mflammation, et c’est dans cette irritation nerveuse qu’il faut chercher explication du phénomène vaso-moteur.
S'agit-il d’une irritation directe des nerfs vasomoteurs intestinaux ? On sait que ces nerfs entourent l’aorte et les mésentériques, et on peut penser que c'est directement par la périartérite qu’ils sont lésés, Pour avoir de la diarrhée, par ce processus, 1l faudrait admettre une paralysie complète de ces nerfs ou des ganglions mésentériques ; car, expérimentalement, la diarrhée vaso-motrice et sécrétoire fait partie du syndrome solaire de paralysie. Cette pathogénie peut être soutenue, bien qu'on n'ait pas noté expressé-
A ment l’abaissement considérable de la tension artérielle qui est caractéristique de ces syndromes solaires de paralysie. Pourrait-on mvoquer une excitation des fibres vaso-dilatatrices contenues dans le sympathique, au milieu de la masse des fibres vaso-constrictives, et dont Fr. Franck et Hallion ont expérimentalement démontré l'existence ?
On peut aussi mvoquer un autre mécanisme, en faisant intervenir les phénomènes réflexes, comme on le fait au niveau du thorax, pour expliquer l’ædème pulmonaire aigu des aortiques. Fr. Franck et Hallion ont vu que l’excitation des filets nerveux de sensibilité viscérale (pneumogastrique et sympathique) donnait «une vaso-dilatation active, une congestion intense de l’intestin. » On peut admettre que l’irritation des filets sympathiques par la périaortite va exciter le centre réflexe, les ganglions mésentériques, d’où part une incitation vaso-dilatatrice par les nerfs vasomoteurs de l’intestim. Nous proposons cette pathogénie réflexe de la crise d’'œdème aigu de l'intestin qui la rapproche plus encore de la crise d’oœdème aigu pulmonaire. D'ailleurs cette explication n'exclut pas la possibilité de lésions au niveau des ganglions du sympathique abdomimal, ces lésions au contraire pourraient expliquer la facilité avec laquelle ces ganolions réagissent aux excitations périphériques.
La diarrhée par crises n'est pas un phénomène rare dans les affections où on peut incriminer le sympathique abdominal ou ses racines. Bénédict Teissier en 1876, Brousse en 1882, Charcot en 1885 décrivent cette diarrhée paroxystique dans la maladie de Fried-
Ne
reich, la sclérose en plaques et la paralysie infantile. Dans le tabes où les crises intestinales affectent souvent l’allure de diarrhée rebelle, incoercible, cette diarrhée a été attribuée aux altérations des ganglions sympathiques par Raymond et Artaud, Pitres, H. Roger, Fournier, Putmann, Dreyfus-Brissac, Krauss, Séglas.
Les mêmes altérations du sympathique abdominal se retrouvent dans la pathogénie de l’entéro-colite symptomatique. Laignel-Lavastine classe la colique de J’entéro-colite muco-membraneuse parmi les faits du syndrome solaire aigu d’excitation. Hallion et F. Bernard ont obtenu par excitation du sympathique abdo— minal l’apparition de selles à contenu glaireux et membraneux. Enfin, plus récemment Lœper a décrit des crises mucorrhéiques au cours de l’oxalémie: ces crises de mucorrhée sont très analogues à l’entéro-colite symptomatique de la périaortite abdominale. Or, on sait que l’acide oxalique est un poison électif du système nerveux: Lœper et Béchamp ont trouvé l'acide oxalique dans le plexus et le ganglion cœliaque, et d'autre part Roger et Trémolières, Lœper, par imjection intraveineuse d’oxalate de soude, ont reproduit expérimentalement un syndrome d’entéro-colite mucomembraneuse. L’entéro-colite de l'oxalémie répond donc bien à une altération chronique du plexus solaire et on comprend par analogie qu’une altération des plexus abdominaux liée à la périaortite abdominale donne lieu au même syndrome entéro-colitique. La fréquence des crises diarrhéiques est expliquée par l'intervention de crises d’œdème aigu intestinal. Quant
tn au caractère hémorrhagique des selles fréquemment note, 1l nous semble dù à la coexistence d’altérations des artérioles intestinales pariétales provoquant la création de foyers limités d'infractus, ou tout au moins de congestion où de cyanose de l'intestin.
Nous ne reviendrons pas sur la pathogénie de hypertension de la pédieuse que nous avons étudiée plus haut. Notons cependant qu'elle peut faire défaut : dans certains cas en particulier dans les crises de diarrhée vaso-dilatatrice on peut voir de la dépression générale de la tension artérielle par suite de la vaso-dilatation du vaste territoire vasculaire de l’abdomen.
OBservaTION XXXV (inédite)
(Due à l’obligeance de M. le professeur J. Teissier).
Neuro-arthritisme héréditaire. — Eczéma très étendu quéri. Bronchites rebelles substitutives. — Assez longtemps après, crises d’entéro-colite muco-membraneuse suraigquë en 1899. Retour des crises en 1901 avec propagation à la vessie / cystite pseudo-membraneuse). — Constipation tenace. — Amaigrissement prononcé. — Périaortite abdominale avec propagation aux iliaques. — Cure à Plombières : amélioration notable.
Chez cette malade dont l'hérédité au point de vue intestinal était très chargée puisque son frère el ses deux enfants eurent de l'entéro-colite, les manifestations intestinales souvent répétées semblent bien avoir été le point de départ des accidents de périaortite abdominale pour lesquels elle vient demander conseil en 1901; ces accidents sont très intenses avec réflexes très pénibles : sensation de syncope
et de mort imminente, refroidissement des extrémités ; surtout il existe un spasme de l'intestin entrainant une constipation tenace, avec ballonnement considérable de l'estomac : l'irritation spasmodique de l'intestin donne au côlon transverse dans la région médiane un état de rigidité remarquable qui en impose pour le tissu pancréatique à la palpation. Cette zone indurée se continue directement avec le côlon ascendant distendu et un peu épaissi, mais beaucoup moins rénitent, ce qui témoigne de sa nature.
Au-dessus de cette portion presque ligneuse du côlon transverse l'aorte élargie se perçoit, tres pulsatile, très douloureuse, et la sensibilité à la pression se prolonge le long des deux iliaques presque jusqu'à l’arcade de Fallope.
À noter encore les accidents concomitants du côté de la vessie, assez rares dans l'espèce, qui chez cette malade furent très nets et coïncidaient constamment avec les poussées d'entéro-colite : ces troubles vésicaux furent représentés par des émissions douloureuses de glaires et même de véritables fausses membranes.
La malade, soumise à un régime sévère, à un traitement par le salol, les lactates alcalins, la pancréatine, et surtout les lavements au bromure d’ammonium, éprouva quelque soulagement, mais c'est surtout la eure de Plombières qui amena une sédation durable des accidents. À noter cette influence heureuse, de prime abord paradoxale, de la cure de Plombières sur la constipation: cette influence peut s'expliquer par l’action radioactive des eaux thermales sur la cessation du spasme de l'intestin.
OBsEervAtION XXXVI (inédite)
(Due à l'obligeance de M. le professeur J. Teissier).
Aortile abdominale; crises douloureuses periombilicales. Hémorrhagies inteslinales. — Mort.
M. Teissier à souvenance d’une observation qui, il y à
quelque vingt-cinq ans, l'avait extrèmement frappé. Il s'agissait d'un homme n'ayant pas quarante ans et qui présentait des douleurs périombilicales extrêmement violentes avec irradiations dans les deux jambes, telles que l'idée d'un tabes lui était venue, à lui et à son entourage, et il était allé consulter plusieurs fois le professeur Grasset, A deux reprises auparavant, 1l avait eu de véritables hémorrhagies intestinales qui l'avaient fortement anémié ; c'est pour cette anémie que nous avions été appelé près de lui. L'étonnement fut grand de trouver ses réflexes rotuliens intacts ou même exagérés. I ne présentait d'ailleurs aucun signe d'incoordination.
Quelques jours après, une nouvelle crise douloureuse d'entérorrhagie s'étant produite, nous fûmes rappelé auprès de lui :l'hémorrhagie fut abondante, composée d'un sang rutilant, accompagnée de symptômes de défaillance: grande pâleur de la face. Les accidents disparurentassez vitesans que nous ayons souvenance de la médication employée. Autant que nos souvenirs puissent se préciser après tant d'années écoulées, nous nous croyons autorisé à indiquer quil existait une sensibilité marquée à la pression au niveau de la région sus-ombilicale et des battements assez prononcés pour que nous ayons pu émettre l'hypothèse d'une rupture de l'aorte, lorsque, quelques semaines après, le malade mourut au cours d’une hémorrhagie intestinale ultime. L'évolution de ces troubles intestinaux dura douze à quinze
mois.
OBsErVATION XXX VII (Kaufmann et Pauli).
Syphilis : insuffisance et rélrécissement aortiques. — Crises de dyspnée nocturne. — Accès de douleurs abdomi-
nales ; amélioration par la diuréline et l'iodure.
Homme, quarante-sept ans. Paludisme. Syphilis. Ethylisme. Accès de douleurs abdominales, généralement loca-
ae À 0 ls
lisées à l'épigastre, mais, dans les accès violents, propagées dans toute la partie inférieure de l'abdomen sous forme de brûlure. Accès provoqués par le transport des objets lourds.
Pendant tout l'accès, la plus légère pression sur l’épigastre est atrocement douloureuse. Pas d'angoisse ni de dyspnée à ce moment. Accès de dyspnée nocturne avec parfois épigastralgie. Bon appétit: digère bien.
Artères humérales sinueuses. Gros cœur ; double souffle aortique. Sensibilité exquise de l'aorte à l’épigastre. Pulsation aortique nette. Disparition des accès de douleur et de dyspnée par la diurétine et l’iodure de potassium. Sensibilité aortique très atténuée.
OgservaTion XXX VIII
(Jaquet).
Crises de douleurs crampoïdes périombilicales. — Constipalion habituelle. — Amélioration par le nitrite de
soude,
Femme, soixante-sept ans. Depuis deux mois, violentes douleurs abdominales à type de crampes, à début subit, durant une heure au plus. Au début, un accès quotidien : dernièrement, augmentation de fréquence. Ces accès surviennent coup sur coup.
Depuis un an, constipation très intense, résistant à tous les purgatifs. Céphalée fréquente. Depuis six mois, douleurs dans les jambes et les bras, à apparition subite, durant au plus une heure.
Sclérose des artères périphériques. Vertiges déterminés par la pression des carotides. Bruits cardiaques sourds. Emphysème pulmonaire et bronchite. Pression profonde très douloureuse dans la région ombilicale, Urines normales.
Traitement : Nitrite de soude; amélioration en quinz jours, La malade ne souffre plus au repos,