‹ Synonymes françaisChapitre 47 sur 218 · CHAPITRE VIIL MÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL MÉ

Cette préfixe né tire point son origine du latin, conune les précédentes, niais bien de l'ancien germanique ou du celtique. Ce qui le proHve> c'est que le petit nombi^ de mots français où elle se trouve^ sans correspondunts dans les langues de l'antiquité savante, se tra*^ duisent presque tous en allemand par des termes analogues qui ont pour syllabe initiale la particule miss^ visiblement équivalente à m€: tels sont méprisé et Miss^riffy méfiance et Miutrauen, mésuser et missbraucàen, méconnaître et misskenntn, nié^ contentement et Missvergniigen, mésalliance el Missheirath, mésintelligence et Missverstàndniss, mésaventure et Missgeschick. Il y a pour rapporter son origine à Tancienne langue vulgaire nne autre raison : plusieurs mots en m^'sont tombés ou tombent chaque jour en désuétude, comme mécroire, méfaire, mésoffrir, mévendre, mésaise, niéchef. Du reste, il importe assez peu de savoir à quel primitif l'étymologie peut en définitive faire remonter la prépositive miss, mes ou mé] l'essentiel est d'en connaître la signi-

ficatioD; et pour cela, il suffît de comparer ayec leurs simples les mots composés français ou allemands qui commencent par elle. Or, dans tous elle représente à-peu-près l'idée du latin maley mal. C'est ce qu'on pourrait conclure, à défaut d'autre preuve, de ce que plusieurs se trouvent avoir des synonymes de même radical, dont la syllabe initiale est mal, au lieu d'être mé: mécontent, maleofitent; messéantj malséant; et, en allemand de même, mùsbrauchen, ûbelbrauchen; mUsdeuten, ûbeldeuten. En s'ajoutant aux mots simples, mé leur fait signifier des choses^ des actions mauvaises, ou prises en mauvaise gart, en sens contraire , ou tout autres qu'elles ne seraient, exprimées par le radical pur ; elle est péjorative, perversive, vitupérative. Tel est son caractère général. On ne saurait le présenter sous une forme plus précise^ sans lui faire perdre de sa justesse, on sans anticiper sur les détails.

MJÉ, Di.

Mépriser, dépriser. N'avoir pas d'estime, regarder ou traiter comme ayant peu de mérite. Le radical 2>rif^ vient de jwWj/ir^- /mm, et signifie mettre un prix, assigner la valeur. Celui qui méprise attribue une valeur mauvaise; celui qui déprise retranche ou rabat de la valeur. Dans le premier verbe se trouve l'expression d'un sentiment affirmatif, positif, qui fait considérer en mal et détester comme mauvais^ comme vicieux, pernicieux ou funeste ce qui en est l'objet. Mais dépriser est simplement restrictif, atténuatif^ son action ne va qu'àmettre là chose ou la personne au-dessous de sa valeur,à lui Mer plus ou moins de son prix réel ou d'opinion : portée au plus haut point, elle n'est toujours que négative. On se mécompte en faisant un calcul faux, erroné { idée, positive, quoiqu'en mauvaise part : on décompte, c'est-à-dire qu'on retranche d'un compte; idée restric* tive ou partiellement négative. Il en est de même (Le médire à l'égard de dédire (se) (l). Ainsi, mépriser dit beaucoup plus que dé-^ pi-iser : mépriser, c'est non seulement ne faire point d'estime, ne pas se soucier, mais c'est estimer mauvais, et par suite avoir en aversion ;

(i) Koubaud essaya, mais en vain, de donner cours au mot désalUer dans le sens affaibli de mésallier, DésalUer ferait équivoque, parce que dée&i privatif : ou pourrait croire qu'il signifie défaire l'alliance , désunir, délacher, faire tomber le lien qui enchaîne les époux Tun à Tautre. Mais on disait autrefois, et on devrait continuer à dii'e, désestimer dans le sens de mésestimer un peu. •> Yalerius dit que, sur sa vieiUesse, il commença à désestimer les lettres. » MoKTAiG. « Un galant homme en est plaint (d'être tralù par sa femme), non pas désestimé, » In,

déprUer, ce n'est pas même né point estimer du tout^ mais seulement estimer peu^ faire peu de cas^ mettre une chose au-dessous de ce qu'elle vaut. On déprise souvent les choses les plus estimables; on ne saurait \t& mépriser. Le mépris est un sentiment réel^ positif^ qui a des degrés dans Tâme, et qui se témoigne par la conduite comme par les paroles : à l'action de dépriser ne correspond pas ainsi une disposition subjective ; ce verbe marque un fait extérieur^ libre, et quelquefois en contradiction avec ce qu'on éprouve ou ce qu'on pense. L'homme d'honneur méprise tout ce qui sent la bassesse ou la lâcheté; l'envie s'efforce de dépriser les belles actions, ce qui ne prouve pas qu'elle les méprise. On s'attache d'ordinaire à dépriser les personnes pour faire accroire qu'on les méprise.

Méfiance, défiance. Disposition contraire à la confiance et en vertu de laquelle on craint d'être trompé et on se tient sur ses gardes. Le premier ^e ces mots désigne une idée positivement mauvaise, et le second une idée négative ; l'un, une fiance mauvaise, défavorable, qui fait considérer sous un mauvais jour , comme capable de mal, et l'autre, un manque de fiance. On croit en mauvaise part à la personne ou à la chose pour qui on éprouve de la m&fiance, on en a une mauvaise idée; on ne croit que peu ou point à celle dont on se défie. Se méfier exprime une affection positive, mais désavantageuse, défavorable; se défier contient une simple négation. La méfiance est essentiellement soupçonneuse et inquiète ; elle fait tout prendre en mauvaise part. Un contemporain de J.-J. Rousseau lui reproche d'être inquiet et méfiant comme un lâche criminel. La défiance n'est que réservée ; elle fait qu'on se tient sur ses gardes, L'une touche à la misanthropie ; l'autre caractérise la prudence. « On doute par emportement et par brutalité, par aveuglement et par malice, par fantaisie ; mais on doute aussi par prudence et par défiance , par sagesse et par pénétration d'esprit. >i Mai.l. On se méfie quand on supçonne et qu'on craint quelque chose de mauvais; la défiance ne fait souvent qu'inspirer des doutes sur la suffisance, la capacité, la convenance des choses ou des personnes relativement à ce qu'on se propose. Comme le mépris^ la méfiance exclut l'eslime, elle est absolument improbative ; au contraire, on peut encore faire cas de ce dont on se défie, comme de ce qu'on déprisé y seulement on ne fait sur lui aucun fond. On se méfie plutôt du caractère et de la probité , et la défiance tombe d'ordinaire sur toute autre qualité, l'esprit, les talents, ou même sur les choses. Comme le m^ pris, la méfiance est un sentiment positif qui fait prendre en aversion et fuir l'objet; mais quand on se défie ou qu'on déprise ^i^n

33S THÂITÉ

n'en yent pas^ on ne hait pas pour cela^ et la preuve en est cju'pn ^ défie de soi-même. Se méfier de soi-même formerait un contyçsens, ce Dans vos distractions; défiez-yons de vous n n'allez pa$^ ppr méprise, en conter à quelqu'autre. » Regn. En un mot, la méfiance dit plus que la i^^ySance ; c'est un sentiment positif qui fait envisager Tobjet sous de sombres couleurs ;'elle est subjeclive; elle tient au cœur^ elle donne l'idée d'un retour sur soi-même^ d'qn éloiguo-? ment. Le mot défiance est moins l'expression d'un sentiment qu9 d'unfait^etil se rapporte davantage aux précautions qu'on prends Ensuite ; la méfiance est moins déterminée que la dé fiance, e\ quant à sa cause et quant à son objet. L'une est dans le carac^érÇi c'est un instinct comme l^antip^thie i l'autre vient de la réQexion «| de l'expérience cpmme l'aversion. On naît m^fiant^* pour étire défiant, il suffit de penser, d'observer, et d'avoir vécu, (t On entre ou OQ prend en défiance. » (Pasc); m?iis non ej^ méfiance. On dit hie^ une sage défiance: m i*siy^\s une juste défiance de ipoi-wéaje. n (Lab&o> wis non une sage méfiance j, celle-ci n'étant jamais raiir sonnée et ne s'appuyant que sur de vaguer présoipptions. On se méfie d'pne personne sous tous les rapports^ et quand on craint dç sa part quelque chose de mauvais, sans savoir précisément ni qpoi b| pour quoi j on se défie de celle dont Texpérience a appris d'unf manière plus ou moins directe qu'elle peut tromper ou manquer r^ lativement à un but particulier.

MlÉy AB.

Mém^er, abmer^ Mal user. Mémser^ user en mauvaise paft^ dHine manière mauvaise, faire un mauvais usai;e \ abmer, user dç Vianiére à s'éloigner brusquement, violemment, du bon usage (>^ des régies. Cn mémaani, on pèche contre la raison, contre la ss^gesse; on agit sans rime ni raison, à tort et à travers. En o^ltu^cmL on s'écarte de ce qui est établi^ on sort des bornes ; on est excessif^ déréglé; on viole des droits; on pèche contre la Justice, contre I4 probité, contre la politesse ou les bienséances. Mesmer arrête Te^** prit sur (e sujet seul j abuser fait songer en même temps aux désordres qu'il commet, aux lois dont il s'écarte. <c On mésuse de l^ chose qu'on emploie mal; on abuse de la chose qu'on emploie à faire du mal. » RouB. On est blâmable dans le premier cas , et punissable dans le second. Sans le pouvoir de mesurer et ^'abuser, corrélatif ài celui d'user, on ne concevrait ni \% liberté morale, ni la liberté civile, a Un ami indiscret mésus^ra du seci*e( que vous lui confiez ; un ami perfide en (êbunfr^ cimtre V4^*m^m«, A propr^Hlf Qt p^r^s

DES SYNONyM^S GI\AMMATICAI]X. 33V

1er, on ne mésme pa$ ^e l'autorité^ on en abuse; car tout acte d'autorité^ s'il n'est tutélaire et jusie^ est injuste et oppressif.?) RouBAUD. Au eontraire^ on piemse plutôt qu'on n^abuse de ses richesses. Tartufe prétend accepter les bien^ d'Orgon^ uniquement afin qu'ils ne tombent pa$ en de méchantes mains qui pourraient bien en faire nn criminel usage. Cléante lui répond : « Mais sonf e; qu'il vaut encore mieux qu'il (le légitime héritier) en mesure , qu^ si fle l'çn frMslJrer il faut qu'on vous accuse. »

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