‹ Syphilis et déontologieChapitre 2 sur 29 · MASSON ET G'% ÉDITEURS · texte numérisé non relu

MASSON ET G'% ÉDITEURS

LIBRAIRES DE l'académie DE MéoEGlNE 120, BOULEVARD SAINT-OERMAIN

lANE LIBRARY. STANFORD UWIV£RSIT<

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La syphilis est. aux veux de la crrande majorité des gens du monde, un brevet d"iû<ronduite.

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INTRODUCTION

La syphilis est, aux yeux de la grande majorité des gens du monde, un brevet d'inconduite.

Quelques-uns savent bien, par expérience personnelle, qu'elle peut être la conséquence de rapports sexuels peu fréquents, voire même d un seul rapport sexuel.

D'autres savent qu'elle peut se transmettre en dehors des rapports sexuels, par les contacts les plus innocents.

Elle n'en est pas moins, de par sa réputation séculaire, une maladie que personne ne se vante d'avoir eue.

Les médecins auront beau faire, la présenter comme une maladie comme les autres, elle n'en restera pas moins, pendant longtemps sans doute, la maladie secrète par excellence, celle qu'on ne veut pas voir révéler.

En effet, fût-elle même la maladie dont on parle partout, n'imprimât-elle aucun déshonneur à ceux qui en sont atteints, elle restera la maladie qu'on n'avoue pas avoir eue: susceptible de se transmettre par hérédité, elle demeurera, quoi qu'on fasse, une tare pour une famille, et, comme d'autres

Vî IPfTfiODUGTlON.

tareSj l*épilopsie et le cancer par exemple, personne ne tiendra guère à ce que son existence dans son ménage soit de notoriété publique.

De ce fait qu'elle est et doit rester une maladie secrète, la syphilis occupe une place à part dans la pratique, impose au médecin des devoirs spéciaux, ou tout au moins des devoirs plus stricts que la jilupart des maladies.

Le secret professionnel, qui lui est imposé en toutes circonstances, revêt en matière de syphilis un caractère plus rigoureux encore et plus impérieux; son observation est, parle client, plus anxieusement demandée et espérée ; sa divulgation est, par contre, plus instamment réclamée par d'autres, que meuvent des motifs divers, depuis Tintérêtdu malade, Tintérôt de ses proches jusqu'à la curiosité et à la malveillance*

Contagieuse à un haut degré, se transmettant par contact direct ou indirect, la syphilis réclame, pour ne pas se propager plus activement encore qu'elle ne le fait, des précautions diverses, parfois rigoureuses.

Ces précautions, le médecin doit non seulement les conseiller, mais même il doit les imposer, et les imposer au malade et à son entourage.

D'évolution lente, de durée longue, avec ses ma-' uifeB ta lions variées et souvent récidivantes^ la syphilis est un dommage pour qui la contracte.

INTRODUCTION

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Ce dommage, le médecin doit empêcher que Finsoucîance du malade et l*absenee de soins ne le rendent plus considérable encore.

11 peut aussi avoir à le constater, à Tévaluerjplus souvent à évaluer ce qu'il pourra être, ce qu'il pourra devenir en telle ou telle circonstance.

La Société est atteinte dans ses intérêts, dans sa force totale, chaque fois qu'un de ses membres est malade ; son intérêt est qu 'il soit soigné et guéri leplus rapidement et le plus complètement possible* Elle est plus atteinte encore par la syphilis cjue par bien d*autres maladies, parce que cette maladie compromet Texistence de celui qui en est atleint, parce qu*elleest transmissible a sa descendance par hérédité, parce qu'elle est contagieuse et susceptible d'atteindre, de proche en proche, un plus ou moins grand nombre de ses membres.

En soignant un syphilitique, en Tempêchant d'être n oeil" pour sa descendance, le médecin remplit donc un devoir social. En le mettant en garde contre la contagion possible, en lui fournissant les moyens de l'éviter, il remplit encore mieux ce devoir. En prémunissant la Société contre les dangers de contagion par ce' malade, il ferait mieux encore.

Devoirs envers Tindividu malade, protection de ses intérêts par l'observation du secret professionnel, protection de sa santé par le traitement, devoirs envers la Société, protection de la collectivité contre

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INTRODUCTION

les dangers de la contagion par les individus malades, telles sont, en résumé, les obligations qui incombent au médecin.

Ces devoirs semblent souvent contradictoires, incompatibles, les intérêts en présence étant opposés. En réalité, l*incompatibilité est souvent plus apparente que réelle, et il s'en faut de beaucoup que des intérêts opposés soient toujours inconciliables; mais, pour découvrir comment ils sontconciliables, il faut souvent regarder ail leurs et plus haut queTinlérèt immédiat et apparent des parties en cause, il faut rechercher les conséquences ultérieures de toutes les solutions en présence, considérer le principe et Tesprit des règles à appliquer tout au moins autant que leurs termes stricts, il faut souvent réfléchir aux conséquences qu'entraînerait telle ou telle solution si elle était appliquée, non seulement au cas considéré^ mais à toute une série^de cas analogues.

Pour fixer sa conduite, le médecin a plusieurs guides ; sa conscience, la loi, la tradition médicale; cette dernière, qui souvent a devancé la loi et qui lui a plus d'une fois suggéré les prescriptions les plus sages^ est, en réalité, le résultat des méditations de nos anciens, l'expression des inspirations les plus hautes et les plus nobles de la conscience de nos prédécesseurs.

Nous ferons connaître les prescriptions de la loi, renseignement traditionnel et, toutes les fois où Tun et Tautre n'apporteront pas une solu-

INTRODUCTION, l£

tîon au cas particulier envi sa gé^ nous rechercherons cette solution dans les inspirations de la

conscience.

Au reste, la loi fournit la solution d'un grand nombre des problèmes que soulève la pratique delà syphilis.

Il faut donc d'abord la connaître, et ensuite rinlerpréter ou mieux savoir comment elle a été interprétée par les hommes compétents, les magistrats et les juristes.

Nous étudierons donc en premier lieu, avec quelques détails, deux questions de droit qui priment toutes les autres en matière de syphilis, le secret médical et la responsabilité civile appliquée aux cas de transmission de syphilis* Ces deux questions sont très incomplètement étudiées au point de vue spécial de la syphilis dans les traités classiques de médecine légale; sur la seconde surtout, comme sur celle du divorce^ beaucoup de médecins ont les idées les plus incomplètes et les plus erronées- Il m'a donc paru utile d'en reprendre Pétude avec des documents précis, et surtout en me basant sur les nombreux jugements et arrêts l'endus en pareille matière par les tribunaux et les cours. Pour recueillir et interpréter ces documents, j*ai eu recours à robligeance et à la science de plusieurs magistrats et juristes sans le concours et le contrôle desquels jen'aurais osé entreprendre semblable travail. Grâce à leur collaboration, je puis donner ces chapitres

INTRODUCTION

comme repr<!'sentant très exactement la jurisprudence actuelle.

Il est des circonstances où la loi n'a pas à intervenir pouriinposer au médecin une ligne de conduite el où, cependant, il nedoitpassecontenterde demeurer dans les limites mêmes du droit pour rester dans son devoir ou pour faire tout son devoir; il est surtout de nombreux cas de conscience soulevés par des si lu B lions embarrassantes.

J'examinerai un grand nombre de ces cas, j'en chercherai la solution, mais je n'ai pas la prétention de les énumérer tous ; je suis convaincu que bien des cas peuvent se présenter que je n'ai pas envisagés; j'espère cependant avoir examiné assez de situations diverses pour lever presque toutes les difficultés importantes de la pratique.

D'aucuns pourront même penser, devant la multiplicitédes cas que j'étudie, devant l'invraisemblance de quelques-uns, que j'ai prisplaisirà imaginer des difficultés, à créer des situations extraordinaires, 11 n'en est rien. Je n'ai inventé aucune des hypothèses en présence desquelles je mets le lecteur. Elles répondent presque toutes à des faits que j'ai observés; quant à celles en petit nombre qui ne sont pas tirées de ma pratique, je lésai connues parles récits de mes maîtres ou de mes confrères ^ où j'ai lu la relation de faits qui les justifient.

Ce livre n'a d'autre prétention que de servir de guide dans la pratique, de fournir des indications

INTRODUCTION. XI

sur la conduite à tenir en présence de certains cas de syphilis. 11 n'estjà aucun titre, un livre de patliologie; je suppose donc connues toutes les lois qui régissent la n) arche de la syphilis, la symptoma* lologie de ses diverses manifestations , les éléments de leur diagnostic* Si, par aventure, je rappelle quelques données pathologiques, c'est parce qu'elles ont une importance capitale, ou parce qu'elles sont d'acquisition récente et de connaissance peu répandue.

Parmi les sujets divers que j'ai eus à traiter dans ce livre^ plusieurs ont été Tobjet de travaux importants de la part de maîtres de FÉcole française auxquels je veux ici rendre hommage.

Toutes les questions qui ont trait au secret médîcal ont été traitées avec une rare largeur de vues et une conception élevée du rôle du médecin par Tourdes, Dechambre et surtout par M- Brouardel, dans un livre dont je me suis souvent inspiré.

Celles qui ont trait au rôle de la syphilis dans le mariage, à rallaitement des nourrissons syphilitiques ont été Tobjet de publications, depuis longtemps classiques, du chef éminent de TEcolc syphiligraphique française, M. Alfred Fournier, J'ai puisé dans son livre Syphilis ei mariage, dans ses leçons sur \es Nourrices et noarrissonssr/phililiqaes de précieux enseignements.

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