‹ Syphilis et mariage (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · UNE QUESTION PRÉALABLE · texte numérisé non relu

UNE QUESTION PRÉALABLE

frères qui ont joint la pratique au précepte, qui ont payé d'exemple en restant garçons, pour ce seul motif qu’ils avaient gagné la vérole dans leur vie d'étudiants. L’un d'eux, médecin des plus distingués, chez lequel le cœur est à la hauteur du talent, n’a jamais voulu se laisser dissuader par moi (qui ai l’honneur d'être son ami) de ce qu’il appelle « son incapacité au mariage ». « Vous avez beau dire, m’a-t-il répété cent fois, quand on a la vérole, on la garde pour soi, sans risquer de la donner à autrui, surtout à sa femme et à ses enfants ». Ce à quoi je ripostais à mon tour par la réplique suivante : « Quand on a la vérole, on la guérit; et, quand à force de soins on l’a rendue imoffensive pour les autres comme pour soi, alors, rentré dans les conditions communes, on a le droit moral d’aspirer au mariage ».

Et, en effet, Messieurs, la vérité ici n’est pas avec ceux qui veulent faire de la vérole un obstacle insurmontable, une interdiction permanente, éternelle, absolue, au mariage.

La vérité est que, sauf exceptions assez rares, la vérole ne constitue qu'une interdiction {emporaire au mariage, et qu’un sujet syphilitique, après un certain stage de dépuration suffisante, revient à un état de santé qui lui rend pleine aptitude au double rôle d’époux et de père de famille.

Sur ce point, j'en appelle à l'observation commune, à l'observation journalière. Ne rencontrons-nous pas presque à chaque instant soit en ville, soit à l'hôpital, des sujets qui, ayant eu la syphilis dans leur jeunesse, se sont mariés plus tard, puis qui, mariés, d’une part

n'ont jamais communiqué quoi que ce soit de syphilütique à leur femme, et, d'autre part, ont eu des

enfants sains, bien portants, florissants, aussi vivaces

et aussi bien doués qu'ils pouvaient les souhaiter ?

Les cas de ce genre abondent et surabondent.

Je mets au défi tout médecin ayant une pratique de quelques années de ne pouvoir apporter son contingent d'exemples personnels à l’appui de la proposition si consolante que je viens d'émettre.

Pour ma seule part, j'ai en mains (à ne parler que des faits écrits) 87 observations relatives à des sujets syphilitiques, dûment syphilitiques, qui, s’étant mariés, n’ont jamais communiqué à leur femme le moindre phénomène suspect, et, de plus, ont engendré, à eux 87, un total de 156 enfants absolument sains (1).

Ces observations, que j'ai choisies entre beaucoup d’autres, sont des plus probantes pour moi, et elles le deviendront pour vous aussi, Messieurs, j'en ai l’espérance, quand Je vous aurai dit que dans toutes 1l s’agit de malades et de ménages que j'ai scrupuleusement examinés et suivis, que J'ai eus sous les veux plusieurs années au moins, et dont plusieurs même sont encore en relations assidues avec moi.

Au surplus, laissez-moi vous citer deux de ces observalions comme exemples.

Deux de mes clients, anciennement syphilitiques, se marient, l’un sans me consulter, l’autre après avoir requis mon consentement.

Le premier a aujourd’hui quatre enfants, et le second cinq.

(1) V. Pièces justificatives, note {.

Or, voilà une douzaine d'années que je suis le médecin de ces deux ménages, et je puis vous affirmer ceci en toute assurance : 1° que les femmes de ces deux malades n’ont jamais présenté le moindre phénomène suspect, la moindre manifestation qui ait analogie avec la syphilis ; — 2° que les neuf enfants de ces deux familles sont absolument sains et bien portants. Grâce à la sollicitude de leurs mères, j'ai pu les surveiller à loisir, depuis leur naissance jusqu'à ce Jour, non pas seulement dans les diverses maladies, mais dans les plus légères indispositions dont ils ont été affectés. Jamais je n’ai rien surpris sur eux qui rappelàt l'infection paternelle à un degré quelconque, sous une forme quelconque.

Que voulez-vous de plus? Voilà donc incontestablement deux ménages où la vérole du père n’a joué aucun rôle, où les choses ont marché comme elles auraient marché en l’absence de tout antécédent syphilitique.

Aussi, l’une de ces deux familles qui — pardonnezmoi cette digression incidente — offre le type accompli du bonheur domestique, m’a-t-elle suggéré plus d’une fois, sans qu’elle s’en doutàt, une réflexion relative au sujet qui nous occupe actuellement. Plus d'une fois je me suis dit, assis en ami à cet heureux foyer et témoin de ses joies intimes : « Quelle faute n’aurais-je pas commise Si, par crainte exagérée d’une ancienne maladie, j'avais empêché ce mariage ! Quelle faute n’auraisje pas commise, si j'avais anéanti en germe toute la félicité présente de ces deux êtres aussi affectueusement unis, et si J'avais empêché ces beaux enfants de naître !»

FourNIER. — Syph. et Mar. 2

Donc, oui, cent fois oui, on peut se marier après avoir eu la vérole, et les suites d’un mariage contracté dans ces conditions peuvent être absolument heureuses, médicalement parlant. Cela, je l’affirme et le proclame bien haut, après avoir scrupuleusement étudié cette grave question au double point de vue clinique et social, après avoir religieusement consulté nombre d’observatons personnelles ou étrangères. C’est là, pour moi, un fait acquis, une vérité démontrée.

Mais cela dit, j'ai hâte d’ajouter tout aussitôt : « Si l’on peut se marier après avoir eu la vérole, on ne peut et on ne doit se marier, dans cette situation spéciale, que sous bénéfice d'inventaire et à de certaines conditions auxquelles 1} estindispensable de satisfaire. »

Quelles sont ces conditions ? C’est là ce que nous allons essayer actuellement de préciser.

Pour déterminer à quelles conditions il est permis médicalement et moralement à un sujet syphihtique de contracter une alliance, 1l nous faut rechercher tout d'abord comment et à quels ütres cet homme peut devenir dangereux dans le mariage.

Tel est, naturellement, le point primordial à établir ; car telle est la base de toute appréciation pour résoudre le problème qui va s'imposer à nous.

Or, à mon sens et comme je comprends la question,

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