PREMIÈRE PARTIE
Il vous arrivera plus d’une fois, Messieurs, dans le cours de votre pratique de voir se présenter dans votre cabinet un client, connu ou inconnu de vous, qui, la mine préoccupée, presque anxieuse, vous abordera de la façon suivante :
« M. le docteur, il est question pour moi d’un mariage. Or, je n'ai pas toujours été très-sage dans ma vie de garçon, et, qui pis est, je n’ai pas toujours été heureux. J'ai contracté la syphilis à telle époque ; j'en ai éprouvé tels et tels accidents, je m'en suis traité de telle ou telle façon. Or aujourd’hui — la chose est grave — je viens vous demander si je suis bien guéri et si je puis, sans danger pour ma future femme, sans danger pour mes
enfants à venir, contracter l'union qu'on me propose. Veuillez donc m’examiner m'interroger, et me donner réponse à ce sujet. »
Or, lorsqu'une telle demande vous sera adressée, Messieurs, n'allez pas vous méprendre sur la gravité de la question.
À votre réponse, en effet, se rattachent les intérêts les plus sérieux, les plus sacrés, les plus chers au cœur de tout honnête homme, de toute honnèête famille, et aussi les plus divers, les plus multiples. Cette réponse que vous allez formuler implique de votre part une responsabilité que je ne puis qualifier autrement que de considérable. Et je ne crois rien exagérer en disant que, dans le ministère du médecin, il est peu de problèmes à résoudre d’une part aussi graves, et d’autre part aussi complexes, aussi difficiles, aussi délicats que celui-er.
Soyez-en juges d’ailleurs ; et voyez quelles pourraient ètre les conséquences d’une erreur commise de votre fait en pareille situation.
Supposez un médecin se prononçant à la légère dans de telles conditions, et aboutissant à l’une ou à l’autre des deux seules erreurs possibles à commettre en l’espèce. À quels déplorables résultats ne va-t-il pas conduire son client ?
Première hypothèse. Il s’agit d'un malade qui, bien qu'ayant eu la syphilis autrefois, n’en est pas moins apte, de par le traitement qu’il a subi, de par les conditions actuelles de la diathèse, à contracter mariage. Le médecin consulté à cet effet se trompe sur