‹ Syntaxe du verbe dans la Chronique normandeChapitre 23 sur 37 · I. Infinitif · texte numérisé non relu

I. Infinitif

L'infinitif peut être considcré comme nom verbal et comme mode. Comme nom verbal, il est employc substantivement et peut servir de sujet ou de complément. Comme mode, il a des temps, des compléments directs et indirects, et peut former des propositions.

A. Infinitif employé comme sujet et comme complément.

La langue latine employait l'infinitif, pris substantivement, au nominatif et k l'accusatif et alors gém'Talement accompagné' de certains pronoms, voir M. Diez Gr, ni p. 920. Cet usage se répandait de plus en plus et se continuait dans les différentes langues romanes, ce que nous a montré M. Diez avec beaucoup d'exemples, voir Gr. lU, 921.

Dans le plus ancien texte français, les Serments de Sfraxshnurg nous trouvons des exemples de l'infinitif employé substantivement: /)! quant deiis savir et podir me dunat.

Peu ;^ peu on commençait ;\ ajouter l'article et des mots qualificatifs, sans ij^ue l'infinitif perdit son caractère verbal: il pouvait toujours avoir du ri''gime direct ou indirect.

l'ette facultc d'être ?i la mOme fois nom verbal et mode, l'infinitif la gardait jusqu'aux X^'l:e et XN'lLe siècles. Nous en trouvons les dernières restes chez Pascal: les marehers, les e'ternuers: La l-'ontaine le manger, le dormir, le boire, voir Darm. Cours de la gr. hist. ÏV 139*).

Les infinitifs être, devoir, pouvoir, etc., pris substantivement dans le français moderne, ont tout à fait perdu leur caractère verbal: ils sont devenus de véritables noms.

Dans l'ancien français, on pouvait employer l'infinitif comme régime indirect et même coordinné avec un substantif au régime indirect. ( 'et usage se maintient dans la langue jusqu'aux XVll:e et XVIII:e siècles. Par e.xemple: Sevigné, Les conditions ont roule' sur dire. La Bruyère, Vous le seras davantage par cette conduite que par ne pas vous laisser voir. L'admiration où ils sont d'eux-mêmes et de se voir si cminents. A force de goût et de connaître les Inenséanees.

Dans la chroniiiue normande, l'infinitif pris substantivement est très fréquent et on le trouve le plus souvent avec la préposition îi et l'article.

Exemples avec la préposition «.•

p. 5 et h l'assembler de la bataille: p. 28 et fut le pappc grève et empressé a l'entrer en sa chambre; p. 67 et en tuèrent plu-tcurs au passer; p. 69 et au passer pardevant Lesignen . .; p. 101 Et à l'assembler fut mort: p. 106 perdirent les E. terre à r as'^emhler ; p. 110 Et au rendre avint: p. 126 et au relever ne se peut il excuser; p. 150 Mais (I l'assembler; p. 163 qui ne leur povoit valoir au comtiatre; et avec un complément direct: p. 29 et à euh adouber; p. 66 Et au passer la porte de dessus le pont — — ; p. 73 Et au traverser un fossé.

Avec la préposition de:

p. 95 se melloit du traittié faire; p. 189 fut gastée d'ardoir villes et de prendre gens à reneon.

Coordinné avec un nom:

p. 195 essillierent tant d'ardoir comme d'autres dommages.

Il est souvent assez difficile de décider, si l'infinitif doit être regardé comme un nom verbal ou comme un mode, spécialement ijuand on le trouve après une préposition et sans article. Il peut être aussi bien l'un que l'antre. Ex.: p. 25 i/ue il leur roulsist pardonner pour donner et ordonner cent cha/t/icl/es.

Pour a ici la même signification qu'il a devant un substantif ou un pronom, quand il veut marquer celui à cause duquel se passe quelque chose, voir M. Tobler Ver m. Beitr. II, p. 21.

Si un verbe actif peut être employé comme verbe neutre ou absolument, l'infinitif pfut être regardé, dans beaucoup de cas, comme mode ou comme nom verbal. Ex. : p. 85 fut prinse la journée /mur es/iouser.

C'est à l'aide de l'infinitif emjjloyé substantivement (pie l'on peut expli(juer le fait, que l'on trouve parfois dans 1 ancien français un infinitif actif où le français moderne exige avec nécessité le passif, cfr. M. Haasc, .V//ni. Unt. 102. Ex : p. 28 et il fut jiorté il enterrer en Flandres; p. 56 estaient commis ii garder: p. 121 qui avait esté romwenriée h fortifier; p. 126 furent menez en (î rêve ]mur justicier: p. 152 et furent ordonnez grant foison d'ostaiges à envoier pour lui en Engleterre; p. 201 mais elle fut faillie ii prendre.

*j On en trouve même des exemples isolés plus tard: Lamartiue, Ou plutôt (]ue ne puis-je au iloujt tomber du jour — — ; Voltaire, Lu paie noua decenait nécessaire comme le manger et le dormir. Le rai.'onner tristement s'accredit; Bemhard de Saint-Pierre, Enfin, le nager même des poissons est coordonné à leurs aliments; et d'autres.

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