‹ Syphilis et ictèreChapitre 8 sur 27 · Médecine moderne. Février · texte numérisé non relu

Médecine moderne. Février

ë 0 ment une virulence considérable, et l’ictère aggravé, par une lésion hépatique antérieure.

Vers la même époque sont publiés d’autres cas.

Lasch rapporte deux cas d’ictère contemporain de lPéruption (1) ; Ulmann, en 1895 un cas d’ictère sans troubles digestifs et Arnheim, en 1898, un cas d’ictère grave avec lésion d’atrophie jaune aiguë du foie.

Enfin, dans son traité de la syphilis, le professeur Fournier décrit avec soin l’ictère grave secondaire auquel il accorde la nature spécifique ; mais a tendance à faire de l’ictère bénin un ictère catarrhal vulgaire.

C’est cette distinction étiologique que nous allons nous efforcer d'établir en recherchant quelle peut être la part

de la syphilis dans la production de l’ictère.

1. Berlin. Klin. Wochenschrift (in Annales de Dermatologie, 1894).

ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE

L’ictère, au cours de la syphilis, n’est pas une manifestation fréquente : et même pour qu’à cet ictère on puisse donner lépithète de syphilitique faut-il que la maladie soit devenue constitutionnelle, Mauriac refuse la spécificité à l’ictère survenu quelques jours après le chancre et deux mois avant les éruptions secondaires. La syphilis, dans sa période primaire ne doit donc pas être incriminée sicè symptôme apparaît, et l’on ne peut en rapporter la cause qu'à l’émotion, ainsi qu'il ressort nettement d’une observalion que nous rapportons : le choc moral, (et il existe, nous n’en doutons pas) que donne au malade l’énoncé du diagnostic, nous semble capable de produire une perturbation générale assez intense pour qu'il en résulte des troubles dans le fonctionnement des divers appareils, et en particulier dans le système gastro-intestinal. Ou bien par un autre mécanisme, surtout excès de boisson, le malheureux atteint par la syphilis s’octroie

“un ictère qui ne diffère en rien de lictère catarrhal vulgaire ; et, en somme, dans les deux cas, on ne saurait

vraiment rendre la syphilis responsable : iln’y a là qu’une coïncidence.

Pour l'ictère de la période secondaire, sa nature spécifique a été matière à discussion. Les observations ne manquent pas, où seule, la syphilis est en cause ; une observation dans la thèse de Delavarenne, deux de Luton, trois de Lancereaux et une de Biermer, dont deux au moins probantes sur ces quatre dernières. Toutefois Mauriac dit que « tous les ictères survenant chez les sy- « philitiques ne doivent pas être considérés comme la « preuve d’une détermination de la maladie constitution- « nelle sur le foie et que en somme l'ictère syphilitique « est une rareté ».

Le professeur Fournier même, dans son traité de la syphilis est sceptique à l'égard de l’Ictère secondaire bénin. L’accord semblerait donc n'être pas fait : cependant nous croyons qu'il est impossible de rejeter cette proposilion qu’en 1874 Lacombe écrivait s’appuyant sur l’autorité du professeur Gubler : « L'influence de la syphilis se- « condaire sur le développement de l’ictère, n’est plus « quère aujourd’hui ni contestée ni contestable ».

A la période tertiaire l’ictère est une rareté.

L'âge ne semble pas jouer un rôle étiologique. Les mêmes limites qui correspondent à la plus grande fréquence des cas de syphilis, de 20 à 37 ans, sont aussi celles de lictère. Une malade de Frerichs (ia thèse de Gallot) était âgée de 45 ans : il s'agissait d’un ictère grave secondaire.

Le sexe ne nous a pas non plus paru avoir une influence notable, On avait cru que la femme serait plus affectée que l’homme, surtout au cours de la période secondaire,

alors que la grossesse vient s'ajouter comme cause d’af-

faiblissement du parenchyme hépatique. Gubler, dans l’observation d’une malade enceinte de 4 mois, prend bien soin de montrer que la grossesse n’est pour rien dans ce cas d’ictère, et, partant de là, va presque jusqu'à rejeter l’ictère gravidique. Mauriac, sur 13 cas trouve 7 hommes et 6 femmes.

Schrôder, dans sa thèse inaugurale, nie l'influence saisonnière, à laquelle Mauriac attribue une certaine imporportance : sur 9 cas observés par cet auteur 6 cas eurent lieu à la fin d'avril, et à la fin d’août, à une époque où les hypersécrétions biliaires sont communes. Nous avons compulsé la plupart des observations rapportées dans les traités spéciaux ou dans les différentes thèses sans trouver d’argument pour ou contre celte hypothèse. L'ictère, et en particulier, l’ictère secondaire nous paraîtrait cependant éclater de préférence un peu plus tôt dans les mois de janvier et février.

Enfin la profession, parmi les causes prédisposantes, malgré le soin que nous avons pris d’en déterminer l’action, ne nous a nullement paru influer et nous ne ‘voulons pas entrer dans la discussion qui nous entrainerait trop loin ; car il nous szmble que si la profession peut se ranger parmi les causes prédisposantes, ce n’est en tout cas que de façon médiate.

Les causes pathologiques ont certainement plus d’intérêt, et tout d’abord nous devons dégager le rôle de la syphilis. Il n’y a aucune corrélation entre la gravité des manifestations de la syphilis et la fréquence de l’ictère ; les syphilis bénignes s’accompagnant aussi bien d’ictère

que les syphilis graves. Tout au plus faudrait-il signaler

= 20 — éomme important, d’après Neumann, la tendance qu’aurait la syphilis à envahir les voies digestives et aériennes supérieures. Quant à la gravité de l’ictère, elle n’implique pas la gravité de la syphilis et la prédisposition individuelle pourrait bien être un facteur important de malignité.

Dans certaines observations d’ictère grave, l'intensité de la syphilis n’est pas notée, et cependant la mort est, survenue rapidement (Obs. XVIII ;x thèse de Lacombe).

La lecture des observations citées dans les auteurs ne nous a pas amené à attribuer un rôle important aux antécédents héréditaires, lesquels sont la plupart du temps insignalés. Etcependant l’hérédité hépatique existe au même titre que l’hérédité nerveuse, pulmonaire ou cancéreuse. Nous devrons donc nous en tenir aux hypothèses.

Les antécédents personnels, mieux relatés ne sont quère plus une source à données positives.

Les maladies infectieuses, aiguës ou chroniques déterminent dans le fonctionnement des divers organes des perturbations qui s'expriment par les symptômes morbides propres à chaque cas. Si donc, à cette cause perturbatrice, vient s’ajouter la syphilis, c’est une nouvelle infection qui vient germer sur un terrain déjà préparé par un premier ensemencement. Faire la part de la syphylis ou de Pinfection antérieure dans la production d’un symptôme de souffrance hépatique, tel que l’ictère, n’est pas besogne facile. C'est pourquoi des auteurs nient encore la nature spécifique de l’ictère, ne voulant voir

dans son apparition qu’une simple coïncidence (Mauriac).

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Nous savons ce que cette proposition a d’excessif, el sans refuser aux infections un rôle essentiel, nous admettrons que les adultérations pathologiques créent des états de moindre résistance : que survienne ensuite la syphilis, est-il impossible de concéder que cette dernière maladie, infectieuse au premier chef, aura sous sa dépendance les symptômes qui traduiront de nouvelles perturbations viscérales, ou faut-il alors ne voir dans la réapparition de ces symptômes que le réveil du premier agent infectieux sous l'impulsion syphilitique ? Pour nous, nous pensons que la syphilis peut assumer une telle responsabilité.

Dans les observations que nous avons lues, quelquefois nous trouvons rapportée une maladie infectieuse anté rieure, rhumatisme articulaire aigu daus un cas de Luton; fièvre typhoïde et blennorrhagie chez la même malade (in thèse de Schrüder) ; fièvre typhoïde encore dans une observation (77 thèse Delavarenne); mais la plupart du temps les malades sont indemnes de toute atteinte antérieure, et ce pourrait même être un argument contre ceux qui refusent à l’ictère sa notion de spécificité. M. Talamon d’ailleurs, admet que par Pictère peut se traduire objectivement l'atteinte précoce portée au foie par la toxine syphilitique.

Plus directement encore peuvent agir les intoxications aiguës ou chroniques. L'alcool, qui touche si directement le foie fera à la syphilis le champ large. De même les auto-intoxications sous la dépendance d’une diathèse, dia-

bète, et les dyscrasies, — les maladies de la nutrition.

Mais ici, encore,sommes-nous réduits aux hypothèses. Car,

presque jamais l’alcoolisme n’est observé dans les antécé- Vallée É r

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dents, et en cette occurrence plus particulière, nous pensons qu'il vaudrait mieux dire non pas alcoolisme, mais excès de boisson, ou écarts de régime chez des personnes jeunes qui contractent la syphilis au cours d'une vie irrégulière, ou qui se départissent de leurs habitudes par dépression morale. Mais alors nous rentrerions dans lictère catarrhal. -

Enfin les maladies du foie, les affections locales préparent encore mieux le terrain aux méfaits de la syphilis. Dans Pobservation HI du mémoire de Gubler, le malade avait été pris vers l’âge de 44 ans, d’un abattement général subit, déterminé par une constipation opiniâtre, et il avait toujours éprouvé un peu d’embarras dans les fonctions entéro-hépatiques. Dans le cas d’ictère grave de MM. Roque et Devic, la localisation de la syphihs sur le foie chez une femme très sobre a été pour ces auteurs vraisemblablement déterminée par Pictère catarrhal survenu {3 ans auparavant.

Ces notions détiologie générale n’ont pas besoin d’étre reprises pour la syphilis tertiaire. L’Ictère, dans cette phase de la syphilis est rare, et sa production nous paraît plus intimement liée aux modifications organiques du tissu hépatique, modifications dans la production desquelles le rôle de la syphilis est encore à définir, « les causes qui « déterminent Fapparition d’une localisation hépatique de « Pinfection étant encore fort obscures, bien que lalcoo- « lisme, l’impaludisme, un ictère antérieur passent pour « créer une prédisposition encore mal démontrée (1) ».

|. Trailé de médecine et de thérapeutique. Art, Maladies du foie.

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