CONCLUSION
Il ne faut donc pas se faire illusion sur la gravité de la syphilis, car malgré sa bénignité apparente ou réelle, n'oublions pas que eette maladie est due à un virus contenu dans le sang, lequel virus, profitant d'une moindre résistance de l'organisme, d’inoffensif qu'il est, devient menaçant et terrible chez les sujets qui s’affaiblissent, se surmènent et se
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nbitont Il est vrai que ii virulence du Sang chez les sujets syphilitiques s'affaiblit progressivement et tend à disparaître à mesure que la maladie s'éloigne de son début ; mais d'ici là, combien de dangers ne courent-ils pas, les vérolés qui abandonnent avec insouciance la maladie qui suivra son cours, en creusant, plus effroyable que jamais, un sillon désastreux dans le flanc exposé de la société, Cette contagion de la syphilis ne se fait pas par l'intermédiaire de l'air, comme pour lu variole, la diphtérie, etc, car le virus syphilitique n'est pas volatil. Il ne peut se répandre dans l'air ni se propager à distance. à la manière des miasmes ou autres agents producteurs des maladies épidémiques. C'est toujours sous une forme palpable et par contact immédiat que la syphilis se communique. Pour que cette maladie puisse ainsi conserver sa virulence pendant des années et n'être vaincue qu'à force d'assauts et de résistance continuelle ; en considérant que le virus syphilitique possède au plus haut degré l'attribut fondamental des êtres vivants, c'est-à-dire, la faculté de se reproduire et de se multiplier, il est permis de croire, bien que le microscope ne l'ait point encore démontré, que la syphilis est de nature parasitaire.
Le laconisme de ce travail, nous renfermant dans ses étroites bornes ne nous à pas permis de traiter plus en détail un sujet aussi important, mais pour peu que le public en reconnaisse la valeur et le danger, nous espérons avoir contribué à élucider ce sujet aride et ignoré, à avoir fait connaître ce mal terrible qui côtoie toutes les existences et qui
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32 SYPHILIS ET MARIAME
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ne choisit pas ses victimes. Nous n’hésitons plus à avancer et à répéter aux personnes soucieuses de leur santé et aux législateurs peut-être coupables de négligence; aux célibataires, aux maris, aux vérolés en général, que la syphilis, étant une maladie vuulente, constitutionnelle, elle ne saurait être considérée comme une maladie bénigne.
Du moment que d'emblée une maladie devient constitutionnelle, qu'aucun organe n'échappe à son action par suite de son évolution progressive, que cette maladie peut se transmettre par l'hérédité, qu’elle est aussi grave pour le descendant que pour l'ascendant, on ne peu dire qu’elle est bénigne.
La syphilis, tout concourt à le prouver, est une maladie des plus graves. Elle est grave non seulement pour l'individu lui-même, mais pour toute la nation qui se trouve frappée dans sa vitalité. Non seulement la syphilis produit une dégénérescence de la race, mais encore elle nuit à la reproduction, elle est une cause de dépopulation. (Martineau).
Nous rappellerons, vu l'importance de ce détail, que c'est toujours par effraction que la syphilis y “nètre dans l'organisme, ce qui veut dire que la co, ‘agion syphilitique ne s'opère jamais qu'à la condition que la partie, peau ou inuqueuse, qui subit le contact de la matière virulente soit dépouillée de son épiderme où de son épithélème. Ne perdons pas de vue, aussi, qu'aucun point accessible de l'enveloppe cutanée ou muqueuse n’est réfractaire, chez un sujet sain, à l'action primitive du virus syphilitique. C'est donc rappeler, par cet
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aphorisme, toute la vigilance que doit mettre un sujet syphilitique à se surveiller et à éviter tout rapport sexuel quelccrique, s'il se connaît des accidents pouvant arriver au contact de la peau ou d'une muqueuse d’une personne saine et portant des excoriations souvent méconnues ou des érotions quelquefois mal soignées.
Voulant rester dans les limites que nous nous sommes imposées au début de cette étude et ne nous occuper que des questions générales et sociologiques que la propagation alarmante de la syphilis soulève, nous avons omis avec intention de parler en particulier du traitement que ne pourrait comprendre un public intelligent, nous n’en doutons pas, mais ignorant absolument les choses de l'art. Nous savons qu'il existe des idées tout-à-fait erronées sur le compte de la syphilis, dans le public et peut-être même chez quelques médecins peu au courant de ce sujet spécial, et nous nous sommes efforcé d’en faire connaître la valeur et l'importance mais surtout la gravité et les conséquences néfastes arrivant à une échéance sûre et plus ou moins rapprochée du début. Nous avons noté l’incurie
coupable des vérolés qui abandonnent à la seule nature le travail d'une guérison lente où d’une régénération qui ne vient pas, et nous n'avons pas oublié de dire que la syphilis, pour ne pas avoir une évolution immédiatement désastreuse, ne cède pas à la nature libératrice un avenir orageux et effroyable chez les personnes négligentes et extravagantes. Nous ajouterons que si. tout-à-coup, ia syphilis devenait une de ces maladies qui, au lieu
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de miner lentement la constitution d’un homme, le tuent en quelques heures, si la contagion amenait la mort presque foudroyante, tenez pour certain que les syphilitiques aveugles et coupables trouveraient moins de temps pour leurs agissements ruineux et que leur culte pour la liberté individuelle et leur abstention absolue aux règles de l'art et de l'hygiène se refroidirait singulièrement une fois cinglés par l’aiguillon meurtrier du mal qui ne pardonne pas aux criminels.
La science est positive sur cette question et ne fait exception pour personne, Elle condamne tout sujet syphilitique à se soumettre à une longue hygiéne,— à moins d'accidents funestes — à un traitement long et sévère. Si chaque vérolé, connaissant maintenant les dangers auxquels il expose ses semblables, prenait toutes les précautions que nécessite son état, si chacun poursuivait avec
sagesse son traitement, si les législateurs réglemen-
taient un peu plus sur les devoirs qui leur incombent, et qu'une chasse habile serait dirigée contre la prostitution clandestine ou reconnue, nous pourrions espérer voir sinon disparaître, au moins diminuer dans une proportion sensible le mal terrible qui rouge et mine notre société.
Montréal, octobre 1897
ACHIS