‹ Syndromes intestinaux d'origine artérielleChapitre 6 sur 52 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il y a plus d’un siècle que l’on connait les troubles graves liés aux altérations de la crosse del’aorte et des artères coronaires ; aussi, lorqu’on a vu se produire chez un malade ces terrifiants accès d’angine de poitre ou quelque crise s'en rapprochant, peut-on affirmer ou tout au moins soupconner les lésions aortiques ou coronariennes, et c’est contre cette altération vascu-— laire qu’on dirige les efforts de la thérapeutique. A l’autopsie de tels malades on s’attache, avec raison, à noter très exactement l'état de l’orifice aortique et de la crosse, on cherche avec soin les plaques gélatiniformes de la syphilis et les plaques calcaires de l’athérome ; on examine l’omifice de naissance des coronaires, on le mesure ; on cathétérise ces artères nourricières du myocarde ; on les suit, en les ouvrant aux ciseaux, aussi loin qu’il est possible. Si le tissu

cellulaire périaortique est le siège d’inflammation ancienne, on en induit la possibilité de lésions irritatives ou décénératives du plexus nerveux périaortique. Ces recherches anatomo-pathologiques minutieuses se font chaque jour, et très souvent viennent confirmer le diagnostic d’origine coronarienne posé pendant la vie. Peut-on dire cependant qu'il y ait ici un parallélisme absolu entre les symptômes observés et les altérations rencontrées sur le cadavre ? Evidemment non; chez plus d’un malade qui avait eu des siones d’angor pectoris l’autopsie ne révèle pas les lésions aortico-coronariennes que l’on attendait : bien plus souvent encore une crosse aortique entièrement athéromateuse, des coronaires à parois épaissies et à calibre diminué depuis leur naissance sont de simples découvertes nécropsiques et n’ont donné lieu à aucun trouble fonctionnel net pendant la vie. En dépit de ces apparentes contradictions entre l'anatomie pathologique et la clinique, il ne serait pas logique d'abandonner ces recherches, et l’on voit tous les auteurs s'appliquer à les faire plus précises, plus complètes, pour essayer d'expliquer la raison d’être de ces divergences.

Les artères du cœur ne sont pas les seules sur lesquelles cliniciens et anatomo-pathologistes concentrent leur attention. La cireulation cérébrale jouit du même privilège : le tronc basilaire, les sylviennes sont toujours examinés lorsqu'on fait l’autopsie d’un sujet ayant présenté quelque affection nerveuse : on note leur état de perméabilité, lépaississement de leurs tuniques, Et jet encore que de cas où l’athérome des

artères de la base se rencontre chez des sujets qui n’ont jamais présenté aucun trouble cérébral !

Il en est tout autrement pour les artères sous-diaphragmatiques, celles-ci sont le plus souvent complètement négligées : si l’aorte abdominale est transformée en une carapace rigide on le note parfois, sous la rubrique d'athérome banal: on ne recherche presque jamais l'état des orifices de naissance des artères viscérales, et il est exceptionnel que l’on s’attarde à disséquer, dans la masse du contenu abdominal enlevé en bloc. les artères qui nourrissent les différents vis cères, même lorsqu'on a assisté pendant la vie à des troubles graves du côté de ces organes abdommaux.

Et cependant 1l n’est pas une seule des branches viscérales de Faorte abdomimale dont la lésion ne puisse donner la clef de syndromes mcompréhensibles sans elle.

Depuis quatorze ans les travaux de Potain puis ceux du professeur J. Teissier ont montré les nombreux syndromes liés à l’aortite abdominale et un certain nombre d'observations sont venues confirmer ces données, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Espagne, aux Etats-Unis et aussien France.

Du côté gastrique et duodénal, on a trouvé dans les altérations artérielles, l'explication de quelques formes d’ulcère ; on a imcriminé ces mêmes altérations vascu-

laires pour expliquer certames crises gastriques. Du côté rénal, les lésions nées de l'aorte et propagées le long: des artères émulgentes sont loin d’être rares; le professeur J. Teissier insiste sur x fréquence de Falbuminurie avant cette origine: tout récemmentencore

notre ami Blanc-Perducet ! présentait à la Société des sciences médicales de Lyon un cas de thrombose de l'artère rénale gauche compliquant une aortite chronique généralisée. Du côté hépato-pancréatique peutôtre trouverait-on dans les troubles artériels l'explication de la glycosurie notée chez quelques sujets atteints d’aortite abdominale.

Dans le domaine des mésentériques, les altérations artérielles et périartérielles sont aussi la source d’un certain nombre de troubles Intestimaux, très variables par leurs expressions symptomatiques et leur gravité. C’est l'étude de ces syndromes intestinaux (duodénum non compris), liés aux altérations de l’une quelconque des parties de larbre artériel Imtestinal, que nous avons entreprise dans ce travail, à l’instigation et sous la bienveillante direction de notre maitre très affectionné, M. le professeur J. Teissier, et aidé des précieux conseils de M. le professeur agrégé Cade.

Dès le début de nos recherches, nous nous sommes heurté à une difficulté presque insurmontable, tenant à l’insuffisance des observations publiées ; souvent on ne trouve pas de renseignements sur l’examen de l'aorte abdominale, sur la tension artérielle dans le domaine des membres inférieurs, ete. ; obstacle plus grand et plus mfranchissable encore : il est exceptionnel de rencontrer des autopsies complètes : dans certains cas, il s’agit de malades morts chez eux ; tout contrôle anatomique fait défaut et on est obligé de rester dans

1 Blanc Perducet, Soc. sc. Méd. de Lyon, mars 1913,

PTE

le domaine de la clinique pure en raisonnant par analogies ; ou bien, l’autopsie a été faite, mais l'attention n’était pas attirée sur les lésions vasculaires ; presque toujours 1l manque au moins un des examens qui seraient utiles : lésions d’aortite abdominale et de périaortite; état des orifices de naissance des mésen— tériques ; lésions du tronc de ces vaisseaux ; altérations histologiques des artères pariétales de lintestin. Nous-même, n'ayant pas eu l'occasion de suivre l’évolution des malades, dont nous devons les observations à l’obligeance de nos maitres, M. le professeur J. Teissier, M. le D' Mouisset, M. le D° Cade, M. le D' Pallasse, nous ne pouvons contribuer à combler cette lacune. Toutefois, les observations dont nous avons lu le détail et dont quelques-unes figurent au cours de ce travail nous ont permis de faire une tentative de classification anatomo-clinique de ces syndromes intestinaux, d’origine artérielle, Nous serions heureux si notre essai, dont nous reconnaissons d'avance les multiples lacunes, pouvait contribuer à orienter les recherches séméiologiques et anatomiques du côté des vaisseaux abdominaux, qui méritent mieux que le dédain ou l’indifférence dont on les accable : peut-être cette mfériorité leur vientelle de la longueur, de la difficulté de leur dissection et de leur examen, mais ce n’est vraiment pas un motif suffisant pour en faire négliger l'étude. Quant à l’arœument tiré de la fréquence de ces lésions, en dehors de toute traduction symptomatique, nous verrons comment on peut linterpréter, mais il s'adresse aussi bien à la pathologie de tous les territoires arté-

TT ee riels et il ne doit pas jeter le discrédit sur les seules artères sous-diaphragmatiques.

Nous avons limité notre travail aux lésions artérielles non anévrismales, car dans les anévrismes des facteurs mécaniques entrent en jeu, qui compliquent la symptomatologie et la pathogénie, déjà si complexes, des syndromes intestinaux d’origine artérielle,

Après avoir esquissé l'étude historique de la question, nous rappellerons quelques données anatomophysiologiques et expérimentales sur la circulation artérielle intestinale, dont la connaissance est imdispensable pour comprendre la pathogénie et l'évolution des syndromes intestimaux qui font l’objet de notre travail.

Dans la partie anatomo-clinique, nous envisagerons successivement les syndromes dus aux lésions des artères pariétales de l’intestin:; puis les syndromes liés à la thrombose non compensée des artères mésentériques Imfarctus et nécrose de lintestin (nous ne comprenons pas, dans notre étude, les embolies des artères mésentériques); nous envisagerons ensuite les symptômes créés par l'oblitération incomplète ou incomplètement compensée des artères mésentériques et de leurs branches, dyspragie intermittente de l’intestin, et nous terminerons par l'étude des syndromes intestinaux dus à la périaortite abdominale.

Dans une brève étude synthétique, nous montrerons alors la fréquente association des syndromes que nous aurons plus ou moins complètement individualisés. Les deux derniers chapitres auront trait au diagnostic et au traitement,

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