‹ Syntaxe du verbe dans la Chronique normandeChapitre 33 sur 37 · Participe passé sans verlie auxilaire · texte numérisé non relu

Participe passé sans verlie auxilaire

Quand le participe passé était seul, il s'accordait en général en genre 'et en nombre avec le substantif ([u'il qualifiait. Ainsi api es une préposition: Ex.: p. 26 après la réponse rendue; p. 59 Apres ces trieves données; p 178 Apres celle paij: faite; p. 34 Apres ce fait; p. 52 Apres ce fait. Cfr dans le latin: ante primam confectam v'igiliam, post Punicum primum perfcctum hélium, etc. . .

Le participe passé peut se rattacher à un mot qui lui sort de sujet et qui n'appartient pas à la proposition principale. Cest-lii ce qu'on apj>ello ahlativus ahsolutus

dans le latin. Les participes absolus servent de compléments circonstanciels à la proposition principale et jouent le rôle de véritables adverbes. Ils ne sont pas rares dans l'ancien français et ont pour la plupart le même sens qu'un adverbe de manière. On les rencontre plus rarement dans le sens temporel. Notre texte en 'a des exemples dans les deux sens: a) p. 29 Puis arint que Gnillau»ie Lougard mourut et enraigea moult hideusement, la langue iraitte. h) p. 153 j)ar tel convenant que dedans un an, la pri.r aci'iiijilie. le dit loij E. vendrait.

Remarque. Cette construction se maintient jusque dans le XYlLe siècle. Par exemple: La Fontaine, L'air devenu serein, il part morfondu. Eux venux, le lion sur les ongles comj/ta, l'orneille. Lui mort, nous n'avons plus de vengeur ni de maître.

Les participes absolus e.Vi'epté et veu, qui précèdent leurs sujets, sont en général invariables comme dans le français moderne. Ex.: p. 25 excepté les princes et les chevaliers, p. 143 excejjte' les X.: p. 159 excepjté deux; p. 193 veu la grant qualité des Englois.

Variable: p. 23 exceptez ceulz qui estaient emprisonnez.

2. Participe passé accompagné d'un verbe auxilaire. a). Participe passé accompagne de Vauxilairc être.

• iHiand le participe passé est accompagné du verbe vtre, il s'accorde en genre et en nombre avec le substantif «ju'il qualifie. Dans l'ancien français cependant, on le trouve parfois invariable et au neutre.

M. Darmesteter, Cours de la gr. hist., p. 171, croit ijue cela dépend de ce que le prédicat précède le sujet et c'est donc un phénomène, analogue à celui de "Nichtcongruens" entre le sujet et le prédicat, voir p. 5. Cette explication n'est pas tout à fait convainquante, parce qu'on trouve le participe invariable même (juand le sujet précède le prédicat. Comme par exemple p. 56 sa gent c-stoit assegié.

C'est peut-être tout simplement le participe passé accompagné du verbe auxilaire avoir, qui a influencé ici. Dans l'ancien français, si l'on avait un verbe au temps passé avec un complément indirect (verbe auxilaire: avoir), le participe passé restait invariable, si l'on voulait seulement accentuer l'action (il a écrit — ) et il s'accordait avec son complément, si l'on voulait indiquer la résultat de l'action (il a écrite la lettre). La petite nuance du sens entre ces deux constructions disparut bientôt et on pouvait les employer sans distinction, l'une aussi bien que l'autre.')

Avec le verbe être, on devait dire: la lettre est écrite. Mais puisiju'on disait: il a écrit et il a écrite la lettre, on parvint aussi à dire ijuelque fois: la lettre est écrit.

b). Participe passé accompagné de l' au:cïlaire avoir.

Comme nous venons de constater plus haut, le participe passé accompagné du verbe avoir pouvait rester invariable dans l'ancien français ou s'accorder avec son complément direct indéjiendamment de ce (juil en était suivi ou précédé.

Par exemple:

1. Le participe s'accorde avec son complément sans en être précédé: p. 20 Le roij E. avoit espousée la suer au beau roy Phelippe: p. 33 qui avoit espoitsée Marguerite; pp. .38, 56, 92, 104, 112, 126, 177, 202.

V Cependant, il faut avouer que le participe s'accorde plus souvent avec son complément, s'il en est précédé et i^uil reste plus souvent invariable, s'il précède.

2. Le jtarticijie passi', pn'cédv de son compMnient, reste invariable : p. 18 car ceidz que Jaques ij ai oit laissié — — — ; p. 21 quelles nouvelles ces cheimlicrs avaient ajiortc ; pp. 28, 59, 92, 103, 151, 159, 201.

Dans les autres exemples que nous avons trouvi's dans la clironi<iue normande, le participe se conforme aux régies modernes: le participe passi', accompagne'- de l'auxilaire ((voir s'accorde avec son complément direct, s'il en est précédé; il reste invariable, s'il en est suivi on s'il n'en a pas.

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