‹ Synonymes françaisChapitre 74 sur 218 · CHAPITRE XXIV. RA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. RA

Conter, raconter. Narrer des faits, les représenter de vive voix et quelquefois par écrit. Racine contari, qui dans percontari veut dire s'informer , interroger avec curiosité, et qui vient sans doute de cunctari, différer, s'arrêter ou s'amuser; de sorte que, dans le sens actif, cow/er signifierait informer en arrêtant, en amusant. C'est en effet ce qu'exprime le verbe simple conter qui est de la conversation et dans le genre familier. Au dire de Koubaud, la particule initiale du composé viendrait du grec ps(i>, je coule, je roule, je parle. Il n'en est rien à coup sûr. Elle est formée de reet de ad, et c'est pourquoi Ménage écrit racconter, comme on écrit

57é TRAITÉ

raeoourâtreïraccontmoder. Dérivation aussi peu contestable pour raconter, que i>our rapetisser, rapiécer. Il doit donc y avoir dans raconter quelque chose qui rappelle la double influence des préfixes re et ad. D'abord, raconter marque une seconde action : on ne raconte que ce qui s'est passé ; on le ro;?porle, on le r^proioit par la parole. Si on raconte des histoires ou des aventures mensongères, on les raconte néanmoins comme ayant en lieu, comme ne recevant dans le récit qu'on en fait qu'une seconde existence. Mais on ne conte pas toujours des choses qui se sont passées: « Dans ces bois de myrtes les amants viennent se (conter leurs peines. » Moktesq. On conte des fables, des histoires, c'est-à-dire des inventions on des fictions qu'on donne pour telles. Et toutes les fois qu'on conie même des choses passées, ce n'est pas en tant qu'elles se sont passées qu'on les fait connaître, mais comme fournissant matière à amusement plutôt qu'à instruction ; ce n'est pas avec ce soin, avec cette attention particulière à rester vrai et fidèle, qui sont marqués dans le second verbe par la préfixe re. On conte sans gène, avec abandon et facilité ; en racontant on s'efforce de rendre un compte exact. « Périandre fit plusieurs questions à Cypsèle pour savoir ce que lui avait dit Prodée. Cypsèle, qui avait tout oublié, lui conta seulement le bon traitement qu'il en avait reçu. Périandre le pressa tant qu'à la fin Cypsèle se ressouvint des dernières paroles que Proclée lui avait dites et en fit le récit à soh père. » FÉi^EL. De son côté, ad signifie à, vers, et désigne que le racofiteur s' adresse k quelqu'un ; relation qui, sans être étrangère à conter, ne lui convient pas aussi essentiellement. Oq conte quelquefois pour conter, spontanément, et plutôt pour son propre plaisir que pour celui de rauditeur qui n'y prend pas grand intérêt, a Je n'eus rien de plus pressé que d'aller conter à tout le monde ce qui venait de m'arriver. » J.-J. « Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu'aux moindres particularités de «e qui nous est arrivé, et que nous n'en ayons pas assez pour nous 60tfv«nir' com^n de fois nous les avons contées à la même per^ fionne?» Laroch. «Que n'osé^e raconter au lecteur toutes les petites anecdotes de cet heureux âge ?... Mais j'en veux une, une sente, pourvu qu'on me la laisse conter le plus longuement qu'il me sera possible, pwwr prokkfiger mon pkisir. » /.-J.

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