‹ Synonymes françaisChapitre 2 sur 218 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Il y a bientôt sept ans que je commençai à prendre pour objet de mes études la synonymie française, autant du moins que me le permettaient les devoirs de ma profession. J'enseignais alors la^ilosophie au collège royal d'Orléans. M, de Boisrenard, arrière-petitneveu de Gondillac, eut Tobligeance de me communiquer des .manuscrits laissés par cet illustre écritain. Il s'y trouvait un dictionnaire français, encore présentement inédit, qui avait été composé pour le prince de Parme, et destiné sans doute à voir le jour avec les ouvrages compris dans le Cours d'étudeê.

Quoi qu'il en soit dès motifs qui en avaient empê*ché la publication, ce livre, d'un auteur si justement renommé parmi les grammairiens philosophes, excita

vin AVERTISSEMENT.

d'abord ma curiosité, et, à la lecture» il me parut en effet très remarquable relativement aux déCnitions. Un esprit aussi droit n'avait pu ignorer combien sous ce rapport tous les dictionnaires sont défectueux et peu satisfaisants. Choqué de ce vice, il avait conçu comme Girard le moyen d'y porter remède, mais jlifféremment la manière de l'appliquer. Suivant Girard, il doit exister dans chaque langue, indépendamment et séparément du vocabulaire, un livre des synonymes qui en soit le complément indispensable. D'après l'opinion de Gondillac, il ne faut point isoler les distinctions synonymiques des déCnitions qu'elles ont pour but de corriger ou d'éclaircir : c'est naturellement dans le dictionnaire général, au commencement de chaque article, qu'il convient de comparer le mot, dont il y est question, avec tous ceux qui lui ressemblent le plus pour le sens, ou de renvoyer à l'article où cette comparaison a lieu; de telle sorte que la valeur du mot se montre immédiatement et tout d'un coup marquée par des traits caractéristiques.

Exécuté tout entier conformément à cette idée, le dictionnaire de Gondillac, véritablement nouveau^ mériterait par son originalité de fixer l'attention des lexicographes. Mais ce qui me frappa le plus en le lisant et ce qu'il s'agit surtout de constater ici, c'est qu'il contient une foule de synonymes, rangés en familles et expliqués avec cette netteté qui fait le charme el le prix de tous les écrits sortis de la même plume.

AtERTI^ËMÈ^t. IX

Je songeai dès rabord à donner au public ces richesses, enfouies jusque-là, en les joignant à celles que M. Guizot avait recueillies dans son Nouveau diction'' naire des synonymes. Mais je ne tardai guère à étendre mes vues plus loin, l'avais pris goût à ce genre de recherches; je m'y adonnais avec ardeur; je m'entourais de tous les livres qui traitent de la distinction des mots synonymes dains les langues modernes ou anciennes, et insensiblement je m'élevai dans ma pensée au-dessus du rôle de simple éditeur. A peine avais-je laissé naître en moi un premier mouvement d'ambi* tion, que je découvris par hasard des synonymes français fort estimables, publiés en 1812, en 2 voK in-8% par M. Leroy de Flagis. Ce livre, dont la plupart dés exemplaires sont restés .en feuilles, n'avait eu aucun succès, parce que l'auteur l'ayant achevé avant de savoir ce qu'avaient fait dans le même genre Beauzée, Roubaud et M. Guizot, proposait des distinctions déjà connues, et avait à soutenir sur plusieurs points une comparaison pour lui peu avantageuse. D'ailleurs, l'étude attentive des traités de synonymie étrangère, qu'aucun philologue français n'avait encore pris la peine de consulter, me démontra bientôt qu'il était possible, avec des précautions, d'en tirer le plus grand parti. Les étrangers avaient commencé par tourner au profit de leurs langues les distinctions de Girard; il devint évident pour moi que rien n'empêche qu'ils ne nous rendent à leur tour un service ana-

X AVEaTISSEMBNT.

logue, pourvu que nous sachions le ^eur demander.

Ja conçus donc une va$t© entreprise, ayant pour objet d'élever à la synonymie française un véritable monument^ en utilisant et en fondant dans une œuvre uniqtie et bien ordonnée tous lea travaux partiels antérieure^ tant ceux qu'avait rassemblés l'auteur du dernier recueil général, M. Guizot, que ceux qu'il n'avait pu eoanaître. C'était, ^mu la circonstance, pour le bien de la science et l'utilité des lecteur8i> le 8e«l parti convenable. Fallait4l aux anciennes distinctions contlmier sans fin et sans fruit à en njouter d'autres, ou identiques ou contradictoires, qui viendraient $'entgsaer pôle ••mêle et wmme par alluvion dans une Qompilation indigeste? Mais c'eût été angm^m^ de plus en plus le désordre, la confusion et l'incertitude, qui rendent si imparlaits et si peu profitables les dictionnaires, prétendus universels, de mes prédécesseurs immédiats.

Je ne me suis point disaiBwlé toute la longueur et toute la difficulté de la tâche. Mais peut-être m'est-il permis de l'envisager sans frayeuTi maintenant que l'ayant embrassée dans toute son étendue, j'en ai accompli la partie la plus neuve, celle qui demandait le plus d'art et offrait le moins d'attrait. Du reste, C'est au public à juger par cet échantiUcm, s'il y a e» de ma part oonfiance légîtime ou témérité. J'attendrai son arrêt pour faire paraître la suite de l'ouvrage déjl

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fort avancée (i)^ et sans rapport asset easentîel avec le présent livre pour en être inséparable.

Il y a plu9 de trente ans que M. Guûot» invitant les grammairiens de l'époque à i^uivre la route qu'il se bornait à indiquer) leur recommandait de ne point s'arréAer mi% d^taiU, an^ recherches partii^èress mai^ de s'élever aux généralités et aux vu«s d'en** semblOi afin « de n^ pas perdre le fruit des lumières acquises et des matériaux amassés, n Ju9qu!ici per^ sonne encore n'avait répondu à son appel ; tant ces études abstraites et sévères étaient peu capables de tenter nos écrivains philosophes, au milieu d'un siècle entièrement absorbé par des occupations d'un intérêt plus pressant. Et d'ailleurs, après un nom si imposant, qui eût osé se promettre quelque succès dans la même carrière? Il n'a fallu rien moins, pour me déterminer à y entrer, que les encouragements et les conseils de cet esprit supérieur à tous égards, dont les destinées ont si modestement commencé, et qui aujourd'hui placé au rang suprême parmi nos historiens, nos orateurs et nos hommes d'état, aime encore à se

(i) J'en ai publié dans divers recueils quelques morceaux déta-* chés. Si dès à présent on veut connaître, à l'œuvre même, ma manière de traiter les synonymes qui feront l'objet. des volumes suivants, on peut consulter, dans le Dictionnaire de la Conversation^ les mots hypothèse, logique, malheur, maxime, mélancolie, et dans V Encyclopédie des gens du monde, mes articles erreur, haine, honnêteté, habileté^ indépendance, entendement, indifférence, in^ struciion, fermeté, genre, hardiesse, fadeur, formalisme, essence, être, inclination f etc.

ïfi AVERTISSEMEOT.

rappeler les humbles travaux auxquels fut consacrée une partie de ^a jeunesse. Sans un tel guide, je n'eusse point renoncé à des études plus chères et seul^nent suspendues pour un temps, quoique m'étant pleinement convaincu par de longues réflexions et la possession de ressources dont personne n'avait disposé avant moi, de pouvoir dans peu présenter au public un ouvrage incomparablement plus utile, que tous les ouvrages précédents du même genre.

I. Oijet et néceaité des travail» de la lexicologie relativement aux synonymes.

Dès l'âge le plus tendre et avant tduie réflexion, nous apprenons de nos parents à parler. Plus tard ce qui n'avait été qu'un jeu devient une étude : des maîtres nous enseignent à bien parler. Bien parler c'est, tout ensemble, parler purement, parler correctement et parler convenablement eu égard au sujet, à la situation, au temps, au lieu, aux personnes. La première condition regarde les mots pris en eux-mêmes; comme ils sont les matériaux qui entrent dans la composition du discours , il faut avant tout les connaître, en savoir la nature, la valeur, les diverses acceptions, de manière à ne les point confondre. On donne le nom de lexicologie à la science qui s'occupe de déterminer les significations des mots et celui de dictionnaires aux livres où ses décisions se trou-

vept consignées. Ensuite, les élémenls que les dictionnaires donnent séparés doivent subir certaines modifications et certaines combinaisons d'après des règles prescrites et sanctionnées par Tusage : sur ce point, c'est la grammaire qu'il faut consulter. Elle est une espèce de code où sont recueillis les arrêts de Tusage concernant rorganisalion Matérielle ou le mécànîsrïie du discoure, le tour des phrases, les inflexions et la disposition des mots , suivant les rapports qu'on leur veut faire exprimer. Enfin les rhétoriques et les poétiques ont pour objet les convenances du^style, les procédés et les artifices de langage nécessaires quand on veut traiter avec succès tel ou tel sujet, produire sûrement telle ou telle impression.

Entre ces trois parties de l'art de bien dire, qui se rapportent, la première à la justesse, la seconde à la correclion et la troisième à l'expression, la dernière est d'une utilité moins générale. Le dictionnaire et la grammaire sont pour tous les hommes des manuels indispensables, parce que tous les hommes doivent employer les lerm©i& propres, et dans leur arrangement se conformer à la pratique commune ; mais la rhétorique et la poétique ne s'adressent qu'an petit nombre de ceux qffti Vb proposent â'eiercer par tet parole une ocruine influence sur l'esprit o« te eosttrdo leurs «emblables. A celte première difi'érence s'en joint luie seconde tout aussi importante. La lexicologie et la grammaire commandent, imposent des règles, la rhétorique donne des conseils. On rtè saurait désobéir aux unes ou même en négliger l'étude, sans encourir le reproche d'ignorance et de barbarie, sans aller contré le but du langage, qui est de se faire comprendre ; celui qui ne connaît ou ne suit pas les prescriptions de îa rhétorique, ne s'expose paà par cela seul et nécessairement à manquer Tefifet qu'il attend dé ses paroles. C'est que la lexicologie et la grammaire promulguent au nom de l^usage des lois fixes et absolues; tandis que la rhétorique Hïdique des moyens dont le succès dépend en grande partie du génie de celui qui parle, du caracière de ceux à qui il parle et de plusieurs circonstances non moins variables au milieu desquelles il parle. Et pour ne tenir compte que du génie de celui qui parle, on peut

dire que l'éloquence et la poésie sont plutôt des talents que des arts, et que jamais la rhétorique n*alluin^ le feu sacré dans rame de celui qui ne Ta point reçu du ciel.

Puisque les déiermrnaiionsde la lexicologie et les règles de la grammaire intéressent tous les membres de la nation*] et sont indispensablement obligatoires; puisque» d'autre part» les préceptes de la rhétorique, destinés à quelques-uns seule* ment, ont une efficacité fort incertaine^ ne semble-t-il pie s'ensuivre que les éludes lexicologiques et grammaticales ont du être de tout temps plus cultivées que la ti^oisième partie de Tart de bien dire ? Ce serait une erreur de le penser. La grammaire, il est vrai, quoique la théorie et la rédaction en soieni abandonnées à des savants modestes et peu estimés» n'a ja** mais cessé de jouir d'un assez grand crédit : elle est l'objet de nombreux traités, et il n'y en a pas qui soient r^hercb^ per autant de lecteurs* Maison ne saurait imaginer toute la négUgence apportée dans les travaux de la lexicologie et combien peu de prix on attache en général à leur perfectionnement; comme si la connaissance de la propriété des termes était chose trop iàdle ou trop indiffiérente pour mériter qu'on en fasse, ainsi que de la rhétorique, une partie essentieile de l'art de bien parler, et qu'on s'applique à l'acquérir.

Les dictl<Minaires ont pour lâche principale de dtfnir les mots de telle sorte qu'ils ne soient pris ni à contre sens par celui qui parle ou écrit, non plus que par Tauditear ou le leo«teur, ni en sens divers par les uns et par les autres» ce qui oc* casionnerait inévitablement des méprisesetdes malentendus. Or, il s'en faut de beaucoup que les définitions qui s'y trda« vent répondent à celte idée. A part un très petit nombre de termes significatifs d'idées simples et claires parelles-ménes, tous les mois sont susceptibles de définition, parce que ton» exprimant des collections d'idées élémentaires ou des nuances, se peuvent résoudre en ternies qui représentent oetlee^ d'une manière distincte et détaillée. C'est seulement & ¥4^ gard de ces mots complexe que nous prétendons critiquer le travail des dictionnaires^ il y aurait de l'injustice à exiger par rapport aiix autr^ une rigoftw rçconmie Impos* siWe,

4 INTUODlTCTlpiV.

Que parmi les défioiiioiis des dictionnaires il y en ait de fausses, c^est un mai sans doute, mais un mal de peu de conséquence; car il est présumabic qu'elles choqueront à la Ion* gue le bon sens des vocabulistes, et qu'ils sauront bien les corriger. Mais on peut reprocher aux dictionnaires un vice tout autrement grave, parce qu'il réside dans la manière même de définir, et que leurs auteui*s ne paraissent pas soupçonner combien elle est défectueuse. Ils se bornent pour Tordinaire à traduire un mot par un autre; ce qui est en même temps ne rien expliquer et faire nattre dans Tesprit du lecteur une erreur manifeste. C'est ne rien expliquer, si le lecteur. ne connaît pas le sens du mot par lequel on définît, ou si ce mot, comme il arrive presque toujours, se trouve défini à son tour p r celui même à qui il sert de définition, de sorte qu'on soit renvoyé de l'un à l'autre sans rien apprendre de l'un ni de l'auti^e. Ensuite c'est induire en erreur en faisant croire à une identité absolue de signification entre le mot expliqué et le mot qui explique, identité qui a très rarement, ou plutôt qui n'a jamais lieu. Ainsi presque toutes les définitions des dictionnaires sont illusoires; elles promènent le lecteur d'un volume, ou d'un mot à un autre, sans repos et sans fruit, sans jamais lui rien enseigner d'essentiel qui le satisfasse etTai*réte définitivement. Dans nos collèges, la malice des écoliers a protesté plus d'une fois contre cette continuelle déception par une allusion ingénieuse. Â la marge d'une page quelconque de leurs dictionnaires, ils écrivent une question telle que celle-ci : Voulez-vous savoir mon nom, mon âge, ou le prix de ce livre? voyez à la page tant. La page indiquée vous renvoie à une autre, qui vous renvoie à une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous soyez adressé à l'une des pages les premières signalées, et par conséquent oblige de parcourir le même chemin sans arriver jamais à la révélation promise. Vous roulez dans le même cercle, et c'est, comme le disent avec raison les logiciens, un cercle vicieux. D'autre part, à eu juger par les dictionnaires, il faudrait tenir pour équivalents | c'est-à-dire pour synonymes j car tel est le nom donné aux mots prétendus égaux pour le sens, non-seulement ceux qu'ils qualifient ainsi formellement, non*seulement ceux

auxquels ils appliquent la même définition, soit sans détonr, soit en ayant Tair de la varier en variant un peu les termes, mais encore tous ceux qu'ils font servir de définitions les uns aux autres, et le nombre en est Tort considérable. Consultez le dictionnaire seul, vous vous imaginerez, par exemple, que la synonymie est parraîte, et qu'il n*y a jamais de choix à faire emre ressentiment et rancune^ avare et avaricieux, inielligent et entendu, ladre et crasseux^ aptitude et inclina^ tien; et ainsi d'une foule d'autres.

Sous ce rapport, tous les dictionnaires pèchent également et ù-peu-près au même degré. M. Yillemaîn, dans TéloqueDite et spirituelle préface qu'il a mise en tête de celui de l'Académie, n'a pu s'empêcher de signaler ce vice originel ; mais U le croit moindre dans le livre dont il fait l'éloge, ou plutdt il n'en paraît pas bien sûr; car il dit que, quant aux définilions, il a dû se perfectionner depuis la première édition jusqu'à la sixième et- dernière. Le fait est que le Dictionnaire de l'Académie, qui, toujaurs trh bien fait, reste toujours à faire, vaut les autres et ne vaut pas plus que les autres; [lar la raison que les autres le copient généralement, sau^ à commencer ou à finir par l'injurier. Aussi, tout ce que nous disons ou dirons des dictionnaires s'étend à tous, bien que s*appliqiiant particulièrement à celui de l'Académie. C'est donc de celui-ci que nous emprunterons d'abord un exemple qui mette en évidence ce qu'il y a d'insuffisant dans ces ébauches de définitions. Qu'on tâche de concevoir, d'après TAcadémte, le sens attaché aux dix verbes suivants : 1^ blâmer/ improuver, reprendre, condamner. 2° improuver; désapprouver, blâmer, y désapprouver; blâmer, condamâer, trouver mauvais. U^ reprendre; blâmer , censurer, critiquer, trouver à redire. 5" condamner; blâmer, désapprouver, re-» jeter. 6** censurer; blâmer, critiquer, reprendre. T critiquer; censurer, trouvera redire. 8^ co>i/rofer/ reprendre , critiquer, censurer. 9° /rowrf^r/ blâmer, condamner, critiquer. W épiloguer; censurer, (rouver à redire. Au lieu d'instruire le lecteur , ne semble-t-on pas se jouer de lui? Et que sait-il de plus après qu'avant, sinon que tous ces verbes sont synonymes et qu'on peut indistinctement dans tous les cas eu-

ployer celni-ci ou celui-là? Du reste, ces définitions ne sont point rares dans les dictionnaires ; elles s'y rencontrent par centaines, par milliers.

En somme, les dictionnaires ne définissent point, ou ils définissent d'une manière incomplète , en même temps qu'ils accréditent une erreur. Ils désignent d'une manière générale et approctanie l'ordre d'idées exprimé par le mol donné, sans insister sur la place qu'il y occupe , sur le caractère particulier qui le distingue comme espèce dans le genre. Ils mettent saus plus de rigueur chaque mot à cdté d'un autre ou d'antres mots qui lui ressemblent à-peu-près. Indication insuffisante qui ne fait pas connaître , qui laisse flotter dans le vague la propriété des termes , qui n'apprend pieu sur le choix qu'il convient d'en faire dans les diverses circonstances, et qui n'a d'autre résultat positif que de former une masse énorme de mots qui surchargent la langue en l'appauvrissant d'idées. Les Dictionnaires des synonymes ont pour but de remédier à cette double imperfection. Ce sont, en ce qui regarde les définitions , des compléments des dictionnaires ordinaires. Posant en principe qull ne saurait y avoir de synonymes parfaits, surtout dans la langue usuelle d'un peuple avancé en civilisation, ils réunissent en familles les mots qui expressément ou implicitement sont déclarés tels , et ils assignent à chacun une idée nette et qui lui convient exclusivement.

Synonyme vient de deux mots grecs oùv , avec , ensemble, et ^vo{ix, nom , pour marquer que les termes ainsi qualifiés nomment ou désignent ensemble , ou les uns comme les autres, les mêmes choses, les mêmes idées. Il y a effectivement des mots regardés comme tout-à-fait équivalents par les poètes, par les mauvais surtout , qui ne consultent en les em- ^ployant que le besoin de la mesure et celui de la rime. Ce qui a fait dire à Port-Royal : « Combien la rime n'a-t-elle pas engagé de gens à mentir?» Ainsi, dans nos collèges, les élèves, pour s'aider à versifier en latin, ont entre les mains un dictionnaire intitulé : Gradus ad Pamassum, et dans lequel à côté de chaque mot se trouve l'indication de ses synonymes. Parmi ces derniers, qu'il y en ait un qui consente à entrer

dAM le var6, il e$l tmm&nqnahlêm^t prëfléré, diK-it fonMP un contre«-seB8 ou feire dire nn mensonge.

Cependant, il n*y a jamais identité de sigoiflcatton entre les mots réputés synonymes. lis ont entre eux le même rapport que les variétés d'une même couleur principale. Au premier coup-d'œil et à distance, ils semblent tous se confondre, tant les nuances qui les séparent sont légères. Mais , en y re^r* dant de près, on aperçoit ce qu*il y a de partiouller dans ebacune de ces nuances, ou, pour parier sans figure, on s'aperçoit que chaque mot est marqué de ^raits distlnctifls qui le rendent seul propre à exprimer dans certaines circonstances ridée générale qu'ils représentent tous.

Conformément à ces deux manières de voir, celle du tuN ^alre et des versificateurs , suggérée ou entretenue par les vocabniistes, et celle des grammairiens philosophes parta^ par tous les bons écrivains, les synonymes sont devenus le si^et de deux sortes d'ouvrages 'également appelés Diction^ nairei dès iynonymûê. Dans les uns, comme dans \eGradu9, n'ayant égard qu'à leur ressemblance et les prenant pour <^e que les donnent les dictionnaires ordinaires, on les a rassemblés par groupes afin que le lecteur pût à son gré se servir de celui--cî ou de celui-là , maïs sans lui indiquer de choix. Tels sont le Dictionnaire de Timothée de Livoy, augmenté par Beauzée , en français, et celui de Rabbi, en italien. Dans les autres, les mots synonymes, c'est-à-dire en partie synonymes, car on n'en reconnaît point qui le soient entièrement, se trouvent aussi rangés en femllles en raison de leur ressemblance ; mais à chacun est assignée une nuance propre qui le caractérise et ne permet pas d'en employer un autre dans certaines occasions. Là, on dirait des livres d'histoire, dé mathématiques , de morale , jetés pêle-mêle sur les rayons d'une bibliothèque; ici, des échantillons de minéraux régulièrement classés dans un cabinet d'hîsloîre naturelle. Nous entendons exclusivement par Dictionnaires des synonymes des ouvrages du second genre , quoique cette dénomination convienne mieux à ceux du premier , où l'on ne tient pas compte des différences, où l'on ne semble pas y croire.

Tel est le sens du mot synonyme; tel est celui de Fexpresr

a I^fTRODUCTION.

sion Dietimmaire des synonymes. Si l'usage n'avait consacré cette dernière, il faudrait la remplacer par celle de DieHon" naire anti'Synonymique / c^r Tespèce d'ouvrage qu'elle désigne est destinée à dissiper l'apparente synonymie à la faveur de laquelle les dictionnaires ordinaires , sans avoir l'air d'abandonner leur tâche, se dispensent réellement de définir les mots.

Un pareil ouvrage est une nécessité pour tout esprit droit et judicieux qui ayant à cœur la clarté et la précision diï discours ne se <;ontenle pas d'une idée telle quelle des choses. Les dictionnaires ne donnent sur les acceptions des mots que des à-peu-près. Mais leurs définitions ne seraient ni inexactes, ni incomplètes, ni évasîves, qu*elles ne satisferaient point encore, parce qu'elles sont arbitraires et dogmatiquement imposées.Et fussent-elles justifiées, en même temps qu'elles marqueraient fidèlement tous les traits caractéristiques de l'idée dont le mot est le signe, elles ne peuvent obtenir assez de développement dans le dictionnaire général pour être nettement- et distinctement entendues. Yoilà pourquoi un dictionnaire parfait sods ce rapport ne rendrait pas inutile l'usage du dictionnaire des synonymes. Il ne suffit pas de définitions irréprochables pour mettre en état de discerner^ toujours et à coup sur la propriété des termes; il faut de plus en rapprochant les définitions de ceux dont le sens se touche, faire ressortir leurs nuances distinctives, et pour cela ce n'est pas trop la plupart du temps d'une longue comparaison où on les oppose les uns aux autres sous toutes les faces, au moyen de phrases faites à dessein où d'exemples empruntés aux écrivains les plus considérables* Voilà pourquoi aussi les dictionnaires des^ synonymes, abrégés de Girard, que Boisle et Laveaux ont joints à leurs grands dictionnaires augmentent le volume de ceuxci sans rien ajouter à leur valeur. Le fait est qu'une foule de distinctions ne s'y comprennent plus, faute d*explications et de détails. Yoilà pourquoi enfin on ne saurait donner du travail d'un synonymiste une analyse fidèle et claire, surtout quand on s'attache, ainsi que Ta fait M. Guizot par rapport à Koubaud,non pas à résumer sa pensée, mais à transcrire quelques phrases avec les termes mêmes dont l'auteur s'est servi.

Les dictionnaires ordinaires ont pour inconvénients de laisser dans rincerlitude toucliant la signification propre des mots, et, en ce qui concerne Je choix de ceux-ci, de favoriser la paresse et Tindifférence, de fournir au verbiage un aliment et un encouragement. En combattant deux effets si déplorables, le dictionnaire des synonymes rend un double service. Ily a plus: sans les lumières qu*il prête, 11 arriverait souvent de ne pas saisir daos les auteurs classiques des finesses qui tiennent à des nuances de sens fort délicates. Par exemple, vous lisez dans Montaigne (1. m, cfa. 5) que c'est trahison de se marier sans i' épouser; (l. m, ch. 6) que, pour donner comme il faut, on doit épandre le grain, non pas le répandre; et(Ui">ch. 9) qu'en faisant souvent le piteux on n'est pttoyabie à personne. Bornez-vous à consulter le meilleur de nos dictionnaires, celui de TÂcadémie , vous ne parviendrez pas avec son aide seule à comprendre tout ce qu'il y a de spirituel et de juste danis ces trois phrases. Vous y trouverez la même définition appliquée à se marier et à s'épouser , à épandre et à répandre^ à piteuoe et h pitoyable. Ce serait bien pis si le dictionnaire s'avisait de mettre une différence entre les définitions des deux mots opposés par l'auteur ; car probablement, ou cette différence serait fausse, comme est 'celle que prétend établir l'Académie entre continuer à et continuer flfe, c'est à moi à et c'est à moi de^ ou elle ne serait qu'apparente et en la pressant vous en feriez ressortir tout ce qu'elle contiendrait de vain et d'illusoire. A ^a fin du chapitre (50, 1. 1) intitulé, DeDemocritus etHeraclitus^ le même Montaigne écrit que, notre propre et péculière condition est autant ridicule que risible. Voulant m*expliquer ce qui distingue ces deux derniers adjectifs, j'ouvre le dictionnaire de l'Académie et j'y lis: ridicule f- digne de risée, de moquerie ; risible ^ digne de moquerie. Définitions absolument équivalentes, ou bien la différence tient au mot risée^ qui est dans la première et non dans la seconde. Mais en cherchant la définition de risée/ie trouve moquerie. De sorte que finalement on se donne l'air de définir différemment des mots qu'on définit toul-à-fait de même, et stdans la phrase de Montaigne on substituait les définitions aux définis, on aurait pour résultat : Notre propre

10 iNTaoDucnoiiL

^ péoniièro condition est autant digne de moquerie et de moiE[tterte que de moquerie. Riium tânâatiiJ

ZHi reste, sans cesser d'être ce qu'ils sont nécessairement quant aux définirions, c'est^^à^lire, courts et peu détaillés, les dictionnaires ordinaires pourraient donner des explications plus tatisfoisantes, s'ils savaient profiter des travaux des synonymistes. Mais c'est une chose étrange combien ils les igporent ou les dédaignent. Il n*y a pas d'apparence que les derniers auteurs du dictionnaire de l'Académie se soient doutés qu'il existait des dictionnaires de synonymes français. Le crotraitH)n ? M. Yillemain, un liomme d'une si grande érudition littéraire, et le plus capable par son impartialitéjde sentir le i»rix de pareils essais, ne mentionne dans sa préftiee de la 6! édition ni Girard, ni Beauzée, ni Roubaud^ ni aucun autre synonymiste , si ce n'est d'Âlembert en compagnie de Subos, quoiqu'il donne un liste à-peu-près complète des écrivains qui ont rendu quelques services à la langue. Autres temps, autres occupations. A l'origine les Académiciens étaient pour la.plupart des grammairiens, ou, comme ils s'appelaienteux* mêmes, des ouvriers en paroles qui se piquaient avant tout de parler juste. Aujourd'hui ce sont des hommes d'état, des hommes de lois, des historiens, des savants, des dramaturges qui ne songent à rien moins qu'à la conservation de la langue et à l'exacte détermination des sens attachés aux mots qu*on y emploie.

II. En combien de parties se divise cet objet et à combien d'ouvrages donne naissance Vetude des différences disiinctives des synonpnes ?

L'objet des recherches des synonymistes étant indiqué et leur nécessité démontrée, il s'agit de déterminer en combien de parties se divisent les matières sur lesquelles elles portent^ et si, comme nous l'avons supposé et comme on l'a cru jusqu'à présent, ces travaux de la lexicologie ne doivent être représentés dans la littérature que par une seule sorte d^ouvrage , un dictionnaire des synonymes.

Les synonymes se divisent en trois ciasses, eu égard à la

. INTROmJCTIOîl. H

aatare de leur différence, et à Iq source d'où elle se tire. Les uns n'ont pas le même radical, et leur différence s'obtient par la considération attentive de la signification primitivement inhérente au radical de chacun d'eux. Tels sont t abat^ ire, renverser, détruire; paressetup, fainéani, indolent^ négligent; amour ^ a^ction y tendresse. Les autres ont le même radical , mais différemment modifié parce qu'ils sont soumis à des influences grammaticales différentes ou parce qu'ils n'ont pas le même commencement ou la même terminaison, et l'on arrive à saisir leur différence en déterminant la valeur de ces diverses modifications. Exemples : détail, dAaih; roe, roehe ; creux, creusé; commencer à, e&mr mencerde; passer^ dépasser ^ surpasser; caquet, eaqtte" tage, eaqueterie; grogneiir, grognon, grognard. Les derniers enfin, quoiqu'ils ressemblent aux premiers en ce que d'ordinaire ils ne contiennent pas la même racine, ei aux secot)ds en ce qu'ils n'ont pas la même forme grammaticale, ne doivent leur différence principale d'acception ni à l'un ai à l'autre de ces deux caractères, mais bien à ce que tirant leur origine de langues qui jouissent dans la nêtre d'une plus ou moins haute estime, ils appartiennent à différentes sortes de langages, scientifique ou commun, poétique ou prosaïque, propre ou figiu*é. A celte classe se rapportent hypothèse et supposition, hyperbole Qi exagération, épithite^X adjectifs sacerdoce et prêtrise^ Euménides et Furies, phthisiqtse, pulmonique et poitrinaire.

Les synonymes de la première classe ne sont soumis À aucun principe général de distinction. Comme les radicaux varient suivant les exemples particuliers, la différence trouvée entre tels synonymes ne donne aucune lumière sur celle qui doit exister entre tels autres. En ce qui les concerne le synonymlste doit procéder de manière à les prendre et à les traiter par groupes séparés, et donner le résultat de ses diverses recherches partielles dans un dictionnaire où, feute de mieux, sera suivi l'ordre alphabétique, comme on l*a pratiqué dans tous les travaux de ce genre publiés jusqu'ici. On peut bien, à rimiiatlon d'Eberhard et de M. Guieot, prescrire une méthode générale d'investigation pt>ur tous les syno-

nymes de celle espèce, les plus nombreux et les seuls dont les philologues se soient sérieusement occupés, mais non pas les réduire en catégories dans lesquelles chaque exemple comporte la même règle de distinction que le précédent et éclaire à son tour sur la différence qui se trouve dans le suivant.

Il n*en est pas de même deà synonymes de la seconde classe. Ceux-ci ayant le même radical ne peuvent différer qu*en raisoD des modifications que ce radical éprouve dans Tnn d'eiix ou dans tous, soit en vertu de la diversité des circonstances grammaticales où ils sont placés, soit en vertu de la diversité de leurs préfixes ou de leurs terminaisons. De là la possibilité, la valeur de ces modifications assez peu nombreuses étant connue, de faire servir la différence trouvée dans un exemple particulier à la distinction de tous les autres qui présentent la même modification comme seul élément de différence. Ainsi, deux mots synonymes ayant le même radical, sont Tun du masculin, l'autre du féminin, comme diseord et discorde^ roc et roche, ou l'un au singu* lier, Tautre au pluriel, Comme détail et détails, ruine et ruines, ou Tun adverbe et Tautre expression adverbiale, comme prudemment et avec prudence, littéralement et à la lettre, en réunissant beaucoup de synonymes qui extérieurement ne diffèrent que par cette même modification, du genre, du nombre, etc. , on arrivera par leur comparaison à découvrir rinfluence générale de cette modification sur le sens^ et on en induira une règle sure pour la distinction de tous lejs synonymes du même radical et dont la différence dépend de cette seule modification. De même, deux mots synonymes ayant le même radical se terminent, Tun en ment, l'autre en /low, renoncement et renonciation, par exemple : si je parviens à trouver leur différence, n'aurais-je pas un moyen de irouver celle de tous les synonymes qui matériellement diffèrent de même, de dissentiment et dissension^ de renouvellement ei rénovation^ etc.? Ou plutôt rassemblant tous les substantifs synonymes qui, pris deux à deux, ont le même radical et se terminent, ceux-là en ment et ceux-ci en tiouy ne poiirfa-i-pn pas en approfondissant la valeur exacte

INTRODUCrrON. 13

de to|is les premiers et en l'opposaut à celle de tous les seconds, découvrir la modificaiion de sens imprimée aux substantifs par la terminaison ment^ d'un côté, et la terminaison tion^ de l'autre, et de là tirer une règle générale pour la distinction de tous les synonymes semblables, de telle sorte que tous les exemples seraient pour chacun un moyen d*éclaircissement par rapport à la différence cherchée? Lorsqu'on aura déterminé ainsi, c'est-à-dire par l'examen comparatif d'un grand nombre d'exemples, l'effet produit pour le sens sur des synonymes de même radical, non-seulement par toutes les différentes circonstances grammaticales où ils peuvent se trouver placés, non-seulement par toutes les différentes terminaisons qu'ils peuvent avoir, mais encore -par toutes les différentes préfixes qui peuvent y précéder le radical; iï en résultera pour tous les synonymes de la seconde classe des distinctions et des règles de distinction assurées. C'est. la tâche que nous avons entreprise dans le présent vo-^ iume, ouvrage spécial qui se comprend par lui-même et se suffît à lui-même. Nous le faisons paraître seul d'abord, parce qu'il ne dépend pas du dictionnaire dont il sera suivi prochainement, si le public nous juge digne de quelque bienveillance.

Quant aux synonymes de la troisième classe, ils ne sauraient, comme ceux de la seconde, fournir la matière d'un traité à part. 11 n'y a pas de raison suffisante pour les détacher du dictionnaire. Les langues auxquelles la nôtre fait des emprunts sont en petit nombre, et les règles qui déterminent les rapports des mots qui eu dérivent, peu nombreuses elles-* mêmes sont claires, incontestables, et ne servent à distinguer qu'une petite quantité de synonymes. Ceux-ci, d'ailleurs, ayant presque toujours des radicaux divers, il arrive rarement que toute leur différence' tienne au plus ou moins de noblesse de leur origine. . '

Il n'y a donc en réalité que deux sortes principales de synonymes: les uns à radicaux identiques et à différences grammaticales, les autres à radicaux divers et à différences provenant de cette diversité même. Les premiers, doublement semblal^les, quant à la signification d'abord, puis quant à la

14 INTHODUCTION.

tonœ Jmqv'à un certain point (1), ne peuvent diffiérer encore que par des nuances légères, par le mode et non par le fond; ce qui fait que de deux mots synonymes à la manière de ceux-ci Tun s'emploie beaucoup plus ordinairement que TaU* Ire et tend à le Ukite oublier \ les seconds n'ayant rien de commun que le sens dans lequel ils se rencontrent et doués de valeurs originelles spéciales peuvent diiîérer essentielle* ment et appartenir à des ordres d'idées qui ne soient point du tout les mêmes» Ceux-là, que nous appellerons «ynonym^^ ^tammaiicaua^ sont sujets à des règles générales de dis^ tinction qui obligent à les ranger en classes suivant la sorte de modification grammaticale constituant leur diiïérence extérieure et contenant à ^le seule leur différence intrinsèque : ceux-ci, \ei&*ynimymeê étymologiqwi ou à radicaux diverêf se distinguent chacun à sa manière en vertu du sens primitivement attaché à son radical, et, au lieu de pouvoir, comme les précédents, entrer dans un traité méthodique, Ils n*ont place que dans un dictionnaire où ils se trouvent seulement rangés en fomilles en raison de leur signification commune. Nous insistMs sur cette opposition, parce qtVelle est fondamentale et qu'elle seule justifie l'un des principaux changements apportés par nous dans les travaux relatifs aux synonymes. Il consiste à avoir enlevé au dictionnaire tous les synonymes grammaticaux pour les soumettre à des règles générales de dlMinctlon qu'ils servent eux-mêmes à établir dans uii« science inductive, science nouvelle, quoique dëjè pressentie et préparée par des essais partiels antérieure, certaine dans ses résultats comme dans ses proe;édés, et volsi<M de la grammaire à laquelle elle renvoie encore plus et lumière qu'elle ne lui en emprunte.

III. M^ode à $»ivre pour rendre leur valets préfère aux mots prétendus êynonymee»

Le caractère commun à tous les synonymes est contenu dans Leur définition : ils semblent avoir absolument le même sens^

(i) Le Iraîlè des synonymes grecs d'Ammonîus ne coutîent guère que des ^hobytoes gratowniicaux j tant est réoUe r«nalôgie qwi !w réunit en tin

ki UM d'âulàoc pl«s ifOiOâ 1i*odC qo'oii seul et Méaie radical^ les fiatres quoiqu'ils atfmt des ràdtcotui divers« U y a encore eed de comman à tous que les phîtologaes qui s'appliqtHMM à l'étude des uds ou des autres Admettent égaiement que cêité identité n'est que partielle et relative : d'où il suit qu'elle ft des degrés, et que i^tts elle approche ou psrait approcket* d# l'identité entière et absolue^ plus les mots sont synonymeSf plus par conséquent il détient nécessaire de n^ttre entre eu& Hu certain intervalle»

Y a^il des mots toui-à^fïiit synonymes ou n'y en a<-t^ pas ? PnAlèoae placé an point de départ de ces i^ciierciies ei dont la solution iatérete leur existence même* Aussi Girard n'i pas manqué de se le proposer d'abord. li ne pouvait bësttef Il le résoudre dans le sens négatif. Son «opinion ft cet ^rd a été partagée par FénéloU) Domarsals, Blair^ et par plusieurs pliilôiogoest notamment par la plupart de eeux qui sur ses traces ont parcouru la même carrière.

Toutefois laqoesiioa a besoin d'un nottvel examen yetir eitê en ecmttent trois particulières qui n'ont point été démêlées el qui doiveni l'être , si Ton ?«tK avoir «ur ce point une doetrinê précise^

l*" Une langue doit*^Ie avoir d^ mots absolumem ftynonym^7 Personne n'eeerait l'affirmer à moins qu'il ne «^ont^dtt la superfluité avec Fabondance. En cela consisterait ane vérimble Imperteetton. De deui^ mot» qu'on pout*raiipr«ndfe kidtslinctement; l'un pour Tautre en louie oocaeioii l'un ^eriârft iuttiile» Or, en Mi de langné , la raison réprouve tout ce qui n'est qu'uiM^ surcharge pour elle telle n'a point égard à I1iaf« moniei elle ne soutNi point 1^ doubles emplois même en (kveur de Tbarmonlo et du plaisir de l'oreille ^ choses trop vaines pour qu'elle en tienne ateuneompte^

^o Y a-HI des langiNis qtd renl^rment deê ma^ de terni potots «yfionymes? On conviendra qu'H dôk y en avoii-, pour peM q^'o» réfléchisse à la manière dont %è sont formées tel

groupe «éparé. Oa pMirraU les Bppéw sfi^^fmii ^ h^mpHymii^ ftkit»' semble .* sjnor^ymes^ à cause de la ressemblauce de 8i|;i]ificattoD; et homofty^ mes, à cause de îa ressemblance de forme. Aussi M. Pilton a iatilulé le iivrs d^AwmoûiUi^ Traité des iynmym^i et des hdmçnffnés gtecs.

le INTRODUCTION.

langues, du moins celles d'aujourd'hui. Elles ne résultentpoint d'une convention qui ait attaché, dès le principe, une valeur précise aux signes de la pensée. Elles sont la réunion des débris de plusieurs idiomes. Lorsque diverses peuplades viennent se fondre en un même corps de nation , chacune apporte son vocabulaire, et comme chacune continue pendant plus ou moins de temps à y puiser des mots pour désigner les objets à sa manière, il s'ensuit coexistence de plusieurs langues en une seule, ou, si on l'aima mieux^ un grand nombre de synonymes. Il doit s'en trouver surtout et long-temps parmi ceux qui signifient les objets sensibles, comme Fattestent les synonymes si nombreux de la botanique : ils sont à l'usage de la multitude, et c'est la multitude , comme on sait, qui quitte le plus lentement les mœurs de la nationalité primitive. A mesure que l'union devient plus intime entre les élémens de là nation, la même ideniificalion s'opère entre ceux de la langue. Tous les mots significatifs d'un même objet ou au moins quelques-tins sont destinés désormais à le représenter sous, des faces ou avec des nuances diverses ; ou bien, ils tombent tous, hors un seul, qui prévaut. Chaque langue pourrait fournir desexemples de ce travaille plus souvent secret et indélibéré, par lequel elle s'élève peu-à-peu à l'idéal de la perfection, en se débarrassant des mots sans valeur propre , ou en leur en assignant une.

3* Telle langue, et, par exemple', la française, a-t-elle des mots véritablement synonymes? Une langue en contiendra d'autant moins ou sera, d'autant moins exposée à en contenir qu'elle sera plus une, que la jcentralisalion intellectuelle sera plus grande chez la nation qui là parle. Sous ce rapport, la nôtre ne saurait avoir de rivale. Le français, tel que l'ont fait les écrivains desxvn*el xviii* siècles, ne peut laisser beaucoup à désirer pour la précision des termes. Depuis eux, les idiolismes et les dialectes ont disparu dans l'unité d'une langue commune qui par eux s'est imposée à tous, pure de tous ces lermes que leur égalité de sens rend plus propres à fatiguer la mémoire qu'à faciliter l'art de la parole. Non pas qu'il n'y ait encore des synonymes parfaits dùns les langages particuliers des diflërentes sciences, dans ceux de la botanique et de

la médecine , par exemple ; ils y fourmillent , au con-^ traire, et ils y subsisteront tant qu'une nomenclature venant à remporter sur toutes les autres ne se fera point adopter uni-< Tersellement. Mais notre langue commune en est exempte ; sa grande perfection et son unité incomparable, auxquelles les étrangers mêmes rendent hommage, autorisent à le croire.

Le principe commun est posé. Qu'il s'agisse des synonymes grammaticaux ou des synonymes étymologiques, le philologue ne craindra pas, en cherchant à y découvrir des différences, de poursuivre des chimères. Mais, pour réussir, il faut qu'il connaisse et suive la méthode légitime.

La même méthode ne saurait convenir aux deux sortes de synonymes caractérisées plus haiU; c'est même là une des raisons principales qui doivent les faire nettement séparer. Il sera donc à propos de déterminer séparémentlaméthode applicable aux synonymes grammaticaux , puis celle dont les synonymes à radicaux divers exigent l'emploi. Nous commencerons parla première.

IV. Méèhode à suivre dam le traité dei synonymes grammaticaux»

Cette méthode a cela de commun avec toutes les autres que l'application en a précédé lathéorie. De bonne heure les grammairiens avaient observé que de légères variations dans la forme matérielle des mots et des expressions en amenaient de correspondantes dans le sens, légères aussi et difficiles à apercevoir. Grammairien par état et synonymiste par occasion, Beanzée entreprit de tourner ces remarques au profit de l'art des synonymes , pensant avec raison que rien ne pouvait rester étranger à ce dernier de ce qui regarde la distinction des tenues équivoques. Des synonymes qu'il a joints à ceux de Girard, une bonne partie sont grammaticaux. Il a même établi des régies relativement à la différence qu'il faut mettre édtre les adverbes et les phrases adverbiales, entre un verbe employé neutralement , et ce même verbe devenu réfléchi, entre les expressions, Croyez'-vous qu'il le fera ? Et , croyez-^

16 INTtODUOTKMî.

voui qu'il le faste? L'influence des préfixes sur la valeur dei mots à radical conimun parait Tavoir peu frappé. Mais, à en juger par Thabilude où il est de prendre surtout des exemples parmi ceux où la différence à trouver réside tout entière dans la terminaison ^ on peut croire qu'il a soupçonné la na* ture particulière de ces synonymes et la méthode qui leur est propre. TJne fois même, mais une seule fois , ce soupçon de»* vient manifesté > c'est quand au commencement de rarticle leur et Joume'e, l'auteur dit expressément i il me semble qu'il en est de la synonymie de ces deux termes comme de celle (tan et année, et en effet il établit entre eux ime diffé** rence semblable.

Mais cette partie ds la science doit beaucoup plus à Koubaud* Après toùt^ c'était peu d'avoir multiplié les synonymes grammaticaux^ et d'en avoir distingué quelques- uns avec bon* heur. Combien était-il plus important de déterminer par le rapprochement des exemples la valeur des préfixes, des ter» minaisons et des autres circonstances grammaticales ayant un peu d'influence sur le sens des mots pour tirer de là des rè^et générales de distinction qui se pussent appliquer à toute la série des synonymes entre lesquels ne se trouverait d'autre élément de différence? C'est la méthode que suit Roubaud, mais sans la concevoir sous sa forme nette et générale, sans l'établir au point de départ comme un moyen d'appréciation spéeiali sans en déduire toute une théorie sur les synonymes grammaticaux. Ce n'est point une conception préalable d'où il parte et qui préside à toutes ses recherches ; elle ne se présente à son esprit que chemin faisant» à mesura qu'il en a besoin \ il n'en parie qu'incidemment, par-ci par-là> Les procédés de cette méthode lui sont familiers i il les em^ ploie dans l'occasion avec rigueur; mais ces rapprochement sont très incomplets » se réduisent à des conjectures, parce qu'ils n'ont lieu qu'à propos des exemples particuliers i si bien que la règle s^ trouve appliquée avant d'être une fols pour tontes établie largement et sans préoccupation. Où i'au* teUr plaoe-t-il ses observations touchant l'infineiice exercée sur le sens des mots par telle préfixe, telle terminaisou outdla modification grammaticale? Non pas en tête d'une classe dis*

mTRODUCTîON. t#

lîncte de synonymes, mais aa milieu ou à la fin de quelque loDg article où elles frappent peu et semblent quelquefois pa^ radoxales, feute de détails et d*exemp1es. Au surplus, il sent lui-méaie la néce^ité d'un traité où toutes ces règles soient disposées avets ordre, et non pas noyées ou dispersées dans les articles d'un dictionnaire $ où chaque e&empte Tienne se ran^r sous son chef à côté de ceuK du même genre quil éclaiiip et dont il est éclairé. Mais il faïut se rappeler* ici ce qu'il dit dans sa préface : «t Arec le temps j'ai entassé de^ matériaux ) et j'ai folt un livre sans en avoir formé le des-^ sein.D

Quoiqu'il n'ait que traversé rapidement le champ de la synonymie, M. Gui2ot a vu et indiqué le point sur lequel à Ta veuf r devraient porter principalement les efforts dés synonymisies. H reconmti aux'observations de Boubaud sur les terminaisons un Hitéréi et un mérite très réels ; mais il sent bien que s'il y a 1& le germe d'une science où seraient établies des classlficaflions distinctives, il n'y en a que le germe ; il trouve les explications de Rouband hasardées, vagues, particulières^ susc^ibles d'ex* ceptioDs nombreuses, et néanmoins elles constituent, à son avis, un travail utile qui fait honneur au synonymiste; et, comme pour montrer que désormais dans le même travail tt fondra plutôt se préoccuper de la tl^rle que de la pratiqœi de l'établissement des principes que de leur apj^ication i Mi ou ids cas, il ramemble sous un même ooup-d'œii toutes hm idées éparses de fioubaud sur la valeur des termioa^ns. Rou« baud avait commencé l'œuvre un peu au hasard, sans Vuegé» nérale, sans plan assuré; nous l'avons reprise et continuée dans le présoit volume confcH-mément à la pensée de M.Gtd* zot, ea étendant toutefois ce qu'il ne dit que des terminaisons nmx préfixes et aux antt*es circonstances grammaticales capables de produire des diiSérences Itères entre les fermes prétendus synonymes. En même temps que noi» rêcerimis ses conseils de vive Voix , ^lous nous pénétrions de oes demièn uMê de aon introduction : « En général, on cherche peu, eà France^ à donner aux études une direction philQ8<^phitque : les théories généraleft nous sont peu iïmiiUèfes i elles seules is^ pendant peuvent conteiiybr de grandes vues et des règles posiH

20 INTRODIKmON.

tivcs.D Du reste, à Fœuvreon verra avec qifelle circonspection nous arrivons à fonder les théories.

Dans rintérét de Tordre et de la science, il faut d*abord,que les synonymes grammaticaux deviennent Tobjet d*un livre indépendant du dictionnaire. Car ils donnent lieu à une suite de travaux analogues, ayant plus de rapport avec la grammaire qu'avec la lexicographie, s'éclairant mutuellement, et qui cadrent mal avec des articles courts et incohéreqg, résultat de travaux également analogues entre eux, mais bien diSërens des premiers; car autrement on ne saurai^à propos de quel exemple déterminer la règle de distinction qui s'applique à toute une classe de synonymes semblables ; car enfin on serait exposé dans rétablissement de cette règle, ou k ne pas invoquer assez d*exemples dé peur d*étre long et de te répéter ultérieurement, ou à s'en laisser imposer par la différence particulière qui existe entre les deux ou trois mots pris pour exemples.

Cependant cette séparation semble entraîner deux inconvc- Biens assez graves. Dans le dictionnaire il faut que les synononymes soient rangés en familles. Mais comme à ces familles appartiendront quelquefois des synonymes grammaticaux, se résoudra-t-on à les en retrancher , comme ayant été déjà examinés dans le premier volume? Ce serait une extrémité fftcbense à laquelle heureusement rien n'oblige. Il n'y aura qu'à répéter brièvement la distinction antérieurement établie, et, pour sa justification, à renvoyer au premier volume. Ainsi parmi les mots qui représentent l'àme comme affectée de déplaisir se irouyeni atiriête' et eontriste iï côté d'affligé' j de fâehe' et de mortifia. Et ce qui sépare les deux première ayant été indiqué ailleurs, il ne s'agira plus ici, après avoir montré ce qu'ils ont de spécial par rapport aux trois autres, que de rappeler sans aucuns détails la différence qui aura déjà été mise entre l'un et l'autre. Ces répétitions ne seraient pasmoins inévitables si l'établissement de la règle avait eu lieu, non pas dans un livre à part, mais dans un des articles du dictionnaire; car, ici comme là, tous les exemples ayant dus être in^ Toqo^ pour que rien ne manquât à la solidité de cette règle, il faudrait également^ quand une famille se rencontrerait, cou-

INTRODUCTION. Il

teoaut deux ou plusieurs synonymes grammaiicanx, répéter de ceux-ci ce qui en aurait été dit précédemment. Mais dans le u*aité des synonymes grammaticaux abandonnera-t-on sans peine l'ordre alphabétique ?Avec d'autant moins de peine qu'il est le plus déraisonnable , le plus illogique qu'on puisse imaginer, qu'il rapproche les mots les plus divers et éloigne les plus semblables pour le sens, et que, d'ailleurs, en ce qm concerne les dictionnaires de synonymes, il ne dnpense pas d'y joindre une table à laquelle le lecteur doitnécessairemeol recourir

Contre cette innovation s'élève encore une troisiènie difficulté que nous croyons avoir surmontée. On a déjà reproché à Roubaud d'être trop' savant dans des matières et pour un public qui demandent beaucoup de simplicité. Qu'imporieni à un lecteur^ comme le sont la plupart, toutes ces précautions, toutes ces garanties de certitude? Ce qu'il veut en consultant de pareils livres, c'est que, sans le faire passer par des séries de raisonnements et d'inductions dont il n'a que foire, on lui fournisse à l'instant des distinctions nettes. De savoir si elles sont légitimes, obtenues par des moyens que la raison avoue, c'est une question à régler entre synonymistes de profession. Point d'appareil scientifique; en présentant voire u*avail, ayez soin de détruire l'échafaudage ; il ne fait qu'em* harrasser la vue. Mais que sera-ce d'un livre qui coamettee par accuser Rotibaud d'avoir trop peu généralisé , d'avoir subordonné la théorie à la pratique, de ne s'être point assea arrêté a fixer les principes de la méthode? Voici notre ré*« ponse. Roidoaud n'est pas trop savant, mais mal savanti savanl avec diffusion et intempérance. C'est là, en effet,après l'extra** vagance de ses étymologies, ce qui a le plus nui au soccès de son ouvrage , le meilleur sans contredit qui ait été compcMMi sur ces matières dans aucune langue. A le bien prendre , ce n'est point un livre,. mais un recueil de mémoires dont l'auteur se mettant à l'aise s'avance lentement vers la vérité en marquant tous ses pas, discute, combat ses devanciers, comme s'il parlait devant une assemUée d'érudils dont il brigue les suffrages. Cette science ne saurait convenir au public, surtout dans un genre didactique comme celui-ci : il la lui

%l INTRODUCTION.

foui, concise, dogmatique et impérieuse. Nom avons tâché de lui donner ces caractères dans le présent volume, sans pré^ judica de la vérité pourtaoti et quoique nous y'déduisions nos distinctions de principes plus généraux et plus eatégorique* i»entétablis< Mais lorsque la nature du sujet ne nous a permis d'arriver à ces principes qu'à force de longs raisonneftents ou à Taide d'une ioduction laborieuse , nous avons disposé notre travail de manière que le lecteur pût très bien W connattre le résuUot sans prendre la peine de porcourir la voie qui nous y a conduit. Chaque exemple est traité séparémeut en termes courts, qui se comprennent indépendamment de tout le reste , quoique , envisagé dans le tout, il soit en même temps une application et une confirmation de la règle. Quelqu'un veut^il savoir la difiérence de sUmiaohi^ qu§ et de stomae^l^ de secrètement et d'en secret, par exemple, sans éprouver le besoin, faute d'instruction ou de loiisir, de vérifier le principe qui a servi à la déterminer, il ta trouvera exprimée nettement et brièvement dans un arUcle partiotUier. Puissions* nous être parvenu de la soiHe à satis^ i^m à' la-fois les esprits qui s'intéressent aux progrte de la sai«fica et los gens superficiels ou indifférents qui n'en goô^ tmi que les résultats immédiatement applicables! - . Skm avons déjà donné le nom d'inducttve à la science qui 'aceH^ de la distinction des synonymes grammaticaux ou à Bàdicaui^. id£sitiques. C'est ici le lieu d^appliquer et de justifier eeue qualification. On appelle indi^tive la méthode à l'aide de. laquelle l'esprit s'élève de l'observation de ceruins faits ^lieuliers à des conclusions générales sur toi» les faits de la même eq|>èo6. Ainsi procèdent les savants dans l'étude de la natsre extérieure et dans celle de notre nature intime ^ aimi procédera le philologue aai recherchant les règles qui doivent guider dans la distinction des synonymes grommatteaux. D'abord, il en formera diverses classes d'après lalé<* giè»*e modification de forme, seule capable d'apporter quelque différence de signification entre les deux mots synonymes de chaque exemple. Cette tâche préparatoire n'offre aucune difiKcultéf elle ne demande qu'un peu d'ordre dans l'esprit et de fiaiieiites recherches. Une fois acc<^mplte, un travail dV^ei^

INTR0DUGTI09I. U

vaUoii et de oomparaitoii lai succède sjr&nt pour objet le dëocuverte de la règle de distinciion applicable à loiu les eiemples. Dans chacun la différence doii être la même i en conséquence de ce principe admis par toutes les sciences iuft ductives, que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et que les mêmes effets sont produits par les mêmes causes, la même modification grammaticale doit , dans tous les cas, faire varier de même la signification. En quoi consiste cette yariailon, c'est précisément ce qu'il s'agit de trouver, et, pour le trouver, le philologue emploiera tous ses soins et toutes les ressources possibles. Il examinera chaque exemple en particulier pour en faire sortir la différence; puis il la comparera avec celles des autres exemples de manière à saisir entre toules quelque chose de commuA ou^à les ramener les unes aux autres. Entre les exemples , il en remarquera de décisids, soit que la différence s'y montre à découvert , soit que d'habiles synonymistes y aient déjà fait des disiinctions d'une vérité frappante. Il ne négligera pas , au contraire il s'empressera de^ recueillir ceux où celte différence est tellement sensil)1e qu*il ne reste plus entre les deux termes aucune synonymie. Lorsqu'on aura des lumières suffisantes sur l'effet causé dans le sens des mots par la modification grammaticale, qui seule peut révéler la différence des synonymes d'une classe entière, il sera facile d'en tirer une règle générale pour la distinciion, non-seulement de ceux qu'on aura pris pour exemples , mais encore de tous ceux, appartenant à la même classe , qu'on pourrait avoir omis. La règle éiant énoncée brièvement et dogmatiquement, à la suite viendront les exemptes qui la présenteront appliquée pour les lecteurs, à qui son application seule importe, et Justifiée, pour ceux qui tiennent à être assurés de sa rigueur.

Quelquefois, au Heu d'être puisée dans l'examen et la comparaison des synonymes mêmes de la classe, la connaissance de la valeur propre à la modification grammaticale qui les différencie résulte tout entière de la considération de mots étrangers à celle classe ou même à la langue française. C'est ce qui arrive surtout par rapport aux synonymes à préfixes ou à terminaisons différentes. Ainsi , avant d'arriver à con-

24 IlHTaODUGTION.

natire ce qui disttngae les subsuntife syooDymes de méoie radical lenninés, les uns en isme et les autres en erie^ nous avons dû rechercher les nuances de signification attachées à ces deux désinences, en comparant séparéinent un grand nombre de mots en Urne, puis un grand nombre d*autres en erie; de sorte que, rapprochant les deux valeurs, nous avons pu établir d'une manière générale les rapports d'opposition nécessairement existants entre les synonymes de cette classe. Au surplus, que ce soit aux expressions mêmes à expliquer ou à d'autres qui ne sont point en question ou tout à- la-fois aux unes et aux autres qu'on s'adresse pour avoir le sens de la modification grammaticale , on parvient toujours à le déterminer au moyen de l'induction.

Telle est, rapidement esquissée, la méthode à suivre pour assigner aux synonymes grammaticaux leurs traits distinciife. Sans descendre aux particularités de cette méthode dans ses diverses applications, sans anticiper sur les détails réservés au traité lui-même , nous pouvons au moins dès à présent ajouter à ce qui vient d'être dit quelques remarques générales importantes et qui ne demandent pas pour être comprises de longs développemens.

Outre l'avantage de rassembler, pour la distinction des deux mots synonymes dans chaque exemple, les lumières que fournit l'examen non-seulement de tous les autres exemples, mais encore de termes étrangers à la classe et affectés de la même modification grammaticale , cette méthode a encore celui de rendre , sinon tout-à-fait inutiles , au moins peu nécessaires, les citations de passages ayant pour but de constater l'usage par rapport à chaque couple de synonymes. Cet usage, elle le fait conntklire à priori et comme d'emblée, en même temps qu'elle l'explique et en rend raison. Soient les deux synonymes défiance et méfiance. En procédant à la manière de Girard, on s'efforcera de découvrir leur différencepar instinct, par la méditation et à l'aide d'une sagacité plus ou moins pénétrante. C'est ce qu'ont fait les auteurs des deux articles de l'Encyclopédie sur ce sujet. On pourrait aussi, comme pour les synonymes à radicaux divers, s'attacher à savoir la décision de l'usage touchant la valeur propre des deux mots, et à

cette fia 00 recueillerait dans les auteurs classiques beaucoup de passages où cette valeur se trouve bien marquée. Mais ce moyen n'est ni le plus court, ni le plus sûr, ni le plus satisfaisant; c*est seulement un moyen surérogatoire qu'on emploiera quelquefois par surcroît de précaution. Après que le sens précis de chacun des deux préfixes déeime'anruL été séparément déterminé par l'examen et la comparaison d'un grand nombre de termes français ou étrangers qu'elle commence, on rapprochera deux par deux les mots peu ou point synonymes qui ont même radical et pour préfixe, l'un de\ l'autre m^, et par exemple, déprimer ei mépriser ^ décompte et mécompte y dédire et médire. On arrivera ainsi par analogie à connaître non-seulement ce que l'usage pense ou plutôt doit penser sur IsL dîfiërence des deux mois, mais encorepourquoi il le pense ou doit le penser. Sans doute les esprits méliculeusement positif et empiriques jugeront qu'il vaudrait mieux constater l'usage que de décider au nom de la science ce qu'il doit être. Mais, outre .que les citations lie le révèlent pas infailliblement , il est bien permis à la science de le guider, de le contrôler même quelquefois dans les cas particuliers, d'après des données fournies par l'usage lui-même. Nous avons donc dû citer rarement dans le présent traité. Toutefois nous ne nous en sommes abstenu que quand la différence obtenue scientifiquement était si évidemment confirmée par l'usage, que toute démonstration au moyen des faits devenait superflue.

En second lieu , il ne sufl9t pas de ranger en classes les synonymes grammaticaux , il faut savoir aussi distribuer les classes entre elles. Le sujet entier se divise, à notre avis, en trois parties principales sous les titres suivans : 1* Synonymes à caractères grammaticaux différens; 2° Synonymes à préfixes différentes; 3"* Synonymes à terminaisonsdifférenies(l). Dans

( i ) Poor différencier les mois synoû) mes à radical commun, la langue grecque a plusieurs moyens dont manque la nôtre. Ainsi , elle a beaucoup de synonymes grammaticaux, qui tirent toute leur différence de la place de Tacceut, comme ixioyjnn et (xiay^xn, \>.vf}lrn^h(; et [Ao'xÔYipcç , p.u^:ioi et \v^^w. , wà-yEToç et ica-Y^TÔÇjaûvfipio; et ouvep^oç, oXyiOsç et àXTQÔeç, àTf'xvwç et âTS^vôç, à^fooooç et à-ypoixoç; d*aulres qui ne diffèrent que par la longueur ou la brièveté d'une syllabe, comme wa'aaoôat, avec la première syllabe longue, et Tcàaaoôai, avec la première syllabe brève ; d'autres (pli n^ont pas le même sens pour n*avoir

la première, les classes n'ayant entre elles aucun rapport nécessaire peuvent éire disposées selon les parties du discours, substantifs» a<]|jeotifs, adverbes et vert>es, et au deraier rang on mettra les expressions synonymes par syntaxe, o*est-à-dire celles qui ne diffèrent que par Tordre des mots : mal parler ei parler mal, savant hointm et homme êovani. Pour les synonymes à préfixes différentes et pour ceux àierminaisona différentes, Tarrangement des classes offre plus de difficulté. Cbacuoe devra présenter d'abord la détermination delà valeur propre aune préûxe ou à une désinence particulière; puis des articles dans lesquels^des termes ayant cette préûxe ou cette désinence seront comparés avec d'autres termes , leurs sy* Qonymes , dénués de préûxe et de désinence, qui seront par conséquent des radicaux purs ; et enfin des articles dans les* quels des termes commençant par cette préûxe ou finissant par cette désinence seront comparés avec d'autres termes, leurs synonymes, ayant d'autres préfixes ou d'autres déiinen^ ces« Or, la valeur de celles-ci aura dû être assignée dans des classes précédentes. £n ordonnant les classes, il faudra donc prendre garde à deux choses \ premièrement, faire en sorte que d^ mots ayant la préfixe ou la désinence dont il s^agU dans cbaque classe, se trouvent avoir des synonymes parmi les mots à préfixes ou à désinences déjà examinées : seconda-t ment, avoir soin de disposer ciMique classe de façon qu'il y ait des mots ayant la préfixe ou la désinence dont elle traite synonymes d'autres mots à préfixes ou à terminaisons qui seront considérées dans les classa les plus procbaines* hîmk vé^ gnera entre les classes une correspondance easentirilei cbacune contiendra des roots ayant la préfixe ou la désinenm enquestion mis en présence d'autres mois à préfixes ou à désinences précédemment étudiées , et ensuite^, en fixant la va«* leur de telle préfixe ou de telle désinence , elle préparera la distinction des mots qui en sont pourvu» d'avec d'autres à

pas ]e même esprit, comme sont âpaetâpa; d'autres eufiD, parmi les verbes, dont la différence provient de ce qu*ils n'appartiennent pas au même mode de conjugaison^ à la même voix; tels sont : éwoeîv et lrtt^%\q^9,\i §upi7y ^t eO^^^^i Oueiv et OueçOûpi; ^i^àoxd) et ^i^a9xop.ou.

INTEODUCTfON. 27

préHe^ ou à dasmenoes dont Texacle sigaifii^iioii sera bia»* lot déterminée.

£q troisième lieu, mm venons de direi au «ijet defiyno^ uymeg à préfixe» et à terminaisons différentes, que les mots lyant telle prétoe ou telle terminaison doivent être mis en rapport avec leurs synonymes sans préfixe et sans terminaison, mots simples qui entrent dans la eompositioo des premiers. Or, le caractère propre de ces mots simples ne tenant ni à leur valeur primitive, puisqu'elle leur est commune avec leurs synonymes auxquels ils servent de radicaux, niàleurpréfixoi puisqu'il n'en ont pas, ni à leur terminaison, puisqu'ils n*en ont pas de significative , d'où se (ire leur différence d'avec les composés dont Us sont à -la-fois synonymes et radicaux 7 D'où se tiret par exemple, celle de râle et de râlemmi, de plaire et de complaire? Elle ne dépend pas tout entière, comme on pourrait le croire , de la valeur propre de la préfixe ou de la terminaison dont est privé le simple et pourvu le composé. Abstraction faite de celle valeur, par cela seul que de deux mots syiu^nymes Tun est le radical pur et nu qui entre comme élément principal ou comme base dans la composition de Tautre, il n'y a point entre eux identité; car le premier a, lui aussi , des traits caractéristiques. Il exprime l'idée commune sans modification, d'une manière simple et absolue, c'est*à-dire, suivant les cas« d'une manière complète e^ non partielle, sous tous les points de vue et non sous tel ou tel \ ou bien ob^ jective&ient, en soi, et non subjectivement, en rapport avec un agent, avecsà manière d'être, d'agir et dépenser; ou. bien , si Tidee commune est one idée d'action, le simple la représente comme elle a lieu d'ordinaire , sans rten de remar-* quable dans son mode ou dans la manière dont l'agent seporl» à la faire. Mais cette règle si générale ne pouvant pleinement ni se comprendre ni se justifier sans des détails et des exemples trop nombreux pour figurer ici , le lecteur voudra bien en voir les applications dans notre traité lui-même, au corn* mencement de presque tous les chapitres du second et du troisième livres.

Une dernière observation regarde principalement les sy^ nonymes à terminaisons différentes. Deux mots composés

28 IJMTRODUCTION.

peuvent avoir un seul et même radical ^ et pourtant différer par ce radical même. Il suffit pour cela que le radical comnaun ait, avant de devenir la base de ces mois, subi des influences grammaticales diverses en passant par diverses parties du discours. Ainsi Tidentilé de radical s'aperçoit d'abord dans les synonymes sae eisaccagement,6utrageujcet outra" géant, prudemment et avec prudence. Cependant sac n*est devenu iaccagement qu*après avoir servi à former le verbe S€tccager2L\ec lequel il a contracté une sorte d'affinité; outra-geux vient immédiatement du substantif outrage, et outrageant du verbe outrager; prudemment, et non pa&prudence, a été formé de l'adjectif prudent. C'est tme considération qu'il ne faut jamais négliger, car les mots diffèrent quelquefois notablement par leur plus ou moins de rapport avec telle ou telle partie du discours à laquelle leur base a d'abord appartenu. La valeur de la base commune à deux mots synonymes, par cela même qu'elle leur est commune , ne pouvant fournir aucun indice touchant leur différence, il faut rechercher le caractère relatif de cette base, et pour ainsi dire, sa consanguinité. Suivant Platon et Aristote , qui avaient fait du langage une élude approfondie, il n'y a que deux mots essentiels, le substantif, relatif à l'espace et pour les choses permanentes , et le verbe relatif à la durée et pour les choses fluentes. A quoi il faut ajouter que Vadjectif ressemble plus au substantif qvCauverbe, Si donc deux mots synonymes révèlent par leur terminaison ou autrement qu'ils ont, l'un une base nominale ou adjective, l'autre une base verbale, quoique la même au fond , c'est-à-dire, l'un plus de rapport avec le substantif ou l'adjectif, l'autre avec 1^ verbe, il s'ensuivra un puissant moyen de les distinguer ; on pourra mettre entre eux l'opposition de la permanence et de la contingence, de l'être et du phénomène, de la substance et de l'accident. C'est une règle que nous avons suivie constamment dans l'étude des synonymes à terminaisons différentes (1). Et nous comp-

(i) Voyez dans le troisième livre, au cumioencemeut de chaque chapitre, les substantifs purs, sans termiuaisons significatives , comparés avec les substi9iMifs verbaux en ment, ion, ure^ âge* etc. On peut encore consulter spccid-

tons bien encore y recourir même pour les synonymes à radicaux divers ; car eÙe est d'une application universelle. Ainsi par exemple, une certaine différence entre plaie et bientire provient de la diversité même de leurs radicaux , mais 4ine autre tient à ce que le second de ces mots , et non pas le premier, témoigne par sa terminaison d'un certain rapport avec un verbe, le verbe Mener.

V. Me'thode à suivre dans la composition du dictionnaire des synonymes.

Maintenant examinons quelle doit être la méthode des synonymes étymologiques ou à radicaux divers. Les synonymes, avons-nous dit, se divisent en deux sortes principales, suivant la nature de leurs différences , les grammaticaux et les étymologiques. Les différences des premiers ont leur raison dans des modifications grammaticales, dont la valeur ne peut être sûrement déterminée que par la comparaison d'un grand nombre de synonymes où elles se trouvent. D'où la nécessité d'en former l'objet d'un traité spécial , où ils soient rangés par classes, qui admettent chacune sa règle de distinction. Ce traité produit trois résultats. Quantité de mots synonymes deux à deux,* et qui ne soiu liés à d'autres par aucun lien de synonymie, sont distingués sans retour et mis hors de cause. Ceux qui reparaîtront dans des familles dont ridée commune leur convient, n'y reparaîtront que distincts entre eux et chacun avec sa physionomie propre. Enfin, les principes établis pour la distinction des synonymes grammaticaux purs, serviront aussi quelquefois à mettre des différences entre les synonymes à radicaux divers et , par exemple, entre p/nfV et blessure ^ comme il vient d'être dit, entre douleur et souffrance^ temps et dure'e^ heureux et fortune\ apte et capable^ etc.

Les synonymes étymologiques ont gour circonstance diffé-

lement les substantifs synonymes lermiDés en /eeten lo/i, les adjectifs en eux et en ant^ le chapitre de Vadverbe et de la phrase adverbiale , et le 4* du Une r, sect. 11, où il s*agtt d'adjectifs verbanx synonyaiei d^adjêctifii nominaox deinèmera4ical| eie«

90 iNTROimCTtON.

fenilelle lettfi radicaux ttiémès. Or , ne ponrrait-on dàerminef la valeur de ceux-ci par une méthode de classification, de rapprochement et de comparaison analogue à celle que l'on suit pour arriver à connatlre la valeur de la circonstance diflKrentielle des synonymes grammaticaux, c'est-à-dire, ûe% modifications éprouvées par leur radical ? Ne pourraitH)n rassembler beaucoup d'exemples, où ces radicaux fussent opposés deux à deux , de manière que par l'examen comparatif de ees exemples, on arrivât pour ces synonymes au triple résultat obtenu pour les précédents ; savoir , d'en renvoyer beau coup parmi les mots précis qui ne feront jamais l'objet d'un nouvel examen , de ne rendre ceux qui appartiennent à des familles qu'avec des nuances qui les difl'érencienl nettement entre eux, et de préparer la distinction de ceux qui tirent leurs différences à-la-foîs de la diversité de leur forme grammaticale et de la diversité de leurs radicaux? De celte façon, deux traités précéderaient le dictionnaire, Tun pour les synonymes grammaticaux, l'autre pour les synonymes étymologiques , et chacun d'eux atteindrait le même but : il distin^ guerait sûrement et à jamais les synonymes grammaticaux purs , ou les synonymes étymologiques purs , qui disparaîtraient du nombre des synonymes, s'ils n'appartenaient à aucune famille par leiir affinité avec d^autres mots, ou qui, dans le cas contraire, ne figureraient dans ces familles qu'avec des caractères propres. Et il ne resterait plus au dictionnaire, pour donner à chaque membre des familles des traits distinciifs, qu'à recueillir les synonymes déjà examinés dans les deux traités, et à profiter des lumières fournies par ceux-ci pour assigner la valeur des synonymes qui participent des deux natures, qui difi'èrent à-la-fois par la forme grammaticale et par les radicaux.

Mais cette entreprise est impossible. On ne saurait soumettre les synonymes étymologiques au même travail que les synonymes grammaticaux. Il n'en est pas de la circonstance différentielle des uns comme de celle des autres. Les radicaux sont extrêmement nombreux en comparaison des modifications grammaticales dont ils sont susceptibles» En récompense , oa rencontre rarement deux couples de synonymes qui aient le*

INnOfilTGTlCIN. 11

mettes radkmux, tels qae abord et aêùè» » kkM^Me «t a«^ <v##t&/0 ) tandis qu'on en r«tieontfe en foule qui ont pour élé^ ment de diO^rence les tnédies modifications grammaticales^ comme les désinences iion et ment, aniei if, ou les préfixes -^et rf^> mal et 9M\ Vouloir déterminer lavaleur des radicaux comme celle des terminaisons ou des préfixes, en comparant des exemples de synonymes qui présentent ces radicaux opposés deux à deux > serait un projet chimérique, puisqu'on trouve rarement deux exemples semblables. On aurait dont aauni de classes que de radicaux, c'est^^à-dire qu'on n'en ancrait pas, car il fiut, pour former une classe, plusieurs choses de la même espace. La valeur des radicaux, et par conséquent celtM des synonymes qu'ils différencient, s'appréciera donc en quelques mots par rétymologie, dans l'occasion, au moment mime,

Le traité des synonymes grammaticaux sera donc imivt immédiatement du dictionnaire général des synonymes , au«^ quel il prépare, en même temps qu*il le décharge d'une masse d'articles peu importants pour le fond.

L'objet du dictionnaire des synonymes est connu. C'est ûé suppléer au début ou h l'imperfeciion des définitions conte-^ Mes dans les dictionnaires ordinaires, en assignant une va^ leur propre aut mots qui y sont donnés comme équivalents et qui passent communément pour tels. A son entrée dans ht i^rrière, le synobymiste doit recueillir tous les mots qui sont otnsi, ou qui courent danger d*étre ainsi confondus. Mais 11 M fout un moyen de les reconnaître. Quelles sont donc les eondltions nécessaire!, pour que des mo«5 soient synonymes et méritent de trouver place dans le dictionnaire où l'on traite expressément de leur distinction?

x^ Savoir recoimaitre et reeueillir les mots qui ont droit d'être admis comme synonymes dans le dictionnaire.

Il n'y â pas de synonymie possible entre les noms d'individus, Paru, ta Seine, let Mpes^ Ce'sar. Un individu, comme le mot seul l'indique , n'admet pas de division , se réduit h un point*, îl n'a pas de parties dont l'une lui soit commune avec tel ou tel individu, et dont Tawire ou les autres lui ttppariien-

neni en propre. Pour que des mots soient synonymes, il faut qu'ils représentent des notions complexes ou générales y collections d'idées simples. Soient deux termes complexes, aversion et inimitié'. Chacun d'eux ou Tidéc de chacun d'eux se compos€i d'ufl certain nombre d'idées élémentaires , plus générales et plus simples , qui constitue son domaine, son étendue, ou, comme on dit dans l'école, sa compréhension; et celle-ci se met bien sous la forme d'un cercle (voyez fig. 1). Les mots aversion et inimitié' expriment deux genres représentables par deux cercles (fig. i) plus ou moins étendus, suivant le nombre plus ou moins grand des idées singles constitutives de chacun. Or, les genres, comme dit Platon dans le Sophiste j peuvent s'associer les uns aux autres, et c'est justement à cause de cela qu'il y a des mots synonymes. Parmi les idées simples constitutives des genres, il y en a qui en* trent dans la composition de plusieurs, et c'est pourquoi ceuxci tendent à se confondre. Une partie de leur domaine devient commune , ce qu'on peut figurer sous l'image de deux cercles conjoints (fig. 3). Âinsij Vaversion et V inimitié venrfermant toutes deux l'idée simple ou élémentaire d'un mouvement de rame contre ce qui l'affecte désagréablement, en cela ces deux mots se touchent ou plutôt coïncident, c'est là l'idée générale qui les réunit et qui fait leur ressemblance; par conséquent, leurs sphères d'acception devront avoir une partie commune (fig. k). Mais comme ils désignent, le premier une désaffection pour les choses ou les personnes, qui reste daas l'âme et ne tend pas à repousser l'objet haï; le second une désaffection pour les personnes seulement , et qui devient de sentiment passion, c'est en quoi ils s'éloignent, c'est ce qui constitue à chacun une partie de domaine distincte, contenant des idées simples ou élémentaires qui lui sont propres et le rendent espèce sous l'idée générale commune. Et ce que nous disons de Vaversion et de Vinimitie\ s'applique aussi à trois, à quatre ou à plusieurs termes complexes ; c'est-à-dire, qu'ils sont susceptibles d'avoir en commun une même idée élémen^ire, tout en conservant chacun une partie à soi, c'està-dire qu'ils peuvent être synonymes^ ou en partie identiques et en partie différents (fig. 5 et 6).

Fiy.3.

Fiff.S.

/ua.S.

Ft'ff. to.

IttA ^ PJvieteaii, rua o!es Macois- Sorâan'te. Nf 3.

D'un aulre côté, comme plusieurs termes complexes, se Irouvant avoir en communia même idée élémeniaire, semblent par celle raison synonymes entre eux, ou loul-à-fait équivalents, de même un terme complexe ayant une compréhension qui embrasse plusieurs idées^lémentaires, est souvent on rapport de synonymie avec plusieurs autres termes qui les contiennent aussi. Le mol délicat^ par exemple, a unesphère d'acception telle, qu'il enire en conjonction, pour ainsi dire, avec ceux de fin y de friand ^ de dangereux , et, en parlant des personnes, avec ceux de faible, de difficile , de scrupuleux el de susceptible; ce qu'on peut représenter de la sorte (fig.l). Voilà pourquoi un même mot peut entrer à-la-fois dans plusieurs séries de synonymes. Il est alors comme la cbaave-souris, oiseau d'une part, souris de l'autre.

Ainsi, les mots synonymes devront être des termes complexes, parce qu'ils doivent avoir une compréhension, et ils doivent avoir une compréhension pour être capables d'embrasser, outre l'idée d'un genre qui leur est commune , certaines idées accessoires qui, dans chacun, donnent à ce genre les caractères d'une espèce.

Maintenant, quand est-ce que la synonymie est très grande ou très petite enlre les mots? Elle est très grande quand le genre exprimé en commun est prochain, el près de s'étendre à toute la compréhension ; de telle sorte, qu'il faut une grande attention pour discerner dans chaque mot la partie de son domaine qui reste en dehors (/î^* 8). Elle est très petite dans le cas contraire. Il y a une synonymie étroite entre Vàntipaihie et l'aversion^ parce qu'elles impliquent un genre prochain qui les rapproche, ou plutôt fait presque coïncider leur compréhension : c'est l'idée d'une passion immanente , purement subjective, où d'un sentiment de désaffef^tion qui ne porte point l'àme au dehors, et qui a pour objet des personnes ou des choses. Le genre conjointement signifié par aver-sian et par «mm«7iV, l'idée vague d'une désaffection, est moins prochain, et laisse Heu dans chacun des deux mots à plus de particularités ou à une particularité plus étendue, ce qui fait que les deux mots sont moins synonymes (fig. 4). Ou bien encore , comme la notion du genre commun, quelque simple

qu^elIe soit, ne Test jamais tout- à-fait , les mots sont d'autant plus synonymes, que leur idée commune est moins simple, ou que leurs idées élémentaires communes sont plus nombreuses ou plus grandes, et leurs idées élémentaires distinctives plus rares ou plus petites, et par conséquent si difiicileB à apercevoir, qu'elles ont peine à empêcher la coïncidence des *€ercles de compréhension.

D'après la théorie précédente, les termes synonymes représentent les diverses espèces d'un genre contenu dans tou. Mais il arrive quelquefois à un ou plusieurs termes, significatifs d'une ou de plusieurs espèces, d'être synonymes du terme exprimant le genre qu'ils impliquent. Ainsi ^ transfuge est synonyme de déserteur y à l'idée duquel il ajoute celle de passer au service des ennemis; ce qu'on peut figurer de celte façon (Jig. 9). Ainsi, rosse et coursier sont synonymes de oheval(fig. 10), qui désigne sans accessoire leur idée géné"rale commune. Cependant , Il y a peu de synonymes de cette sorte , et leur affinité n'est jamais bien grande. On en corn* I$rend la raison. Comme le mot, signe du genre, en rendl'idée simplement, on n'a rien à y démêler de particulier; son synonyme demande seul qu'on s'applique à y découvrir une ou des nuances , qui ordinairement se montrent sans peine. Que si on a affaire à des mots, tous synonymes par participation à une même idée générale, il sera plus difficile d'apercevoir ce que le sens de chacun renferme de plus que cette idée, et en quoi diffère ce qu'il y îyoute de ce qu'y s^outent les autres.

Mais il ne suffit pas de ces conditions pour rendre des mots synonymes. Il s'en faut bien qu'on doive prendre pour tels tous ceux qui enferment dans leur sphère d'acception l'idée d'un genre commun y dont chacun fait une espèce, en y joignant une certaine idée accessoire. Il y en a qui se rencontrent ainsi en une idée générale, même très prochaine, sans pourtant mériter la qualification de synonymes. C'est que» malgré toute l'étendue de leur ressemblance , leur différence saute aux yeux, leur partie non commune, si restreinte qu'elle soit, se montre d'elle-même. Or , il faut un moyen de juger que des mots , liés par la communauté d'une idée générale très prochaine, demandent ou ne demandent pas, pourque*

lenr différence apparaisse, le secours de la science et de Tanalyse. Sur ce point on devra consulter le dictionnaire ordi^ naire. Si les motsqui remplissent les conditions requises pour être synonymes le sont en effet, ou il les déclarera tels expressément, ou il les supposera tels, en les faisant servir de définitions les uns aux autres. Puisque c'est à son insuffisance qu'on prétend remédier par ces travaux, il faut d'abord savoir où le besoin de remède se fait sentir. Obligation d'au* tant plus étroite, quand le dictionnaire qu'on a en vue jouit, comme celui de l'Académie en France et celui de la Grusca en Italie, d'une grande autorité. C'est la considération qui a déterminé Romani à ne traiter comme synonymes que les mots donnés pour tels par le dictionnaire de la Crusca.

Au moyen du dictionnaire ordinaire, on peut s'assurer que des mots impliquant une idée générale très prochaine sont synony^ mes, non-seulement s'il les déclareoules suppose tels dans ses définitions, mais s'il leur fait jouer évidemment le même rôle dans les phrases usuelles où il les place. On accordera donc ce titre, par exemple, à passer et à dépasser ^ d'une part, à courir et à parcourir de l'autrj, parce que Ton dit également, selon TAcadémie, passer et dépasser le but, les bornes, les ordres; courir et parcourir une carrière. Il convient aussi de constater, si les termes significatifs d'une idée générale pro^ chaîne sont tous opposés à un même terme, soit par le dictionnaire , soit par les bons écrivains , auquel cas on peut les tenir pour synonymes. Ainsi, imaginaire et chimérique pas« seront à bon droit pour tels, parce que , signifiant tous deux, qui n'a point d'être hors de l'entendement, qui n'a qu'une existence de raison , ils se trouvent opposés à réel dans les deux exemples suivants, l'un de Montesquieu, l'autre de Masr* sillon : ccii ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels pour des besoins de l'état imaginaires. » a Exempts de maux réels, ils s'en forment même de chimériques. »

Quant aux termes qui ne doivent point entrer dans les cadres de la science du synonymîste, malgré leur participation à une même idée générale prochaine , il ne faut pas seulement qu'ils soient bien définis dans le dictionnaire ordinaire; eu* même alors il se pourrait que leurs différences échappassent,

36 ^ USTRODUCITON.

foule do rapprochement et de détails; il faut de plus qu'ils aient certains caractères, par lesquels ils se rapportent à quelqu'tine des classes suivantes.

1** On n'admeura pas au nombre des synonymes les mots dont la composition indique au premier coup-d'œil ce qu'ils ont de semblable et tle différent pour le sens. C'est pourquoi nous croyons tout-à-fait inutile de reproduire dans notre dictionnaire des synonymes, les articles de Girard intitulés : Appeler, évoquer, invoquer ,• Porter^ apporter, transporter^ emporter 'y autrement, il faudrait aussi donner, place à celuici, de Ménage, de l'Encyclopédie et de Condillac : Mener^ remener , amener, ramener^ emmener, remmener^ et à plusieurs autres du même genre. La nuance que donne à chacun de ces moisla préposition qui le commence, se trouve nettement marquée dans le dictionnaire ordinaire, et ensuite elle apparaît trop clairement, à la moindre tentative d'analyse, pour qu'il soit besoin d'une détermination expresse. On en peut direautant des mots, Aubade ti sérénade; Compilateur, copiste, et plagiaire : quoiqu'ils figurent dans la liste des synonymes dressée par Girard et dans les ouvrages de Lavcaux et de Leroy, ce ne sont pas de véritables synonymes : la moindre connaissance de l'usage, le moindre sentiment de la valeur radicale des mots suffit pour faire apercevoir ce qui distingue ceux dont il s'agit ici; il n'y a qu'à les rapprocher pour en voir reluire les différences.

2^" On exclura pareillement les mots significatifs d'objets individuels,qui ont des propriétés caractéristiques perceptibles aux sens et impossibles à confondre avec d'autres, ou bien une destination fixe qu'il suffit d'énoncer pour la faire comprendre. Girard a donc eu tort d'indiquer, et Leroy de traiter comme synonymes Dais et poêle; Table ^ comptoir et bureau; Armoire^ buffet et garde-robe/ Câble, corde et ficelle, quoique chacun de ces groupes de mots corresponde à une même idée générale assez prochaine. Autant vaudrait s'arrêter à distinguer Banc, chaise, fauteuil et tabouret; Tonneau, bouteille et verre. C'est au dictionnaire ordinaire à marquer en quelques mots leurs traits distinctifs, car tout le monde les reconnattra à TinstanL Les termes ne réclament les

secours du synonymiste que quand ils expriment des notions abstraites, des complications d'idées difficiles à démêler, per^ ceptibles à l'esprit seulement et entre lesquelles on ne peul faire saisir telle ou telle nuance qu'à l'aide d'une fine analyse. Cela est si vrai qu'aussitôt que des termes destinés à l'indication d'objets réels distincts passent du propre au figuré et à l'abstrait, ils deviennent susceptibles de synonymie : c'est ce qui arrive à Feu et à flamme, désignant la passion de l'amour ; à Bouclier et à rempart, quand ils se disent en général pour ce qui sert de défense; kÉpée et à glaive, pris pour signes de la puissance des armes. Le synonymiste pourra encore soumettre à son examen les mots représentatifs d'objets inàlvîduellement perceptibles, quand ils feront considérer un même objet sous divers points de vue. Tels sont Noisettier, coudrier et coudre. Ils servent tous trois à désigner l'arbrisseau qui porte des noisettes, mais le premier en rappelant spécialement l'idée de ce fruit et les deux autres sans la rappeler; puis le second diffère du troisième, en ce qu'il lait penser àFarbrisseau comme plante, à toutes les particularités de sa croissance et de sa culture, tandis que le troisième ne le fait concevoir que comme une sorte de bois, ayant certaines propriétés et susceptible d'être travaillé de telle ou telle façon. 3" Non-seulement la différence peut se lire d'elle-même dans les mots, ou consister en quelque chose de fixe et d'arrêté dont la simple indication sufiise, mais encore elle peut se trouver assignée avec précision dans une science quelconque; auquel cas le synonymiste doit encore s'abstenir. Il ne s'occupera point des termes techniques, parce qu'ils n'ont cours que dans les sciences où ils reçoivent des explications qui ne laissent rien à désirer. Les savants, qu'ils intéressent seuls, ne sauraient les confondre, et souvent ceux qui ne le sont pas ne sauraient en comprendre les différences, s'ils n'apprennent la science elle-même. Toutefois il faut faire ici une réserve semblable à la précédente : c'est que des mots.appartenant à une science où ils sont bien distingués, peuvent tomber dans le domaine des synonymes, en devenant d'un usage commun. Ainsi, en termes d'art militaire, la distance est assurément très grande enUre Capitaine et ge'néral;

3d ifrmoDucnoN.

mais dans le langage ordinaire, nons disons à^pen-près indi^ féremment d*un guerrier recommandable par sa yalenr on son habileté qae c'est un grand capitaine ou un grand général.

2o Former dé ces mots des familles. Importance et nécessité de cette condition démontrées par le raisonnement, l'histoire de la synonymie française, et par les défauts des compilations où les synonymes ne sont point ainsi

A ces signes et par ces moyens se reconnaîtront les mots à la distinction desquels le dictionnaire des synonymes doit être exclusivement consacré. Une fois recueillis^ il faudra prendre soin de les distribuer en familles. Tous ceux qui se ressemblent par la communauté d*une même idée générale seront réunis en un même groupe, et Ton mettra la plus grande attention à n'en laisser échapper aucun. Car que deviendraient ceux qu'on aurait omis? Ou on les négligerait totalement, ils ne se trouveraient point dans le dictionnaire, ou on les traiterait deux à deux, trois à (rois, dans des articles séparés. Mais, d*uûepart, déterminer les valeurs respectives de certains mots d'une famille sans tenir compte des autres, c'est se condamner, non pas seulement à faire un travail incomplet, qu'il faudra recommencer tôt ou tard> mais encore à établir entre les seuls mots considérés des différences hasardées. En effet, il se peut qu'on attribue à ces derniers des caractères qui appartiennent visiblement aux autres, et que, faute d'avoir ceux-ci en même temps que ceux-là sous les yeux, on ne s'aperçoive point de la méprise ; il se peut aussi qu'un des mots négligés, iharqué d'une certaine nuance, eut éveillé l'idée d'une autre nuance analogue ou opposée dans l'un des mots examinés, où elle n'apparatt point à cause de l'absence du premier. Inconvénient non moins inévitable, si, voulant être complet, on se décide à comparer tous les mots d'une famille, mais deux à deux, trois à trois séparément. Dans les deux cas, on se prive volontairement de la lumière que ces mots se renvoient les uns aux autres et on tient éloignés des éléments dont l'esprit ne saisit bien les rapports qu'autant qu'il les voit ensemble.

De là le devoir du synonynîiste à l'égard des travaux de ses prédécesseurs. S'il veut les mettre tous à profit, et qu'ils

miTftODUGTfON. 30

soient nombreuit) partiels, divers, ceut-ci retetlfs à certains mots d'une famille, ceux-là à d'autres; ceux-ci d'un philologue, eeux-là d'un antre, qui n'a point connu les premiers, qui n'y a point eu égard ou même s'est proposé de les contredire , il ne lui reste à prendre qu'un seul parti, c'est de rassembler tous ces fragments j pour en former un tout, après les avoir soumis à un remaniement général sous la direction d'une pensée unique qui les concilie et les coordonne. Sans doute, il serait plus commode et moins hasardeux pour le succès d'entasser péle-méledans une compilation tous ces essais disparates, et de s'en faire l'éditeur irresponsable; mais que gagnerait le public à cet assemblage, si ce n'est de trouver Tîncohérence, la confusion et le désordre au lieu de l'ordre, de la distinction et de la clarté qu'il est en droit d'attendre ? Pour nous, nous avons mieux aimé travailler à une œuvre de synthèse et d'organisation, en disposant par familles les mots synonymes, à l'exemple de Condillac, et en utilisant d'une manière indé* pendante toutes les observations éparses de nos devanciers. Que cette classiftcation par familles fftt pour le dictionnaire, tout comme celle des synonymes grammaticaux pour le livre qui eii traite, une nécessité ; que les travaux antérieurs dussent aboutir à funeet à l'autre innovations; que cette double innovation, en donnant à la science une face toute autre, assure à sa méthode plus de certitude^ à ses résultats plus de véritë et d'utilité, c'est ce dont pourra convaincre un simple historique des travaux de la synonymie française.

Ce genre d'étude n'a point commencé dans les temps modernes: l'antiquité l'a connu et cultivé de bonne heure. Le premier qui s'en soit occupé chez les Grecs, à notre connaissance, du moins, est le sophiste Prodicus. Il attachait un grand prixàla science de la propriété des mots; il donnait même sur ce sujet des leçons qu'il faisait payer cinquante drachmes par tête ; et Platon, à qui nous devons ces détails, rapporte quelques-unes de ses distinctions dont il se moque à cause de leur subtilité ou peut-être simplementpar esprit d'hostilité contre les sophistes en général. On voit aussi dans Athénée que Chrysîppe avait composé un Uvre de synonymes. Toutefois, il n'est pairvcnn jusqu'à nous de traité des synonymes grecs que celui

40 INTKODUGXION.

du grammairien Ammonius qui vivait au commencement du second siècle ou vers la fin du quatrième après J.>C. Il a été traduit en français et augmenté d'un grand nombre d'articles tirés de divers autres grammairiens grecs parM. Al. Pillon, un vol. in-8**, 1 824) Paris. Les Latins ne nous ont laissé aucun ouvrage semblable. Ce n'est pas que leurs plus illustres écrivains, gi^ammairiens et rhéteurs aient ignoré la nature de ces mots et dédaigné leur examen: Cicéron, Quintilien, Sénèque, Varron et autres contiennent nombre de passages, la plupart recueillis par Beauzée, dans lesquels les synonymes sont clairement définis, et beaucoup de distinctions synonymiques expresse-^ ment établies.

Cependant, ce n'est point, on peut le croire, à l'imiiation des anciens que les modernes en sont venus à se livrer aux mêmes recherches. En cela les modernes ont suivi l'exemple des Français, et ces derniers n'ont point eu de matires. D'abord des philologues, parmi lesquels Ménage,leP.Bouhours et Ândry de Boisregard, avaient sans conséquence indiqué ou même caractérisé certains mots synonymes. Mais, à force d'en voir augmenter le nombre , Girard conçut l'idée d'en faire l'objet d'un traité spécial ; et, qu'il ait ou non connu les quelques mots échappés en passant aux grammairiens de son époque et les observations plus étendues des auteurs latins, ou même, si l'on veut, le traité d'Âmmonius, c'est à bon droit qu'il passe pour le créateur de cette branche de la philologie dans les temps modernes. Il expose et soutient par des raisons solides l'opinion qui sert de principe à cette étude, savoir qu'une langue cultivée , comme est la nôtre depuis le siècle de Louis XIV, ne renferme point de mois parfaitement jsynonymes ; il donne dans sa théorie l'idée la plus juste de ce qui fait la richesse d'une langue ; sa manière est à lui ; ses explications sont originales; il répand sur toutes les matières qu'il touche un charme et un intérêt extrêmes ; et, ce qui n'est pas moins décisif, il a donné le ton, au moins pendant long-temps, à tous les essais postérieurs du même genre, soit en France, soit à rétranger.

Mais naturellement le premier qui entra dans la carrière n'en mesura point toule l'étendue. Il recueillit comme des sin-

UÎTRODUCTION. , 4l[

gnlariiés dignes de remarque , comme des difficultés à résoudre, tous les synonymes qui se présentèrent à son esprit, ne se doutant pas qu'ils fudsent si nombreux. Dans sa première édition, Girard dit naïvement que peut- élre il en a oublié quelques-uns. De plus, son livre manque de plan. C'est un composé de pièces détachées entre lesquelles l'auteur ne soupçonne aucun enchaînement possible; ni pour la forme, ni pour le fond, ni pour la méthode, ni pour les idées, a On n'a, ditil, qu'à ouvrir mon ouvrage au hasard, on tombera toujours sur quelque chose d'entier.» Ses articles, en effet, forment des tous isolés; mais, quoi qu'il en dise, ils ne sont déjà pas à tel point indépendants que Beauzée n'ait pu, dans les éditions suivantes, les ranger d après Tanalogie des objets ou des idées dont ils traitent. Avant qu'on pût et pour qu'on pût envisager le sujet d'une manière large, en concevoir la méthode et l'unité et y opérer des divisions régulières en rapprochant les articles liés par la communauté de leur idée générale, il fallait qu'on connût et qu'on eût déjà distingué une grande quantité de synonymes. Par sa position seule, Girard dut être exclusivement occupé de détails ; il ne faut pas s'attendre à trouver au point de départ des sciences, ni de vastes théories, ni des conceptions encyclopédiques.

L'abbé Girard avait dédié son livre à une dame, la duchesse deBerry. Il n'aspirait, disait-il, qu'à l'avantage de lui plaire, se félicitant d'être à son service et de pouvoir se produire dans le public sous une telle protection. En tête de l'ouvrage se trotivait représenté le Saint-Esprit avec cette épigraphe, 5/)/ral Spiriius uhi vult, l'esprit se foit sentir où il veut : emblème parfaitement approprié au sujet ; car l'auteur a su rendre généralement intéressantes, par l'esprit qu'il y a mis, des recherches, de leur nature abstraites et peu propres à séduire le commun des lecteurs. Aussi le goût s'en répandit prompte ment et les femmes surtout s'y adonnèrent avec passion. Mais ce n'était pas une tâche à laquelle on travaillât de concert, mesurant ce qui restait à faire par ce qui avait été fait; c'était une sorte d'escrime dans laquelle chacun voulait s'essayer, un exercice au moyen duquel on cherchait à développer et à faire briller le tact ei la finesse dont on était doué. On se propo-

^ , INTIIODUCTION.

sait des synonymes à distinguer comme desënigmes à résoudre; c'était moins une occupation laborieuse devant produire des résultats utiles et durables qu'un amusement de société qui parfois dégénérait en jeux de mots. Dans les brillantes réunions du xviif siècle, ce siècle de l'analyse et de Fesprit philosophique, où les femmes les plus célèbres dans l'art de la conversation attiraient autour d'elles l'élite des gens de lettres, les synonymes étaient tout à-la-fois un sujet d'étude, comme condition de succès, et un sujet d'entretien, comme matière où l'on pouvait le mieux faire preuve et montre de sagacité. Mais il parait que le lieu où on s'en occupa avec [e plus de sérieux et de suite fut le salon de mademoiselle de l'Espînasse, rendez-vous ordinaire de tout le parti philosophique. Cette femme, qui exerça une si merveilleuse influence sur tout son entourage* et sur d'Alembert particulièrement, se faisait remarquer entre tous par le don précieux du mot propre, et le seul écrit de nature à être publié qu'elle ait produit était un traité des synonymes. Il a été égaré comme tant d'autres opuscules du même genre et de la même époque. Le regret de oette perte est adouci par la persuasion où nous sommes qu'en ajoutant ce que contient de synonymes le dictionnaire inédit de Condillac à ceux que d'Alembert et Diderot ont insérés dans l'Encyclopédie, nous aurons réuni tout ce qui a été pensé et dit de plus notable sur cette matière dans la société de mademoiselle de l'Espinasse et même pendant tout le xviii* siècle jusqu'à Roubaud.

On y avait employé beaucoup d'activité d'esprit ; le public s'était familiarisé avec ces recherches; le nombre des synonymes s'était considérablement accru: les dernières éditions dé Girard en renfermaient plus que les premières, et à la mort de cet habile maître on trouva parmi ses papiers une liste d'articles à traiter, restes de la lâche qu'il s'était imposée. Cependant tous ces efforts n'amenèrent pas de grands résultats, non-seulement parce qu'ils étaient partiels et manquaient d'ensemble, mais encore parce que toutes les distinctions synonymiques, celles de Girard y comprises, étaient autant de décisions arbitraires, sans contrôle, sans preuve , et par conséquent sans autre garantie de certitude qu'une autorité

INTHODUQTIOSr. 41

toBjoars exposée à être combattue et renversée par une autre de yaleur égale ou supérieure. Double yice qui demandait une double réforme. Beauzéeet Roubauden accomplirent une partie chacun.

Beauzée était un érudit. Outre qu'il rechercha curieuse** ment et signala ce que les auteurs latins avaient dit de plus important sur la synonymie des mots, il connut et mit la même attention à recueillir tous les synonymes français ex-pliqués jusqu'à lui par d'autres écrivains que Girard, notam-* ment ceux qui se trouvaient disséminés dans l'Encyclopédie; et y mêlant quelques articles de sa composition, il forma du tout un volume qu'il joignit à celui de Girard, lui-même considérablement augmenté par ses soins. Qu'il ait pour sa part rendu des services à la synonymie française, qu'il se soit ac-* gofs des droits à la reconnaissance nationale en rassemblant des travaux auparavant perdus pour le public, ce n'est point en cela que consiste, à notre avis, son principal mérite. En même temps qu'érudit, Beauzée était logicien. Girard avait prétendu perfectionner dans le langage l'instrument de la conversation; pour Beauzée, le langage est surtout le moyen de communiquer la vérité. Le Kvre des synonymes, aux yeux de ce dernier, ne doit plus être une œuvre de goût, passagère comme lui et composée de morceaux sans liaison où l'on se propose de plaire par leur variété même; ce doit être une œuvre de science qui laisse des résultats durables, une œuvre de logique où l'on détermine à jamais les rapports des idées par ceux des mots, et dont les parties doivent être disposées selon l'analogie essentielle des idées. Les synonymisies ne cultivent pas un champ pour recommencer sans cesse; ils concourent à élever un édifice qu'on verra s'achever tôt ou tard; ou, pour parler sans figure, en employant les termes mêmes de Beauzée, de tous ces essais partiels (c résultera quelque jour un excellent dictionnaire, qui nous manque jusqu'à présent. » Celte idée est tout-à-rait étrangère à Girard : en traitant de la synonymie des mots, il déclare étudier cette partie de l'art de bien dire, qui regarde la beauté de l'expression, qui fait parler en homme d'esprit, et dont le bon goût décide; tandis qu'il se défend d'avoir ri^ à démêler avec la gram-

maire qui s'occupe de la pureté du langage et à qui Tusàge dicte des règles. Girard donnait donc des conseils relativement au choix qu'il faut faire des mots, dans Toccasion, pour parler avec esprit: Beauzée plus positif, se souciant moins de la parole que de la pensée, ayant appris par la comparaison d'un grand nombre de synonymes quelle en est la nature commune et quelle peut en être l'utilité, comprit qu'il s'agis-^ sait là d une science lexicologique, relevant de Tusage comme la grammaire, et comme elle prescrivant des règles absolues. Et pendant qu'il invitait les gefis de lettres à se mettre à l'œuvre, à préparer des matériaux, Condillac réalisait déjà l'idéal et construisait l'édifice en composant pour le prince de Parme son dictionnaire des synonymes. Bien de plus naturel. C'était à des philosophes, à des philosophes aussi pratiques, aussi versés dans la théorie du langage, à considérer la synonymie en grand, à en déterminer le plan et le but.

Boubaud, de son côté, n'est ni philosophe, ni logicien, ni classificateur ; c'est un pur philologue uniquement préoccupé des détails et accoutumé à prendre tout par le menu. Chose étrange ! Autant Beauzée a peu soupçonné la méthode toute scientifique qu'allait appliquer Boubaud a la distinction des synonymes, autant Boubaud est peu entré dans les vues d'ensemble de Beauzée. Dans l'esprit de Boubaud, la question de la certitude prime toutes les autres, même celle de l'utilité. «Comment songerait-il à rapporter les travaux antérieurs et à y joindre les siensen les coordonnant touspourleplusgranduvantage du public? A ses yeux les premiers sont à refaire parce qu'ils manquent d'autorité, parce qu'ils sont entachés d'un vice provenant de la méthode. Quand il les cite, c'est pour les réfuter. Publiciste plein d'une ardente philanthropie, et, comme Court de Gébelin, comme Dœderlein, passionné pour l'art étymologique, il n'entrevoit au bout de toutes ces recherches qu'une démonstration de la fraternité des langues et une espèce de dictionnaire polyglotte contenant des racines et des éléments communs à toutes les langues de l'Europe dont il serait propre à faciliter l'étude. Quanta un dictionnaire national des synonymes, on ne trouve en lui non plus qu'en Girard ni Texpressioi;!, ni l'idée ^(^ ^ia chose. Loin d'avoir en vue un but

d':iiîlii aussi générale, il ne se proposait pas même de composer un livre de ses synonymes. Il y travaillait à bâtons rompus, suivant son propre témoignage, par manière de distraction et sans une assiduité incompatible avec les maux auxquels il était en proie, a Avec le temps, ajoute-t-il, j'ai entassé des matériaux; et j'ai fait un livre sans en avoir formé le dessein.))

Ces matériaux entassés dans quatre gros volumes in-8°, fruits des loisirs d'un malade, étaient pourtant, à part leur diffusion, des modèles à suivre désormais. Si Girard avait créé réiude des synonymes, Beauzée et Bouband en firent une science en la régularisant. Tu» dans Tensemble, l'autre dans les déiails, en y introduisant, le premier l'ordre dans les résultais, le second la méthode dans les recherches; celui-là en assignant un but commun à des efforts auparavant isolés, celui-ci en fixant à jamais la manière de procéder pour l'atteindre. Le progrès s'opérait dans cet humble district du savoir humain comme dans ses régions les plus élevées. En synonymie comme en physique, comme en philosophie, on avait commencé par étudier nu hasard, individuellement et sans 'Concert; puis, dogmatisant sans instruire, on imposait d'autorité des solutions conjecturales, perpétuellement sujettes à contradiction, faute d'être justifiées. Et précisément à l'époque où, pour terminer le règne de l'arbitraire, les physiciens créaient la chimie et où les philosophes commençaient à en appliquer la méthode à l'étude des faits de notre nature, Roubaud la mettait en pratique dans ses recherches sur la synonymie. Au lieu de deviner et de rendre des oracles, comme ses devanciers , il voulut découvrir et ne rien avancer sans meure ses lecteurs en mesure de critiquer son opinion. Ce n'est plus le goût qu'il prit pour guide, le goût variable et individuel desa natui^, mais l'étymologîe, qui est pour les mots ce que la chimie est pour les corps. En décomposant les synonymes dans leurs éléments, en déterminant la valeur de leurs radi- . eaux, de leurs terminaisons et de leurs préfixes, il arrive à connaître leur sens propre et absolu; d'où il déduit aisément par une simple comparaison leurs acceptions relatives et distinctives. Ensuite, comme on n'est guère positif sur un point sans

rétre sur tous, au lieu de se borner, ainsi qu'on le faisait jusqu'à lui, à composer des phrases afin d'éclaircir les différences énoncées d'abord, il en emprunte à nos meilleurs écrivains qui prouvent que ces différences ont été senties et observées par eux.

Après Roubaud que restait^il à faire? A remplir le cadre tracé par Beauzée , à construire rédifice. Mais auparavant il fallait soumettre les matériaux à une préparation ; 11 fallait examiner de nouveau toutes les distinctions établies avant Roitbaud, parce qu'elles avaient été obtenues sans l'aide de la méthode légitime; il fallait les vérifier par l'étymologie et des passages extraits des chefs-d'œuvre de notre littérature. A une époque où Ton ne soupçonnait pas combien Tart étymologique pouvait prêter de secours à la synonymie, il avait été permis à Beauzée de joindre aux articles de Girard, en forme de variantes ou d'additions, les siens propres avec ceux de l'Encyclopédie, sans modifier les uns ni les autres: il y avait entre eux conformité, et Ton n'aurait su encore leur donner le caractère scientifique. Mais, à présent que Roubaud avait révélé la vraie méthode, se contenter de mettre ses propres travaux dans un même livre avec ceux de ses prédécesseurs sans rien changer à ceux-ci, c'eût été mêler le certain à rincêrtain et priver le public d'une garantie précieuse. Déplus, comme les travaux connus ou publiés des synonymistes étaient encore peu nombreux, comme il se trouvait encore peu d'articles sur les mêmes sujets, Beauzée avait pu jusqu'à un certain point les donner séparément et sous leur forme originelle, sauf à renvoyer continuellement des uns aux autres. Maintenant il fallait les rapprocher et les coordonner en raison de leur idée générale , en former des familles j ce qui obligeait de les juger, de les concilier ou de garder les uns et de rejeter les autres.

Au lieu de cela que ût-on? Fontanes, grand-matlre derUnîversité, depuis sa réorganisation , en 1808, jusqu'à la fin de l'Empire , lui-même habile écrivain appartenant à l'école des grands modèles, Boileau , Racine et Fénelon, adopta pour les classes et permit de réimprimer sous ses auspices un Diction^ naire d^9 Synonyma, Auculi livre encore n'avait paru avec

mmoDucnœv. 47

ce titre. Ainsi , par son chef suprême , TUaiversité , en leur donnant protection , témoignait pour ces sortes d'études une disposition bienveillante. Le goût n'en était point encore éteint au commencement de ce siècle où la licence dans l'emploi des mots devait être poussée Jusqu'au dévergondage. Mais l'Académie , après avoir couronné l'ouvrage de l'abbé Roubaud en 1786, avait désormais en trop haute estime la poésie et l'éloquence pompeuses , elle avait pris en trop grand dédain les idées et la littérature philosophiques pour descendre elle-même à ces misères, et pour voir autrement qu'avec indifférence les esprits subalternes s'y appliquer. Cependant elles occupèrent un esprit du premier ordre. M. Guizot, à peine âgé de 22 ans, débuta dans le monde où son nom devait jeter tant d'éclat en publiant en 1809 un Dictionnaire des synonymes français. Jules César , sans craindre de s'abaisser, n'avait-il pas aussi écrit un ouvrage sur Y analogie des mots?

Ces deux recueils rivaux , celui de Fontanes et celui du 'jeune étudiant en droit de 1809 sont, en fait de synonymes, les deux dernières productions connues du public. Celui de Laveaux mérite à peine une mention, bien qu'il contienne quelques bonnes observations de détail. Quant aux synonymes ajoutés par lui aux articles de son grand dictionnaire , ils sont , comme ceux qui se trouvent à la fin du dictionnaire deBoiste, desimpies extraits de Girard, de Beauzée et de Roubaud.

Fontanes et M. Guîzot avaient-ils donc réalisé l'excellent dictionnaire annoncépar Beauzée? Il s'en faut bien. A part une introduction où la fermeté du style le dispute à l'intelligence des choses , et où le traité des synonymes grammaticaux est pour ainsi dire esquisse; à part plus de cent cinquante articles nouveaux fournis par l'éditeur et que Roubaud n'aurait point désavoués, pour la plupart au moins, le dictionnaire de M. Guizot ressemble tbut-à-fait à celui de Fontanes ; il va même jusqu'à en reproduire les fautes d'impression parmi lesquelles il s'en trouve d'énormes (1). Si aux

(i) Nous citerons pour exemples quelques-unes de celles quijnous ont frappé. Nous les prenons dans la 3® édition du livre de M. Guizol; édiliou soi-disant nnte et corrigée avec soin^ mais, à vrai dire, semblable ou même inférieure

différences précédentes on ajoute plus de discernement et un choix plus éclairé dans les emprunts faits à Roubaud, on aura

à la seconde , qui probablement à son tour , est toute calquée sur la première. Dans le premier volume on lit : p. i3, concilier les autres, pour concilier les auletirs;}^. aa, il faut qu*un négociant^ pour un n égocia/eur jso'd adroit; p. 38, Ahn^tY pressant ^ pour, danger présent; p, iB?, le I)onheur pris /Wern/Wment^ popr, indéfiniment; ^p, 170, être considéré solidairement, ^our^ soii fat rement ; p. 177, le dictionnaire a défini ces mots Vun pour Tautre, au lieu de, l'un ^arl'au Ire; p. 243 (article^ Dam, Dommage^ Perte), le premier de ces deux mots, pour, le premier de ces mots, ou, de ces trois mots; p. 274, la loi dérogeante en (de la loi ancienne) confirme Vexpérienee^ pour, Vexistence; p. 817, étant considéré dans u//sens, ponr, dans ce sens; p. 34 r, 19^ li^., choses immatérielles, pour, matérielles;^, 370 > celte idée yt^remiértf, pour particulière. Et dans le second volume: p. 45, faire abstraction des points élevés ^ pour, des points élémentaires ; p. 49, ce qui est juste de fait, pour , se fait en vertu d'un droit parfait 4 p. ai a; Prédication, Prophétie, pour, Prédic" tion, Prophétie (faute qui n'est point dans la a*' édition); p. 275, moyen de ménager tout-à-fait, pour, tout à-lc-fois, sa bourse et sa santé ; même page , le moyen efficnce^ pour, le plus efficace d'assurer son bonheur; p. 3ia, ce mot n'est d'usage que dans le ^enre domestique, pour, dogmatique l p. 3ao, se soutenir dans des lois éclairées^ pour, dans des choix éclairés ; p. 3^y, propositions; T^our, prépositions ', p. 386, Stoïcien va promptement, pour, /yro^re- 171^/1/ à Tesprit et à la doctrine; p. 4^5, langue orientale, pour langue originale; p. 445, Fallée^i^vw, pour Valeur, prix (faute qui n'est pas dans la a* édition. ) Outre cela, nous avons compté 55 articles qui manquent de signature ou sont arlribués à des auteurs auxquels ils n'appartiennent pas ou aux* quels ils n'appartiennent qu'en partie. Autre singularité. Daus l'article, Tout^ tout Icy tous les, lequel est daus Beauzée précédé de l'article^ Le , les , cet écrivain rappelle l'article, Le, les,tn disant comme on fient d^le dire dans Particle précédent. L'article , Tout , tout le , tous les de M. Guizot contient la même phrase. Mais malheureusement cet article prétendu précédent, iCe, les, qu'il invoque, au lieu de précéder immédiatement comme dans Beauzée, celui dont il s'agit, le précède de près de 400 pages. De même, au commencement de l'article qui suit dans les deux ouvrages celui dont il s'agit, c'est-à-dire, Tout, tout le, tous les, on lit également: Le et tout, comme on vient de le dire dans les deux articles précédents. Malheureusement encore de ces deux articles précédents le premier, dans M. Guizot, est à près de 4oo pages de là. Tout cela se trouve pourtant dans une édition revue et corrigée avec soin. Voilà ce qu'on gagne à vouloir faire un seul livre de plusieurs, sans les rendre siens, sans prendre la peine de les concilier et de donner à l'ejiseiiible de l'unité ■ et de rharmonie. Enfin, on se demande quel rapport il peut y avoir entre un nom, un yerbe et des adjectifs qui ait pu engager M. Guizot à insérer dans son dictionnaire un article extrait de l'Encyclopcdie et \n\\\v\ti Modification, modifier y modificatif, modifiable. Où est le danger qn*un ne confonde des terme» grammaticalement si divers? Et pourquoi n^avoir pas admis aussi de l'Ea-

INlRODUCnON. 40

touice qui distingue le nouveau du premier dicUonnaire des synonymes. Là où le jeune philologue a mis là main se recouDaîi le sceau de son génie; el s*il Teùt mise partout , s'il s'était fait Tauteur du dictionnaire entier, et non le simple éditeur de la plus grande partie, nous n'aurions certainement pas à diriger contre son livre et contre celui de son prédécesseur une critique commune.

Ils se réduisent l'un et Tautre au recueil de Beauzée, rendu à Tordre alphabétique pur et augmenté d'analyses de Roubaud. Au lieu de considérer les premiers synonymes comme des ébauches imparfaites , comme des matériaux qui ont besoin d'être remis à l'œuvre, et de ressentir l'effet du progrès de la science pour entrer en harmonie avec les autres, les éditeurs juxtaposent des résultats disparates, ceux de Girard accepiés sur parole avec ceux de Roubaud obtenus et vérifiés par Tétymologie. Alaforce de vérité qui peut êire dans ceuxlà comme n'y être pas , et qui se sent , pourquoi n'avoir pas ajouté l'autorité incontestable et manifeste de la méthode? Encore si on cherchait à mettre quelque liaison entre ces élémenls d'origine diverse, à en marquer les rapports. Mais point: deux ou plusieurs articles ont beau traiter des sujets qui soient les mêmes ou au moins semblables, on n'en tient nul compte, on ne les réunit pas sous un même chef, on ne les rapproche pas, o'n ne renvoie seulement pas des uns aux autres. Au contraire, les éditeurs semblent s'attacher à l'ordre alphabétique uniquement parce qu'il leur donne moyen de placer à de grandes distances les articles où les mêmes synonymes sont distingués. En appelant dictionnaire l'ouvrage dans lequel tous les travaux des synonymisles viendraient , non pas s^ccumuler, mais se ranger et s'ordonner de manière à composer comme un édifice, Beauzéen'avaitpointentenduqu'ony laisserait régner une pareille incohérence; lapreuveen est dans la manière dont il en use lui-même relativement aux synonymes de Girard : il les dispose , autant qu'il le peut, d'après l'analogie des matières, ayant soin, outre cela, de marquer

cydopédie beaucoup d'autres articles seurblables» comme. Illustre, illustration, illustrer; Incongru et incongruité f Infecte et infecter i Offense, offenser, offenseur tt offensé; Tendre ^tendrement ^ tendresse; Facillant^ vacillation ^^vadUer, elc,?

èO INTkoDUCTiON.

par des rettvoh les rapports qu'ils ohi entre eux ou avêc lei articles nouveaux contenus dans le second tolume. Au fait ^ èi, malgré cette indication, on se borne à entasser confusément les articles, pourquoi donner le nom Ae dictionnaires à de tels ouvrages? Girard et Roubaud ont intitulé les leurs simplement, Synonymes Français, bien qu'ils y observent aussi Tordre alphabétique.

Koti-seulëttient le désordre est le caractère de ces compilation^ indigesiës , mais encore les doubles emplois et les con-^ tradidiions y abondent; ce qui était inévitable dahs des livret composés de pièces de rapport auxquelles on se fait scrupule de toucher. Ainsi on y rencontre souvent des articles portant le même titre. Or, s'ils contiennent une seule et même distinction, run des deux est inutile, il fallait le retrancher j et, dans le cas Contraire, dahsle cas où ils sont en désaccord, il fallait prendre partie, admettre Tun et rejeter Tautre. Mais à l'égard de ces imperfections , les éditeurs ne se permettent qu'une chose, c'est de les dissimuler en éloignant, autant que possible , à ta faveur de l'ordre alphabétique , les articles qui en Sont entachés. Par exemple, à la lettre F se trouve de Girard l'article Facile^ aisé, et à la lellrë A le même article répété et suivi d'un autre de RoubaUd qui réfute le premier. Il en est de mêiiiepoitr Chargé, fardeau et faix; Lâche Qi poltron, Êtonnement ei surprise j Change, échange^ troc et permu-^ tdHùn; Excepté, hors eihàrmîs/Côntentenientelsatisfaction, et pour une foule d'autres. Ce qui îttiporte dians ces Sortes de travaux, ce h'esl pas, comme on Semble le croire, la multîpiicUë des articles , et le plus ôU moins ^'est)rit, de finesse et de sagacité développe par les auieuré, mais la Vérité sur le fond dés chômes ; et, la vérité étant une^ les mêmes synonymes ne peuvent j^as être traités de vihgt manières également vraies. Loîh dé diminuer la confusion, Il arrive parfois â MiBuizdtde l'augmenter. Girard avait fait im article, Profet, dessein, et Roubaud un article. Très, fort, hîen, A une grande distance de ces articles , l'éditeur eh fournit deux autres de Sa compoôition> Dessein^ projet^ entreprises et, FoH^ t^èèj sans chercher à les concilier avec les précédents. Le nombre des articles Synonymîques ne consUtùe pas plu3 uné

lîmiODUCTfON. $1

richesse que celui des mois synonymes, si on n'en nmt*que net« ement les rapports.

De là vient à ces recueils leur peu d'utilité. Ils sont plus propres à jeter le trouble dans Tesprit qu'à fixer les idées. Le lecteur ordinaire y va chercher, comme en des dictionnaires et en des manuels, non pas une diversité d'opinions qu'il n'a pas le temps on le. talent de discuter, qui ne lui laisse qu'iU;* certitude et scepticisme , non pas des éléments de solulion, mais des décisions bien arrêtées-, des solutions tontes faites, et c'est aux éditeurs à les lui fournir en s'aidant des iravauiL des synonymistes comme de simples mémoires* Or, à chaque instant il se voit déçu. Veut-il connaître , par exemple, ert quoi diffèrent la méfiance et la défiance? Il irotrve sur ee sujet et l'un à la suite de l'autre deux articles qui enseignent précisément le contraire : qu'aura-t-îl gagné à cette lecture? Mais son embarras augmente lorsque les mots dont les dîffé-^ renées rintéressent font partie de nombreux articles. Pour apprendre, par e1s:emple, les caractères opposés de Vépouvaniê et de Yef^oij il devra consulter quatre articles empruntés S différents synonymistes où les rapports des. deux mots à dis* tinguer sont obscurcis par leur union avec d'autres mots. S'applîquera-t-il h les dégager et à les comparer et saura- t-H tirer de cette comparaison un résultat qui le satisfasse? PTé* tait-ce pas un devoir de lui épargner ce travail long et difficile? Difficile, disons-nous, et c'est sans doute à cause de cette difficulté même que l'éditeur trop modeste ou trop pressé a mieux aimé donner le tout que de choisir le meilleur. Maià il n'y a pas de milieu entre rapporter fidèlement tous les essais des synonymistes , mais presque sans avantage pour le public, et §e les approprier de manière à s'en servir comme de matériaux pour composer un livre utile où il y ait unité de plan , ensemble et accord , dût Téditeur ne pas toujours ftîré entre ces essais le choix le plus raisonnable. Encore sera-t-Il plus capable à cet égard , que la grande majorité des lecteurs tout-à-fait étrangère à ces recherches. Que si on se borne à recueillir ces travaux de toutes mains , on n'en formera qu'un pêle-mêle, un chaos au milieu desquels il ne sera pas possible de s'orienter. Pour les rendre profitables, ii faut qu'un même

6a INTRODUCTION.

esprit ail le coarage et la patience de les soumettre à un remaniement général. N*est-ce pas ainsi qu'en usent les auteurs de traités scientifiques à l'égard des mémoires présentés à rinstitut? Ils n'en donnent pas la collection; ils les consultent. Assimilation d'une entière justesse, carun livre de synonymes n'est point une œuvre littéraire où le fond soit inséparable de la forme, mais plutôt un traité dont on peut présenter en d'autres ou en de moindres termes , une idée très exacte.

Ce travail de conciliation et de fusion, par lequel on réduirait en une seule famille divers article impliquant évidemment la même idée commune, produirait pour la science elle-même un grand avantage : en rapprochant des mots synonymes auparavantisolés, il aurait pour effet d'en opérer la distinction et de rendre inutiles à leur égard des recherches ultérieures. Dans le dictionnaire de M. Guizot, le mot malhsur fait partie de deux articles : on le trouve ici à côté ^'accident et de déêaHre^ là avec calamité et infortune. La lecture de ces deux articles apprend bien la différence qu'il y a entre malheur^ accidentel déiastre, d'une part; entre malheur j calamité e^i in fortune ^ de l'autre; mais non pas celle qui existe entre accident ci désastre, d'une part, calamité ei infortune, de l'autre; et c'est ce que l'on connaîtrait, si des deux articles on n'en eût fait qu'un où les cinq mots, malheur^ accident, désastre, calamité et infortune eussent été traités ensemble et caractérisés chacun par rapport à tous les autres (1). A cet égard il faut suivre un procédé tout contraire à celui de Laveaux,c'est- à-dire tendre à la synthèse et non pousser à f analyse. Ayant à distinguer les huit mots synonymes , alarme j terreur j effroi, frayeur^ épouvante , crainte , peur y appréhension^ Laveaux compare successivement chacun d'eux avec tous les autres , ce qui lui fournil matière à soixantequatre articles différents. C'est une méthode on ne peut plus mauvaise qui oblige à de perpétuelles redites et qui trouble l'esprit en dissipant sans fruit son attention. Si on avait à distinguer huit soldats de différentes armes , qui s'amuserait à comparer chacun d'eux à tous les autres , aurait sans doute bien du temps à perdre.

(i) Yoypt notre art. MALBiuii dans le Dictionnaire de la conversation.

Quelle peut donc être dans nos éditeurs la raison de ce respect superstitieux pour des œuvres si diverses, où nécessairement le faux se trouve parfois à côté du vrai? Ne serait-ce pas que, les considérant comme desmodèlesd'up genre littéraire, modères consacrés par une longue approbation , on se croirait coupable et comme sacrilège d'y changer quoi que ce fàt? Mais qu'on ne s'y (rompe point : nos éditeurs se permettent cette irrévérence : ils ne se réduisent point au r61e pur et simple de rapporteur^ ; ils font souvent acte d'indépendance bon gré mal gré ; tant ils se sentent k, l'étroit dans les limites d'une tâche si infructueusement servile. Ainsi , parmi les synonymes répandus dans l'Encyclopédie, ils recueillent les uns el négligent les autres, apparemment parce qu'ils jugent ceuxlà bons et ceux-ci mauvais. Et ce qu'ils jugent mauvais , un autre le trouverait peut-être bon ; un autre accorderait peutêtre une place à ce qu'ils ont exclus, et, par exemple, aux synonymes , emhrassement el emhrcusadey fleuve et rivière^ soupirj sangloty gémisêementy etc. Ils retranchent deux articles contenus dans Beauzée ; ils en donnent de l'Encyclopédie que Beauzée avait omis. Quelquefois deux synonymistes étant arrivés sur un même article, enchaînement et enchainure^ par exemple, au même résultat , ils suppriment le travail de l'un des deux. M. Guizot, en particulier, substitue un article, Logique, dialectique^ de sa façon à celui de Roubaud qu'il juge sans doute indigne d'être rapporté. N'est-ce pas, d'ailleurs, s'attribuer sur ses auteurs le droit le plus étendu que de les foire conhattre seulement par extraits, comme on le pratique constamment à l'égard de Roubaud? N'est-ce pas les mutiler? N'est-ce pas pécher contre la fidélité historique à laquelle on paraît tenir si fort? Donc, puisqu'il faut toujours en revenir à soumettre à sa propre appréciation les écrits anciens qu'on entreprend de renouveler, à s'établir juge de leur valeur, autant vaut le faire d'une manière ouverte et indépendante : on ne donne rien de plus à l'arbitraire et le public y gagne beaucoup.

Avec ce respect pour les noms et pour les admirations du passé on se condamne à n'estimer que la forme et la lettre dans des matières où le fond et l'esprit méritent seuls atten-

tion. D'où il s'ensuit; uoa ccméquence inxmie relativement auK travaux 4ootréditeur dispose, c'est qu'il ue lui est pai^ permis d'eu tirer tput le par^ possible, Nos syuonymisles, même les meilleurs, »e rencouireut pas toujours juste ; parmi leurs distinctions « il s'en trouve d'évidemment mauvaises ou faibles \ néanmoins on les reproduira par égard pour des écri^ vains si considérés* Pareillement, si deux synonymistes traî^ tant un même sujet ont obtenu pour résultat la même diffé^ rence, on devra préférer le travail du plus célèbre, bien que celui desoa rival lui soit peut-êiresupérieur sous plus d'un rapport. Ainsi des synonymes de Girard plusieurs put été refaits avaii^ tageusement, et pourtant sans cbangement fondamental, par l'Encyclopédie : les idées y sont exprimées d'une manière plu$ philosophique ou plus appropriée à notre temps, les exemple^ mieux clmisis ; n'importe, on privera le public de ceis perftu>tionnements f on donnera la préférence à fa forme ancienne sur la forme nouvelle uniquement pour rendre (lommage à )a gloire de Girard, Que si ce maître babitef mai* non pas infaillible, se trouva sur un point combattu quelque part , daB« Houbaud , par exemple , soit directement, soit par occasion , ou rapportera peut-être la réfutation, mais quelque concluanip qu'elle soit , elle n'empêchera pas de rapporter aussi rarticte convaincu de fausseté. A plus forte raison ne daignera-t^ou point prendre conseil des synonymisles étrangers* Que de Jur mières cependant on pourrait leur emprunter ! Tous ont commeueépar imiter Girard en distinguant les synonymes de leur langue correspondant à ceux de la n<()ire que Girard avait dis^ lijil^s^ mais iU Tout seulement imité, et parfois à ^es ob^ ^ervatjons iUen ajoutent dont l'examen doii faire revenir sur le^ premières, davantage est bien plus évident quand il ^'a** gitde syiiKmymes qui n'ont point encore été traités ch^ïs nous« p^ra cetle réciprocité de services ^ntre les langues on ol^ec^ tera, upus le savoirs , la di^ence de leur géniç particulier, Mais cette différence n'est pas^i grande que iessynonymktes de deux nations ne puissent au moins se donner des avis. SUi fismt user de ee moyen avec précaution, ce n'est pap une raison pour se l'interdire. JLes mots main et écrUuvi^ sonti^ynonyme^ ù^m le &eu^ m. X^ 4it d'uu M^mme <m ^^rU bjen, qu'il a u^o

belle mafn W uwhdU fi'crUure. Nos syponymiçteç w leç ayant poii^^ eacora exaipioés , celui qui voudra le faire trouvera daus Tarticl^ d'Eberhard ialilulé Band, Schrift^ d'utiles iodicatioDs \ car pour qui s^it uq peu d'allemand ^ il est évident qu'il y ^ eotr^ les deux, mot^ des Aqw^ ldfîi(ues une correspoudauee parfaite. On ne consultera pas sans fruit le même écrivain r^ativement aux différences à établir ej^tre èt^e et 90 irmper, fiuister et êtrepré$enl 9 et i^n^ £oul^ d'autres synonymes piour nou|i encore indistincts.

Voilà donc ce qu^ devint le ricbe b^ritaçi^ de synonyo^jes transmis par le %:siif siècle au xi^s Au point où en lét^aiit cette étude, il ^ f^Jlu )^ tondre dans un dictionnairOi tel qm l*efi* tendait Beauzée , c'est-à-dire, dans un livre bien ordonné, ou ils fussent tous rangés en familles en raison de leur idée généra/e. On ne le fit pas. On se contenta d'en donner la collection sa|is utilité pour le public, dégui^afit sous l'ordre alpbabétiips le phis complet désordre. Mais Tgettyre d'ipr{;anisatioQ| ç^i doit mettre en valeur tons ç^§ travaux p^tjje)^ ^ dj^Yersi ï^ ^rait être plus long-temps ajournée. ]Le \^m>\n ^'m f^it' 4'autantplus sentir, que, le nombre des synonymes expliqua aug«99entapt, il i^e trouve at^ssi plqs ^'f^jichdB qui $e reacpnirpnt, qui se pQntT'edjsent ou font Rouble emploi No^s n'avoi^s pu ^lanq^er d'éprouyer ce besoin, nous surtoux qui^ o^ire les essais déjà connus et ce qu'y ont ajouté M- GdîzoI et, L9v,eauX| avoB^ eu à Aotr«t dispositif les synonyipes 4^ f^t^iU^ et ceux de Leroy, seus coD^teir les syçopyoïes lapins d^ Do^erieifl, 1«B italiens d^ fix^mai»i Hk^Mom^^ ^'Ëberbard, dont m peat souveni faire ei dmt m n'^ j^ai^ leMé de ^e à lïouglttigiie une betureuse 0p|^Gaii((>^. ]^ ^ns^q^^fi^, i^u^ avQQspensé^ue^ wut^mt à pftO&^ Umt ce qy^i »yait ét^ produit eviiefteiDre, en tnm» pmçi^^m^^t, op^^yiaj9ssubst|r Ui^ enfin à une oompilatîon infornie , çoppo^^ de piècf^f 4^ rapp<)rts et coaiienani de^s articles dispar^e^, cootradictoiresi dc^ les auteurs suivent^ les uns u^e pr^iiqii^ , les au^^ mw? «uttre, u« livre fait siir m mém^ pl90 (^ i'um liejule inain^ le- 4Hel se di8li^)4t surtout par Tordre et par la distrlbufio^ PégnKèvfi des mots.

UiMUnijÉimrtf et te wéemiêi éi iêm mièiikmtlim

raient être contestées. Tout concourt à les démontrer, le raisonnement, rhistoire des travaux qui ont eu pour objet la synonymie française y et les défauts des compilations confuses qui, dans ces derniers temps, ont usurpé le titre de dictionnaires des synonymes. Placé dans les conditions où nous sommes, le synonymiste qui voudra fonder un véritable dictionnaire et reproduire utilement pour le public tout ce que contiennent de vrai les ouvrages de ses devanciers, en y ajoutant lui-même, devra donc s'appliquer non-seulement à ne porter son attention que sur des mots vraiment synonymes, mais encore à ne les distinguer qu'après les avoir disposés par familles , suivant leurs ressemblances et leurs différences génériques.

3* Définir chaque Tamille.

Nous avons donné des règles pour aider à reconnattre les mots vraiment synonymes. Nous avons insisté sur l'obligation de coordonner ceux-ci, d'en former autant de familles qu'il y a d'idées générales où ils se rencontrent. Il est ensuite un troisième point, qui mérite d'être signalé avec un égal soin et à l'égard duquel le synonymiste ne saurait se permettre la moindre négligence : c'est que chaque famille doit être définie d'abord par l'indication de l'idée générale, commune à tous les mots qui en font partie.

Sans cette précaution, c'est-à-dire , si on ne commence par indiquer la ressemblance des mots, par s'en pénétrer, on s'expose à s'égarer dans leur distinction, à perdre de vue la vraie difficulté, à oublier le rapport sous lequel les mots donnés se rapprochent et demandent à être distingués, et insensiblement on en vient à les considérer sous un rapport, sous lequel ils ne se ressemblent point du tout, et sous lequel il n'est pas à craindre que personne les confonde. On dit également d'un homme borné, que ce n'est point un ^^/itV et que ce n'est point un aigle. Si , pour déterminer la différence des deux locutions, vous vous contentiez de remarquer qu'un génie est une sorte d'esprit ou de demi-dieu, tandis qu'un aigle est un oiseau, vous vous méprendriez étrangement sur la tâche du synonymiste, et il en résulterait pour le lecteur une mystification

des plus désagréables. Avec la belette, ennemie des souris, la cbauve-^ouris soutient qu'elle n'est point souris , et elle prétend n'être point oiseau devant la belette irritée contre les oiseaux. C'est une rusée. Le synonymiste ne doit point l'imiter, s'il veut être de bonne foi avec lui-même et avec le lecteur. Qu'il fasse voir que la chauve-souris, étant souris, se distingue néanmoins des animaux de la même famille, et qu'étantoiseau, elle a parmi les oiseaux des caractères particuliers. Deux mots synonymes étant donnés se trouvent entre eux dans le rapport de deux cercles conjoints (Jig. 3). Gardezvous de supposer dans votre explication, que leur rapport est celui de deux cercles séparés (fig- 2) , car personne n'aurait besoin de votre distinction , vous vous donneriez ime peine inutile.

C'est faute d'indiquer expressément l'idée commune aux mots synonymes, que nos philologues les plus éminents en cette matière n'ont pas su éviter le danger dont il est questioii> Moyennant celte précaution , Girard se serait aperçu qu'il n'est aucunement besoin de faire voir ce qui sépare les mots ménage et ménagement^ car ils sont trop différents pour que personne courre risque de les employer l'un pour l'autre, le ménage consistant à ménager ses richesses, ses revenus, et le ménagement consistant à ménager les hommes, à les traiter avec égard et sans brusquerie. Ailleurs, ayant à distinguer les verbes appeler et nommer^ au lieu de les considérer dans le sens où ils sont synonymes, c'est-à-dire, où tous deux s'emploient pour, dire ou donner un nom, il se borne à marquer ce qui les. caractérise quand ils ne sont point synonymes, quand l'un signifie, dire le nom pour faire venir à soi, ou même inviter à venir à soi saiis dire le nom, tandis que l'autre s'entend de l'action d'imposer un nom, de désigner par le nom. Ce n'est pas là instruire le lecteur ; c'est lui donner le change; ce n'est point résoudre |a question, mais l'éluder, parce qu'on n'a pas pris soin de la poser d'abord. Le même synonymiste commet la même faute aux articles affecter et èe piquer, décider ei juger ^ décision etrésolutiony lourd et pesant.

En négligeant de déterminer les tJraits de ressemblance des

«s INT«i)DUCTION.

mots synonymefi, on tombe aussi d'ordinaire dans un ii^oonvénieot qui u'est guère moins factieux et qui consiste à mettre dans les explications quelque chose de louche et de vague. Les explications sont trop étendues, elles embrassent toute la compréhension des mots donnés, au lieu d'arrêter Tesprit mr Je seul point de vue où ils semblent se confondre. Il en r4* suite pour {électeur une idée confuse, plus confuse quelquefois qu'avantla distinction $ nesachant pas dansquel sens les mot^ sont synonymes, peut-il comprendre nettement comment ils diffàrei^t néanmoins dans le sens même où ils sont synonymes? Et pour emprunter un exemple à l'homme le plus illustre qui se soit occupé de ces recherches, p*est la cause pour laquelle Tarticle Illusion et chimère de M. Gui^t laisse à dé* sirer sous le rapport de la clarté.

Parmi les synonymistes français, Girard, Roubaud et Condillac signalent rarement ridée commune aux termes à comparer. Loin de se soumettre pour sa part à cette exigence, il arrive souvent à M. Gulzot de retrancher, comm^ inutiles j^aiMi doute, les définiiious de Beauj^e. Beauzée, esprit logicieQ et pratique avant tout, mettant au-dessus de tout Tordre et 1*4^ tilité, est le seul avec Leroy qui ait senti combien il importe de fixer tout d'abord Tétat de la question en déterminant prémém&ai en quoi et sous quel rapport se ressemblent et voi4 être considérés les mots qu'on entreprend de distinguer: tous les articles signés de lui commencent par une déûniiion. De même le dictionnaire allemand d'Eberbard ne contient pas ua seul groupe de termes synonymes qui ne porte en tête e(M présente d'abord au lecteur lâur titre commua de parenté.

4** Ordre des famiïfes.

h^ liamilies une fois foraiées et définiei, il s'agit de sitvoir dans quel ordre il faudra les ranger. La perfection consiste* raie à les disposer de manièreque chacune se trouvât entre les deaxavec lesquelles eUe aurait le plus d'analogie, c'est-à^âirci dont les termes ressembleraient assez aux siens quant au seu$ pour qu'on £at tenté de las regarder comn^ synonymes. L'affinité qui lie ainsi essentiellement les familles les xam aiH^ autres s'apere^rait sans peine, grâce à leur Wfsffûid^smsfii\

INTKQDUCTK)ir. ^

ei il suffirait, pour en saisir les différences, de jeter un coupd'œii sur les définitions placées à leur tête. Ici encore c'est Beauzée qui a donné Texemple en essayant de classer les articles de Girard d'après leur analogie ou leur opposition, double point de vue qui peut servir, dit-il, à jeter quelque lumière sur les objets qu'on traite. Mais, tout bien considéré, cet ordre ne saurait être suivi à la rigueur: on n'arriverait en s'y cour foripant qu'à un enchaînement plus ou moins factice et systé*^ maiique. D'abord par quelle famille commencerait-on? Au** eune raison bien décisive ne pourrait déterminer en faveur de ce)le-ci ou de celle-là. Ensuite, après avoir ordonné de la sorte trois ou quatre familles de synonymes analogues , oi^ n'en vrouverait souvent plus qui eussent avec el^es de rapport un peu prochain ^ le fil se romprait alors nécessairement ; de fréquentes solutions de continuité seraient inévitables. Beau^ zéa a senti, mais nou pas résolu la difiicuUé, De tous les ar-* ticles de Girard celui qu'il place le premier est celui qiri vient le premier dans l'ordre alphabétique, et c'est aussi à l'ordre alphabétique qu'il a recours quand il éprouve Vem^ barras de n'avoir plus de familles un peu semblables aux précédentes : il ne cherche point à dissimuler la lacune en établissant des rapports forcés ; il commence une toute autre sénedesynonymes. Or, puisqu'il faut toujours en revenir à l'arbitraire et à racctdentel, et que Tappréciation des rapports entre les (amiiles dépendant de la manière de voir de chacun doit être diverse et ineeriaine, autant vaut s'en tenir invaria- Mement, pour le classement des familles, à l'ordre alphabé* tique. Quand on a eu soin d'énoncer dfabord l'idée générale caractéristique de chaque famille, il y a peu dlnconvénient k tenir séparées eelies qui ont entre elles la plus grande analogie ^ car, s'il arrivait à quelqu'un de eonfondreles termes appartenant aux unes et aux autres, il n'aurait, peur se de^ tromper, qu'à consulter les définitions initiales des unes et des autres, ce qui est toujours facile, quelque distance qu'on ait mise entre eHes.

5** Prdre de$ mots daqç cb^Mj^ ianull^

Maintenant) comme parmi les mots dont se compose chaque

eo INTRODUCnoX.

famille, il yen a toi^ours qui commencent par des lettres différentes, dépendra-t-il entièrement du synonymiste, en faisant passer au premier rang celui-ci ou celui-là, de placer la famille entière à telle ou telle lettre? En théorie et à la rigueur ce serait lui accorder une trop grande liberté. Tout mot n'est pas également propre à figurer à la tète d'une famille ; ce doit être le privilège exclusif de ceux qu'on emploie le plus communément et qui expriment le genre dont leurs synonymes désignent les espèces ou les variétés : ainsi tous les termes significatifs de Terreur doivent former une famille, qui aura pour chef le mot Erreur^ et non le mot méprise^ ou bévue^ Q\ï malentendu^ on prejuge\ etc. Toutefois, cette règle est assez peu importante, et, pour notre part, nous ne l'observerons pas toiyours. Il faut ajouter aussi qu'on aurait souvent bien de la peine à décider lequel de deux ou de plusieurs mots synonymes est le plus dépourvu de nuance spéciale, et le plus courant ou le plus fréquemment usité.

6^ Méthode de distinction des synonymes grammaticaux simples ou composés , des synonymes ét)mologique8 , des synonymes mixtes, el 4e ceux qui diffèrenl surtout parce qu'ils tirent leur origine de langues différentes.

Mais c'est assez parler de méthode par rapport à l'ensemble, il faut maintenant en traiter par rapport aux détails. Après avoir réglé le travail préparatoire et d'organisation qui constitue la première partie de la lâche imposée au synonymiste, il faut aussi prescrire la manière dont il doit procéder pour opérer enire les synonymes de chaque famille des distinctions toigours vraies.

Or, les synonymes dont se compose chaque famille peuvent être de (rois sortes, eu égard à la nature de leurs différences: ou grammaticaux, comme variation et variété) imposition et impôt, improuver et reprouver ; ou étymologiques, conuue bêle et soty esprit et génie y ou tout ensemble grammaticaux el étymologiques, comme douleur et souffrance f heureux et fortune j révéler ei proclamer.

Les synonymes grammaticaux se divisent à leur tour en deux espèces» les uns simples, les autres composés , suivant

qu'ils diffèrent par une seule circonstance grammaticale, le commencement, la terminaison, le genre, le nombre, Tarticle, etc., ou bien par plusieurs de ces circonstances à-la-fois. Les syDODymes grammaticaux simples font la matière du présent irait'^Nous avons ci-dessus indiqué la méthode à suivre pour en découvrir sûrement les différences , et ces différences étant effectivement exposées, décrites et justifiées dans Touvrage lui-même, le dictionnaire ne fera que les rappeler, au besoin, subornant à renvoyer pour les détails à Tendroit du traité où elles se trouvent. Que si dans le premier volume avaient été omis quelques synonymes grammaticaux simples, les règles de distinction qui y sont établies fourniraient toujours le moyen d*en saisir promptement les traits caractéristiques. Il suffit également de consulter ces mêmes règles pour Trouver en quoi diffèrent quant à la signification les synonymes grammaticaux composés. Veut-on savoir, par exemple, les Duances distinctives ^'abaissement et de bassesse, d'assujettissement et de sujétion, on y parviendra sans peine par la connaissance des valeurs assignées dans le traité à la préfixe a ou ad et aux désinences ment et esse, d'une part, ment et ion , de Tauti^. Sur quoi il est à propos de remarquer que les synonymes de cette sorte, du reste peu nombreux, tirent leur principale et souvent leur unique différence d'une seule des circonstances grammaticales qui les caractérisent extérieurement, l'autre ou les autres n'exerçant sur leur acception aucune influence notable. C'est pourquoi plusieurs , tels que quitte ei acquitte', insigne et signale', sanglant et ensanglanté, où la valeur de la préfixe a été négligée, ont pu être admis dans le livre consacré aux synonymes grammaticaux simples.

Passons enfin à la méthode de distinction applicable aux synonymes étymologiques ou à radicaux divers. Et d'abord, la divisant en deux parties. Tune d*investigation, l'autre d'exposition, suivant qu'elle apprend à trouver les différences ou à les faire connaître et comprendre, commençons par la considérer sous le premier point de vue.

Si le dictionnaire ordinaire définissait convenablement les mois, il serait facile de les distinguer, même alors qu'ils se

rencontrent eh une idée commune. Comme les défihitions contiendraient la valeur essentielle, en comparant, en développant et en pressant les définitions de deux ou plusieurs mots synonymes, à quelque degré qu'ils le fussent, on parviendrait toujours à reconnallre en chacun une spécialité de signification. Car ce qui convient au tout convient nécessairement à là partie , ou, autrement dit, on peut juger d'une acception particulière d'un tnot par son sens général. Deux termes syïionymes sont entre eux comme les cercles A et I (fig. 4): ils ont une partie commune C ; mais malgré cette rencontre de leur compréhension, la partie commune se ressent des caractêi*es particuliers à chacun des deux termes en vertu de sa valeur naturelle ; elle a un tour, un air , un aspect dîfiérent suivant qu'on Texprime par Tun ou par l'autre. Le sens, tel qu'il résulterait d'iine bonne définition , par cela même qu'il serait essentiel, devrait se réflééhir et se retrouver datts toutes les acceptions du mot.

Mais à cet égard, loin que le synonymisle puisse compter sur les dictionnaires ordinaires, son travail doit avoir, entré autres effets, celui de suppléer à leur insuffisance et à leur inexactitude. Puisque les dictionnaires font défaut en ce qui concerne les valeurs propres et naturelles, c'est au synonymisle à y pourvoir, et c'est à quoi il doit travailler avant tout, puisque c'est de là seulement que peut jtaillir la lumière. Donc il examinera chaque mot en lui-même, isolément, S'efl'ot'çanl d'en découvrir la signification essentielle, et le moyen quiï emploiera dWdlnaîre sera Tétymologie. L'étymologie, en effet, donnant le sens primitif et radical, lequel est presque toujours identique au seuls propre ou essentiel, conduit à de bonnes définitions, point de départ nécessaire de toutes les recherches qui ont pour objet les synonymes de ce genre. Telle est la méthode de Roubaud : elle consiste, comme il le dît lui-même , « à tirer les différences qui distinguent les termes synonymes de leiir sens propre et naturel par le moyen de l'étymologie. »

Il y a deux sortes d'étymologie qU'il ne faut pas confondre : l'one, positive et réservée, se tient, autant que possible, dans les limites de la langue à laquelle appartient le mot donné ;

Fdtilfe, avefilttfeme et conjecturale > loi ohercbe des ana* logties dans les langues* étrangères , d'où elle tire des induc^ tiens presque toujours fantastiques. La première a été pratiquée par Dœderleiô , la seconde par Roubaud ,- et ce qui prouve déjà combien la première est préférable à la seconde, c*eit le succès inégal de ces deux philologues pour ce qui regarde la partie étymologique de leurs ourrages. Au reste ^ oni'etplique aisément pourquoi leur valeur n'est pas la même» Toutes choses égales d'ailleurs , l'opinion qui rapporte un mol à tlB autre mot de la même langue, est toujours plus probable que celle qui le tire d'un mot d'une autre langue, surtout si celle dernière est très ancienne, comme le sanscrit ou le cfeWque *, car rien de plus concevable et de mieux attesté hiatonquettient que la transformation et le développement des tiiots de chaque langue en particulier, tandis que souvent les rapports de parenté sont obscurs et douieùx enire telle langue moderne et telle langue ancienne dont on la rapproche. Ensuite, les deux dérivations fussent -elles vraisemblables au même degré , là première fournirait une instruciion plus sûre, on pourrait plus hardiment conclure du sens originel on primitif au sens essentiel ou propre. En effet , les mots éprouvent souvent de graves changements en passant d'une langue à une autre. Ainsi, nos mots humanité et industrie n'ont plus le sens des mots latins humanifaê et indusîHa, d'où ils tirent leur origine.

Ce n'est pas à dire cependant que les mots conservent une signification invariable tout le temps qu'ils sont employés dans la même langue : ils s'altèrent molhs fréquemment, moins profondément, tnaîs Us s'altèrent; ce qu'ils représentent à une certaine époque n'est plus exactement ce qu'ils représentaient à une époque précédente : autres temps, autres miDBurs et autres usages; autres mœuré et autres usages, autres acceptions aiiathées aux mots qui !5*y rapportetit. Nos expressions, hel esprit, honnêtes. gens, hrave homme , gentil, prude, libertin , pédant el pédagogue n'ont pas toujours eu leur signification d'à présent. Cesi pourquoi , lorsque le synonymiste est arrivé à une éiymologle certaine, soit en recourant à une langue étrangère, soit en restant dans le$

limiies de la même langue, il ne doit faire servir la valeur primitive à déterminer la valeur propre qu*après avoir vérifié la première par Thistoire du mot, par la connaissance des modifications qu'il peut avoir subies à différentes époques.

L'étymologie met en possession du sens essentiel et naturel tout d'un coup et comme d'emblée; mais on peut aussi le trouver àposteriori,VL l'aide d'un procédé moins expéditif ; on peut, en rassemblant et en comparant les différentes acceptions et les applications usitées d'un mot , parvenir à saisir ce qu'elles ont de commun , c'est-à-dire l'idée propre et esrsentielle de ce mot , puis faire servir la notion ainsi obtenue à caractériser le mot dans une acception spéciale où il tend à se confondre avec un autre. Çest toujours aller du clair, du connu et du certain à l'obscur, à l'inconnu et à l'incertain en expliquant la partie par le tout, en établissant, dans une définition préparatoire, un type, une idée dont les traits essentiels doivent être empreints dans le mot, quelles que soient ses applications.

Il y a plus : il n'est pas besoin , pour avoir le sens d'un mot dans une certaine application, de l'examiner dans toutes les autres , afin d'apercevoir ce qui s'y trouve de commun et d'en former l'idée ou le type dont le mot est le signe; il suffit parfois d'en constater la valeur précise dans une seule de ses autres applications, et alors, au lieu d'éclairer la partie par le tout , une acception particulière par la signification générale , on éclaire une partie par une autre , ou interprète une acception singulière par une autre, se fondant sur les rapports communs que les acceptions d'un même mot ont nécessairement ensemble. C'est ainsi qu'à chaque instant on puise dans la considération du sens propre et physique des indications relativement au sens figuré et moral; d'autres fois même le contraire a lieu , c'est le fijguré et le moral qui révèlent les caractères distinctifs du propre et du physique.

Enfin, un dernier moyen d'instruction consiste dans la connaissance des onomatopées, c'est-à-dire des mots qui rappellent, par leur son ^ les objets ou les actions qu'ils désignent. Mais, outre qu'il est rarement praticable, on ne doit s'en servir qu'avec une grande précaution , car il n'en

iNTRODCCnON. éft

est pas qai prête davaBtage à l^arbitraire et ^n\ conjectures forcées.

Ce travail préparatoire achevé, chacun des mots synonymes pris séparément ayant été ramené à sa valeur propre, Ou tout au moins éclairé par Tune de ses acceptions, la distinction doit s'opérer avec une grande facilité. Un simple rapprochement fera ressortir les influences diverses exercées sur ridée commune p^r des termes dont les propriétés seront désormais évidentes : il ne restera plus qu'à justifier et à corroborer par l'usage les différences ainsi obtenues.

li'usage parlé ne saurait faire autorité : ou il est insaisissable, ou rien ne prouve que celui que chacun est à portée de recueillir soit le plus général et qu'il ait des chances de durée; d'ailleurs, au point de vue où nous nous sommes placé, nous ne pouvons faire cas que de l'usage écrit. Nous travaillons pour Tinsiruction des contemporains , en puisant nos leçons dans les monumeuts d*une langue fixe , soit qu'elle doive longtemps encore continuer à être en vigueur, ou bien se défigurer promptenient au point de devenir simplement classique et de n'être plus étudiée qu'à titre de langue morte. Tous les écrivains que nous consultons ont vécu avant le xix*' siècle; en deçà du xviii", nous ne reconnaissons point de guide, si ce n'est le dictionnaire de l'Académie, pour ce qui regarde les phrases usuelles qui ont cours depuis longtemps^ Du reste , avec cette manière toute positive et tout empirique de concevoir la tâche des synonymistes, l'emploi des eitations acquiert une importance qu'il ne pouvait avoir jusqne4à. Il ne s'agit plus , comme au temps de Girard , de deviner par goût, et à force de sagacité, l'usage actuel, mais de constater par la pratique des grands maîtres, et les pièces en main , l'usage ancien , qu'il soit ou non passé présentement; il s'agit de faire pour la langue française ce que Dœderlein vient d'exécuter avec tant de bonheur pour la langue latine. En assurant à celte étude le caractère et l'avenir d'une science , Roubaud et M. Guizot ont vu combien elle devait s'appuyer sur des exemples tirés des écrivains classiques; mais à cet égard , le dernier n'a donné que le précepte, et si le premier y a joint l'application , ce n'a jamais été d'une

(M iwicmuoTioir.

mmH^e large at (éMrale $ Jl ^taît trep préocenp^ (te« déiaita de rétymQlogie et de sa polémique avec les précédents i^yfip* nymi^te^y pour produire autre cbose qua à^% éjcbapUHons en tout gepre,

yqsaga peut être ou commun ou partiapUpp, pu ran&PiQé dap^ de^ pbra^s et des locutiona partout reçpe» et epplayaes, ou emprunté de tels ou teU auteurs célébrai^. Comm^ il rapd au pbilQlogue un service inégal ^wk ca« deux formaa, il cm* vieot d'en traiter séparément.

Uusage commun fournit uua instruction plusi décisive $ îl na vieqt pas seulement à Tappui des diffiérancas troiivéas i il peut aussi an faire découvrir qui jusque-là demauraieijt ca-» chées. Lorsqu'on connaît la différeupe générale de deux termas synonymas, on sait dans quels cas on doit employer l'un et Tautre exclusivament, Mais réaiproquemeut , si pu pai?" Yjeut à cousiater das aas où l'un soit de rigueur et Tauira iui- . possible , avec un pau de raflexion ou aparaavra Tidée aeçea» soir^ qui raud la premier seul capable de Sgurer dans ces caa» at partant , sa valeur propre en géuéral. C'est pourquoi il faut raaharcbar avec soi« les idiotismes , les phr^sa^ faites at laa locutious proverbiales dans lesquelles entre un mot doo^é : comma il ne peut y étra raroplaaé par aucuu syucmyme , to saus entier de la pbrasa eu révalara la raisou > et oatta raiaon révélera le caractère propre du mot, Ainsi , on dit aommuué^ maut : qui aime biau ch4He biau i at Tusaga ne souffre pai qua daus eetie loautiou ou substitua ptmir à fikéim; é'm il est permis de aouclura quo la raisou de ce privilaga attribué à ehâUer sa trouve dans son vrai sans» qui est apparenmieyRf, îufliger una paiua pput raudra meiiiaur at empéahar de mlombarau fauta. Ou dit, das tours d'arftw^^^^ et «on, da toupa da Mpa^fte' ou A'k^bikt^' : dope ïqfire^i^ siguifia un trait» quelque acte partieuliar, taudis qua la mpaeUé at Vhabifekt' ont rapport à de longues sérias d'actes , h la conduite da taut« une affaire compliquée ou de tout un ordre d'affaires. On né dit point, agir indoJemmmt et fmre^^îtêem^ni , comme oa dit, agir non€buhmmmie\ négligemmmi*' c'est une preuve que ïi^delenoâ et la pm^êêe font qu'où n'agit pas, tandis qua bi nmekaluu00 §( Jla négligence^ foui qu'<m n'agit paa oipnve-f

imnoDuerioif. «i

Babl«nie»l. On est indifféftnt eu iuêemUte à quelque ébote; on ne dit pas de même, apathique ou indolent h quelque eboae : dom Vindifféfrence et VinsennUUié ont quelque ebosd de plus déterminé, de plus aceidentel , de plus relatif, et Vt^mtkie et Vindolenee sont plus générales et absolues $ ce sont plutàt des défauts du çiiractère, des qualités permanen-^ tes, oônsicyrées en elles -mêmes ei indépeadamment de (out« appUeaiion. On a de Vanêipathiet on. prend en amePêion : par Gonséquent, Tune a son principe dans le tempérament même, et l'antre tient k des babïiudes contractées , à des associations d'idées I on s'en rend compte , on voit quand et pourquoi eila a commencé.

£n consultant l'usage particulier, on veut seulement s'assiH per et faire voir que les bons ébrivains ont employé les termes avec les différences qu'on vient de leur assigner $ moyen de vérification dont il ftiut bien peser la valeur. Si un auteur es* limé place une expression de manière à lui donner visible* ment la nuance proposée , il en résulte , en faveur de la réa«* lilé de celle-rd , une forte présomption , étant probable que l'aaleup a fait un choix, a agi de dessein formé. Néanmoins^ comme cela n*est que probable , comme pe«t<rêtre , dans les némes circonstances) le même auteur ou un autre, au su on à Finstt dq synonymtste, s'est servi plusieurs fols d'une autr^ exfHPession , ce que le lecteitp peut toujours soupçonner , les citations ne sont tout^à^feit concluantes que quand les termes synonymes s'y trouvent ensemble avec les rapporté d'opposition qui viènn^t d'être mis entre eux. On a distin^ goë, je snppQse, V antipathie et Vaf0erêion de la fiaine, en disant que les deux premiers motsexprlment<les sentiments,des mouvements de Tàme intransitifls, et le troisième une pas« fiion ou un mouvement de Fàme irritée , qui sort d'elle-même et se porte contre la penonne ou l'objet. Deux passages ^è* erlvfiiqs considérables confirment pleinement celte opinlonl Lee Fêmniêê êanan^s de Molière déclarent que, <( par uni emêipathie ou juste ou naturelle, elles ont pris une haine mor<^ teUe contre certains mots. » a Ce qui transforme VavêPgteH en haine, dit de son côté J.^J. Uousseau, c'est l'intention nanifestée de nous nuire. ^ Voilà les exemples auxquels il font

$*auacber par préférence : eux seols ne laissent aucun dou(e sur le sentinienl de Tàuteur dont le lémoignage esi invoqué.

 la vérité , Tusage commun remporte toujours sur Tusage particulier, par la raison que, en matière de langage, Taulorilé de tous vaut toujours mieux que l'autorité d*un seul ou de quel* ques'UDS. Toutefois , lorsque Tusage particulier est aussi formel que nous venons de le faire voir, il mérite qu'on en tienne grand compte, et alors il peut aussi passer nou*seulement pour un contrôle, mais encore pour un moyen de découverte qu'il faut employer concurremment avec les premiers, l'étymologie et la considération d'une, de plusieurs. ou de toutes les applications du mot, autres que celle qui est en question. Beauzée a donc tort , à notre avis , de partager la lâche qui a pour objet la formation d'un b(fh dictionnaire des synonymes entre deux classes de savants, les uns assignant avec.préci-. sîon,. comme Girard, les caractères dislinclifs des synony-* mes f les autres recueillant les preuves de fait , que leurs lec* tures pourront leur présenter dans nos meilleurs écrivains , de la différence qu'il y a entre plusieurs synonymes de notre langue. Ce sont là deux opérations très souvent nécessaires l'une à l'autre, qui doivent être faites simultanément et par les mêmes hommes. Mais il a raison d'ajouter qu'il faut s'attacher sunout aux phrases où les auteurs n'ont pensé qu'à ^'exprimer avec justesse , et qu'il faut spécialement compter sur les auteurs les plus philosophes, et préférer ceux de leurs ouvrages qui sont les plus philosophiques. D'où il suit que les poètes doivent avoir, sous ce rapport , un crédit assez médiocre : la plupart, comme chacun sait, regardent moins souvent , dans le choix des mois, à l^ur justesse, qu'à l'harmonie , à la mesure et à la rime.

Une fois que les différences sont trouvées et justifiées, il Sf'agit de les présenter de manière à porter dans les esprits la lumière et la conviction ; dernière partie de la tâche, qui a aussi son importance et ses difficultés. Deux méthodes y peuvent être suivies : l'une, dogmatique et succincte, cherche à frsrpper d'abord par une formule nette , tranchante , catégorique, où les mots sont mis dans une opposition aussi grande i|ue possible, sauf à y ajouter des développements et des

iNTRODUcnoif. et

IH^uves; l'autre y analytique, et descriptive, ne donne le ré« «oltal qu'en forme de conclusion , et après ayoir reproduit tout au long le travail qu'il a fallu pour y arriver. La première, dont Girard offre le modèle, est plus commode, plus sattefaisànte pour le lecteur et plus propre à Téclairer ; mais elle donne lieu à de perpétuelles antithèses, qui peuvent dégénérer en jeux de mots. La seconde, qui est celle de Rouhaud , a moins de charme ; mais elle inspire plus de con<« fiance, en faisant participer le lecteur à toutes les recherches, en ne l'amenant que pas à pas à admettre l'opinion de son guide. Cependant, tout bien considéré , cette dernière nous paraît inférieure , parce qu'elle a pour écueil ordinaire , près* que inévitable , la diffusion, et que la diffusion engendre trop souvent la confusion, défaut capital dans de pareils ouvrages. Au surplus, la réserve qu'elle affecte n'est qu'apparente, l'auteur ayant son idée toute faite dès l'abord,* et la plupart des lecteurs ne se soucient guère de suivre lentement le sy-* nonymlste dans tous ses tâtonnements , dans toutes les voies qu'il est obligé d'essayer.

Mais la simple énonciation des différences, quelque précise et significative qu'elle soit , sera parfois insuffisante à rendre avec exactitude des nuances nécessairement délicates. Il fau* dradonc insister; il faudra citer des phrases où chacun des termes synonymes figure avec le caractère qui lui est assigné , et où l'on sente bien qu'il convient seul. Tous les synonymistes le pratiquent ainsi. Mais , comme ils composent eux-mêmes ces phrases, on a toiyours lieu de craindre qu'ils ne soient pas les interprètes fidèles de l'usage, qu'ils ne fassent violence au génie de la langue eu la>contraignant de se plier à des distinc* lions préétablies. Si de celte façon ils réussissent à explique^ leur pensée, ils n'en montrent point la justesse. Il faudrait donc ici s'en tenir exclusivement à des exemples empruntés aux auteurs classiques : on n'a pas le droit de faire parler Tusage , mais seulement d'en recueillir les décisions.

On peut avoir recours à un autre moyeu pour mettre eu évideuce les nuances propres des synonymes : il consiste à marquer à chacun d'eux son contraire. On distinguera , par exemple , la hardiesse du courage en disant que la première

de ces qualités est opposée à la timidité^ et là seconde à It erainle. De même uffironter est plus opposé à fliir, et hrûHt à trembler $ à monirer de là ft'ayetil*. Oïl lit à la fin d'iio artiete de Roubaud t la hévU9 est eb oppositioû à la prudence, ta rn^rùe Test au ohoix, et Vvrrem' à la vérité \ et dons GiHM'd \ la bêtise est Topposé de Vêgprit^ la folle l'est de la raiion ^ la seitise Test du bon eens^ Vétourderie Test Atkjtêg^meni^ Vïm'* béeillité Test dé V entendement, la stupidité l'est de la eo#t«* çepHan , l'incapaoîté l'est de Vinteiliffenee , et l'itieptie l'est du géhicé Mais il faut bien prendre garde que les contraires ne soient synonymes entre eux, car alors on reculerait simple*ment la diffiiîulté , ou même on l'augmenterait ^ au lieu de la résoudi^ej Quelquefoië on atteindra lé méàie but en indiquant a?eo quels autres mots ceux qu'on examine ont plus de rapport. Ainsi, pour rendre saillaûte la différence àHnmginuire et de chimérique, on fera l^màrquet* la ressemblance de l'un atee fAn% , feint, contt^uvé , et celle de l'autre avèc vàin, sans so^ Ildlté, sur quoi il ne faut faife âucutl fond i Ce qti^àttestent les loculioDS, crime, péril imaginaires, et, projet, désirs, éecoui*S tùhimMqneëé Mais ces oppositions et ces rapprochements ne sauraient avoir une grande valeur qu'aniaot qu'ils se fondent sur des témoignages de bons auteurs.

Que si , même en commençant , alors qu'il s'agit principa-^ lement de donner rintelllgence de ses distinctions, le «yno^ nymiste doit rechercher dés éclaircissements qui soient en même temps des preuves, à plus forte raison s'dppliquera-t-it ensuite à Justifier le résultat de son travail. Il fera connatire le sens propre de chaque mot , soit qu*ll le dérive de son éiyniologle, soit qu'il le forme en considérant ses autres appll* cations 5 enfin 11 citera brièvement les exemples les plus es-^ ëentlels de l'usdgé commun ou particulier qui impliquent ou lui semblent impliquer les différences par ini signalées.

Telle est la méthode des Synonymes étyttiologiqtiës. Quant aux synonymes mixtes, c'est-à-dire à ceux quï^ outre des radicaux divers, ont pour fondement de différence des préfixes ou des terminaisons ou quelques autres cr actéres gram-» maticauii particuliers, leur distinction s'opère et par les moyens propres au^ syncmymes étymologiques et à l'aide d^

nrtàomMmo!!, n

lé^lesi^llcaMës Alix lynottymesi grahmiMicâiix. II n'y a Hoht ici rteà à dir6c}tti les coBderne spécialeitient. Kous ferons seulement à leur Stijet dètit courtes remarques. D'abord, il ne ftat pas ûimbher lé méttte prii aux différences provenant des modifications grammaticales, dont les termes synonymes âont affectés, et à celles qui tieiinent à la ditersité deè radicaux: les premièt^s sont en général plus légères ou moins essentielles, et n'ont de grande valeur qu'au défdut des autres. Cet>endant, an aurait tort de les dédaigner dans aucun cas , h moins qu'elle» ne soient manifestement futiles et superflues après d'amples instructions fournies par Texamen comparatif des radicaux. D'un autre côté, en considérant les synonymes mixtes sous le point de ttte grammatical on devra s'assuret* avant toot s'il n'y en a pas qui Soient dëà radicaux purci, les autres ayant ou des préfixes ou des terminaisons significatives, et si les uns sont à bases nominales et les autres à bases Verbales-. Ces deux circonstances importent plus à savoir que la valeur particulière de telle préfixe ou de telle terminaison , tmrce qu'elles influent davantage sur le sens (Voy. p.27 et 29).

Mais il reste toute une classe de synonymes dont les prin*^ cipes de distinction n'ont point encore été signalés t ce Sont ceai dont la principale ou l'unique différence dépend de ce cfolls tirent leur origine de diverses langues anciennes qui (mt concouru à la formation de la nôtre. Considération qtii petit être d'un puissant secours et dont les synony mîstes, à l'exception de Roubaud, ont rarement tenu compte.

Trots langues ont fourni des éléments à la nôtre, savoir la langue vulgaire parlée dans les Gaules même encore soUs la domination romaine, la langue latine et la grecque. Le gaulois ou le celtique forme comme le fond du français, te latin et le grec y ont ajouté des accompagnements et des accessoires en plus ou moins grand nombre, à dés époques diverses et pour exprimer différents ordres d'idées. La part du latin surpasse de beaucoup celle du grec. Noire vocabulaire en fait foi et l'histoire en donne la raison. Si on remonte jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, on trouve que les habitants des Gaules avaient conservé ridiome national pendant que les mah^es dit pays, ceux dtt moins ^1 étaient en possessîoB

de rendre 1:^ justice et d'administrer rEgUse, parlaient la langue latine. Mais la civilisation romaine était trop supérieure pour ne pas envahir la société tout entière, et les idées religieuses et morales ne pouvaient pénétrer dans les esprits, sans que les mots, qui en étaient les signes, fussent admis en même temps dans la langue. Aussi, quand des débris de ces deux idiomes , d*abord séparés et coexistant Tun à côté de Tauire , se forma une langue commune destinée à devenir notre français, les éléments latins y entrèrent en foule, et leur nombre s'augmenta toujours à mesure que les lumières et rinslruclion se répandirent. Mais le grec n'a exercé sur notre langue qu'une influence tardive et bornée. Jamais il n'a été parlé dans notre pays par toute une classe d'hommes, et, avant la renaissance, il était à-peu-près complètement ignoré des savants mêmes , malgré l'importance de Marseille, l'un des berceaux de la langue romane, et nos rapports avec la Grèce au temps des croisades. Lorsque, après la prise deConstanti*nople, ou un peu auparavant, la connaissance de la littérature grecque devint générale en Europe, le français était en grande partie constitué, sinon pour la forme, du moins pour le fond. Si pourtant notre vocabulaire s'enrichit alors de quelques termes grecs, ils n'appartiennent pointa la langue commune, et ils furent empruntés pour le service des sciences, la rhétorique,- la poétique, la mythologie et la médecine, dont la naissance, la rénovation ou le progrès, datent de celte époque.

Il suit de là relativement à la synonymie française des conséquences importantes. Et d'abord , des mots latins ou grecs auront dû s'introduire à telles ou telles époques pour la dési* gnaiion de choses ou d'idées déjà pourvues dansla langue vulgaii*e d'expressions dont Tusagese sera maintenu. Or, puisque le latin et le grec sont, comme on dit fort bien, des langues savantes^ c'est un principe, en cas de synonymie entre un mot dk)rigine celtique, gauloise, germanique ou franque, et un mot latin ou grec, que celui-ci l'emporte en noblesse, est d'un ran^ plus relevé, et que souvent c'est un terme consacré ou technique. Mais la règle est un peu différente selon que le terme savant vient du latin ou du grec. Dans le premier cas, il est plas noble que le mot barbare, ea ce sens qu'il se ditpliftOt au

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icmomjonosf* n

moral et au figaré, et en pariant de choses grandes, considé^ raUes ; ou bien c*e&t un terme de jurisprudeoce ou de liturgie, il n'a cours que dans le langage du barreau ou de TÉcriture. On s'assurera de ce caractère en comparant, par exemple, ineUnatian et inclinaiêon, dénigrer et noircir ^ imprimer et empreindre^ instrument et outil, sueeèsei rdussite^ imcrip^ iioneiécriteau, pasteur etpAtre^ oblaiion et offrande, eo" lombe et pigeon, porc et cochon, cheval et rotee, nativités naiuance, reliquei et restée, inhumer et enterrer, suspicion et soupçon, indélébile et ineffaçable. On peut voir aussi dans notre traité des synonymes grammaticaux ce que nous disons à la fin du chap. ii, liv.ui, sect. i, sur certains termes deméme radical et terminés, les uns en ment, les autres en ion. Nous y supposons comme ici que de deux mots également latins celui- Jà l'est davantage qui reproduit plus fidèlement la forme dupri* mitif. Le même rapport a lieu entre un mot venantde Tancienne langue latine et un autre qui ne se trouve que dans la basse latinité, entre sacerdoce et prêtrise, par exemple. Que si deux mots synonymes sont, l'un d'origine grecque, l'autre d'origine barbare ou latine, le premier se dira plutôt en matières de spéculation, de littérature ou de science, le second sera plutôt du langage commun et se dira par rapport à la pratique et à la réalité. Nous devons nous borner à citer ici quelques exemples, afin de nous faire comprendre : hypothèse et supposition, hyperbole ei exagération, épithète et adjectif, antithèse et opposition, antidote et contrepoison, antiphrase et eonire^érité, périphrase et circonlocution , problématique et douteux, problème et question, métamorphoser et trans^ former, sympathie et compassion. Ou bien, l'un rappellera une certaine chose chez les Grecs, et l'autre cette même chose chez les Romains , comme Euménides et Furies , hymne et cantique, monologue ou dialogue et soliloque ou colloque. Ces difTérences, à vrai dire, se montrent sous un jour particulier suivant les exemples, et elles ne sont pas les seules possibles ; mais elles sont les plus considérables et les autres s'y ramènent pouria plupart. Nous ne saurions rien ajouter à ce qui vient d'être dit sur ce sujet, à moins d'entrer dans des dé^ tails qui seraient ici déplaces. Nqus avpns du nous en tenir jt

74 ttmkonmonm.

€€fs généralités» ne déftéspéfâtit pas d'éti^ compte^ malgré la conetoién nécessaire dans ane pareille ibéoriôi

yi. UtiiUddé tétiiiè eomparâihe deë motê êynM^imê.

Qtioiquô Boâs ayons commencé par établir la nécessité de ees recherches en indiquant leur ob}et| eUes sont aujeard'hai ai pen estimées ou si peu connues que c'est pour nous un dev^h* d*en établir les avantages particuliers.

Le premier consiste à diminuer le nombre des synonyme» , en augmentant celui des termes spéciaux* Les synonymes abondent dans les langues anciennes : daùs les langues modernes ils deviennent de plus en plus rares* Le domaine des expressi(ms vagues et indéterminées» sur l'emploi desquelles il seibble qu'il ne faille interrogei* que Foreille» se restreint et celui des termes à signification fiie, à caractères tranchés» et qu'il y aurait de la honte à confondre avec d'autres» s'élend à proportion» £n sorte que» sous le rapport synonymique comme BOUS tous les autres» les langues subissent un continuel perféotionnement en Vertu duquel le besoin de l'harûionie et de la variété des formes se trouve sacrifié à celui de la netteté eft de la rigueur. Or» dans ce travail du temps» les âétea^mlnatiens des synonymistes sont d'une incontestable utilité. Si cales ne l'aeeélèrent pas toujours » elles en assurent du moins les résultats en les constataht.

Toutefois» il reste et restera toujours dans chaque langëe quantité de mots synonymes» c'ait-^ à-dire de ces mots à contours indécis que les dictionnaires ne définissent pas ou qu'ils définissent les uns par les autres» parce qu'ils n'ont entre eux que des différences légères et difficiles à apercfevoir^ Ils cotnposent proprement le domaine du synonymiste, et à leur égard ses ouvrages peuvent seuls être consultés avec fruit.

D'abord» en nous apprenant les nuances distinctives de ces mots sans caractères apparents, lesynonymisienous révèle, pour exprimer nos pensées, des moyens dont jusque-là nous ignorions la valeur. Ce sont des biens dont il nous enrichît, puisque» les ayant, nous ne saviônspas enuser, et qu'il nonseiiseigne à en Jouir. If e^s souunes loin de faire de notre langue

tsftÊomomm. n

imi itÊitié nm mui |imiitl6jË6 ei ^ mm dmAom m fMre. Pàmi les mdfe CfM slgalflent ua mèmt eriire d'idées mu» ûièhMpém dtvePSj iiOHS efi eâiployoa» ordiBftiremeni un mM dfeis loul^ te« aeêiskHiSi fions négligeoas de rendit ta Viriélé déi fitiafif3eft ; non» mus rédslsons à me tmatreié to«loâittifë } Bôiiê fiiiiftsdt)» ménie par igttorer hm reèsoaree». Ofi dirait Un ouvrier, qui de plosieurt» tflttromefits propres pmt m eeruiifi gëare de travail preadrait irajoart le méine, et ae se deanerait pas la peiae de cboisir le meilleur et le plas eemâiede daas le» diflërems cas^ revenaat machiaale^ mem àeelai éùu% il a r^abitudeet taissanl se rouiller loos les aairesi Yoyeié le langage du peuple t les mêmes motsi et m sont les plus eomtatias, s*y rèprodilisëat saas cesse: tels ¥mti parmi les verbes ^ fbit^ et dire. Et ee qui^ sous ce rapport) arrive au peuple par Igaorance^ arrive également aat geas iastruits par aégligeace d'abord et ensuite parce ^'ii ea coûterait beaucoup de se soustraire à la routine. De là dans tous les ééMts sur des sujets ordiaaires mi style commua ) uniforme^ plai^ sans oaractàre^ saas précisioa, sans justesse. C'est à peiae si nos écrivains ^ nos orateurs émineats^ au risque de paraître étranges et recho^hés teas leur langage, s'appliquent à remplacer l'expression, générale et courante par l'expressiou spéciale et propre. Qu'il s'agisse, dans le discours, de quelque chose de flbchenx à quoi aous sommes en proie , la plupart se contenteront et tofls aous nous contentons pour l'ordinaire du mot général, malkenr* Mais celui qui tient à bien dire voudra savoir s'il doit préférer ûdf^êfêiié^ infmfumêi misère^ déêrenêt aecid^nt, mlanUt^^ éût&êtrophe$ déêoHre^ teverê, diêgrâee, échêûf $taver$ei méik'Deniîêt») malêneùntte ou déconvenue, Qli'tia homme aime trop l'argent , y tienne trop , nous nous boraoas t<nis et présqiie toujours à le traiter diMatei nous preaoas saas choix l'expression la première venue , c'est-àdire la plus cotaflittae^ etnous n'examinons passi, par rapport à rhomme en question, il ne vaudrait pas mieux aous servir des mots, aimrieieUsùy attaché, iniéteêêé, tenace claire, ^tktifé, e^ûêsêna^ éârdidej ehièhe^ fneë^uiHf taquin. Avons* fioM à désigaei< raetioa d'iad^rê es ^reur^ le verbe êrgmper

9(1 INTaODUCnON.

BOUS suffit, nous desceudoBs rarement jusqu'aux spécialités marquées par o^te^er, décevoir, surprendre, leurrer j duper, aiiraper, enjôler^ craquer, hàbler^ piper ^ embahouiner^ myêtifier^ berner, faire croire , faire accroire, enjaire accroire j en donner à garder, imposer, en imposer ^ blouser, donner le change, eilouir, fasciner. Et pourtant, suivant la remarque judicieuse de Labruyère : a Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre uûe seule de nos pensées il n'y en a qu'une qui soit la bonne $ tout ce qui ne Test point est faible et ne satisfait point un homme d*esprit qui veut se foire entendre.» Gomme il se trouve des hommes qui ne con* naissent et n'acceptent volontiers de monnaies que cell^ de cuivre, de même il en est à qui Tiastruction n'a point appris les acceptions précises des mois qui signifient une même idée chacun avec une nuance distincte : permis à ceux-là de ne faire usage que des expressions communes et courantes. Mais les expressions spéciales, caractéristiques, chargées d'accessoires particuliers, doivent-elles rester renfermées dans les trésors de notre littérature classique comme des ca« pitaux qui n'ont plus cours? £t qui devra savoir nettement les valeurs de ces monnaies d'argent, d'or et de papier, et les remettre en circulation, si ce n'est l'homme instruit qui pense le plus et qui prétend le plus à rendre ses pensées avec une parfaite exactitude?

Celte ignorance volontaire de tout ce que peut notre lanrgue pour satisfaire aux besoins de la pensée produit les extravagances du néologisme. Au lieu de n'accuser que soi de cette pénurie réelle, on s'en prend à la langue elle-même, et au lieu d'y remédier en en supprimant la cause, c'est-à-dire en se mettant à étudier et à recueillir toutes les richesses du vocabulaire, on aime mieux y suppléer par des créations arbitraires ou des emprunts à l'étranger. Assurément, ceux qui se croient obligés, pour rendre leurs idées, d'avoir recours à ce fatal expédient, ne soupçonnent même pas toutes les nuances, toutes les délicaiesses,^ toutes les variétés de significations d'une langue qui ne leur fournit pas des moyens suffisants d'expression uniquement parce qu'ils ne prennent pas la peine 4® l^^ lui demander. Novateurs par défaut de savoir.

i^rRODtîCTioN. ' n

assez semblables à des femmes coquettes qui, possédant nii assortiment d'habîts de tontes formes, pour toutes les saisons et tontes les circonstances, ne laisseraient pas d*en acheter de temps en temps de nouveaux, moins bien faits peutêtre et moins commodes, simplement pour s'éviter la peine de visiter en détail toute leur garderobe et d'en tenir un compte exact. S'ils connaissaient bien la valeur des verbes fonder et protéger o\x garantir, par exemple, songeraient-ils à y substituer des barbarismes tels que ceux de baier et de sauve^ garder? Et que de mots semblables sont chaque jour mis en vogue à la place de mots anciens d'une signification tout-àfâit égale, sàps devoir qu'à leur nouveauté le crédit passager dont ils jouissent ! Avec la cause du mal se trouve indiqué le moyen d'en arrêter le cours. C'est au synonymiste à le faire connaître et valoir. Ses travaux, en effet, tendent à rendre l'innovation désormais inutile, en montrant que la langue, sinon par l'abon* dance de ses termes, au moins par celle des acceptions qui y sont attachées, n'est impuissante à exprimer aucune des con* ceptions de l'esprit, si nombreuses et si fines qu'elles soient.

Ceux qui enseignent à bien dire se bornent ordinairement à donner des règles sur l'ordonnance et la composition du discours, prenant volontiers en pitié les modestes recherches de la philologie. Préoccupation et injustice d'autant plus funestes qu'elles sont générales. Sans la connaissance de l'exacte valeur des mots, on n'est point en état de les approprier aux idées, les paroles manquent nécessairement de netteté et de rigueur. Comment construire un édifice parfait, si on ignore la qualité des matériaux et qu'on n'apporte' aucun soin à les bien choisir? D'autre part, sans cette ménie connaissance on ne pénètre dans la pensée des autres que d'une manière incomplète : on ne parvient à sentir la portée et la force du dis* cours résultant de l'assemblage des termes qu'autant qu'on a commencé par bien sentir celles des termes mêmes. C'est donc ici une condition sans laquelle on ne saurait donner ni avoir l'intelligence des idées de l'esprit, pas plus qu'on ne peut communiquer les mouvements de l'âme ou en ressentir Feffet. D'ailleurs, à quoi bon se le dissimuler? Nous vivons à une époque où le besoin de la justesse dans les œuvres lilté-î

1t lITIlomfCTWN,

roirog A fsii disparaUre, ou peu s'en faut, eelui de r^firmonie* Autant le foud remporte sur la forme, autant rexaotitude de Teipression bous semble*t-eUe l'emporter sur son éclatt Nous avons promplement pris en aversion cette école forma-liste, pompeuse et déclamatoire qui sous l'empire avait u^urp4 la faveur publique, lie posiiif a envahi jusqu'^ notre littéra** turei elle porte comme tout le reste un cachet populaire. Lei esprits, la plupart occupés d'affaires, d'mdustrie, de com*<' meree, d'administration, de poliiique , deviennent peu-à*pett insensibles ^ tout autre genre de beauté qu'à celui qui résultat d'une convenance parfaite eiitre Tidée et son expression, Jouissant plus par l'entendement que par le goftt, ce qui noua platt dans les ouvrages de l'esprit ce n'est point la splendeur des figures, la rondeur et la cadence des périodes, mai^ plufài l'intervention de la raison jusque dans les plqs petites choses, et l'attention à ne s'abandonner jamais à l'aveugle hasard pour ce qui regarde l'emploi des mois. C'est une littérature prati«< que et d'hommes d'affla|res qu'il nous faut, Gens caloulateuri^ et logiciens avant tout, nous mettons au-dessus de tout \^ plaisir de rintelligence, celui qu'elle éprouve ior^u'elle est satisfaite d'avoir trouvé la vérité , l'ordre , la rectitude. 0^ sorte qu'on peut dire en général que pour nous l'art de bie^ parler, de parler comme il faut, se réduit à Vm d9 parler juste.

Mais il n^est pas besoin, pour donner du priii à Touvre de» synonymistes, de se prévaloir du go^t général dea cpQtempa>* rains. On risquerait ainsi de présenter comme avantage te circonstance un avantage essentiel. Tout style, pour étru bon, doit réunir deux qualités principales, la clarté et leiiorpe-« ments. La clarté est la qualité fondamentale, cf Ile dont au-* cun disecMirs ne peut absolument se passer, celle qui ne sau*^ rait être remplacée par aucune autre et sana laquelle toutes le« autres restent sans valeur. Or, les mots ne peuvent être clairs» s'ils ne sont propres et précis , et ils ne seront ni proprea ni précis, si on emploie Inconsidérément et indistinctement çêwi qui semblent synonymes. A moins de connaître leurs diffé^ pences et la signification particulière de chacun, on ne aaun^ point se servir d'expressions qui répondent bien aux pepaéofi,

mvMnveiMV. 7t

<» se 0OBlfl9ilêrft d'images vagues et d^àrpmê^ptéiy on ne diva peiat oe qu'il fiiut, ou on nç le dira pas comme il faut, ou on ne dira pas que ee qu'il faut ; par conséquent on ne sera point dair, on ne donnera do son idée qu'une copie approchante et non pas exacte, on ne la présentera pas fidèlement et coni7% plëtement, ou bien on y ajoutera quelque accessoire ëtrangep qui i*obscttrcira, Nous sommes heureux Ici de pouvoir eonfiFmer las assurances des syncmymistes eux^^mémes par Topiqion du docteur Blair dont le Coun de rhétorique ( $*" part. lect. x) contient sur cette qoatière un long et excellent chapitre : « La plupart des auteurs, y e^t-ii dit, confondent les termes synony* mes et ne sont détenninés dans l'emploi qu'ils en font que par le désir de bien remplir une période ou de donner au langage plus d'harmonie ou de variété, comme si leurs significations étaient absolument les mêmes*, tandis que effectivement elle» diffèrent beaucoup. Un style obscur et l&che est le résultat inévitable d'un tel abus. » Obscur, on a vu pourquoi et comment ; lâche, parce que, faute de connaître les termes propres, on est forcé de recourir à des circonlocutions qui ont au moins l'ineonvénient de flaire traîner et languir le discours.

Les travaux de la philologie concernant les mots réputés qfnonymes ont auprès du public de nos jours un autre titre de recommandation ; c'est qu'ils sont destinés à composer une science tout-à-fait semblable pour la méthode aux sciences aujourd'hui les plus estimées. Les sciences dites reirospec" ihes s'appliquent aux faits passés, comme leur nom l'indiqne, afia d'en tirer des règles de prévoyance et de condulle pour l'avenir, ou bien aux produits instinctifs de la pensée pour en eonnahre les procédés et rendre désormais la pratique de eeux-ci pîus éclairée et plus sûre. Par ces études, si dignes d'être remises en honneur, comme par l'hislolre etla psycholo^ gie, l'humanité, s^élevant à la conscience d^elle-méme et de ses opératloBs, se prépare à faire sciemment et avec pleine con« naissance dé cause ce qu'elle a fait jusque-là sous l'impulsion de la nature et sans direction ralsonnée. Supposé que chacun de nos auteurs classiques ait toujours saisi par lui-même , et dans le temps qu'il s'en doutait le moins, la valeur propre de ehaque terme, de manière à l'employer à propos, il ne

m INTROmJCTION.

s'ensuivrait pas que nous eussions au même degré le seas droit qui leur servait de guide. Déjà M. Viliemain a cru pouvoir dire 9 dans son Cours de Littérature : ce On s'écarte aupurd'iiui du caractère de notre langue par recherche et par ignorance. L'acception primitive des mots, leur sens natif, et partant leur vérité , leur grâce, s'est altérée, s'est effacée. » Mais quand même nous n'aurions point dégénéré sous ce rapport, il ne s'ensuivrait pas que le synonymiste recueillît Vainement les fruits de leur sagacité pour aider les écrivains contemporains et futurs dans la même appréciation. Avant rétablissement de l'usage et pour qu'il s'établit, il a fallu qu'on eût le sentiment spontané et obscur des différences qui existent entre les mots synonymes ; mais ce serait folie de nous en tenir à ce moyen peu sûr de les découvrir, maintenant que l'usage se trouve fondé. C'est de lui qu'il faut emprunter toutes faites des distinctions auxquelles on n'arriverait par soimême- qu'en tàionnaot et à l'aide d'une pénétration de plus en plus rare. Ce qui a été et dû être affaire de sentiment pour nos maîtres dans l'art de la parole doit é(re pour nous affaire de réflexion. Mais ce qu'il n'a été donné qu'à l'élite d'entre eux d'apercevoir d'abord sans règles , sans étude et comme par divination , sera désormais aperçu par les esprits les plus vulgaires avec une clarté et une certitude toute scientifiques, pourvu que les synonymistes ne restent p^s trop au-dessous de leur tâche.

Par ses distinctions, le synonymiste conlribue à diminuer les disputes qui s'opposent aux progrès de nos connaissances et apportent le trouble dans la société. Les mots les plus vagues, les plus susceptibles d'être regardés comme équivalents sont ceux qui représentent des idées abstraites et morales , parce qu'à celles-ci ne correspondent point d'objets dont la seule inspection puisse prévenir ou dissiper l'équivoque; ce sont précisément aussi ceux dont nous nous servons le plus souvent dans nos. discours ordinaires , où ils produisent ou entretiennent des contestations sans fin. Comme ils manquent de précision et de netteté, ils sont pris en sens divers , de sorte que , plus on parle , moins on est d'accord. Parmi les philosophes, Locke est celui qui a le

mieux senti ce vice et s'est le plus'altaché à en combattre la eaase ; c'est le but principal qu'il se propose dans son E$sai sur t entendement htmiain, dont le troisième livre tout entier roule sur les mots. Mais le remède qu'il indique étant présenté dans une théorie toute métaphysique, et mêlé à des considérations générales qui l'enveloppent, n'est pas assez prochain , assez direct pour pouvoir s'appliquer aisément à chaque occasion. Il n'y a que les livres des synonymistes qui déterminent en particulier la valeur propre de tels termes, spécialement employés dans telle science ou dans telle conversation , de manière à la dégager de toute méprise provenant de ce que ces termes y auraient une valeur incertaine ^u mal entendue. Sous ce rapport, ils rendent un grand service, eu égard à la gravité et à la fréquence du mal. Il importe à la vérité comme à la paix du monde, que les hommes^ finissent par s'accorder sur les problèmes qu'ils discutent , ou sur les questions d'intérêt qui les divisent; et ce qui les en empêche pour l'ordinaire, c'est l'ignorance où ils sont de la propriété du langage. La plus grande partie des disputes sont parement verbales et tomberaient d'elles-mêmes si, en ayant soin de définir les termes et de les réduire aux collections déterminées des idées simples qu'ils signifient, on s'accoutumait à en faire toujours un usage juste et convenable.

Comme exercice fntellectuel, ces mêmes études n'ont pas une moindre importance. Outre qu'elles nous rendent attentifs sur le choix des mots et sévères avec nousr-mémes , elles augmentent au plus haut point notre sagacité naturelle. L'esprit, suivant Montesquieu, consiste à connaître la ressem* blance des choses diverses et la différence des choses semblables. Celui-là donc ne peut manquer d'acquérir de l'esprit^ qui a l'habitude de chercher des différences fines et cachées entre les mots les plus semblables, jusqu'à paraître équi- Talents ; il devient de plus en plus habile à pénétrer dans le fond des choses et à les discerner les unes d'avec les autres. Bacon (^Nov. org. i, 55) définit aussi l'esprit philosophique et scientifique, une facilité à apercevoir les ressemblances et les différences des choses; seulement, parmi ceux qui en sont doués, les uns planant et voltigeant au-dessus des ob-

8â INTEODUCTION.

jelfti en remarquent davantage les ressemblances, tundU que les autres, plus opiniâtres et plus fins, plus capabies.de méditation, s arrêtent et s'attachent davantage à en découvrir les différences même les plus subtiles. Il n'importe guère, du reste , à quoi nos facultés se doivent adonner pour acquérir cette aptitude qui , une fols acquise, devient générale et applicable à tout et partout; témoin Fusage où nous sommes encore de développer les dispositions de nos enfants en leur faisant apprendre des langues qui ne se parlent plus, qu ils ne parleront point, et dont ils n-éprouveront peut-être jamais, hors de Técole, le besoin ni Tenvie de revoir les monuments littéraires.

Mais non seulement, par celle occupation plus que par toute autre, l'esprit s'aiguise, se fortifie, gagne en intensité, mais encore il en résulte pour ses connaissances un efietnon moins heureux. Le synonymiste n'est point, comme on se rimaginerait volontiers, un éplucheur de mo(s dont les recherches n'ont aucun rapport à la pensée. Il n'étudie pas le discours, ainsi que le grammairien, quant à sa forme, mais quant à sa matière : c'est plutôt un logicien obligé par le but même qu'il se propose à ne voir les mots que relativement aux idées dont ils sont les types. Il ne dit rien des uns qui soit sans conséquence pour les autres, et il ne saurait donner de la précision aux premières qu'il n'en donne en même temps aux dernières. Loin de rester sans profit pour rentendement^ le travail entrepris pour éclaircir les termes et en marquer ea quelque sorte les contours, y répand nécessairement la clarté, tant le rapport est étroit entre le signe et l'idée signifiée. De là vient que les progrès intellectuels de l'enfant sont généralement en proportion de la connaissance qu'il acquiert de la valeur des mots. Veut-on, par exemple, expliquer précisément la force de signification inhérente à chacun des mots, honnêteté, civilité, politesse, courtoisie ; ou, équité Qi jus^ lice; ou, antipathie, aversion, répugnance, haine, Hnimi^ tié, animosité, on aura moins à déterminer le sens littéral de chacun d'eux qu'à développer les caractères distinctifs de chaque qualité correspondante, d*après la propriété naturelle des termes : d*où Ton voit que le travail du synonymiste sur

INTRODUCTION. Sd

une famille de mots semblables revient, à vrai dire j à un court traité ayant pour objet celui qui est indiqué par Tidée commune, et que.ia théorie contenue dans ce litiilé s'obtient en interrogeant , sur la valeur particulière des mois , Tusage , Tanalyse , Tétymologie , ou quelque autre circonstance purement philologique. C'est pourquoi ces sories d'éludés peuvent prêter un grand secours aux sciences morales et psychologiques particulièrement.

Les mots révèlent à qui sait en pénétrer le sens la philosophie du sens commun. Sous le rapport intellectuel et moral , s'y trouve déposée la sagesse des nations. Les actes et les capacités de Tespriti les passions, les penchants, les qualités du caractère, font le sujet de presque toutes lés pensées depuis querbomme réfléchit, à cause du besoin continuel qu'on a de les connattre pour se bien conduire: aussi sont-ils désignés dans le langage ordinaire par des noms qui en expriment, avec une finesse prodigieuse, tous les degrés et les variétés. De telle . sorte que Texamen attentif de la valeur assignée à. ces noms par Tusage donne précisément la théorie du sens commun sur les faits de la nature et de la moralité humaines dont ils sont les signes , au moins en ce qui concerne le nombre de ces faits, leurs espèces, leurs traits distinctifs et leurs nuances les plus délicates. C'est pour le psychologue un puissant moyen d'investigation ;' s'il le néglige , il s'expose à n'arriver par la voie de la conscience qu'à des résultats incomplets ou systématiques, ce Je suis persuadé, dit Locke à ce sujet, que les langues sont le meilleur miroir d>3 l'esprit humain , et qu'une analyse exacte de la signification des mots ferait mieux connaître que toute autre chose les opérations de l'entende* ment. »

Tels sont les avantages principaux attachés dans chaque langue à la comparaison des mots communément réputés synonymes. A quoi on peut ajouter encore : par rapport aux étrangers , qu'elle leur facilite la connaissance d'une langue qu'ils doivent apprendre par principes ; par rapport à la postérité, qu'elle lui assure l'intelligence, dans les écrivains classiques, d'une foule de beautés, qui sans cela vraisemblablement fussent demeurées inaperçues j et par rapport aux conterapor

rains qui parlent celte langue , qu'elle en éclaire à* leurs yeux tout le système par les observations qu'elle est obligée de faire sur la valeur logique d'un grand nombre de modifications grammaticales, ainsi que sur celle des préfixes et des terminaisons. Mais ces recherches ont pour le français un intérêt particulier. Ce qui le dislingue , c'est sa grande clarté. C'est à celte qualité qu'il doit d'avoir en quelque sorte ravi au latin son universalité dans la plus grande partie de l'Europe ; il y forme généralement le complément d'une éducation soignée; il y est devenu l'organe des sciences et de la philosophie, après avoir été celui de la galanterie et de la conversation ; et, depuis les conférences de Nimègue , il y a été choisi pour être la langue des traités et de la diplomatie. Or, comme l'élude de la synonymie des mots a pour eÉfel de les dépouiller de toute obscurité , de toute équivoque, la langue française ne saurait la négliger, à moins de renoncer à sa glorieuse prérogative. De plus, notre langue se fait remarquer entre toutes par un autre caractère bien spécial , qui la dispose plus que toute aulre en faveur des travaux dont il est ici question. Nulle ne peut se vanter d'être plus constante, plus fixe, plus une. Dans aucune, les diverses parties de la littérature n'ont été de bonne heure assujetties à des règles plus invariables. Depuis le grand siècle, grâce à l'Académie française, grâce à Malherbe, à Vaugelas, à Boileau et à leurs pareils, presque rien n'a été laissé à l'arbitraire de l'écrivain. Qu'on se rappelle la critique du Cid par l'Académie. Aussi, pendant que les Allemands n'entendent plus Kiopstock, ni les Italiens Dante, ni les Anglais Shakspeare qu'au moyen de longs commentaires, tous nos auteurs classiques, même ceux des époques les plus reculées, nous sont d'une intelligence facile. La législation des synonymistes devait naturellement trouver place à côté de celle des grammairiens et des littérateurs. C'est en France qu'on a dû s'*aviser d'abord de séparer, par des bornes inébranlables, les domaines des mois quasi-équivalents. La France a effectivement donné l'exemple, et le traité de Girard, accueilli dès l'abord avec une grande faveur, est devenu le modèle de tous les ouvrages semblables qui ont paru depuis à Fétranger. L'Académie ne fil que confirmer le jugement du public en admettant dans son sein cet

illustre philologue , le premier qui se soit occupé de la synonymie des mots d'une manière spéciale y et dont le livre à obtenu cet éloge de Voltaire : ce II subsistera autant que la langue et servira même à la faire subsister. y> Ces études n*ont rien perdu de leur attrait; elles ne demandent qu'à être ranimées. L'Académie qui, outre Girard, a compté parmi ses membres d'Alembert, Condiliac et M. Guizot, qui a couronné l'ouvrage de l'abbé Roubaud, sans pouvoir, à cause des événements, lui accorder, comme ^ Girard, les honneurs suprêmes de la littérature, ne saurait y rester plus longtemps indifférente. L'esprit philosophique est maintenant trop répandu pour ne pas s'y, appliquer bientôt. Exécutée sur un plan tout autrement vaste, qui permettra d'embrasser et d'utiliser tous les travaux partiels déjà connus, la même entreprise devra changer de point de vue et de méthode. Girard travaillait pour l'avancement .d'une langue imparfaite eu consultant ses propres réflexions. Il s'agit désormais , pour le syuonymiste , de fixer la valeur des mots d'une langue parvenue à son point de maturité, en suivant des principes de distinction non plus instinctifs et partant arbitraires , mais scientifiques et par conséquent légitimes et sûrs , en constatant l'usage des auteurs classiques et en élevant la synonymique à la hauteur d'une science rétrospective. Telle est du moins l'idée que nous nous sommes faite de notre tâche d'après'nos maîtres, Condiliac, Roubaud et M. Guizot, et telle est , pour la remplir, la marche que nous avons suivie et que nous continuerons de suivre.

Que les différences cachées sous l'apparente identité des termes synonymes soient rarement senties , et qu'il importe néanmoins beaucoup et sous divers rapports qu'elles le soient, c'est ce qui résulte de tout ce qui précède. Nous sommes donc dispensé de répondre à l'objection suivante , elle se trouve déjà résolue ; ou ces différences s'aperçoivent d'ellesmêmes, et dans ce cas il n'est pas besoin de livre ni de science qui enseigne expressément à les trouver; ou elles échappent au commun des penseurs, et alors ce sont des subtilités digues tout au plus d'attirer l'attention des grammairiens et fu'on peut négliger impunément.

Maïs il s'élève contre la doctrine des synonymîstes d'autres difflculiés qui demandent un examen à part , parce qu'elles provoquent des restrictions ou des explications qui n'ont pu encore trouver place jusqu'ici.

La première qui se présente nécessairement à lap^sëe^dans un temps comme le nôtre, où les écrivains se glorifient d'avoir secoué toute espèce de joug, c'est que l'esprit, préoccupé du soin de peser les mots, doit perdre dans la recherche scrupuleuse de pareilles minuties une grande partie de sa vigueur, de son feu, et devenir incapable d'efforts , de mouvement et d'élévation. Mais l'étude des synonymes ne nuit réellement au génie, en ralentissant son activité et en arrêtant son essor, que quand elle n'est pas faite à propos. Ce n'est pas pendant, mais bien avant le moment où s'opère le travail de laconception, qu'il convient de s'y livrer. Il faudrait de bonne heure s'être tellement familiarisé avec les distinctions établies entre ces sortes de mots , que les meilleurs et les plus justes vinssent comme d'eux-mêmes s'adapter aux idées, sans qu'on eût plus besoin d'y songer, qu'aux règles de la grammaire, lorsqu'on est à méditer un sujet. Par cette raison comme par plusieurs autres, ces travaux devraient occuper l'enfance en même temps que ceux de la grammaire. Ils obtiendraient une grande place dans un système d'instruction vraiment national et bien entendu. Aussi est-ce aux écoles particulièrement que nous destinons ce livre, espérant que noire Université ne le jugera pas inutile pour le but Qu'elle se propose dès à présent d'atteindre, en admettant pour une plus large part dans les cours du collège la connaissance de notre littérature classique.

Cependant, les j;)rétentions des synonymîstes ne sont-elles point exagérées? Ne couvrent-elles pas, de la part de la logique et des séiences, une tentative d'usurpation sur les lettres ? Exiger du poète et du philosophe, par exemple, la même attention dans le choix des mots sous le rapport de la justesse, û'est-ce pas méconnaître la diversité des buts auxquels ils tendent l'un et l'autre? Et n'y a-t-il pas une foule de cas, dans lesquels il est permis 5 l'écrivain artiste de prendre parmi plusieurs termes synonymes celui-ci ou celui-là , sans égard à la nuance d'idée qui le distingue des autres? Cette ob-

servation est jaste; il s*agit seulement d'en fixer la portée.

Girard convient lui-^méme qu'il y a des occasions où logiquement le choix entre plusieurs synonymes est assez indif- Krent. Il n'est pas toujours nécessaire ni même utile de présenter comme modifiée de telle manière Tidée principale signifiée par tous : c'est alors qu'on peut^ à son gré, employer l'un ou Tautre, et qu'en affectant une grande sévérité on donnerait au style une raideur, mie monotonie et une régularité fastidieuses. Ainsi le pratiquent nos meilleurs écrivains : ils ne sont quelquefois déterminés à préférer telle expression synonyme de telle autre , dont ils viennent de se servir, que par le besoin d'éviter une répétition ; et c'est pourquoi de ce que deux ou plusieurs mots ayant une signification semblable se trouvent dans une même phrase on dans un même passage, il ne faut pas conclure aussitôt que l'auteur ait en Tlntetition de les opposer en attribuant à chacun une nuance partieulière, comme penche naturellement à le croire un sy- Bonymiste désireux de confirmer ses distinctions par des exemples décisifs. Ce qui prouve encore que l'observation des différences spécifiques des synonymes n'est pas toujours obiI« gatoirç , c'est que d'un grand nombre de termes analogues pour le sens deux ou trois seulement se rencontrent quelquefois dans tout un livre, dont l'auteur a eu besoin d'exprimer à chaque instant l'idée qui leur est commune à tous. Dans chaque famille de synonymes, tout écrivain a ses termes de prédilection, et, pour ainsi dire, ses habitués, auxquels 11 ne renonce que pour rendre une nuance d'idée bien spéciale et saillante.

Cette concession faite , Girard ajoute, et nous nous h&tons d'sjouter avec lui, qu'il y a encore plul d'occasions, où les synonymes ne doivent ni ne peuvent figurer Tun pour l'autre. Reste & déterminer dans quels genres de discours ou d'écrits ces occasions sont plus fréquentes ou pIusYares.

Le langage didactique ^ celui qui sert à l'enseignement des sciences et des arts, demande une précision continue. Comme en remployant on se propose uniquement d'instruire, la règle à son égard est inflexible : tout ce qui n'est pas dair lui répugne ; il faut en bannir toute expression louche ou indécise ca-

88 INTlkODUCTION.

pable de jeter dans l*esprit de Tobscurité ou de la confusion ; là point de synonymes, de termes libres, qu*on puisse, suivant son caprice ou des exigences étrangères à l'idée, agréer ou rejeter ; chaque mot doit y avoir uiie valeur propre et distinctive qui seule lui mérite d'être préféré aux autres. Du reste, il n'y a pas ici de difficulté. Il suffirait d'ouvrir des livres de logique, de métaphysique , de mathématiques, de jurisprudence, de théologie, pour juger ,.par le soin que mettent leurs auteurs à déterminer exactement la signification des termes, combien il leur paraît essentiel de s'y conformer en écrivant. Un autre fait non moins significatif, c'est que parmi les synonymistes on compte surtout des philosophes, le sophiste Prodicus , Eberhard, Condillac, Beauzée, et même des mathématiciens, comme Romani et d'Âlembert.

Mais il y aurait en effet de l'injustice à vouloir imposer la même obligation au langage oratoire et poétique. Le but de . celui qui le parle n'étant pas seulement de se faire comprendre, mais aussi et surtont déplaire et de toucher, de quel droit l'empécherait-on d'user des mots en conséquence? Une plus grande latitude lui sera donc laissée : il pourra considérer et traiter comme équivalentes pour le sens des expressions qui différent pourtant aux yeux du philosophe. Encore faut-il s'entendre sur ce privilège. 11 n'emporte pas que l'orateur et le ppète feront des mots un usage tout-à-fait arbitraire; et, par rapport à l'usage qu'il leur sera donné d'en faire, les instructions des synonymistes ne cesseront point de leur être utiles- Toujours ils devront, parmi ces termes égaux pour le sens, savoir distinguer et choisir les plus forts, les plus expressifs et les plus jiobles ; or, ils les trouveront aussi caractérisés sous toutes ces faces dans les dictionnaires des synonymes. Ainsi, qu'un orateur, quand il veut insister pour frapper davantage, accumule les expressions communément tenues pour synonymes , la raison la plus sévère ne saurait le trouver mauvais. Mais de le faire à l'aventure, de manière, par exemple, à placer après un mot un mot synonyme qui ait moins de force ou de clarté, c'est ce qui n'est permis qu'aux impro- . visateurs, comme condition nécessaire au succès de leurs tours de force. Tout genre de littérature sérieux exige que rien n'y

soit donné au hasard de ce qui peut se faire par réflexion et industrie. La seule différence qu'il y ait, sous ce rapport, entre les sciences et les arts oratoire et poétique , c'est que les mots se choisissent dans les unes toujours suivant leur conformité logique avec les idées , et dans les autres suivant aussi leur couformité avec les impressions qu'on a en vue de produire. Et, pour être capable d'apprécier l'une et l'autre conformité, il faut avoir une'connaissanee presque égale des traités des synonymistes; car ils déterminent non seulement les nuances de signification des mots , mais encore leur degré de force, de clarté et de noblesse , aussi bien que les différents styles où il convient de s'en servir.

Le langage commun tient le milieu entre le langage didactique, d'une part, et le langage de l'éloquence et de la poésie, de l'autre. Il demande moins de rigueur que le premier, et souffre moins de liberté que le second. Par langage commun, il faut entendre celui dont il est fait usage dans |es relations politiques, administratives et commerciales, et en même temps celui de l'histoire, des romans, des nouvelles, des mémoires , des lettres et de la conversation. Mais , quoiqu'il n'y ait pas toujours stricte obligation , il y a toujours mérite et avantage à ne s'en servir qu'en tenant compte de l'exacte valeur des termes, ce L'esprit de justesse et de distinction, dit Girard, est le trait qui distingue l'homme délicat de l'homme vulgaire. » Il est si rare, d'ailleurs, qu'on puisse se négliger sous ce rapport, sans nuire à la clarté et à la vérité du discours !

Fin D£ L IlTTRODUCTIOir.

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