‹ Syphilis et célibat, syphilis et mariage [microforme]Chapitre 1 sur 3 · MONTREAL · texte numérisé non relu

MONTREAL

ÉNREGISTRÉ comformément à l'acte du Parlement du Canada, l'an 1897, par P. E. au Ministère de l’Agriculture.

Prévost,

Partant du principe qu'une chose admise comme vraie n'a pas besoin d'être prouvée, nous nous abstiendions, dans le petit ouvrage que nous présentons au public, de convaincre celui qui le lira qu'il & ou qu'il n’a pas la syphilis Le but que nous nous proposons n'est pas celui d'exposer les signes auxquels nous reconnaissons la syphilis ; le sujet ayant été traité déjà et souvent par des autorités compétentes, et le cas échéant, le patient serait bien maladroit de ne pas consulter aussitôt son médecin, le seul et le véritable expert on la matière.

Il serait superflu et inutile de remonter aux premiers âges pour donner un aperçu du terrible mal qui a décimé la société de tout temps; mais

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il est consolant de se dire relativement heureux aujourd’hui que connaissant mieux la maladie, nous avons à notre disposition les moyens de conjurer le mal, quand dans les âges éloignés de nous, les pauvres malades étaient destinés à périr, sans que la science put retirer le moindre bénéfice d'un empirisme aveugle.

La syphilis, de nos jours fait de grands ravages et il est inoui que, étant si bien armés contre un si grand mal, nous soyons témoins d'accidents aussi nombreux. Nous chercherons donc la cause de ces désordres et l'ayant trouvée, nous essayerons de la faire disparaître en prescrivant des mesures utiles et surtout indispensables pour se tenir en état de santé.

La premiere partie consistera daus la conduite à tenir en cas de syphilis et le traitement que devra suivre le malade pendant des années avant d’'aspirer à l'état conjugal : syphilis et célibat.

La deuxième partie traitera du devoir, de la prudence et du traitement que devra suivre un syphilitique qui aura à coeur de ne pas contaminer son épouse et qui voudra s'assurer une descendance saine : syphilis et mariage.

Nous emploierons, dans le présent travail, des expressions claires et à la portée de tout le monde, notre but étant d'éclairer le public sur un mal

PRÉFACE V qu'il redoute à juste titre et contre lequel il doit se prémunir pour en éviter les atteintes souvent meurtrières, Le soin et les eftorts que nous mettrons à traiter le sujet seront bien récompensés si nous parvenons non seulement à plaire au lecteur et à l’éclairer, mais encore à l'aider à conjurer un aussi redoutable fléau.

La syphilis est un grand conquérant et dans un organisme faible ou surmené, elle se fait fi des résistances et monte vite à l’assaut en démolissant impitoyablement les organisations même les plus solides,

Les plus forts sont bien téméraires de regarder un pareil mal avec indifférence et comme une chose inoffensive, Ils ne savent pas comment tournera le mal et ils se reposent avec confiance sur un passé sans accidents pour ne pas suivre un traitement Judicieux qui pourrait éviter un accident futur peut-être fatal.

La syphilis est constitutionnelle et si bien ancrée dans le sang, que le plus fidèle au traitement peut, seul, espérer une existence supportable et reïativement heureuse. Le syphilitique linprudent qui a négligé depuis des années, peut-être, de

suivre le seul traitement capable de conjurer et de paralyser le mal, vit assurément sur le bord d'un précipice et ne peut être certain de ne pas tomber dans l’abime. Nous avons des exemples nombreux de syphilitiques qui, n'ayant jamais été incommodés pendant des années, ont succombé en peu de jours à des accidents subits ou sont demeurés des invalides par suite de paralysie, de folie ou de débilité anticipée.

Ces imprudents sont certainement l'une des grandes causes qui font que le mal se répand dans une proportion désespérante. (Car ne connaissant pas leur maiadie, son caractère, sa gravité ; faisant peu de cas d’un petit mal de gorge, d’un petit bobo, d’une égratignure insignifiante, d’un herpès aux lèvres ou sur la verge, ils vont dans tous les lieux contaminer ceux qui affectionnent un contact immédiat. Sous l'enthousiasme: d’un sentiment bien légitime, le véroleux déposera sur les lèvres d’une fiancée ou d’une clandestine, en même temps qu'un doux baiser, le germe de la maladie qui la contaminera pour la vie. Se livrant à l'intime baiser avec une courtisane encore indemme, il déposera dans un élan passionné tout ce qu'il faut pour faire de son sujet une victime qui distribuera ensuite le mul à ses nombreux admirateurs. Il caressera un enfant qu'il affectionne ; prendra dans sa bouche malade ses jouets, jouera sa petite musique et y laissera ainsi le produit d’une plaque, d'un ulcère, d’une gengivite qui transportera le terrible mal à ce pauvre petit être désormais maculé pour toute son existence qu’il mènera dans la misère et

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la maladie. Une autre cause de la propagation alarmante de la syphilis est le peu de surveillance qu'exerce l'autorité à l'endroit des femmes publiques qui, trop souvent, font peu de cas de l’état de lenr santé ; des mesures hygiéniques qu'elles négligent, des excès de toutes sortes qu'elles commettent tels que : ces veilles prolongées dans un surmenage physique excessif, mêlant alternativement les boissons alcooliques avec un coït intempestif beaucoup plus ruineux que récréatif, La jeunesse avide de plaisir y dépense, sans réflexion, ses !orces et sa santé et contracte presque fatalement le mal qui demeurera méconnu, sans traitement ct, par la suite, beaucoun plus contagieux.

On peut dire des lupanars, des maisons de prostitution ce que Frélat disait des brasseries à femmes : « Ce bouillon de culture de la vérole », et Fournier : 1 Cette peste nouvelle de notre siècle, 1

Le but qur nous proposons dans le présent travail n’est pas tant de chercher toutes les causes qui expliquent une différence si grande de la syphilis que le désir impérieux et humanitaire que nous éprouvons de conseiller aux malheureux atteints du mal la conduite qu'ils doivent tenir pour se prémunir contre les dangers et s'assurer une bonne santé.

Dans les conseils que nous leur donnerons, nous toucherons encore à quelques autres causes de contagion, ce qui permettra aux personnes consciencieuses et prudentes de reconnaitre la grande culpabilité de ces gens aussi maladroits qu'irréfiléchis qui vont par le monde distribuer leur maladie,

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parce qu’ils ont négligé de se traiter, et qui poussent le cynisme jusqu'à vouloir contaminer sciemment une partie de l'humanité.

Si la syphilis est surtout virulente et mortelle lorsqu'elle apparait pour la première fois dans une société, c'est bien, je le crois, dû à l'ignorance que nous avons de la maladie qui entraîne un traitement erroné ; dû encore à l'acte coïtal que continue d'accomplir le grand nombre déjà atteint se surmenant et s'épuisant ainsi tout en contaminant les autres, jusqu'à ce que tout le monde, miné par le même mal, se voie péricliter et descendre la pente fatale de l'existence et soit destiné à périr dans l'impénitence finale pour avoir négligé l'hygiène, pour avoir sacritié à Bacchus, à Vénus, les moments qui appartenaient en toute justice à la cure par le mercure, à la discipline et à l'hygiène. C'est la négligence. en général, qui conduit à des résultats désastreux et si quelquefois une constitution offre plus de prise au virus syphilitique, malgré tous les soins et les traitements, cependant, admettant que la syphilis est une seule et même maladie pour tout le monde, nous pouvons affirmer que celui qui a souci de sa santé et qui suit avec intelligence le long et sévère traitement que nécessite le inal, pourra reconquérir, sinon absolument, au moins presque absolument une santé gravement atteinte mais solidement reconstituée.

Quand nous disons que la syphilis est une seule et même maladie pour le monde entier, nous ne voulons pas dire que tous les cas ont la même gravité, car avec Diday, un grand syphiligraphe

français, nous voulons bien admettre qu'il y ait des cas de syphilis ébauchée, très faible quoique ce soit en très petit nombre — qui aient guéri, dit-on, sans aucun traitement spécifique au bout de quelques mois — mais nous ferons cette restriction sérieuse que la bénignité d’une syphilis, pendant ses deux ou trois premières années — surtout chez des personnes adonnées à des excès — ne met pas à l'abri de déterminations viscérales, d'accidents tertiaires d’une fatalité souvent assurée. Et quoiqu'il y ait des cas légers qui guérissent d'euxmêmes, il ne s'en suit pas qu'on doive négliger le traitement et ne pas prendre les spécifiques qui sont indiqués dans les cas graves ou malins. La bénignité ne peut pas constituer une contre-indication et celui qui se sait syphilitique de par le témoignage de son médecin et qui néglige de se soigner, s'expose à des accidents sérieux en même temps qu'il devient un grand coupable devant la société.

La syphilis, traitée ou non traitée, récidive presque fatalement pendant les premières années de son évolution et alors même que les mantfestations se sont éteintes depuis longtemps, on ne peut affirmer qu'il n'en surviendra pas de nouvelles quoiqu’on soit justifiable de dire qu'une syphilis est guérie après un traitement de plusieurs années : car il n’y a pas de sigue infaillible qui donnera la certitude que la maladie constitutionnelle n'existe plus.

A plus forte raison, celui qui est syphihitique et qui ne suit aucun traitement sera-t-il exposé à

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des récidives beaucoup plus graves, malgré le scepticisme ridicule qu'il fait mine de montrer dans son ignorance à l'endroit d'un mal qui n'a eu pour lui dans le passé, aucune gravité et cela malgré son abstention complète de tout traitement malgré ses excès et ses imprudences Un jour viendra irrévocablement, où le mal prenant le dessus deviendra terrible dans une constitution délabrée et non préparée pour l'assaut; et par le fait d’un rapide épuisement de ses forces, l'imprudent tombera après une série d'actions morbides répétées et de réactions salutaires incomplétes, dues à l'intervention tardive du médecin, dans un état de marasme sans issue et de cachexie irrémédiable.

Le syphilitique doit donc se traiter et se traiter avec intelligence en suivant à la lettre les conseils de son médecin. Il n’y a pas de temps à perdre et c'est en vain qu'il dépenserait toutes les chances d’un résultat favorable en se traitant bien dès le début si, s’apitoyant sur son sort malheureux et perdant courage dans la poursuite d’une cure aussi longue, il abandonnait après quelques mois le seul traitement justitiable de le rétablir dans la circonstance.

Ce n'est pas tout de suivre avec soin le traitement qui doit le sauver; il y a encore toute une discipline très sévère à observer dans sa vie au contact des autres, pour éviter la contamination de ceux qui sont encore indemnes. Ce n'est pas le cas de dire : “ Si tu ne crains pas Dieu, crains au moins la vérole,” mais à un syphilitique ignorant

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les dangers auxquels il expose les autres, maïs bien attentionné et particulier, nous devons dire: “Si tu ne crains pas la vérole, crains au moins de la donner”. Nous lui dirons ici et maintenant ce qu'il doit faire et la conduite qu’il doit tenir pour éviter de contagionner les autres, ce qui peut se faire de bien des manières.

D'abord, qu'il soit bien compris que nous ne contractons la syphills que s’il y a une porte d’'entrée pour le virus syphilitique, c’est-à-dire, s'il y a une érotion, une ulcération, un bobo quelconque, une simple égratignure même. C’est aiusi que des médecins accoucheurs ont contracté la maladie, en touchant des femmes syphilitiques, porteurs d’accidents dans le vagin, à l'endroit de l'index où ils ignoraient avoir le moindre mal — c'est vous dire, en passant, qu'on a toujours le chancre induré (1ère période de la syphilis) au point d'inoculation du virus. — Mais par le fait qu'une personne indemne a un bobo qui vient en contact avec un syphilitique, il ne s’en suit pas qu'elle doive prendre la syphilis Non. Car si le syphilitique n’a pas luimême une porte de sortie pour le virus, c'est-à-dire une érotion quelconque, il ne transmettra pas la maladie, puisque le virus contenu dans son saug n'est pas venu au contact d'un sang étranger et que la peau n'est pas contagieuse,

Le syphilitique ne sait pas, en général, si les autres n’ont pas une érotion quelque part qui pourrait arriver à son contact. C’est donc pour jui un devoir d'agir avec circonspection, alors qu'il se sait atteint de petits accidents. Nous appelons petits

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accidents qui sont très contagieux, les maux de gorge, les maux des gencives, des lèvres, de la langue, de la verge, de l'anus; accidents qui se présentent sous divers aspects et que nous appelons la plupart des plaques, des condylomes. Quand il aperçoit de ces accidents, il doit éviter de faire usage des mêmes objets dont pourraient se servir les autres, comme cuiller, couteau, fourchette, verre, pipe. Il doit s'abstenir de prendre dans sa bouche les jouets des enfants et éviter d’embrasser sur les lèvres ou sur les parties cutanées marquées par la moindre égratignure. Toujours donc éviter un contact quand il se connaît le moindre accident. Un syphilitique, cependant, peut avoir des plaques plein sa bouche, et n'avoir rien sur la verge; c’est dire alors qu'il peut, sans danger pour la femme, avoir des rapports sexuels avec elle, pourvu toutefois qu'il se mette en garde contre la contagiosité de sa bouche.

Un célibataire peut donc toujours éviter de contaminer une autre personne, s'il a conscience de l'énorme responsabilité qu'il a vis-à-vis la société. Il peut toujours et facilement suivre son traitement pour améliorer et faire disparaître ces accidents dangereux sans qu'il soit aux prises, à certaines heures avec une épouse qu'il n’a pas encore ou avec une maîtresse qu'il peut éloigner avec habileté.

C'est bien le diable s'il se laisse attendrir par les :

lamentations d'une maîtresse, qui dans ses tournents et ses larmes, lui fait des reproches amers de son indifférence et de son éloignement.

— Sois fort, mon homme, si tu succombes, c’est

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