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CHAPITRE X. ADE

Quoique l'origine en soit controYersée, la terminaison ade est incontestablement active. C'est pourquoi la plupart des noms qu'elle sert à former ont une base verbale , et ne trouvent de synonymes à radicaux communs que parmi les substantifs en ment. Mais ce n'est pas déterminer assez précisément le sens qu'elle imprime aux mots à la fin desquels elle se place. Les noms à terminaisons insignifiantes, qui sont ou semblent des radicaux nus^ présentent simplement l'idée commune et la caractérisent d'une manière absolue, intrinsèquement, en elle-même; les noms en ade y ajoutent des circonstances, qui résultent d'une action, et qui modifient l'idée commune d'une certaine manière. Les uns tiennent plus de Padjeclif et exprimentl'objettel qu'il est, sa nature ; les autres tiennent plus du verbe et représentent l'objet tel qu'il a été fait , tel qu'il parait, l'effet qu'il produit ; ils sont plus concrets, ils font plus image. Caractère commun à tous les noms ayant une terminaison active par rapport aux noms à terminaisons insignifiantes. Maintenant, la modification particulière, imprimée au radical par la terminaison active ade, consiste dans une sorte d'étendue ou de compréhension; elle marque une action répétée, ou accompagnée de circonstances particulières, ou bien, s'il s'agit d'un objet, quelque chose qui se dislingue par sa grandeur, par sa complication, par les ornements qui le décorent. Ce caractère est celuilà même que donne aux substantifs le genre féminin ; et tous les noms français en ade, au nombre de près de deux cents, sont effectivement de ce genre.

1. Galop, galopade. Une des allures du cheval, qui est proprement une suite de sauts en avant. Le galop est une chose qu'on qua* lifie comme toutes les autres ; c'est l'espèce de mouvement, le mode de courir, distinct de tout autre, le trot, le pas ordinaire, etc.; indépendamment de toutes circonstances de temps et d'espace parcouru. La galopade est un fait, l'exécution itérative du ^a/o;»/ ce mot est concret, et il marque, avec la réalisation du galop, la continuité, la du-

réc et l'espace parcount. Oh dira : tel cheval a le galop fatigant;, et^ cette galopade m'a fatigué; or, la fatigue résulte, dans le premier caS; de la manière de sauter du cheval, et, dans le second, elle aura résulté de la durée des galops et de l'espace parcouru. Le ga^ lop est le pas du cheval ; la galopade est la course qu'il a faite en galopant.

2. Bebut, rebuffade. Action de rebuter quelqu'un. On essuie des rebuts ou des rebuffades, quand on est mal accueilli ou rejeté avec dureté, avec rudesse. Mm rebuffade est un mot concret, qui présente le fait, non pas simplement, comme rebut, mais accompagné de circonstances aggravantes , de gestes , de reproches violents , de paroles injurieuses, de manières dédaigneuses, même de mauvais traitements. En un mot, le rebut est le mauvais accueil ou le refus d'accueillir ; rebuffade modifie cette idée en y ajoutant des circonstances, qui rétendent et la rendent plus forte. C'est dans ce sens àpeu-près que Condillac a dit : a les^rebuts sont des obstacles qu'on nous oppose, parce qu'on ne fait pas de cas de nous ; ils nous mortiient. Les rebuffades sont des refus qu'on nous fait avec mépris; elles nous humilient Un vrai courtisan ne craint pas les rebuts, et aCtironte les rebuffades, »

3. Embûche, embuscade. Piège qu'on tend pour y faire tomber un ennemi. JBmtôcA^ exprime cette idée en elle-même, d'une manière abstraite; embuscade est un terme concret, il ajoute à cette idée des circonstances qui la font voir réalisée et présentent la réunion effective de tout ce dont on se sert , les hommes , les armes , le lieu favorable, pour opérer le stratagème. Un diplomate dans son cabinet, un orateur à la tribune, peuvent dresser des ^m^cA^^ à leurs adversaires; V embuscade est Vembûche effectivement et matériellement montée ou arrangée dans un certain lieu, dans un certain temps et avec certains moyens. Tomber dans des embûches, c'est se laisser surprendre, au figuré; tomber dans une embuscade, c'est tomber au milieu de gens armés qui ont été placés tout exprès dans un lieu où l'on ne peut se défendre.

4. Face, façade. Côté apparent d'un édifice. Face n'exprime pas davantage, et il empêche seulement de confondre ce cùté avec un autre. Façade ajoute à l'idée commune celle d'ornement , de décoration. La façade est la face qui parait davantage^ qu'ont embellie l'architecture et la sculpture, qui présente des colonnes , des frontons, des portiques, des balustrades; et c'est pourquoi un édifice n'a ordinairement qu'une façade, La façade est à la face ce que la bordwre est au bord. De plus, façade ne se dit qu'en parlant d'un

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édifice considérable ; on n'appellera jamais de ce nom la f<$ee on le devant d'une petite maison^

6. Balmtre, balustrade. Assemblage de petits piliers façonnés pour servir de clôture. On appelle primitivement balusires ces petits piliers eux-mêmes^ qui entrent dans la composition de la baltuirade. Mais^ en prenant la partie pour le tont^ on a fait de baltutre le syno^ nyme de balustrade. Toutefois, la différence des denx mots est facile à apercevoir. Le balustre est plus petit, plus simple ^ moios compliqué, moins employé à la décoration que la bulustrade. On appelle spécialement balustre une petite balustrade, qui sert de clôture dans une église ou dans une chambre; et balustrade un grand balustre portant une tableUe d'appui et servant aussi bmi d'ornement que de clôture. Les escaliers et les plates-formes du ch^ teau de Chambord sont terminés par des balustrades.

6. Taille, taillade. Ces deux mots , peu synonymes , rappellent l'idée du verbe tailler , et signifient coupnre. Taille indique la manière intrinsèquement bonne ou mauvaise dont certaines choses, les arbres, les pierres précieuses, les habits, les plumes pour écrire, sont coupées ou taillées ; de sorte que la taille se considère enelle-méme^ et non dans son apparence. Taillade, au contraire, est on terme eoncret, qui signifie une coupure longue, étendue, apparente, (àite dans les chajrs, c'est-à-dire une balafre, ou. dans les étoffes et les habits , soit que cette coupure les gâte ou leur donne nn nouvel or«nement : on portait autrefois des pourpoints à taillades.

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