CHAPITRE r
•TirOITll» DES SOBSTAHTIFS QUI OIPPiaiNT UNIQUEMENT ^AA LE SOMBRE.
F'meilé, iMvaciiés, Tem/resie^ tendresses» Chagrin, cluigrins. j4îr, atrs. Dé^ UtUf détails, JpprocJie^ approches. L'homme^ les hommes^ Le sage^Us soges/
Le singulier exprime l'unité^ le pluriel la pluralité ou la varlélé. Telle est la règle sous sa forme la plus générale; mais on n'en comprendrait ni le sens ni la portée , si on ne la suivait dans ^^ applications qui l'expliquent et la justifient.
Supposons d'abord qu'il s'agisse de substantifs qui signiflent des MQliments de Tâme^ comme la vivacité^ la tendreue, la bonté, Isibatieête, la charité, la dtmceur, leméprtê, la $oumi*tian, ^fierté, la rigueur, etc. On demande quelle difTérence existe entre ces sentiments exprimés par le singulier , et ces mêmes sentiments exprimés par le pluriel. Dire que le singulier représente cha- CQQ d'eux comme un , et le pluriel comme multiple ou varié , c'est dooner une réponse vraie au fond^ mais obscure. Tâchons donc de l'éclaircir.
Le singulier montre chacun de ces sentiments comme an , c'està-dire comme étant une disposition de l'àme continuera pennar
nente y qu'on éprouve à tel ou tel degré , mais toujours , abstraction faite des mouvements qu'il fait produire à l'extérieur. Le pluriel^ au contraire, les montre comme divers et multiples^ c'est-à-dire, dans letirs effets , dims leurs manifestations , sous leur c6té phénoménal et accidentel. Personne ne confond la vertu théologale appelée charité avec les charités y c'est-à-dire , avec les actes , les pratiques qui en dérivent et en sont les accidents. Il sufGt d'un peu d'attention pour distinguer de même la vivacUé des vivacités , la tendresse des tendresses , la bonté des bontés , la bassesse des bassesses, etc. La vivacité , la tendresse , la bonté , la bassesse sont des af- 4éo4ioR«infcftiBM)îinmABeBtes, inhérentes au caractère dont elles forment les éléments. On ne peut les réprimer sans un grand empire sur soi-même. Les &tVa&t^#, 169 tendresses j les bontés, les bassesses sont les réalisations de ces qualités : les vivacités sont des -m^y^mmlêà» vivacité, des emportements |)assagert$ leslati*dresses des témoignages de tendresse , des manières empressées et caressantes ; les bontés des signes extérieurs et accidentels qui annoncent de la bonté ^ signes qui> comme ceux de la tendresse, peuvent bien ne rien signifler du tout. Aussi, faire aînitié suppose plutôt la réalité du sentiment^ ou tout au moins, se rapporte plus au fond que, faire des amitiés. Les bassesses sont des actes de bas^ sesse. La faiblesse est un dètaut 'j les faiblesses sont des fautes. De sorte que la différence du singulier au pluriel, c'est-à-dire de l'unité à la variété, revient à celle de l'être au phénomène. Elle revient 4inssi k la différence du permanent à l'accidentel. Ainsi, pour le .couver, davanuge encore, Vin fortune, le malheur, ie chagrin sont des états; les infortunes, les malheurs^ les chagrins sont -^s accidents, des maux passagers, des contrariétés plus ou moins Ibrtes. On est plongé dans Vin for tune, dans le malheur, dans le cAajrrt'n/ on est exposé aux infortunes, aux malheurs, aux chagrins. Quelquefois, le singiilier ne se distingue du pluriel, qu'en ce qu'il -désigne les mêmes choses collectivement et d'une manière plus complète. On se donne Vair ou les atr# d'un fat. On se donne Voir d'un .fet, quand on prend l'apparence ou toutes les qualités extérieures de teperôonnage, lesquelles forment un tout indivisible et indéfinissa- W«, quand au premier conp-d'oeil on est aisément reconnu pour tin fàt. Se donner les airs d'un fat, c'est prendre successivement et en particulier ses allures, sa démarche, ses gestes et son langage. Dans cessas la règle de distinction se trouve la même que celle qui con^ cerne les noms collectifs, et la différence du singulier au pluriel, ou «« hinllé ft la variété, devient celle du complet à l'incomplet.
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{^'attires fols, cette même difSérence se ramèae à celle de l'abstrait et de l'idéal au concret et au réel. « La ruine, dit Roubaud* est la destruction de la chose; les ruines sont les débris de la chose détruite. Le détail, ou (comme on aurait dû dire pour lever toute équivoque) le détaillement est l'action de considérer, de prendre, de mettre la chose en petites parties et dans les moindres divisions i les détails sont ces petites parties ou ces petites divisions telles qu'elles sont dans l'olijet même. Vous faites le détail et non les dé^ Iat7# d'une histoire; vous en faites le détail en présentant les dé^ taHs de la chosejusque dans ses plus petites particularités. Yousn'en faites pas les détails, parce qu'ils existent par eux-mêmes dans la ehose, indépendamment de votre récit. Le détail esiioire ouvrage; c'est votre récit détaillé* Les détails sont de la chose, ce sont les petits objets particuliers qu'on peut détailler, ou considérer et employer dans le détail. Détail annonce la manière dont vous représentez les choses \ et les détails, les choses mêmes que Vous représentez. » Un général battu et mis en fuite, s'écrie en mourant : (cà un plus heureux le reste ». U veut dire le resté de l'action o« de la campagne^ S'il disait les restes, il faudrait entendre les soldats qui restent, les débris de Tarmée.
Le mérite signifie, d'une manière abstraite et collective, toutes sortes de perfections, ce que vaut en général une personne ou une chose i Ui mérites- expriment, d'une manière concrète et détaillée, telles et telles qualités particulières. De même, par la richesse d'une langue on entend l'abondance des expressions distinctes et des belles locutions qu'elle possède, sans avoir en vue celles-ci où celles-là ; mais quand on parle des richesses d'une langue, la pensée se porte effectivement et spécialement sur ces expressions et ces locutions prises une à une. On dit également, Vapproche et les approches d'une chose, de la mort, par exemple. Mais Vapproche signifie le fait abstrait d'approcher, et les ^proches dépeignent avec toutes ses circonstances l'action réelle d'approcher. Montaigne a bien rendu cette opposition dans les passages suivants* « La vieillesse est un signe indubitable de Vapproche de la mort. » a Ce n'est pas Tinstant et le point du passage, ce sont les approches de la mort que nous avons à craindre. » J.*J. Rousseau n'a pas été moins précis. « Un ûùffa, dit-il, bon et fidèle gardien, n'aboie qu'à Vapproche des voleurs. » a Pourquoi la populace se repait^^elle avec tant d'avidité du li^ectacle d'un malheureux expirant sur la roue? C'est que chacua a une curiosité secrète d'étudier les mouvements de la natui^aux ap^ t^roifhH de oe mmmX redovtabie que m\ ne peut éviter. i)
Enfin, toutes les fois qu'il s'agit de noms génériques, le singulier leur imprime un caractère d'absolu et de nécessité, et, au contraire, le pluriel un caractère, de relation et de contingence. Le gage est un personnage idéal absolument parfait, le type de la sagesse; les sages sont des personnages réels, plus ou moins parfaits, à qui il arrive d'approcher plus ou moins du type de la sagesse. Parmi les noms génériques quelques-uns ne se prennent jamais qu'au singulier. Or, ce sont précisément ceux qui signifient l'idéal et l'absolu, c'est-à-dire quelque chose de un, d'immuable et qui persévère toujours le même, comme le beau, le vraiy le bieriy Vh&nnête. Quand nous disons, Vhomme, nous désignons le genre en citant un seul des individus que nous érigeons en type, de manière à nous former du genre une idée simple, pure, indépendante de toute particularité, quinecomporte ni division ni exception. Quand nous disons, les ^077tm^^> nous désignons le genre en citant tous les individus, ou plutôt nous n'avons pas l'idée d'un genre, mais l'idée d'une collection d'individus que nous ne concevons pas comme um.
Beauzée a parfaitement établi cette distinction, concernant l'emploi du singulier et du pluriel, du moins par rapport aux propositions universelles, c'est-à-dire à celles où l'on se sert de noms génériques. « Il est constant, dit-il, qu'un écrivain attentif ne dira pas indifféremment : Vhomme est raisonnable, ou, les hommes sont raisonnables. Quand il s'agit de l'universalité des individus, je crois que le singulier de l'article est plus propre à en marquer la totalité physique sans exception, parce qu'il en fait naturellement naître I idée par celle de l'unité. Le pluriel, au contraire, est plus propre à désigner l'universalité morale , parce que ce nombre avertit naturellement du détail en montrant la pluralité; et que le détail n'étant nécessaire que quand l'uniformité manque, le pluriel indique, par une conséquence assez analogue, que l'universalité n'est pas si entière qu'il ne puisse y avoir des exceptions. Ainsi, il faut dire, Vhomme est raisonnable, pour faire entendre que la faculté de raisonner, qui est en effet de l'ordre des cliosesnécessaires, appartient à toute l'espèce humaine et en est un attribut essentiel. C'est comme si l'on disait : l'animal homme est un animal raisonnable, exclusivement à toute autre espèce du même genre. Mais on doit dire, les hommes sont raisonnables, si l'on veut parler d'un bon usage de la raison, parce que cet attribut est en matière contingente, et que, dans le détail des individus, plusieurs se trouveraient exceptés de l'universalité. Par la même raison, il y a de la différence entre ces deux phrases : Vhomme est mortel, les hommes sont mortels. La pre-
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mière annonce la certitude infaillible de la mort; et c'est une vérité que l'on peut prendre comme principe dans un sermon ou dans un traité de morale. La seconde annonce l'incertitude du moment et de la manière de la mort; les uns mourant plus tôt, les autres plus tard; ceui-ci subitement, ceux-là par une maladie longue : c'est une vérité d'où l'on peut partir dans les traités, pour s'autorisera prendre dans le moment même les précautions convenables. » *
Ainsi, en résumé, de deux substantifs synonymes qui ne diffèrent que par le nombre, celui qui est au singulier marquera l'unité, l'être, le permanent, le complet, l'idéal, l'abstrait, Tabsolu, le nécessaire; tandis que celui qui est au pluriel exprimera la variété, le phénoménal, l'accidentel, l'incomplet, le réel, le concret, le relatif et le contingent.