CHAPITRE VIII. ANGE ou ENGE
La terminaison ance ou ence vient à^anlia ou eniia , lesquels terminent en latin beaucoup de substantifs qui ont des correspondants en français^ comme contlantia, comianee /inlelligefUia, inielWëencei, Elle est évidemment la terminaison des participes présents actifs légèrement modifiée; à'abundam on a fait abun-dantia, et A^abondant abondance; AHntelligens intelUgen-- Ha, et AHnUHigent intelligence. Les substantifs terminés en ance ou en ence doivent donc avoir le plus grand rapport de signification avec les participes présents actifs ^ c'est-à-dire participer du verbe et de l'adjectif en même temps. £n tant qu'ils participent du verbe , ils marquent l'action, et une action présente, ou l'état, et un état présent ; c'est pourquoi plusieurs se trouvent avoir pour synonymes des substantifs en ion. Mais, en tant qu'ils participent de l'a^eclif , ils désignent quelque chose de durable, de permanent, d'habituel, action, état ou qualité.
Avant d'appliquer ces deux règles à des mots d'une synonymie assez étroite, nous indiquerons comment Roubaud a établi la seconde, en prenant pour exemples des noms, la plupart faciles à distinguer. c( La repentanccy dit-il, est au repentir ce que là pénitence est à la peine. Le repentir et \2l peine peuvent être bornés à un acte, à un mouvement, à un sentiment, à un ressentiment passager; mais la repentance et \2i pénitence annoncent une durée, une succession, une habitude, un exercice ou une souffrance continue ou habituelle de repentir et At peine. La terminaison ance^ ence, latin antia, eîttia, désigne l'existence, la durée, la possession d'être, rétat de subsister; du mot ens, être, qui est. Ainsi, la êouvenonce (mot également disgracié) n'est pas un simple «otit^^nir, quelquefois momentané , accidentel, fugitif; c'est un souvenir durable, constant, fidèle, toiyoursplus ou moins présent en quelque sorte. Ainsi, Vespérance désigne une habitude, une disposition de l'àme, une manière d'être : V espérance fait des actes, elle habite, pour ainsi dire, en nous; tandis que nous n'aurons souvent qu'un esj9otr l^er, instantané, qui passe, s'éclipse comme une lueur, un éclair.
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Ainsi^ la eoneurrence désigne un état libre et habituel de c(mcours, et lé concQur» n'est qu'un acte de concurrence : on met un prix zxi concours, et les personnes sont en concurrence, La même différence est très sensible dans déplaisir et déplaisance, et mille antres mots semblables. » On dit , un moment ^ouhli; on est dans Voublianoe, Une autre observation tend à confirmer la règle ^ c'est que tous les noms en ance sont du genre féminin^ et presque tous leurs synonymes de même radical du genre masculin.
1. Ordre, ordonnance. Tous deux indiquent là disposition de certaines choses réunies. Mais^ ordre n'ayant pas de terminai sonsignificative, exprime cette disposition en elle-même et d'une manière absolue. Ordonnance l'exprime relativement à celui qui l'a produite et à la manière dont il l'a produite. On dit ordre en parlant des choses qui sont au rang; à la place^ où elles doivent être essentiellement , naturellement ; et on ne dit ordonnance qu'en parlant de celles qu'il dépend de l'homme d'arranger, comme une bataille, un poème , un tableau, un bâtiment, un festin , un ballet. V ordre de bataille est la disposition selon laquelle une armée doit être rangée, et Vordonnance ée la bataille est la disposition selon laquelle une armée est ou a été rangée pour combattre. Il y a souvent peu Hordre dans V ordonnance d'un ouvrage. — Ces deux mots sont encore synonymes^dans le sens de commandement. Alors ordre désigne toujours la chose en elle*même et dépouillée de caractères particuliers, le simple acte d'autorité exercé sur quelqu'un ; V ordonnance fait considérer celui dont cet acte émane ou la forme de sa promulgation ; c'est un ordre donné par une ou plusieurs personnes qui ont droit et pouvoir de le donner, et sa promulgation est solennelle, entourée d'apparat. Ensuite, V ordonnance est et plus générale et plus permanente. Elle concerne un plus grand nombre de personnes et est plus étendue : on se soumet aux divers articles d'une ordon^ nance; on formule une ordonnance, V ordre, Vont passager, ne vaut que pour le moment; V ordonnance peut passer pour un ordre permanent, pour un règlement qui demeure et doit atteindre un grand nombre de personnes dans l'avenir.
2. Aise, aisance. Ces deux mots signifient d'abord une absence de gêne ; et, dans ce sens^ l'un est passif, l'autre actif; l'un exprime un état, l'autre une facilité à faire quelque chose. On est ou l'on se met à Vaise ou à son aise avec ses supérieurs ; on se comporte ayec aisaîice dans la société, on a de V aisance en ses manières.— >4we et aisance expriment ensuite l'état d'une personne satisfaite de sa position, et donnent l'idée de commodité et de bien-être : on est à
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son ai9e m dani V aisance. Maïs le premier de ces mots n'est relatif qa'à rétat dn sujet qai se tronve commodément ^ et fe second Test aussi à ce qui le produit^ aux objets qui font qn'il est bien. En outre, aiêê indique un état passager, et msancé nn état permanent. Oïl . se tronye quelquefois à Vaiie, on est assis à Vaiêe; on est babiteeN lementy on vit dans Vaisance, Et Vaùance a non^seulement pins de durée que Vaise, mais encore plus d'étendue; elle embrasse tonte une position ; elle fait qu'on jouit amplement de tout ce qui est nécessaire pour rendre la vie agréable ; de sorte que, ce qui suffit pour Yons mettre à votre aise, ne suffirait pas pour vous mettre dans ' Vaisance,
AlfCE, lOïf.
Ces terminaisons donnent toutes deux l'idée d'une action on d'un état signifié par le verbe radical; avec cette différence que la première ayant évidemment le plus grand rapport avec le participe présent, tient comme, lui de l'adjectif ainsi que du verbe, et, par conséquent, exprime une action plus prolongée, nn état plus permanent, plus absolu, ou bien même le résultat de l'action marquée par ^(m.
1. Observance f observation. Action d'observer une règle, une loi. Mais ces mots ne sont synonymes que quand ils se disent également en matière religieitse. Dans tout autre cas, on ne se sert que du mot observation, a Ion, dit Roubaud, désigne proprement l'action et l'acte; ance on ence, l'existence et l'état des cboses. Vobservanoe est, proprement, le résultat de Inobservation, ou V observation accomplie. Inobservation fait, exécute; Vobser^ vance suppose la cbose faite, exécutée. En suivant la même idée, observation sera plus propre à désigner une action particulière, Vobservation particulière d'un précepte, les observations différentes des différents préceptes; et observance, l'exécution habituelle et entière, Vobservation Mh\e, étroite, constante, plénière de la loi , de la règle, de l'ordre en général. » inobservance est la pratiqne de la loi, et Vobservation l'action de l'observer.
2. Vacances, vacations, Qe^ deux noms pluriels marquent le temps auquel cessent les exercices publics. Mais l'uii se dit de la cessation des études dans les écoles et dans les collèges, l'autre de la cessation des séances des gens de justice. Cette différence est fondée en raison : les écoliers ne font rien dans le temps où cessent leurs études, ils sont en t^aeanc^^, c'est-à-dire' dans un état de repos absolu ; les gens de justice s'occupent de leurs affaires pendant qu'ils cessent de s'occuper des affaires publiques, c'est-à-dire durant \th vacations, on temps de repos relatif que la loi leur accorde.
DES SYNONYMES OfiAMMÀTlCAUX. 4Sd
Vaeaneeê etprîme éene d'une manière plus absoloe et pins emi* fttante l'idée signifiée par le verbe radical, vaeare, avoir du loisir; il n'a aucun rapport à l'action. «On ne doit pas dire vacations, ijouteBeanxée^en parlant des études, parce que ce n'est qu'une au^Bsion accordée an plaisir. Mais on peut dire vacance» en j^rlant des séances des gens de justice, parce que, ce temps étant abandonné à leur disposition, ils peuvent, à leur gré, l'employer à leurs affaires personnelles ou à leur récréation : dans le premier ca^ ils sont en vacaiiofis; dai^ le second, ils sont en vacances, »
3. Apparence, apparition. Ces deux mots, qui signifient ce qui se présente aux yeux sous une certaine forme, sont très peu synonymes, mais très propres à faire toucher au doigt la différence des denx terminaisons. Apparence tient de l'adjectif, c'est la qualité de ce qui est apparent; apparition tient plus du verbe, c'est la manifestation subite de ce qui apparaît. L'un est Taspect continuel d'un objet sous la même forme, l'autre est le fait instantané, l'action de se montrer toul-à-conp.
4. Adhérence, adhésion. Union , jonction d'une chose qui tient à une autre. « Ces deux termes , dit Laveaux , s'emploient souvent l'un pour l'autre. Cependant, adhérence 2i plus de rapport à l'état, et adhésion en a davantage à la force qui produit cet étal. Vadhérence ne subsiste plus quand les corps sont séparés; pour les séparer, il faut vaincre Vadhésion. » Deux objets adhèienl en vertu de la force à^ adhésion, el leur union qui eu résulte est Vadhérence.
6. Cohérence, cohésion. Liaison de choses qui adhèrent entre elles. La différence de ces mots est absolument la même que celle des deux précédents. La cohérence résulte de la cohésion; l'une marque l'état, l'autre la force. Cohésion el adhésion expriment encore, l'un la cohérence, l'autre Vadhérence, comme fait ou phénomène dans un cas particulier. La cohésion ou Vadhésion s'est opposée à la séparation de ces corps.
6. Dégénérescence , dégénération. Abâtardissement. La dégénération mène à \dL dégénérescence, elle en est le commencement; c'est un progrès vers Télat marqué par ce dernier mot. Ordinairement momentanée , la dégénération ne s'étend pas à toute la race et n'atteint que quelques individus. En médecine , on désigne ^\\i\(iii^2iV dégénération que par dégénérescence wnii dMtv^Wow qui survient dans les solides ou dans les liquides, parce qu'on la considère par rapporta sa cause, et qu'elle se borne à un sujet.
7. Prédominance , prédomination. Supériorité qui consiste à se faire le plus remarquer ou sentir. La prédominance est la
qualité de ce qui est prédominant^ et la prédominaiion est l'action de ce qui prédomine : l'un marque l'état , l'autre le lait. On dit que des objets sont en prédomincmce, et non en prédomination. 8. Séance, session , Temps employé par une assemblée ou par une compagnie à l'examen ou à Texpédition de ce qui les occupe. La différence évidente de ces deux mots contredit la règle générale. La séance qui devrait , en vertu de sa terminaison, avoir. plus de durée et de permanence , ne désigne^ au contraire^ qu'une portion du temps dont sessian désigne la durée entière. Cette anomalie tient peut-être à ce que session seul venant du latin , doit se distinguer par quelque côté, et il se distingue en effet par une supériorité de durée.
ANCE, Ti.
La terminaison ance rappelle le verbe et l'adjectif; quand elle ne marque pas une action, mais un état^ elle a toujours quelque rapport à un agent. La terminaison té ne rappelle que l'adjectif, et désigne une qualité ou un état dans un objet, sans aucun rapport à un sujet qui agît. Ensuite, quoique ces deux désinences dérivent directement du latin, la première se trouve dans notre langue plus souvent ajoutée à des radicaux français ou plutôt ayant une forme française, eovsxme croyance , défaillance, dissemblance, prévouance,
1. Impuissance, impossibilité. Tous deux expriment une certaine insuffisance de force par rapport à un effet. « Vimpuissance, dit Condillaç, est dans la cause qui ne peut produire la chose; Vimpossibilité est dans la chose qui ne peut être produite.» Mettre quelqu'un dans Vimpuissance et dans Vimpossibilité de faire ce qu'il veut, c'est l'en empêcher en lui suscitant des difficultés; mais ces difOcuilés sont telles dans le premier cas qu'elles ne lui permettent pas d'agir ou d'agir suffisamment, et telles dans le second qu'elles rendent la chose inexécutable en soi , impossible.
2. Naissance, nativité. Ces deux mots expriment l'instant ou le jour où une créature humaine vient au mondé. Mais l'un, malgré sa terminaison latine, est un mot tout français, tandis que l'autre est traduit directement du leilmnativitas. De là leur différence. Naissance est un terme ordinaire et commun qui s'applique indifféremment à toute créature humaine; et nativité, un terme de rituel, consacré par PÉgliae pour signifier la naissance de Jésus-Christ ou de quelque saint personnage : la nativité de Notre-Seigneur, la nativité de la Vierge, la nativité àe saint Jean-Baptiste.
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