CHAPITRE IX. AL
Cette désinence correspond exactement à la désinence latine alisy et dans les deux langues elle a pour l'ordinaire une base nominale. Regalts, roycU; orientalU^ oriental;muraliSy nmralj moralù, moral; lateraUs, latéral; municipalUj mtmictpal; sepuleralis, sépulcral; legalis, légal; generalù, général. Les adjectifs, ainsi terminés, expriment que l'idée de leur radical conyient à ia chose, au nom de laquelle ils se joignent. Oriental^ danspays oriental, marque qu'il y a rapport, relation, convenance, entre l'idée de VOrienttictWt du pays en question. Mais en quoi consiste précisément ce rapport?
Beaucoup d'adjectifs de cette désinence signifient un rapport de position dans l'espace, et c'est là sans doute ce qu'elle est primitivement destinée à marquer. Tels sont, local, central, départemental, latéral, longitudinal, marginal, vertical, horizontal, diamétral, oriental, septentrional,. trilatéral^ cardinal, orthogonal, rhomboïdal, diagonal, mural, transversal, tertninal. Pour indiquer les différentes parties du corps par le Jieu qu'elles occupent, l'anatomie les désigne toujours à l'aide d'adjectifs en al: occipital, ombilical, rénal, spinal, dorsal, temporal, tibial, vertébral, viscéral, intestinal, labial ; os coronal, - frontal, cubital, etc. Ensuite, l'analogie qui existe entre l'espace et le temps a conduit à exprimer aussi par la terminaison a/ une relation de durée. Exemples : annal, décennal, quinquennal^ septennal, triennal, vicennal, quadragésimal , diurnal, matinal, immémorial, hivernal, vemal, estival, équinoxial, solstitial. Mais la désinence ac^ective el, simple variété de la désinence al, se trouve plus particulièrement encore chargée de marquer cette seconde relation , comme on le voit par étemel, menstruel, annuel, perpétuel, accidentel, éventuel^ occasionnel, circonstanciel, actuel, continuel, ponctuel. Quelquefois les adjectifs en al sont également propres à déterminer, en même tempS) ce qu'est la chose sous le rapport de l'espace et sous celui de la •
darée : t«l$ sont, natal {lien et jour), final, total. Naturellement les adjectifs en al, d'abord représentatifs du rang et de la disposition dans l'espace et la durée, doivent devenir représentatifs du rang abstrait, de l'ordre social, de la dignité. C'est ce qu'attestent de nombreux exemples. Impérial, seigneurial, épiseopal, presbyterai, sacerdotal, royal, municipal, syndical, ducal, électoral, doctoral, rectoral, magistral, féodal, vassal, déeemviral, papal, patriarcal, pastoral, pontifical, capital, principal,
jGes adjectifs ne font point connaître ce qu'est la chose en ellemême, dans sa composition , mais seulement avec quel lieu, avec quel temps, avec quel rang ou dignité elle a du rapport ; ils sont significatifs de qualifications extrinsèques. Quelquefois même , et l'analogie mène aisément de l'un à l'autre, ils déterminent avec quelle forme, ou avec la forme de quel objet cette même chose a du rapport, convient. Tels sont, monumental, colossal, pyramidal. Et, ce qui est vrai dans le sens concret, l'est bien davantage encore dans le sens abstrait^ c'est-à-dire que beaucoup d'adjectifs en al servent à caractériser des formes, des expressions, des façons de parler, comme, adverbial, proverbial, trivial, grammatical, littéral , ou bien indiquent avec quelle chose le sujet a du rapport quant à sa forme, à son extérieur, comme, brutal, glacial, sentimental, théâtral, légal, sépulcral, infernal, bestial, arbitral, testimonial, paradoxal. De sorte que ces adjectifs, ou se disent de choses qui ne peuvent être considérées que quant à la forme, ou s'appliquent à des choses en tant qu'on en considère la forme.
Une autre idée, mais toujours extrinsèque, attachée aux adjectifs en al, est celle de fin; c'est-à-dire que plusieurs se joignent au nom des choses pour exprimer leur destination^ Exemples : baptismal, causal, lustral, thermal, triomphal, lacrymal; idée qui domine aussi dans les substantifs analogues, arsenal, bocal, canal, fanal, piédestal.
Ainsi, en résumé, tel est le sens de la terminaison al: elle indique un rapport , une convenance, entre l'idée du sujet et celle qui est représentée par le radical de t'a^ectif. C'est une terminaison de qualificatifs extrinsèques et formels, c^ui déterminent la chose en faisant connaître sa position dans l'espace ou dans le temps, ou bien à quelle autre chose elle convient quant à sa forme ou à sa fin, c'està-dire, en un mot> une relation éloignée, qui ne concerne que le dehors, et non l'essence, le fond de la chose.
Mais, avant de mettre les adjectifs finissant par al en comparaison avec leurs synonymes à terminaisons déjà examinées précédem-
ment, a fuit ks rtpiproelMr i^ltanfSfnonjmeM $aiu tcrminaiMii significatif e, leiqaeis peuvent en même temps être considérés comme leurs bases.
1. Ami, amioal. Ami Mit prend quelquefois adjectif ement dam la sens à^amical ; langage atm^ fisage ami. Mais il a on aens pteia, absolu , auquel ne peut atteindre amieal, Celni-^, en f ertu de n terminaison, signifie, qui a du rapport, qui confient afecceqai est ami. Parler un langage <imt , c'eat parler ^n ami ; parler i» langage amiealy c'est parler afec quelque chose d'ami, approchant comme le ferait un ami; sans compter qu'amtoa/ s'arrête plus à l'expression, à la forme. De nème en latiq, parilUj pareil, à*pea» près égal, est un diminutif étpary égal; il signifia pn peu plnsqoe similU, semblable. C'est aussi la différence qui existe entre regiu, adjectif dont la désinence n'a pas de faleur propre , et rêgalU: animuê regiuê feut dire , le courage ou les sentiments d'ua roi; animuê regaUê, des sentiments de roi ou dignes d'un roi. On distinguera de la même façon graeilus, malade^ etgraeilù, maladif. Amieus fidtis est un ami sûr; amieui fidelù, un ami quiest comme sûr, en raison de ses bonnes qualités, de sa oonsCanee, chose d'où dépend cette sûreté relative.
a. Brute, brutai. Il y a quelque sjmonymie entre ces deux mots, quand ils s'emploient substantif ement, pour qualifier une personne très défavorablement, et de manière à la ranger plutôt parmi les êtres privés de raison que parmi les hommes i c'est une brutes c'est un brutal. Brute reproduit pleinement le sens primitif^ du mot; brutal l'affaiblit ; le brutal est celui qui participe de la brate^ dont un des attributs est une manière d'être de brute. Mais, en outre, brute n'ayant pas de terminaison significative, est abs(^) et brutal est relatif par la raison contraire : c'est pour soi qa'on est brute, c'est-à-dire sans raison, sans esprit, ou sans modération dans la satisfaction de ses appétits; c'est envers les autres qu'on est brutal, c'est-à-dire grossier, rude et violent; d'autant pias que la terminaison de brutalini donne «n rapport particulier à la larme, aux manières, aux procédés. Pareillement en latin, cb^ww* est opposé à vartus, qui change, et signifie égal à soi-même; œqualis est opposé à diversus, qui diffère, et signifie égal à un autre.