DES PRINCIPALES PRÉPARATIONS OFFICINALES DE L'IODE
Je vais, avant de traiter de ces préparations, retracer rapidement l’histoire de l’iode qui offre, de nos jours, un si grand intérêt par l’extension considérable que son usage a pris, depuis quelques années, dans la médecine et dans un art qui lui doit son origine : la photographie.
En 1811, Courtois, salpêtrier à Paris, s’occupant d’extraire les soudes des varechs, remarqua un corps noir qui attaquait le fond des bassines et qui, lorsqu’on le chauffait, répandait des vapeurs violettes magnifiques. En traitant ce corps par l’ammoniaque, il obtint un composé qui fulminait par le choc. Courtois remit de celte substance à Clément qui en étudia quelques propriétés sans se douter, toutefois, qu’il était en présence d’un nouveau corps simple. En 1813, Gay-Lussac l’étudia d’une manière plus complète; il constata qu’il avait affaire à un corps simple inconnu jusqu’alors et qu’il appela iode, nom tiré de la couleur de ses vapeurs. 11 écrivit sur ce sujet un mémoire trèsimportant qui fut présenté à l’Institut. Depuis cette époque,
l’iode a élé l’objet de travaux importants de la part d’un grand nombre de chimistes, parmi lesquels il faut citer Davy, Yauquelin, Colin, Gaultier de Claubry.
C’est un corps solide, d’un gris bleuâtre, sous forme de lames rjiomboïdales larges et brillantes, ou quelquefois d’octaèdres allongés. On l’obtient sous cette dernière forme en abandonnant une solution aqueuse d’acide iodhydrique, au contact de l’air dans un flacon ouvert. Il fond à 107° en un liquide brun-noirâtre ; vers 175° il entre en ébullition et répand d’abondantes vapeurs d’un beau violet foncé. L’eau distillée n’en dissout que 1 /7000 ; mais si elle est chargée d’iodure alcalin ou d’acide iodhydrique, elle en dissout beaucoup plus. Le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, l’éther, l’alcool, les huiles grasses et volatiles le dissolvent très-facilement. C’est même à l’aide de la benzine et du sulfure de carbone qu’on peut reconnaître des traces d’iode dans le brome, ces dissolvants prenant au contact de l’iode une belle couleur pourpre ou simplement améthyste, si la proportion d’iode est très-faible.
L’iode se rapproche singulièrement du chlore et du brome par ses propriétés chimiques, mais ses affinités sont moins énergiques, et il arrive après eux dans la série électro-négative. II suit de là qu’il est déplacé de ses combinaisons par le chlore et le brome, à moins qu’il ne s’agisse de combinaisons où l’iode est l’élément électro-positif, auquel cas l’ordre des affinités est renversé : ainsi l’iode se substitue au chlore dans l’acide chlorique, tandis que le chlore se substitue à l’iode dans l’acide iodhydrique.
L’iode contracte des combinaisons avec la plupart des corps simples ou composés, inorganiques ou organiques. Avec l’oxygène il forme les acides hypoiodique, iodique et hypériodique. Avec l’hydrogène, l’acide iodhydrique. Avec l’azote, l'iodure d’azote composé auquel on a d’abord attribué la formule Az I*, mais que MM. Bineau et Bunsen ont démontré renfermer de l’hydrogène, sans qu’on soit néanmoins exactement fixé sur sa véritable composition. Avec le soufre, il forme l’iodure de soufre dont la proportion des éléments est très-variable. Avec le chlore et le brome, il forme du proto-chlorure et du perchlorure d’iode 1 Cl et 1 Cl 3 , puis du proto-bromure et du perbromure d’iode I Br et 1 Br 3 . Avec le cyanogène, il engendre le composé Az C 2 1,
qui est sous forme de longues aiguilles blanches et brillantes, remarquables par la facilité avec laquelle elles se volatilisent et se déplacent sous rinfluence d’une faible chaleur. Avec la plupart des métaux, il forme des iodures tantôt solubles et tantôt insolubles, dont quelques-uns ont une grande valeur en thérapeutique. Mais c’est surtout avec les composés de nature organique, qu’il présente les propriétés les plus remarquables. Par sa tendance à s’unir avec l’hydrogène, il emprunte ce gaz aux corps qui le renferment pour former de l’acide iodhydrique en même temps qu'il se substitue, équivalent pour équivalent, à l'hydrogène déplacé. On comprend qu’il puisse être ainsi la source d’un grand nombre de composés organiques artificiels.
Quand l’iode agiten présence d’un alcali sur certaines matières organiques, telles que l’esprit de bois, l’alcool, l’éther, ladextrine, la gomme, les matières albuminoïdes, il donne naissance à de l’iodoforme C 2 H1\
Lorsqu’on reçoit sur une lame d’argent des vapeurs d’iode, il ne tarde pas à se former une couche d’iodure d’argent extrêmement mince, que la lumière réduit avec facilité : c’est là le point de départ de la daguerréotypie.
L’iode et ses combinaisons solubles donnent avec les sels d’argent un précipité jaunâtre insoluble dans l'ammoniaque ; avec les sels mercureux un précipité jaune-verdâtre ; avec les sels mercuriques un précipité d’un beau rouge. Mais la réaction la plus caractéristique qu’offre l’iode, c’est de développer une coloration d’un bleu très-intense par son contact avec l’amidon, réaction qui peut être mise à profit pour déceler des traces d’iode. Cette combinaison se décolore si on élèvçj.a température vers 72° ou 75°, pour reprendre son aspect primitif par le refroidissement.
Le tannin jouit de la propriété de dissimuler l’iode, tout en lui conservant son action sur l’économie; cette propriété a été mise à profit par M. Gnillermont pour la préparation du sirop iodotannique.
L’iode n’existe dans la nature qu’à l’état de combinaison avec le potassium, le sodium, le magnésium, l’argent, le mercure. Cependant il existe une roche dans les environs de Saxon (Valais), qui émet continuellement des traces de vapeur d’iode. On le trouve à l’état d’iodure alcalin dans les eaux de la mer, dans les
fucus et les varechs qui croissent au bord de ces eaux. On l’a trouvé à l’état d’iodate et d’iodure dans l’azotate de soude du Chili ; à l’état d’iodure d’argent au Mexique et au Chili. M. Bussy en a constaté la présence dans la houille de Commentry (Allier), qui le dégage pendant sa combustion à l’état d’iodhydrate d’ammoniaque. Enfin, dans ces dernières années, M. Chatin a signalé l’existence de l’iode, soit dans l’atmosphère, soit dans l’eau des sources, des fleuves, des rivières, ainsi que dans les plantes qui s’y développent.
On prépare l’iode au moyen des eaux mères des cendres des varechs qui ont déjà laissé déposer les chlorures et les sulfates qu’elles renfermaient, L’iode s’y trouve à l’état d’iodure de potassium. On fait agir sur la solution un courant de chlore, en évitant d’en mettre un excès qui redissoudrait l’iodé; il se forme un dépôt qui a l’aspect d’une poussière noirâtre. On recueille le dépôt, on le distille et on obtient finalement lUode sous forme de paillettes. On peut aussi traiter ces eaux mères dans un appareil dislillatoire, au moyen de l’acide nitrique ; il se fait dans ce cas du nitrate de potasse, de l’acide hypoazotique et de l’iode. Enfin, on peut encore préparer l’iode au moyen d’un iodure alcalin et d’un mélange d’acide sulfurique et de bioxyde de manganèse, ou plus simplement au moyen de l’acide sulfurique seul. 11 se forme dans ce dernier cas de l’acide iodhydirique, mais l’acide sulfurique jouit de la propriété de le décomposer.
Pour s’assurer de la pureté de l’iode, il faut vérifier sa complète volatilité et son entière solubilité dans l’alcool.
Quand l’iode est en dissolution, on peut avoir besoin de le doser. Ce dosage pourra s’effectuer commodément, soit à l’aide du nitrate d’argent qui le transforme en iodure d’argent insoluble, soit au moyen du nitrate ou du chlorure de palladium, qui donne lieu à la formation d’iodure de palladium insoluble. Onpeutaussi doser l’iode volumétriquement à l’aide d’une solution d’acide sulfureux, ou mieux d’arsénite de soude qui se conserve indéfiniment.
La solution titrée renferme une petite quantité d’amidon en solution. On verse la liqueur iodée dans un volume donné de la solution titrée, et ce n’est que lorsque tout l’arsénite de soude est transformé en arséniate que l’iode ajouté colore le liquide en
bleu. De la quantité de liqueur iodée employée on déduit sa richesse en iode. Si l’iode se trouvait dans la liqueur à l’état d’iodure il faudrait se servir d’une solution d’arsénite de soude contenant assez d’acide sulfurique pour mettre l’iode de l’iodure en liberté.
M. Dupasquier, qui s’est beaucoup occupé de sulfhydrométrie, a eu l’heureuse idée de substituer, pour ce dosage du soufre dans les eaux minérales, l’iode à l’acide arsénieux et aux sels métalliques. L’iode décèle la moindre trace de principe sulfureux ; il décompose l’acide sullhydrique et les sulfures, en précipite le soufre et forme de l’acide iodhydrique et des iodures. Le moment précis de la destruction complète de l’acide sufhydrique ou' des sulfures est indiqué par l’amidon qu’on a eu soin d’ajouter au liquide à examiner et qui bleuit aussitôt que l’iode est en excès. La quantité d’iode employée fait connaître la proportion de soufre.
L’iode a été introduit dans la thérapeutique par un médecin de Genève, M. Coindet, qui le prescrivait en nature aux goitreux. Plus tard, Lugol, médecin à l’hôpital Saint-Louis, l’appliqua avec beaucoup de succès au traitement de la scrofule. M. Ricord à son tour l’emploie avec le même succès sous forme d’iodure rriercureux contre les accidents syphilitiques secondaires et sous forme d’iodure de potassium contre les accidents tertiaires. M. Velpeau s’en est servi d’une manière très-heureuse en injections dans certaines plaies comme d’un excellent modificateur. Administré à l’intérieur, même à dose excessivement minime il est absorbé et ne tarde pas à amener l’amaigrissement et l’atrophie des diverses glandes. C’est un des médicaments dpnt l’élimination s’opère avec le plus de promptitude par toutes les sécrétions.
TEINTURE DÜODE (Tinctura cum fodo.)
tode. . .. 10 gr.
Alcool à 90°. 120 gr.
Faites dissoudre; filtrez.
U est bon de ne préparer que de petites quantités à la fois de cette teinture, parce qu’avec le temps une partie de l’iode se transforme en acide iodhydrique. Il se fait même, suivant Gopel, un peu d'éther iodhydrique, d’éther acétique et d’aldéhyde. 11 en
résulte que telle teinture qui récente précipite abondamment par l’eau, un an ou deux après ne présentera plus du tout ce caractère, puisque l’acide iodhydrique a la propriété d’augmenter le pouvoir dissolvant de l’eau pour l’iode. Une teinture récemment préparée, traitée par deux fois son poids d’eau, doit abandonner l’iode qu’elle renferme et le liquide surnageant ne doit conserver qu’une teinte légèrement jaunâtre due à la solubilité propre de l’iode dans l’eau.
Pour reconnaître et doser l’acide iodhydrique dans la teinture d'iode, il faut précipiter l’iode par la tournure de cuivre. Le liquide acide et incolore qui du reste est traité par le nitrate d’argent qui donne lieu à un précipité jaune d’iodure d’argent qu’on recueille, qu’on sèche et qu’on pèse.
On admet généralement que l’iode emprunte de l’hydrogène à l’alcool et qu'il se substitue à cet hydrogène dans l’alcool, équivalent pour équivalent. Cependant il paraît possible que l’eau entre également pour quelque chose dans cette transformation de l’iode, car si on chauffe légèrement de l’eau iodée, on la voit bientôt se décolorer et on peut constater alors que cette eau offre une réaction acide. M. Commaille prétend qu’on évite l’altération de la teinture d’iode en la conservant dans des flacons en verre noir. L’expérience a été tentée par d’autres chimistes qui n’ont jamais pu constater cette action préservatrice.
IODURE DE POTASSIDM.
(loduretum Potamcum.)
Iode. . .. tOOgr.
Tournure de fer. . 30 gr.
JîîM distillée. 500 gr.
Carbonate de potasse. q. s.
Versez l’eau dans une capsule de porcelaine : ajoutez y le fer et l’iode; agitez et chauffez jusqu’à ce que la liqueur primitivement colorée en brun foncéjdevienne presque incolore. Filtrez la dissolution d’iodure de fer; lavez le résidu avec de l’eau distillée que vous ajouterez au produit déjà filtré ; versez dans ces solutions réunies et chaudes le carbonate de potasse dissous jusqu’à cessation de précipité (les doses portées dans la formule exigent environ 80 grammes de carbonate de potasse).
Séparezle dépôt de l’iodure de potassium, en solution, au moyen du filtre ; lavez avec soin le précipité ; ajoutez de l’eau de lavage à la liqueur filtrée et évaporez à siccitédans une chaudière de fonte. Redissolvez le produit dans quatre ou cinq fois son poids d’eau ; filtrez ; évaporez dans une capsule de porcelaine et laissez refroidir lentement pour obtenir des cristaux d’iodure de potassium. Soumettez les eaux mères à une nouvelle évaporation.
Ce procédé est de MM. Baup et Caillot. On lui a reproché de donner de l’iodure plus difficilement blanc que les autres procédés. Cependant avec la précaution ci-dessus indiquée d’évaporer à siccité et de reprendre par l’eau on obtient un produit qui ne laisse rien à désirer.
On peut aussi préparer Tiodure de potassium au moyen de l’iode et de la potasse caustique, mais on est obligé de faire intervenir le charbon végétal et de chauffer la matière au rouge pour transformer l'iodale de potasse en iodure. 11 estimportant, comme l’a fait remarquer M. Girault, d’employer de la potasse exempte de soude; l’iodure de sodium étant très-instable, il y aurait de l’iode mis à nu dans le produit.
L’iodure de potassium peut n’être pas pur, il peut renfermer des proportions variables de chlorure et de bromure de potassium, d’iodate et de carbonate de potasse. L’alcool à 90° suffit pour séparer l’iodale et le carbonate de potasse qu’il pourrait y avoir, car ces deux sels sont insolubles dans l’alcool. Quant au chlorure, on le reconnaîtrait en versant dans la solution d’iodure de potassium un excès de nitrate d’argent, recueillant le précipité et le traitant par l’ammoniaque qui dissout le chlorure sans toucher à l’iodure d’argent. Pour constater la présence du bromure, on verse dans la solution d’iodure de potassium un excès d’une solution de sulfate de cuivre. On y fait passer un courant d’acide sulfureux et on filtre pour séparer Tiodure de cuivre qui s’est formé. La liqueur surnageante mise dans un tube avec un peu d’eau chlorée se colore en jaune s’il y a du brome. On pourrait doser l’iode et le brome mélangés à l’état d’iodure et de bromure en traitant leur solution par le nitrate de palladium qui ne précipite que l’iode. 11 serait ensuite facile de doser le brome resté dans la liqueur.
L’iodure de potassium dissout facilement l’iode ainsi que la plupart des iodures insolubles. Il a une grande tendance à se combiner aux iodures métalliques pour former des iodures doubles ; c’est ainsi qu’en dissolvant le biodure de mercure il donne naissance àTiodhydrargyrate de potassium.
II jouit de la propriété de réduire la solution de permanganate de potasse. Le bromure de potassium ne produisant pas le même effet, cette réaction pourra être mise à profit quand on voudra savoir si le bromure de potassium contient de l’iodure.