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EMPLOIS DU PARTICIPE

Le Participe présent a le sens actif , — Le Participe passé a : 1^ le sens actif, quand il est employé avec l'auxiliaire at?o?r; 2** le sens passif, quand il est seul ou construit avec l'auxiliaire être. — Le Participe futur (devant partir, devant aimer, devant être aimé) ne peut se rapporter qu'au sujet ; il est le plus souvent remplacé par un mode personnel avec une conjonction temporelle, suppositive, causale ou concessive, selon le sens, toute proposition participiale pouvant avoir une de ces quatre significations.

§ 1. — Proposition', Participiale

Une proposition participiale peut servir 1^ de sujet ou 2<> de complément à la proposition principale, ou 3^ se rapporter à l'un des termes de celle-ci, ou enfin 4^ former une proposition à part, dite absolue.

i» Proposition participiale sujet. — Cette construction est un latinisme fréquent au xvii® siècle, rare aujourd'hui :

Mon voyage dépeint \ms seri d'un, pl.iisir «xtrème. (La Fontainl'.) On dira plutôt aujourd'hui : La peinture^ le récit de mon voyage...

:i<^ Proposition participiale complément :

a) D'un verbe : il déplorera fortune perdue.

b) D'une préposition : Après,., les Maures défaits (Corneille). — Après la guerre achevée (Bossu et).

Cette construction n'existe plus aujourd'hui que dans les expressions : après (avant^ jusquà) fortune faite; — au soleil levant (couchant),

30 Proposition participiale se rapportant :

a) Au sujet ; Un laboureur, sentant sa mort prochaine, fit venir ses enfauts (La Fontaine).

Rfmarque. — Aujourd'hui on ne répote pas le sujet par un pronom personnel: Les Romains se dpstinant à la guerre..., ils avaient mis... toutes leurs pens^ées à la perfectionner (Montesquieu).

h) Au complément direct (lorsqu'il n'y a pas d'équivoque possible):, Je l'ai vu abattu par le malheur. — Etant devenu vieux, on le mit au moulin (La Fontaine).

c) Au complément indirect ou à un complément circonstanciel (le participe doit suivre immédiatement le substantif auquel il se rapporte; le participe présent est très rare) :

Il porta secours à un voyageur dévalisé par des brigands.

d) A un pronom suggéré par un adjectif possessif {comiruciion rare aujourd'hui) :

Et surtout redoutant la basse servitude La libre vérité fut toute mon étude (Boileau). d) A un indéfini non exprimé (construction très rare aujourd'hui ; le participe passé ne se rencontre pas):

L'appétit vient en mangeant (= quand on mange). La fortune vient en dormant.

Remarque 1. — Le participe se rapportant à un complément ou à un pronom sous-entendu était d'un emploi beaucoup plus fréquent et plus libre dans l'ancienne langue, surtout au xvi« siècle : Poussé par la cabale, Chaville le vit (Bossuet). Et pleures du vieillard, il grava sur leur marbre... (La Fontaine).

Remarque 2. — Chaque fois qu'un participe et son substantif complément du verbe principal précèdent celui-ci, le substantif complément doit ét.re repris dans la proposition principale par un pronom personnel La ville une fois prise, l'ennemi la pilla. Les ennemis vaincus, on leur offrit la liberté.

40 Proposition participiale absolue (ablatif absolu des latins). — . Quand le participe ne se rapporte ni au sujet* ni à aucun des compléments, il peut former aiec son substantif une proposition détachée ou absolue :

Il ne fera jamais cela, moi vivant. — Le pain manquant^ on mangea des racines. — Ce travail fini y vous vous reposerez. Remarque 1 . — Cette construction existe surtout dans certaines expressions d'uFage courant: Vicuaidani, cela étant» le cas échéant, une heure durant.

toute affaire cessante^ séance tenante^ tambour battant, argent comptant, généralement parlant. — Tout bien vu (examiné, considéré, compté)^ étant donné, tout compte fait, excepté, vu, attendu.

Rbma.rq(jb 2. — Au XVII* et surtout au xvi* siècle, remploi du participe absolu était bien plus fréquent et plus libre que de nos jours: le participe pouvait être construit ainsi sans son substantif y celui-ci étant suggéré par le contexte :

S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule, Par cet endroit passe un maître d'école (La Font.) — Les mangeant, ils multiplient, les épargnant, ils vont en diminution (Rabelais).

§ 2.— Emplois du Participe Présent

1o Substantivé, (féminin-an/^):

A Substantif: a) Personnes: arrivant, partant, à tout venant, exposant, opposant, protestant, commerçant, négociant, trafiquant, représentant, figu^ rant, servant, vivant, survivant, mourant, commençant, commandant, mendiant, plaisant, croyant, surveillant, suivant, traitant, voyant, ruminant, etc.

Substantifs aj en ent : adhérent, affluent, confluent, équivalent, précédent, président, résident, — bj en gant : extravagant, intrigant, — c) en cani: fabricant,

b) Choses : avenant, à l'avenant, pendant, d'un seul tenant, montant, fauxfuyant, tournant (d'un chemin), courant, au demeurant, restant, battant, pliant, volant, levant, couchant, tirant, tirant d'e^u, valoir son pesant d'or, restaurant, contenant, penchant, stimulant, calmant, excitant, semblant, manquant,au comptant, du vivant de,,, et quelques autres.

B Adjectif verbal : aimant, bien (mal-) faisant, , charmant, ravissant, obéissant, touchant, dégoûtant, répugnant, approchant, suivant, mur branlant, poste restante, somme manquante, feuille volante, bien pensant, dette flottante, eau courante, eau dormante, monnaie courante, usage courant, année courante, partie prenante, à la nuit, tombante, pluie battante, tables tournantes, marée (garde) montante, étoile filante, course errante, somme restante, etc.

Adjectifs a) en ent : différent, excellent, négligent, précédent, violent, — b) en gant : extravagant, fatigant, intrigant, — cj en cant : convaincant, suffocant, vacant.

Remarque. — L'adjectif verbal a le sens passif dans les expressions : couleur voyante, (= qui se voit forî), rue passante (=: où il passe beaucoup de monde), concert (siège) payant, musique chantante, (= qui se chante facilement), musique dansante, soirée dansante (où l'on danse).

2* Verbe (invariable aiijom.rhui (1)):

Le participe présent se reconnaît de l'adjectif verbal en ce qu'il exprime un acte, peut avoir un xîomplément, peut être précédé de en ou suivi d'un adverbe :

Unei mère aimant ses enl'anls; uuo fille obéissant bien.

L'adjectif verbal, au contraire, exprime une qualité, une faculté, une habitude, un état, et ne peut avoir de complément ; son adverbe le précède. (On peut toujours sous-entendre devant l'adjectif qui est, qui était, . .) :

Une mère aimante; une fille bien obéissante.

L'accord est facultatif lorsque le participe exprime à la fois l'acte et la qualité. On dira donc :

G.-'s débris flottant ou flottants près de l'île; uno femme tremblant ou treinblante de peur.

Mais il faut dire ;

Ces débris flottant vers l'île; une femme tremblant pour son enfant.

a) Le participe employé seul peut exprimer la cause, la concession, le temps, la supposition ou la condition :

Etant malade, U n'a pu venir; — J'ai lu ce livre étant malade-, — Etant

maUde, je n'aurais pu le f^ire...

Remarquer l'expression donnant donnant, -- qui. veut dire que l'on ne veut

donner qu'à condition qu'un autre donne de son côté (en latin : donans

donanti).

b) Le participe précédé de m, outre les sens cités, exprime la manière :

Il se promène en lisant, tout en lisant ; — En forgeant on devient forgeron. Remarque. — On popvait autrefois, employer sans en le participe gérondif : j'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. (La Font.). — On dit encore aujourd'hui : chemin faisant (=en faisant route, tout en cheminant).

(1) a) Dans l'ancienne langue, jusqu'au xvi* siècle, ^e participe subit l'accord de nombre, mais n'a qu'une forme pour les deux genres. A la fin du xvi* siècle et au commencement du xvii«, la forme ante du féminin est toujours permise: Je vous trouve... si méprisante les choses de ce monde (Sévigné). L'accord de genre est condamné par Vaugelas, mais l'accord de nombre est constant au xvii« siècle : Je ne suis jias de ces auteurs fuyants la peine (Boiïeau). D'où l'expression encore usitée aujourd'iiui : les ayants droit . — b) A toutes les époques le participe gérondit (c'est-à-dire précédé de en ou du verbe aller) a été invariable.

c) Le participe présent après aller exprime la simultanéité, lorsque aller est employé au sens propre; la progression, lorsque aller est un simple auxiliaire :

Il va semant la bonne parole ; — Ce mur va s* écroulant,

%Z. -^ Emplois du Participe Passé.

i. Substantivé (1) :

a) Personnes : Abandonné, envoyé, mariée Hancé y promis, commis, employé, blessé, amputé, opéré, tué, noyé, écorché, pelé, tondu, mort, nouveau- {premier-, dernier-») né, nouveau {derniej^) venu, soyez le bienvenu, etc.

Remarque. — Le participe a le sens actif dans : un homme dissjmulé, osé, , 7^epenti{=. qui dissimule, qui ose, qui s'est repenti).

b) Choses : 1. Participes masculins : corrigé, énoncé, au jugé, au visé, préjugé, procé(fé, raté^ passé, fourré^ un prêté pour un rendu ; — revenu, fini, contenu; — au vu et au su de.. , reçu^ dû, sursis ; — cru, compromis, dit, fait, couvert, — 2. Participes féminins : allée (chemin), les allées et venues de quelqu'un; armée, arrivée, assemblée, bourrue, marcher sur les hiHsées de quelqu'un, cheminée, chevauchée, coulée, criée, à la dérobée, destinée, dictée, donnée, dur^e , échappée, enjambée, entrée, à l'étouffée, flambée, fricassée, fumée, fusée, gelée, huées, jetée, jonchée, levée, mêlée, nïenées, pensée, percée, pesée, plâtrée, plongée, poussée, à la tombée de la nuit, tranchée, traversée, trempée, trouée, les visées de quelqu'un, volée, à la volée (= au passage en l'air), les cloches sonnent à toute volce, etc.; — couvée, pincée, portée ont deux sens (acte et objet);— venue, bienvenue, tenue, retenue, sortie, assise, i*e-{e?itre-) vue, prise, n- (entre-, mé-, sur-) prise, mise, entre- (re-) mise, battue, crue, plus value, défaite, etc.

20 Verbe : ,

A. Le participe passé, seul ou accompagné de l'auxiliaire être, a le sens passif et s'accorde toujours avec son substantif :

Une personne aimée ; celte personne est aimée de tous.

B. Le participe passé a le sens actif quand il est construit avec l'auxiliaire avoir y ou avec l'auxiliaire être à la voix réfléchie :

f ai donné..., je me suis donné (=j'ai donné à moi).

Le participe, dans ces deux cas, s'accorde en genre et en nombre avec son complément direct qui le précède, quand celui-ci est un des pronoms que, me^ te, se, le, la, nous, vous, les :

(l) Beaucoup de substantifs français sont d'anciens participes latins : dette (débita , i^ecette (recepia), vente f vend'xto.), source (^ursa.), rente [rendità), etc.

Les choses que j'ai rappelées^ que je me suis rappelées. Nous vous avons vus, — Elle s'est crue perdue.

REMAftQUE a), — Jusqu'au xvii» siècle, le substantif complément direct pou* vait s'intercaler entre l'auxiliaire avoir et le participe qui alors prentût l'accord :

Quand les tièdes zéphyrs ont l'herbe rûyewmV (La Fontaine).

Remarque b). — Jusqu'au xvn« siècle, l'accord du participe avec le pronom précédent n'est pas strictement obligatoire, surtout quand le participe précède un infinitif : Toutes les misères que durant notre enfance ont enduré nos pères (Corneilie) ; aujourd'hui il faudrait endurées. — Je l'ai laissé psLSser dans son appartement, dit Racine en parlant d'une femme ; laissée serait de rigueur aujourd'hui.

C. Principe général : Pour que l'accord du participe ait lieu, il taut que le pronom (qui le précède) soit complément direct du participe luimême (et non complément d'un autre verbe exprimé .ou sous-entendu). On écrira donc :

a) Les chaleurs qu'il a fait (verbe impersonnel neutre), — les heures qu' (= pendant lesquelles) il a dormi, — les deux heures qu'il a parlé, qu'il a couru, — les sommes que ce travail m'a coûté (= avoir tel prix), — li»s cent kilogrammes que cette caisse a pesé (= avoir du poids), — la somme que ce travail m'a valu (=; avoir de la valeur), — cet homme nous a bien servis (=a été utile à nous).

Les fautes qu'il a faites, — la langue qu'il a parlée (=employéeen parlant). — les dangers qu'il a courus (= affrontés), — les peines que ce travail m'a coûtées (= causées), — la caisse que nous avons pesée (= évaluée quant au poids), — les éloges que ce travail m'a valus (= procurés), — cet homme nous a bien servis (= a servi nous, comme serviteur).

b) Je les ai laissés partir (= j'ai laissé eux partir), — la personne que j'ai entendue chanter (= j'ai entendu cette personne chanter).

Je les ai laissé renvoyer (= j'ai laissé renvoyer eux), — la romance que j'ai entendu chanter (= j'ai entendu chanter cette romance) (1).

c) Il a fait plus de fautes qu'il n'aurait dû (s. ent. faire de fautes), — il a fait tous Içs efforts qu'il a pu (s. ent. faire).

Le peu d'a.rôeur qu'il a montré (ou le peu quHl a montré d'ardeur) l'a fait échouer (c'est le trop peu qui l'a fait échouer). — Le peu d'ardeur (= l'ardeur, bien que petite,) qu'il a montrée Va. fait réussir.

Remarque. — Le participe précédé de en (= de cela) sans substantif complément reste invariable (vous avez lu plus de livres que je n'en ai lu) ; il prend l'accord si, le substantif précéiant le participe, la proposition

• commence par plus^ moins, combien (plus j'ai eu de livres ^ plus j'en ai lus).

(l)''lljaut écrire- on les sl fait partir, le verbe faire ne faisant qu'un avec l'infinitif suivant.

D. Participe des verbes réfléchis : L'accord a toujours lieu quand le réfléchi n'est pas mîanifestement complément) indirect, c'est-à-dire ne peut être remplacé par à soi, pour soi, entre soi, l'un à l'autre avec l'auxiliaire avoir.

On écrira avec l'accord :

Elle s'est souvenue de nous, nous nous sommes repentis, ils se sont emparés de la ville... (Il est impossible de touraer par l'auxiliaire avoir) ; — ils se sont aperçus de leur erreur, vous vous êtes attaqués à nous, elle se sont tues.,, (le réfléchi n*est pas complément indirect).

Mais sans accord :

Ils se sont ri (= ils ont ri entre soi) de nos menaces; elle s'est acquis {=elle a acquis à soi, pour soi) de la gloire; Vingt rois se sont succédé (=:ont succédé Tun à l'autre) sur ce trône ; elle s'est fait (=s a fait pour soi) un chapeau, etc. ; elle s'est coupé le doigt (=:a coupé, tranché son doigt), (mais : elle s'est coupée (= a coupé soi) au doigt).

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