Troisième cas. Cas irréel
Dans le latin le mode est le subjonctif dans les deux propositions et nous avons:
a) l'imparfait dans les deux propositions lorsc pie la supposition est irréalisable dans le présent.
b) le plus-que-parfait dans les deux propositions lorsque la supposition irréalisable se rapporte au passé.
Dans l'ancien français le mode était d'abord le subjonctif dans les deux propositions: l'imjjarfait ou le plus-que-parfait comme dans le latin. Ex.: Ale.ris, 41 *S^i tei jiloust ici ne volsisse es're: Bol. 1102 Fust i li reis ni oussum damage.
Mais déjà dans Ale.ris et dans Roland nous trouvons le conditionnel dans la proposition princiijale et l'imparfait du subjonctif dans la proposition conditionnelle. Ex.: Alexis, 46 E. Deua dist il quer ousse un serjant qui Vme guardast je l'en fereie franc; Mol. 1804 Se veissum liollant ainz qu'il fust mors Ensemhl'od lui i durriums granz colps.
Remarque. Cette construction, qui était très fréquente dans l'ancien fiançais,*) n existe plus dans le français moderne.
La construction moderne, le conditionnel dans la proposition principale et l'imparfait ou le plus-que-parfait de l'indicatif dans la proposition conditionnelle se rencontre pour la première fois chez Philippe de Thaun, Li Cumjjoz, 3.3 ^ tuz iens durereif se fi soleil: n'esteit.
Remarque. Il faut mentionner ici que, dans le français moderne, il y a aussi des phrases hypothéticiues au cas irréel avec le plus que-patfait du subjonctif dans toutes les deux propotitions. Par exemple: Je fusse sorti, s'il n'eût pas plu si fort.
Quant à la substitution du conditionnel à l'imparfait du subjonctif dans la proposition principale, voir M Foth, Bom. St. U; M. Burj^atzcky, Das ImperfeM und Flusquaiiiperfeli des Futurs im Altfranzôsiehen; M Alfred Schultze, ii/f6i., A^jn/ 1887.
*) Voir il. Klapperich. Fr. St. lU.
Les phrases hypothétiques au cas irréel sont peu nombreuses dans notre texte: Avec le plus-que-parfait et l'imparfait du subjonctif dans les propositions principales et l'imparfait du subjonctif dans la proposition conditionnelle, p. 22 Lors dist le roij, que les Flaviatis it'eti-'isent ja si fierctucnf resjiondii et que Hz n'osassent assemhler a bafniUe contre son povoir. se Hz n'eussent alieyice de ses princes.
Remarque. La constniction hypothétique avec l'imparfait du subjonctif dans les deux propositions se rencontre jusijue dans le XVI:e siècle, voir M. Vogels E. St. V. 489.
Avec le plus-ipie-parfait dans les deux propositions: p. 10 et eust esté le chastellain pris, se n'eus/ esté loie bonne femme: pp. 102, 192.
H y a aussi dans notre texte deux exemples de phrases hypothétiques inachevées ou corrompues: p. 35 Le pappe geta sentence sur eulz, se Hz ne s' am end oient.: p. 48 Dont fut sur eul: getée la sentence du pappe et furent maudiz, se Hz ne samendoient.
Nous nous permettrons de reproduire ici un tableau sur les types des phrases hypothétiques au cas irréel recueillies des auteurs différents de l'ancien français.
I. Les deux- propositions se rapportent au temps présent ou au temps futur,
1. L'imparfait du subjonctif dans les deux propositions. Ex. Eol. 1102, Fust i H reis, ni oussum damage.
2. L imparfait du subjonctif dans la proposition conditionnelle, le conditionnel
dans la proposition principale.
Ex.: Alexis 46, E Deus dist il quer eusse un serjant qui l'me guardast jo Ven ferie franc.
3. L'imparfait de l'indicatif dans la proposition conditionnelle, le conditionnel
dans la proposition principale.
Ex. Cumjioz 313 .E tuz tens durereit, se li soleilz n'estcit.
4. L'imparfait de l'indicatif dans la proposition conditionnelle, l'imparfait du
subjonctif dans la proposition principale. Ex.: On me puist damner ou mauldire, se je n'estais pape de Homme.