Infinitif avec la préposition à. A. Comme sujet
L'infinitif avec a se rencontre parfois dans l'ancien français comme sujet après les verbes impersonnels: ainsi convenir, avenir (rarement), estouveir (l'infinitif sans préposition est plus usitt'), plaire (très souvent) et d'autres.
Dans notre texte nous trouvons l'infinitif comme sujet avec '"' une seule fois, p. 134 que il lui pleust h venir en la ville.
Remarque. Plaire pouvait aussi prendre comme sujet un infinitif sans préposition, voir plus haut p. 31. L'infinitif avec ù est plus usitée (d'après les recherches de M. Soltmann comme 5: 2).
1j. Comme complément.
Après se ahamlonner.
Ex. p. 139 .«e ahandannerent à leur courre seure.
Remarque. A côté de se ahundonner a on trouve aussi parfois dans l'ancien français se abandonner de. M. Soltmann veut expliquer cette construction à l'aide de la formation du verbe (a handon). Cependant c'est un fait constaté que les verbes réfléchis dans l'ancien français prennent avec préférence la préposition de.
Accorder.
Ex.: p. 85 et lui firent accorder h prendre la fille.
Aidier.
Ex.: p. 94 et aidaient a fortiffier le fort: p. 192 aidèrent à entrer; p. 69 que il leur venist aidier ù défendre leur ville: p. 179 et que il aidast îi Henni le liasfart d' Espaignc a le faire rai/ d'Espaigne.
Nous avons ici deux cas différents: dans les exemples pp. 94, 192, la personne à laquelle on donne de l'aide n'est pas nommée et c'est celui qui donne de l'aide ([ui est l'exécuteur de l'action exprimée par l'infinitif; dans les exemples pp. 69, 179, celui qui obtient de l'aide est nommé et alors c'est lui qui est l'exécuteur de l'action exprimée par l'infinitif Dans ce dernier cas nous avons aussi trouvé aidier avec de: Miinchenrr Biut 727 Si ne m'aisses dels dechoivre; 1517 Qu'il li aidassent de sa guerre Et Brutum chacier de sa terre.
Attendre.
Ex. p. 18 — — pour ce que diacre estait et attendait à estre bénéficié.
Remarque. M. Schiller, Inf. hei Chresiien, ne cite qu"un seul exemple de attendre avec infinitif et alors avec la préposition en: Cher. II esp. 1664 An ce panser a atendii Jusqucs loni, que cle rerint. Cependant il est peu probable que nous ayons affaire ici à attendre avec en; cette construction (en panser) remplace plutôt ici le gérondif (en pansant), wn fait qui se rencontre parfois quoique bien rarement, il est vrai, dans Tancien français: en guarder les tues paroles = en gardant tes paroles, Fsaut. d'Oxf.. 118, voir Darm. Cours de la gr. hist.: IV, 149.
Commencer.
Ex : p. 16 commencer à murmurer; commença le chastel h garder; p. 34 le commun se commencèrent à rchellir: p. SI cotnmcncierent à fuir; p. 121 qui avoit este commencié a fortifia; p. 144 ih la commencierent à fortiff'ier moult fort et garnir; pp. 149, 157.
Dans le dernier exemple (p. 144) nous avons deux infinitifs coordonnés. Dans de tels cas, l'anciin français pouvait tout simplement omettre la ptéposition devant le dernier infinitif et c"est à cause de cela que nous avons ici un exemple de commencer avec l'infinitif sans préposition. MM. Schiller et Soltmann veulent faire croire que commencer prenait parfois dans l'ancien français l'infinitif sans préposition, mais leurs exemples sont peu convainquants. M. Schiller en a seulment un: Erec 6231 ainz ne uo.r rien qu'il ne vousist, tant que amer me commença. L'a s'est confondu avec l'a initial du mot amer.
M. Soltmann en cite deux: Brendan G 186 Ondes commencèrent à enfler Et sor l'une l'altre monter. Cet exemple est analogue à celui du page 144 de notre chronique. De son second exemple: Cumc Junathas le filz Saul cumenchat enamer David, il dit lui-même que l'on y a remplacé à par en pour éviter la cacophonie et il faut lire en amer.
Commencer à semble avoir été la règle dans l'ancien français. Ainsi toujours chez Villehardouin et Joinville, voir M. Haase, Sijnt. Uni. p. 106.
Demander.
Ex. p. 14 qui demanda à veoir la lettre.
Remarque. Le français moderne a demander à et demander de. Les opinions différent un peu sur l'emploi de detnander à et demander de. M. Diez, Gr. III p. 949; dit: '^Demander pfiegt de mit à zu vertaxischtn hei subjectivem Inf. nie in: je deutande h boire (sckon afr. demanda à nutngierl dagegen je vous demande de m'ckouter." M. Helder, Gr. p. 212 est à peu près de la même opinion. Cependant M. Littré, Dict., dit qu'il n'y a pas de règles fixes pour à ou de; on met à ou de "suivant les exigeances de T oreille.''
Emprendre.
Ex.: p. 72 et ij avoit un pont que avoit empris à garder Alix, de Caumont.
Remarque. Emprendre à semble avoir été la règle dans l'ancien français. M. Soltmann a trouvé un exemple de emprendre avec l'infinitif sans préposition dans Brendan 660: tait haiser enpreni. .
Entendre.
Ex.: p. 13 les gens de Gant entendaient à estaindre le feu; p. 54 cntretant que
les Anglais entendaient à gaigner terre; p. 109 que avaient faites et entendaient
« faire: p. KiO et entendaient à euh lagier.
Remarque. Entendre prend parfois de dans l'ancien français. M. Soltmann, Fr. St. I p. 378 en cite deux exemples de Benoit, tome IL Plus tard on le trouve chez Régnier: ''Régnier a mis de avec entendre dans le sens de avoir Vintention" (T.,ittré, Dict.). Outre les exemples avec 'a, M. Schiller, p. 62, en cite un avec en, Chrestien de Troyes, Erec: Erec ne valait pas entendre à chevaux ne chevaliers prendre mais en coster et en hien faire.
S'eshatre.
Kk.: p. 85 Ainsi qu'il s'eshatait a vouler des oiseaux.
Jurer.
Kx. : qui le jurèrent ii rstrc de san (ilience.
Remarque. Tlans lancien français jurrr à «'tait la ivgle. (Vpendant on trouve aussi jurer avec l'infinitif sans pri''position.
Dans lo français moderne on a jurer de et jurer avec l'infinitif sans préposition.
(Se) mettre.
Ex.: p. 80 et quant François se mistrent à défendre le pas; p. '.)! FA lors se vmt le dit mareschal à cheraucher: p. 195 et se mistrent à vhevaur/icr : p. 97 que il mist deux routes de fjens d'armes ù cheval sur les deux costei de sa liataille et tant mist à faire son ordonnance que bien — — — vindre7it assembler avec — — — .
Remarque. Se mettre a a le sens de commencer, entreprendre quelque chose; mettre ù a plusieurs sens différents, dépendant do la construction de la phrase. Se mettre à se trouve déjà dans Ronc. (XI:e siècle): si se mist a plorer, mais il n'est pas très fréquent dans la langue.
Octroier:
Ex.: p. 78 et le roi/ Phelippe lui demanda et requist liataille par l'evesque de Meault, et le roi/ Edouart lui orfria à estre au jeudi ensuivant.
Remarque. On doit remar(juer (|ue ni Edouart ni lui ne sont sujets de l'infinitif.
Octroier se trouve aussi avec l'infinitif sans prépositon, voir par exemple Miitzner, Altfr. Lieder, III, 29. Comme la plupart des verbes réfléchis, octroier pouvait aussi prendre la préposition de, voir plus haut p. 35.
Ordonner.
Ex.: p. 105 que il ordonna à demourer à cheval à tout bien VII A'X hommes: p. 152 et furent ordonnez rjrant foison d'ostaiyes à cnvoier pour lui en Engleterre; p. 202 Assez tost après fut ordonné Mouton de Blainville à aler devant Conches mettre .
(Se) prendre.
Ex.: p. 39 Apres celle desconfitnre se prindrent à troubler en Flandres fort l'un contre Vautre et prindrent à hair fort leur seigneur: p. 75 Adonc se pirist à chevaucher le pais: pp. 60, 76, 81, 81, 112, 115, 115, 134, 136, 139, U7, 185.
Remarque. M. Schiller, Inf bei Chrestien p. 61, cite un exemple de piremlre avec pour, Perc. 3442: Et si me rendrai à lui pris Por faire quanque bon Ji est. Mais il se voit tout d'abord <[ue pris n'a rien à faire avec 2)our faire. M. Soltmann a trouvé quelques exemples avec l'infinitif sans piéposition et même un avec de: Nie. 1428, Donc se prist il de Dieu prier, t 'hez Yillehardouin et Joinville, (se) prendre se rencontre toujours avec à, voir M. Haase, Synt. Uni. 106.
Befuser.
Ex.: p. •')1 Et plureurs autres chevaliers refusèrent à faire hommage.
Remarque. Refuser se construisait parfois avec de.
Dans le français moderne on dit refuser de et refuser à avec une certaine différence dans le sens. M. Littré, Diet., dit sur cela: "Quand il s'agit de choses, pour lesquelles, si on les accordait, on pourrait dire donner à, refuser prends .la piréposiiion à: Il lui a refusé à diner". M. Bes>herelle aîné, Diclionnaire Xational, cherche h exp\ii\uer cette différence du sens de cette manière: -Refuser à. Se dit par ellipse pour Refuser de donner à. Il lui a refuser à manger, à boire, à coucher. Refuser de. Se dit par ellipse pour Refuser l'avantage, l'occasion, le plaisir, etc. Il m'offrait .>a bourse, j'ai refusé de m'en servir. Refuser d'aller chez quelqu'un" etc. . . . Cependant cette différence dans le sens n'existe pas dans l'ancien français.
Tendre:
Ex. p. 132 car le roij de Xavarre — — tendoit moult à le déshériter.
Travailler:
Ex. p. 103 qui moût avoit travaillic à emperer la ditte pAacc.
Remarque. M. Schiller cite des exemples de se travailler avec de.