Participe passé suivi d'un infinitif
Kn parlant de raccord du participe passé, suivi de l'infinitif, il. Darmesteter, Ciiurs de la gr. hisf. IV, p. 174, dit: Dans l'ancienne langue l'accord (Hait gc'ncral, et il cite deux exemples de faite avec l'infinitif. Cela est un peu étonnant, puisiiue dans l'ancien français le paiticipe passé- dans ce cas-là le plus souvent restait invariable. M. Buisse, Die Congruenz des Part. Prœt. zum. Anfc(ng des XIII Jahrh. p. 61, a fait un tableau sur les participes passés suivis de l'infinitif et nous nous permettons de le reproduire ici:
cas accord
Eoland 2
Ogicr D((nois 26 1
La mort de Garin 6 —
Raoul de CamJir. 9 —
Ren. de Montauhan 11 —
Huon de Bordeau.r 34 —
Mainet 3 —
') Quand M. Mercier dans son Histoire des participes français p. lOtî, examine les jiarticipes des verbes impersonnels, il dit: Le participe s'accorda arec son régime absolument comme dans les temps composes du rerhe actif, et il cite deux exemples de Eoland: 2-268 quatre perruns i ad de marbre faiz; 2271 Huit sunt H pui e malt hait sunt li arbre quatre jierruns i ad lu/sanz de marbre.
On voit tout de suite que fai: et luisam ne sont pas des participes impersonnels, mais des adjectifs verbaux tout simplement, qui s'accordent avec les sujets logiques en genre et en nombre.
Un peu plus loin sur la même page il cite encore un exemple ide Boncesrals) qu'il place à côté des deuï autres: Deus! tantes hanstes i ad par mi brisées Escus fruiseï et hroingnes desmaillées!
Ce n'est pas l'état mais l'action qu'on veut indiquer dans cet exemple. Cette construction n'était pas rare dans l'ancien français; dans notre chronipue nous la trouvons en plusieurs endroits. Ex.: p. IQO II eut plu.^eurs forteresses prinses; p. 1.5S (= forteres.ies) et d'assaut il en eut prinse-'f. Parfois le sujet logique pouvait être omis: par exemple p. 117 là ou il y ot vailluninent combatu ; p. 193 et y ot en ptuseurs lieii.r bien combatu.
Dans aucun de ces exemples nous ne trouvons le participe passé des verbes impersonnels,
cas accord
Le roman d. Mont St. Michel 4 —
Guillaume d'Orange 1
Pcrveial (î —
Trigtan 12 —
Bou 12 —
Guillaume d'or 21 1 (?)
Garin le Loherain 23 1
Miinchcner Brut 5 1 -f- 2 (?)
C/iron. des ducs île Xorm. 49 7
Roman de Brut (Wace) 13 2
Dans notre texte nous avons quatre exemples du participe passé suivi Je l'infinitif. Variabl^: p. 202 places que il avait faites enforchr. Invariables: p. 118 la monnaie qu'il avait fait furgicr; p. 12(5 les autres que avait fait justicier; p. 64 un avait veu emhuchcr gens.
Dans l'ancien français, on aimait à. remplacer le verbe simple avec faire suivi d'un infinitif et on commençait h regarder faire comme un espèce de verbe auxilaire: (""est à cause de cela i|u'on laissait souvent invariable le paiticipe passé fait suivi d'un infinitif. Dans le français moderne cela est devenu règle.
Remarque. P. 11 nous lisons: et ij cuida trouver le navire du raij d'Angleterre, mais les Anglais l'avoiejit esquippée. C'est le mot féminin nés (= navire) i|ui a troublé l'auteur et causé la forme féminine du participe.