CHAPITRE XI. EN
Il y a identité entre cette prépositive et la précédente. Seulement^i elle ne se prend jamais, comme m, dans le sens négatif, elle est française au lieu d'être latine, et les mots qu'elle commence sont à radical français ou francisé. Lorsque ceux-ci se trouvent unis à leu^ radical même par une synonymie plus ou moins étroite, il faut, pour les en distinguer, avoir égard non-seulement à la valeur propre de leur syllabe initiale, mais et plus encore à la modification de sens éprouvée par tout mot qui de simple devient composé, ou, ce qui est la même chose, à la différence qui existe toi^ours entre deux mots dont l'un est et par cela seul qu'il est simple, l'autre étant composa. Cette différence ayant été établie ailleurs avec détail n'a pas besoin d'être exposée de nouveau sous une forme générale ; il suffira de l'avoir rappelée avant d'en montrer tout à-la-fois l'application et la vérification dans les exemples qui vont suivre,
Durcir^ endUiVcir. Rendre dur. Durcir est le terme simple^ ordinaire, rigoureux, et à cause de sa rigueur même il ne se di( qu'au propre./ Undurcir annonce quelque chose de remarquable qui détermine à ne pas se contenter de l'expression commune. \jS^ grande chaleur durcit la terre, ou le solçil la boue; phénomène très simple et de tous les jours. Mais le grand air endurcit certaines pierres et on endurcit le fer par la trempe. D'autre part, le simple énonce le genre d'effet produit sans l'exprimer, sans le décrire, sans en marquer les progrès et les phases, ainsi que le fait le composé, a Durcir signifie proprement rendre dur, et endurcir faire devenir dur j car celui-ci marque plus pariicuUèremcut le passage à OA étut du pureté, Coipme il est ordinairement difficile de remor-
quer le passage dans les choses physiques, il faut d'ordinaire se servir de durcir dans le sens propre : durcir le fer, le bois, etc. Ce n'est que dans le cas où ce passage peut s'observer que endurcir est préférable : la plante des pieds s^endurcit à force de marcher. Au figuré, s'endurcir le cœur, c'esl devenir peU'-à-peu dur, insensible. » Coud.
Brauiller,enUfroutlier. Mettre péle-méle. Brouiller est seul d'usage au propre, il exprime l'idée commune d'une manière toute générale, et sans indiquer si le mélange est ou h'<est pas avantageux : on hrauille des œufs, des drogues, plusieurs vins ensemble. Au figuré, les deux mou signifient, mettre de la confusion dans les affaires ou dans les idées. Mais alors brouiller est absolu, et en^rouillerrelsAïf. L'un exprime le désordre en sol, objectivement, dans les choses; l'autre l'exprime par rapport à notre esprit qui ne peut plus distinguer, démêler les choses. Brouiller, c'est déran^^er simplement; embrouiller, c'est obscurcir les choses en les dérangeant, ou en les disposant d'une antre manière. On embrouille des questions, on ne les brouille pas. <c Embrouiller les questions par des termes d'école. » Pasc. ce On brouille des personnes, des papiers ; et on ne les embrouille pas. On brouille et on embrouille des affaires, des idées, un discours, ce qu'il s'agit de comprendre et de savoir: on les brouille en y mettant le désordre; on \ts embrouille en y jetant de l'obscurité. Les affaires sont brouillées par la mési ntel ligence et la discorde; elles sont embrouillées à cause de la difficulté de les entendre et de les expliquer. Ce qui est brouillé n'e&l pas en ordre et d'accord ; ce qui est embrouillé n'est pas net et clair* La confusion des choses brouillées est dans les rapports qu'elles ont entre elles ; la confusion des choses embrouillées est dans la manière dont elles se présentent à notre esprit comme dans un brouillard,-*^ RouB.En second lieu, brotiiller ^nonct le fait abstrait, le désordre, d'une manière toute formelle ; embrouiller se rapporte au contenu, et représente d'une manière concrète les choses ou les parties de la chose comme mises les unes dans les autres , entremêlés , entrelacées , enchevêtrées ou comme enveloppées . dans un brouillard. On brouille l'esprit et les idées en les troublant; on embrouille l'esprit en l'embarrassant, et les idées en y en mêlant d'autres qui les obscurcissent, a L'amour brouille l'esprit, la cer- Yclle. » AcAD. « Le philosophe emploie la subtilité de ses raisonnements à embrouiller sa raison même. » Fén. « Chacun définissant les mêmes choses à sa manièi*e, ils embrouillent toutes choses; et perdant tout ordre et toute lumière, ils se perdent euxmêmes et s'égarent dans des embarras inexplicables. » Pasc. On ne
brmUile fm la vérité^ parée qa'oa ne peut en déranger l'économie ; mais on Vemèràuiile %mmé on l'enferme dans un tissu de subtilités. <c Un homme exercé réfute toutes les vaines subtilités qui peuvent etftifrouilier cette vérité elaire et simple. » tÉN. C'est en agis^ sait sur l'affaire elle-même qu'on la brouillé, a Quand on donne des louanges atout propos^ on détruit toute la foi dulangage^tt l'on brùmHéimileê lès idées des niots> en faisant qu'ils ne soient plus signes denos jugements et de nos pensées.» P. R* C'est en ajoutante Ti^aii^^ en jr apportant du delwrs des circonstances qui la eompli'* ijpient, qu'on Vén^ètimUie.nheB plaideurs ne manquent pas de fermer des eotttestatiunset des accusatiotos inutiles, et ^'embrouiller leur preieès d'une infinité d'accessoires qui confondent le principal.» Mali.^ ce Les Qm», grands parleurs^ grands disputeurs^ naturellement sophistes, ne cessèrent û^embromûer la religion par des contre^ verses. » Moktbsq. Enfin, brouiHèr se prend seul dans le sens nenti« et sans complément. <c Je crois que ce terme de prochain n'avlait été inventé que pour brouiUer. »Pa8C. Regaard dit du Di$^ irait : « n cherche, il trouve, il brouille^ il regarde sans voir, a Et^ d'autre part, on dit d'une affaire embarrassée, compliquée, qu'elle est plus OH moins embrouillée , mais non pas, plus ou moins brouilléo. <c Cette lettre éelaircit les affoires du monde les plus embrouHléetin Pasc.
Tf^înef^^ entraîne^. Mener ou foire venir de foret. Trainor exprimé i^aetiotl olrdinaitHs et à la manière m^inaire : des chevaux iHiinent une voiture, e'esl-à^irè la tirent après eux. Entruênor désigne une action remarquable par l'effort du sujet et la résistance de l'objet;, comme est celle d'un flenve qui emporte quelque chose, non pas après soi, mais en soi, avec soi, dans son cours. « On fy^aîne en prison l'homme que l'on contraint; on y entraîne celui qu'on y emporte, pour ainsi dire, malgré tous ses efforts. L'action de traîner demande sans doute souvent une forée qui triomphe d'une résistance; elle est lente quelquefois. L'action ^^ entraîner demande une grande force qui triomphe de tonte résistance ; elle a un prompt on un grand efifet. Le ruisseau traîne du sable ; le torrent entraîne tout ee qu'il renoontre. Des chevaux traînent un char$ le char jmtraîne les chevaux dans une pente rapide. Vous vous traînez pour arriver à une haute fortune, et d'un fotie glissant le poids de voire fortune vous entraîne, » Roub. On traîne ee qu'on ne peut pas porter; le simple indique donc le genre d'action. On entraîne ce qui ne veut pas aller ; il y a donc bien dans le composé une circonstance remarquable, celle dé reffoH> dé la violence.
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Fermer, enfermer. Enclore. On ferme et on enferme un parc, un jardin, par exemple, de haies, de murailles ou de fossés. Mais on les ferme, afin que Taccès n'en soit pas permis an public, afin qu'on n'y passe point; on les enferme, afin qu'ils soient /mue* dedans , en sûreté, et à l'abri des Toleurs et des animaux dévastateurs. Dans le premier cas, c'est comme si on bouchait une ouverture au moyen d'une porte ; et, dans le second, comme si on serrait les objets en question dans un meuble que l'on ferme pour les mieux conserver. Il vaut mieux dire enfermer que fermer une ville de murailles, à moins que ces murailles ne la couvrent qu'en partie et d'un seul côté. « Le roi de Prusse, habile en plus d'un genre, «n-> ferma de tous côtés la ville de Dresde. » Volt, a Une grande muraille ferme la Chine au nord. » Acad. Enfermer est encore préférable quand il s'agit d'une manière extraordinaire de * /erm^r. « Les ennemis se sont laissés en fermer entve deux rivières. » Acad.
Lever, enlever. Ils expriment tous deux l'action de faire qu'une chose soit portée en haut. Enlever se distingue de lever tout comme entraîner de traîner, c'est-à-dire par une idée accessoire de force ou de violence , ou bien quelquefois en ce qu'il signifie ne pas faire aller , mais faire venir en haut , emporter en haut avec soi : il y a des oiseaux de proie qui sont de force à enlever des moutons. Lever ei enlever veulent dire aussi ôler une chose qui est sur une autre ; mais ce qu'on lève ne tient pas comme ce qu'on enlève : le chirurgien lève un appareil ; on lève le couvercle d'une marmite^ un rude froissement enlève la peau d'une partie du corps; enlever récorcc d'un arbre,