‹ Synonymes françaisChapitre 215 sur 218 · MEUT · texte numérisé non relu

MEUT

Les adverbes français se forment des adjectifs par l'a^dHion d# la terminaison ment. C'est ainsi qi|^ mgemenl , s^t^f^enf , cQUfdgemement , pnt ,été faits de sqg^ , ^enêé^ cçi^ragm^» ïl y a toutefois des exceptions. Plusieurs de nos adverbes reproduisent éxacteinenl; l'adjectif qu^gl; à sa forme, et n'y ajoutent rien. Tels ^ont efievy fermai fPVU J^f^> haut ^ franc, net, vite, droit, ^ans les expressions : ven4re cher, tenir ferme , frapper fort , venir /w*/^ à l'heure^ parler hauf, frar^c, net, aller ^efe on droit. Or , il arrive pàrfpjis qn'à un paéipe adjectif correspondent deux adverbes, l'un n'ayant d'autre fnrjW? quenelle de J'^dj/eiçtif, et rentre ppurvu de )a terminaispn adverbiale commune , ment. De là une source particulière de synonymes ^ car ces 94ver))çs d^ même origine et die mé^e radical ont d'prdinaire la pljjs jg;rande analogie pour le sens. l\ p'est pjas facile, par jB^^e^pliç, d'apercevoir ^n quoi diffèrent cher et chèremmti dan^, vendre ou p^y/er ejier OU chèrement,' ju§fe et justement ^ dans, yçAl^jy^te ou juHemmt ce qu'il faut} franc et franchement ^ dans , parler frqn^ pu fr^nchenient f droit et direjotem^t, dans, aller dfQ]^Q\i directement au ^ut. Et ainsj de )>eauçoup d'autres,

Entre les synonymes de cette espèce, toute différence d^f 4é{^T dre de la valeur inhérei^}^ à \^ p^tieule m^^) fi^^ ^^ ^P^^l^ ^es depic adverbes d'équivaloir tout-àfait pf^ur la foj'i^e.

Or, qn'elle soit adver^ia^le ù^ çnbstantive^ ^ttfs désine^^ eui- ^rali^ pour Je radical , ^pqpl elle s^ joinf; , la méip^ modificj||i/Q9i de sens. Elle lui donne avec le verbe un rapport particulier ; elle lui imprime un certain caractère de £oatip£psiifi« a A» «u^ectlvjté,

bUé TRAITÉ

Sans cette terminaison, l'adverbe n'a de rapport qu^avec Fadjeotif ; il en partage l'objectivité : avec cette terminaison, il devient verbal, pour ainsi dire, ou temporel, phénoménal, relatif à une action et au sujet qui la fait. Si bien que nous retrouvons entre les synonymes dont il s'agit ici l'opposition reconnue par Platon et Aristote (1) entre le substantif et le verbe , savoir , celle de la permanence et de la contingence , de l'être et du phénomène, de la substance et de l'accident, de l'idée et du fait. Pour être extrêmement abstraite et générale , cette disfmction n'en est i^as moins applicable et. féconde.

1 . Cher, chèrement. A haut prix. On dit presque indifféremment, vendre, acheter, payer cher ou chèrement une marchandise, et au figuré, un avantage quelconque, une victoire, par exemple. Mais cher indique une estimation de la chose en soi, eu égard seulement à sa nature, à sa valeur réelle, et indépendammentde tout événement, de toute action. A ce qui se \end chèrement il arrive de se vendre cher; Tadverbe chèrement exprime un fait, et de là vient qu'on ne dit pas qu'une chose coûte chèrement, comme on dit qu'elle coûte cher» Ce qu'on achète ou paie cher ne vaut pas ce qu'on en donne : c'est là une qualification essentielle et objective qui caractérise. Ce qu'on achète ou paie chèremetU, on fait Paction de l'acheter ou de le payer cher; on a le tort de le faire, on peut se le reprocher, on y est poussé par tels ou tels motifs, on n'en est pas empêché par tels autres. On dira en général, sans égard aux temps ni 9nx lieux, et comme à priori, qu'un soldat doit chercher à vendre cher sa vie : « Les chrétiens auraient pu montrer qu'ils savaient vendre cA^r leur vie. » Boss. Mais un historien rapportera que, dans telles circonstances, tels soldats vendirent chèrement leur vie.

2. Juste, justement. Exactement, précisément. Juste est objectif et n'a rapport qu'à la proportion, considérée en soi et quant à Vidée : cette chaussure y a juste à mon pied. Justement est contingent etBubr jectif : il exprime le même rapport, non comme étant, mais comme se faisant, comme phénoménal : a Je vais trouver Agathe ; la voici justement, » Regn. Il est armé juste à l'heure du dîner, se dira quand on n'aura égard qu'à la coïncidence de l'arrivée et de l'heure du dîner. Vous arrivez justement à l'heure qu'il faut, fait penser aussi au fait d'arriver, aux dispositions, à la conduite, au mérite ou au tort de celui qui arrive. Deux passages de Molière suffiront pour expliquer et confirmer cette distinction. « Voici tout jtisfe un lien

, (l) FOJ, IWTRODUCTIOir, p. 28,

propre à servir de scène^ et voici des flambeaux pour éclairer la comédie. «Tout jW/^, et nonjuHemeni, car un lieu n'est pas une chose qui se fassC;^ qui se passe^ qui arrive. Mais, parla raison contraire^ on diraavecleméme auteur : nYoïciJiisiement un fâcheux ! Il ne nous fallait plus que cela ! » Si on dit parier et répondre jW/^^ plutôt que justement^ c'est qu'on songe à la nature des paroles et des réponseS; et non pas au fait de les exprimer.

3. Ferme, fermement. D'une manière ferme^ solide, avec force. Ferws n'est relatif qu'à l'effet; il ne donne l'idée ni d'un agent ni de son action : une chose tient ferme dans la muraille; et ^ à la place de ferme, fermement serait ici tout-à-fait impropre. Mais on dira bien : attachez cette chose fermement, c'est-à-dire ^ faites l'action de l'attacher^ avec l'intention et la force nécessaires pour qu'elle tienne solidement. Ferme ne se trouve guère avec Un verbe actif, si ce n'est avec tenir, tenir ferme , parce qu'en tenant ferme, on ne produit pas de grande action apparente, et celte locution d'ailleurs ne fait penser qu'à l'effet, à la solidité , à la fixité, à la résistance. « Les nations repoussées dans le nord y tiendraient ferme, » Mowtesq. On disait autrefois faire ferme, au lieu de tenir ferme : <« M. de Beaufort ayant fait ferme avec les gardes de Monsieur, repoussa Bourdet. » Le cardinal de Betz. Celait

^ une manière vicieuse de parler.

4. Fort y fortement» D'une manière forte et vigoureuse. L'un est pour l'idée et caractérise ; l'autre est pour le fait et dépeint. Il faut frapper fort à la porte d'un sourd, ce Si la sensation , dit Mallebranche , touche Tàme assez fort, l'âme la juge dans son propre corps. » Et ailleurs, il dit : « Nos passions agissent irès fortement sur nous. » Un discours agit fortement sur quelqu'un , mais pas assez /or/ pour le faire changer de. conduite. Dans /or/, la. force est considérée en soi , quant à son degré intrinsèquement trop bas ou trop élevé, et quant à l'effet qui s'ensuit; dans fortement, elle est considérée par rapport à sa manifestation et à son impression sensible et présente.

6. Haut, franc, net/ hautement, franchement, nettement. On parle haut, franc, net, comme on parle hautement, franchement, nettement , c'est-à-dire , sans crainte , sans déguisement, d'une manière ouverte et résolue. Mais les qualités, exprimées par les adverbes à forme adjeclive , sont moins particulières au sujet qui parle que quand elles sont exprimées par les adverbes terminés en mf72/. Parler ^aw/, ^rawc, /i^/, c'est parler un laur gage haut, franc, net; mais c'est là 4ine qualification extérieure

qui ne S'étend guère àU-delà des paroles , de l'air et dti ton. Au totitraire , hdUtemefit, ftàncheHiefti et nettémefït s'emploient pour eJLpriiâer M tiiâdiféstâiion de seAlDnenté propres â celdi qtti parle* C'est pôiirqitoi, là fietteté constituant une (lualité extrinsèque, cotiitiidne, et la f^ânthise tme qualité intérieure et patticutièfe, on dit plutôt t)arler net qile parler nettement, et parler franchement plutôt que parler franc. Franc, à la place de fténéfiêmefity dans la phrase suirànte de Moliére/par exemple, lié contiendrait eh adcune sorte .' « Rien ti'est plus condàtniiablë qu'un âM qui né tous JJarlé point franchement, w

ë. Vtte, ifitèmefit. Aller, courir, Htè dti ^îtèmetii, c*ést-à-dire en toute hàte> avec céléi'ité et proniptitddë. titë signifie, d'une façOti tonte générale et abstraite, Une certaine idàtiièré d^aller. tit&ment dépeint l'empressemeiit et Ja prédipltàtioli dâiiS les cas particnliers. L'titt est caractéristique t Fhoriage li trop 'êite^ l^autre est descriptif et repréèèntâtif : ^( Ordonnée qu'on apporté un fouteuil ^itë-^ ment. * tlEGifr.

i. Soudain, sôudaînemenî. SoUdaih est Ulie feorté dé formule abstraite qui désigné uUe manière d'arriver générale, comtnnne; habituelle. S&iidaînèfnent décrit Une manière d'arriver tdUte spéciale, frappante^ inatténdhe. Le premier convient lorsqu^on veut caractériser les choses ou les personnes, et le ëecdnd lorsqo^on fâtUnte des fkîtSi « Quand oh lui parlé blané, èouduin il fépOnd noii^. yi RëgN. <t Je nV suik pas plus tôt (à là éour}, Èimdain je perds haleine. » !lï. « C'est le'dèstin des héros de se ruirtéi* à Conquérir déS pâyi qu'ils pérdeiit soudairi. h Montesq. « Quelque Irtconvétiiéfit Se teiit-il séhtir dans ud éiat, uh gouvernement violent veut gûUddin le corriger, a In. Mais dans les exemples qUi suivent êoû^ dfêt/n0^(?^r exprime tih phénomène, un tait pàrtteulier,qt]i arrive à limprôVisté et surprend, ec Cupidon banda Son af c et allait me percer, quâiïd MlUérve se diUfitfa soudainement potir mé coutrir de séh égide. » Fêit. tiné JàldUSé humeur saisit êoudainèmëht ncfirb époux. » Laf.

§. Èxptèê, eàèprèÈÉM,\Bnt. Ë£ptèê signifie 9 dessein * et expi^ièémènt, avec uil dessein fcfmèl, tôUt parlièulicr, avec tnSisfâùcc. C^est la différence qu'il feut mettre entre ces dedi termes dâilS le pàSsagë suivant de Boséuét : « SdUvent noUS iions appliquons lèùepteêèément â imaginer qUélqUé Chose, et souvent aUssi il ndUs amté d'exciter eùfprès et de fortifier qUelqUe passion en nonsmémés. *

«. Clait , àtairemml. On toit clûir dans une affaire, et on toit

DES aXNONtMBS 611AMMATIGAUX. 0t9

claiteméfH \é% iiitêiitiofts de quelqu'un. La première de tes expressions représente la clarté objectivement , dans les choses toes ; la seconde la représente subjectivement , dans la personne qui vdtr II n'y fl plus d'obscurité dans nne chose où l'on voit elairf oit ne voit rien clairement qu'à force de clairvoyance.

10. Droit, directement . £n ligne droite^ par le pluéeotirt chemin^ sans s'écarter. Le premier de ces adverbes est objectif et qualifie extérietirement, indépendamment de l'action et de l'intention du sujet ; le second est subjectif et signifie une manière volontaire d'aller «^o^l» dont on peut demander compte à l'agent. Celui qui ne va pas droU au but ^ a besoin d'être remis dans la voie ; «èlni qui ne pas dirêc* tëment an but , s'amuse y biaise , prend des détours. Là ^ vous n'a** vez égard qu'à la manière d'aller^ cnloi, absolument ; ici, vous considérer le foit d'aller ainsi et le sujet qui va ainsi.

Remarque, La même règle de distinction convient à plusieurs an^tfes adverbes synonymes^ tels que certes et certainement, comme et comment. Quoique certes et comme ne soient pas des adjectifs, ils peuvent néanmoins passer pour des radicaux simples^ dont sont composés certainement et comment parla simple addition de la terminaison ment , dans laquelle seule encore réside tout élément de différence.

1. Certes, certainement, Enyéntè, sans mentir , assurément. Certes est une sorte de formule affirmative générale dont on se sert pour donner à ses paroles une force objective absolue , et qui équivaut presque à un jurement. Mais il n'exprime pas, comme certai-- /i^m^^^, une conviction personnelle au sujet; une assertion qu'il soit prêt à soutenir , dont il accepte la responsabilité. En employant l'adverbe certes, on prétend énoncer une vérité qui n'a pas besoin de garantie , qui ne souffre pas de contradiction ; c'est pourquoi on l'emploie à tout propos et sans conséquence , et c'est pourquoi il a toujours quelque chose de doctoral et d'un peu pédantesque. Déjà Labruyère le trouve vieux , mais il lui reconnaît de la force sur son déclin. Dans les passages suivants , où il s'agit d'assertions particulières sur des faits particuliers, certes,[h la place de certainement, serait impropre. «La prétendue*^ lettre du roi de Prusse est certainement de d'Alembert. » J.-J. a Certainement la cause de ces changements ne vint pas de moi. » Jn, a ranr aï certainement grande joie à le voir. » Mol. « Ai-je , dit le malade , toute la force nécessaire pour me servir de mes jambes ? Non certainement, dit le médecin. » Paso. Dans toutes ces phrases , certainement revient à , je vous le certifie, au lieu que certes signifie proprement , cela est

aaa traité des synonymes grammaticaux.

certain otjeeUvement , eo soi , absolument , indépendamment de l'assertion de tels on tels.

2. (kmme, comment. De quelle façon ou de quelle manière. L*im'est objectif ou relatif à l'effet ; l'autre est subjectif ou relatif à l'action. En conséquence on dira, voyez cemme cette chose est fait^y et comment elle se fait ou s'est faite; voyez comme il travaille, c'est-à-^dire examinez son travail on son ouvrage, et voyez comment il travaille^ c'est-à-dire regardez-le travaillant ou à l'ceuvre. En deux mots, comme signifie à la rigueur, de quelle façon, et commeîU de quelle manière; celui-là qualifie ce qui est, et celui-ci ce qui se fait. Vous voyez comme il est beau, comme il est fait; savez-vous comment il va, comment il se porte> comment il est mort? Là, vous parlez d'états on de qualités; ici, d'actions ou d'événements Dans les Provinciales, Pascal ayant rapporté en propres termes certaines opinions, de Jansénius, ajoute : « Voilà comme il parle sur tous ces chefs. » C'est-à-dire, voilà de quelle sorte sont ses paroles on ses discours. Et, quelques lignes plus loin> il écrit : « Voilà comment agissent ceux qui n'en veulent qu'aux erreurs. » Comment, et non pas comme, parce qu'il s'agit ici d'un fait, et non d'une chose.

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