CHAPITRE XXIV. BRE
Cette terminaison vient de la latine ber ou bris : célèbre, celéberon celebris; lugubre, lugubris. Elle est fort semblable, sinon identique, à la désinence adjective des Allemands bar, qui dérive de l'ancien verbe ôarew, porter, le même, sans doute, que le grec ^e'eeiv. D'où il suivrait que bre en français, ber ou bris en latin, comme bar en allemand, ferait signifier aux adjectifs que le sujet qualifié porte, c'est-à-dire porte en soi, contient, ou porte devant soi, présente, ce qui est exprimé par leur radical. Célèbre, qui porte gloire, xXéoç «pc'pwv; lugubre, qui porte deuil, luctum ferens ; mulie^ bris, de femme, qui présente ou représente la femme, qui en a l'air, qui la sent ou qui lui convient : muliebris forma, air efféminé.
1. Salubre, salutaire. En latin , *a/w6^ ou salubris, et *a/wtaris; bon pour la santé, saluas. Ce qui est salubre, salutem fert^ c'est-à-dire porte en soi la santé ; ce qui est salutaire, se rapporte à
la santé. Salubre indique sur le bien-être du corps une influence plus entière 7 plus commune^ plus constante^ et il sert à qualifier l'eaU; Tair^ la nourriture^ dont on fait avantageusement^ et de manière à se bien porter, un usage continuel; il les représente comme chargés de santé qu'ils communiquent. Salutaire ne fait point image : c'est un terme abstrait , par lequel on détermine la propriété intrinsèque qu'ont certaines choses , les remèdes, les plantes, par exeoaple, de faire revenir à la santé quand on est malade. Buvez d'une eau qui n'est pas salubre, vous vous porterez mal, vous tomberez malade ; buvez d'une eau qui n'est pas salutaire, quoique prescrite comme telle, vous continuerez à vous mal porter. De plus, saluât e signifiant avec la santé un rapport prochain, positif, de tous les instants, ne se dit qu'au propre; et le rapport marqué par salutaire étant vague, éloigné, abstrait, extraordinaire, cet adjectif s*em|.loie aussi pour exprimer qu'une chose est bonne indirectement porir la santé ou qu'elle est bonne sous d'autres points de vue. Des eatix salubres, quand on en boit, contribuent à la santé. Ce n'est pas précisément ce qu'entend Bossuet, lorsqu'il dit que le Mil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires.
2. Funèbre, funéraire. Qui concerne les funéf ailles ou la mort, funus. Funèbre, funus ferens, prœ se ferens, qui porte la mort devant soi, qui présente un aspect de mort, de funérailles, est une épithète propre à dépeindre tout ce qui accompagne les funérailles, et par extension tout ce qui a un air de mort : pompe, appareil, honneurs, ornements, chant, convoi, funèbres; images funèbres, oiseaux funèbres. «Mille oiseaux effrayants, mille corbeaux /u/iébres, de ces murs désertés habitent les ténèbres. » Boil. Funéraire est, comme mortuaire , mu terme abstrait, de légiste, d'homme d'affaires, d'intendant, qui convient surtout, sinon uniquement, dans la locution, frais funéraires. Voltaire a tort de faire dire à Mérope apprenant la mort de son fils et pressée d'épouser Polyphonte : « Irai-je joindre un sceptre étranger au sceptre de mes pères, et les flambeaux d'hymen aux flambeaux funéraires? y^ La rime veut funéraire, mais la justesse, funèbre.