II. — Syphilis acquise
C’est aux auteurs français que revient l’honneür
d’avoir les premiers appelé l'attention sur les affections
viscérales de la syphilis acquise et en particulier à Lancereaux, qui le premier dans son (Traité historique et prat. de la Syphilis 1866) signale la splénomégalie de la période secondaire. Il disait, à ce sujet, que toutes les glandes vasculaires sanguines sont susceptibles d'altérations portant sur la trame fibreuse et que cette altération est surtout fréquente dans la rate et les ganglions lymphatiques. |
Depuis longtemps aussi Fournier avait signalé dans ses communications et ses ouvragès cette augmentation de volume. Virchow lui, avait déjà en 1859, dans son livre sur La nalure des affections syphilitiques étudié la splénite interstitielle, la gomme et la dégénérescence, mais sans s'occuper de l'importance de ces lésions.
Gregoric en 1870, Moxon Walter en 1871 avaient noté, le premier, la lésion gommeuse, le second la ‘splénomégalie.
Dès 1874 Weil publie trois observations de syphilis : récente avec hypertrophie de la rate, facilement appréciable au palper: : ses malades avaient eu un chancre deux ou trois semaines avant : le traitement fit régresser l'hypertrophie.
Besnier, dans le Dictionnaire de Dechambre, admet que la rate s’hypertrophie durant la période secondaire et qu'il existe parfois un peu de splénodynie.
Cet auteur se demande si les lésions spléniques tertiaires n’ont pas débuté dès la période secondaire ;
notis verrons qu'on ne met-plus en doute l'existence
d’une sypbhilis splénique précoce.
Wewer, en 1876, a examiné un certain nombre de syphilitiques, chez lesquels il a trouvé de la splénomégalie qui disparut à la suite du traitement spécifique : il considérait comme rates hypertrophiées, toutes celles qui donnaient une matité verticale de 7 centimètres au moins.
Cornil, en 1879, dans ses Leçons sur la syphilis affirme la réalité de la splénomégalie dans la syphilis héréditaire, il ajoute qu’il en est probablement de même dans la syphilis acquise, mais d’une façon moins constante.
Gold, dans un certain nombre d’autopsies en 1880, rechérche les lésions syphilitiques de la rate ; il trouve chez des syphilitiqnes secondaires, une tuméfaction de la rate, mais rien ne prouve que cette altération n'était pas le fait d’une maladie intercurrente.
Avanzini et Schuchter, dans leurs observations, arrivent à une moyenne de cinq hypertrophies sur vingt cas de syphilis secondaire (1886).
Branchi communique au Congrès de Médecine interne de Rome en 1888, un ensemble d'observations sur ‘la séméiologie de la rate; il conclut qu’elle aug. mente de volume dans la syphilis, que cette hypertrophie atteint son maximum dans les cas graves et à la période secondaire, enfin. cqron l’observe dans la période tertiaire. Elle diminuerait sous l'influence du traitement.
Quinquaud et Nicolle, dans un mémoire paru en 1892 combattent ces conclusions, Pour eux, dans le cours de
la syphilis acquise, la rate est constamment hypertro-
’ MTS
phiée ; elle l’est avant mème l'apparition du chancre, devance les accidents secondaires, existe pendant la phase exanthématique. Elle diminue à la fin de la première année et n'apparait durant la période tertiaire que dans les cas de syphilis maligne. Ils notent l’im- : portance que peut avoir la constatation de cette hyper- -trophie pour le diagnostic etle pronostic.
Mracek présente, en 1893, à la Société viennoise de dermatologie, une observation de splénomégalie durant la période éruptive de la syphilis, chez un malade indemne de toute autre cause d’hypertrophie splénique.
Soukernik dans sa thèse (1895) apporte des observations personnelles et résume celles de la plupart des auteurs. Sur 61 cas examinés il a, dans 37 observé de . la splénomégalie et 6 fois de la splénodynie.
Litten en 1898, Neumann l’année suivante dans leurs ouvrages sur les affections de la rate et sur la syphilis passent en revue les lésions spléniques; ils en font une étude assez complète, au point de vue histologique.
De Beurmann ct Delherm en 41900, au Congrès de dermatologie, font une étude très sérieuse au point de vue clinique de la rate dans la syphilis acquise.
Guérin (de Bordeaux) dans les Archives provinciales de Médecine de la même année, attire l’attention sur l'état de la rate dans la période tertiaire; nous reviendrons dans le courant de cette étude sur les idées intéressantes et les observations apportées par cet auteur.
Enfin dans son Traité de la syphilis M. le professeur Fournier écrit :
« La rate peut être influencée par la syphilis secon-
Robert
FAT SDS « daire : la splénomégalie est plus commune dans les « étapes jeunes de la diathèse; c’est surtout une mani- « festation secondaire ».
Et il termine en constatant l'importance qu’elle pour- ‘rait prendre s’il était demontré, que cette splénomégalie « est une manifestation exordiale, voir qu'elle peut servir de thermomètre, pour juger de l'intensité et de la permanence de l'infection. »
Cest ce qu’a essayé de démontrer Dentillac dans sa thèse bien documentée de 1901.
Pour lui la splénomégalie est très précoce, elle existe à toutes les périodes ; elle est influencée par l’intensité de l'infection ét l'absence de traitement. C'est un symptôme à rechercher pour le diagnostic et le pro-
nostic.
ÉTIOLOGIE
à Parmi les syphilis viscérales, celle de la rate estune des plus fréquentes, sinon des plus graves, et cela à tous les stades et dans toutes les modalités de l'infec-
Put tion.
Le + 3 à . : . » à +} Elle a une importance assez considérable: on la
méconnaît certainement bien souvent, parce qu'onne 4
songe pas à la rechercher: elle peut pourtant, dans certains cas, mettre la vie du malade en danger et, d’au- ee Fe : tre part, elle est une occasion de triomphe thérapeu- RS tique, car il est facile de rendre la santé, en quelques semaines à des malades qui semblent arrivés à la der- nière période de la cachexie et de l’anémie.
La pe de la rate pue être héréditaire ou
Cela s'explique, car
LA 5 7 En
c’est par la voie, sanguine que se fait l'infection de la mère à l'enfant : ce sont donc le sang et les organes hématopoiètiques qui én subiront les premières atteintes: nous savons aussi que la rate est un des viscères les plus aptes à se congestionner et que sa tuméfaction, dans les maladies infectieuses, semble être en rapport avec la présence, dans la circulation, des bactéries spécifiques à ces diverses maladies.
Non seulement, le virus syphilitique, spirochète pâle ou autre, n'échappe pas à cette règle, mais encore, il semble atfectionner tout particulièrement cet organe.
Le mode d'hérédité ne semble pas jouer de rôle; il importe peu que la syphilis vienne des deux générateurs ou d’un seul.
Pendant la vie intra-utérine, il y a lésion de la rate, tous les fœtus mort-nés macèrés ou non, ont une rate volumineuse.
Chez le nouveau-né c’estune des localisations les plus fréquentes, semble-t-il, de l'infection héréditaire.
Ou bien l’enfant vient au monde, chétif, cachectique, le foie lésé, avec du pemphigus, et sa mort est rapide ; ou bien ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines, parfois de plusieurs années que les accidents débutent.
Quelle que soit l’époque ou se révèle la syphilis héréditaire,les localisations infectieusespeuvent se présenter sous deux aspects : la maladie s’affirme par tous ses traits et la lésion splénique passe au second plan ; ou au contraire, la lésion de la rate attire toute l'attention,
aucun accident spécifique ne l’accompagne.
Su; P'iae
La syphilis héréditaire tardive lèse la rate, peut-être plus fréquemment que l’on ne pense : elle a d’ailleurs peu été étudiée.
Dans la syphilis acquise la fréquence des lésions spléniques est difficile à évaluer car elles sont souvent méconnues.
On croyait autrefois que la syphilis n’atteignait les organes qu'à une période avancée, à la période tertiaire : iln’en est pas ainsi.
Certains organes, et en particulier la rate, sont frappés par elle d’une facon très précoce. L'absence ou l'insuffisance de traitement est certainement un des
facteurs principaux du tertiarisme.