RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
la situation de son client, et lui interdit le mariage.
Conséquence : voilà un homme imdüment condamné, au célibat, banni de la vie honnête où 1l se proposait d’entrer, rejeté dans la vie irrégulière, avec toutes Les misères sociales ou autres qu’elle comporte ; — voilà un homme dont un arrêt médical brise peut-être l'avenir et le cœur, en le forçant à renoncer à une union qui pouvait assurer sa situation et son bonheur ; — voilà un homme, en tout cas, privé de la vie de famille, privé de ces deux choses qui, après la turbulence des premières années de folle jeunesse, deviennent l’aspiration naturelle et commune, à savoir : le foyer de la famille et l'enfant.
Seconde hypothèse. L'erreur est commise en sens inverse, et le médecin permet prématurément le mariage à un homme dont la syphilis est encore vivace et dangereuse.
Oh ! alors, les conséquences d’une telle méprise sont vraiment désastreuses et désolantes. Car :
1° Cet homme pourra infecter sa femme. Et quoi de plus triste que d’apporter à une Jeune fille honnête la vérole comme cadeau de noces!
2° De ce couple infecté vont naître des enfants qui, fatalement , ou bien mourront à peine engendrés, ou bien apporteront en naissant la maladie de leur père. Et quoi de plus hideux, pour un jeune ménage, que la vérole dans un berceau !
Sans parler même d’autres conséquences possibles qu'une telle situation peut entrainer à sa suite, comme. l'infection d’une nourrice, par exemple, ete. (1).
(1) Dans une autre série de leçons j'ai étudié les redoutables con-
Croyez-moi sur parole, Messieurs. Pour avoir assisté déjà bien des fois à des scènes, à des drames de ce genre, je déclare ne rien connaître de plus navrant, de plus lamentable, de plus atroce que la situation d'un homme qui a importé la vérole dans son jeune ménage ; — que la situation de cet homme 1° vis-à-vis de sa femme qui se désole, qui pleure, et dont les larmes ne sont même pas accompagnées de récriminations ou de plaintes, car l’amour ou laffection pardonne aisément ; — 2° vis-à-vis d’une nouvelle famille qui, elle, ne pardonne pas, qui a le droit d’être sévère, et qui en use ; — 3° vis-à-vis d'un enfant qui végète misérablement et qui, au lieu d’être ce bel enfant rèvé des familles et des mères, n’est pour tous, voire pour ses proches, qu’un objet de dégoût et d'horreur ; — 4° visà-vis enfin d’une nourrice contaminée qui menace, qui fait scandale, qui divulgue, qui jette la honte sur une famille, etc. Représentez-vous bien une telle scène, Messieurs, et jugez quelle doit être la douleur, quel doit être le supplice de l’homme à qui de telles désolations restent imputables.
Eh bien, ce sont des situations de cet ordre qu’il vous est permis, à vous médecins, de conjurer, grace à votre art, à votre expérience, à votre autorité. Ce sont des situations de cet ordre qu’il vous faut entrevoir du premier Coup, alors qu’un malade syphilitique vient vous consulter sur la possibilité d’un mariage, et ce sont elles
séquences de la syphilis infantile par rapport aux nourrices. Je ne fais donc ici qu'énoncer le fait, sans plus amples commentaires. — V. Nouwr-
rices el nourrissons syphilitiques, leçons professées à l'hôpital Saint- Louis. Paris, 1878, A. Delahaye.