‹ Syphilis et mariageChapitre 10 sur 82 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

Ces préliminaires établis, abordons maintenant notre sujet principal.

Et, tout d’abord, examinons une question préalable qui, si elle était résolue affirmativement, exclurait toute discussion ultérieure, en rendant inutile ce qui va suivre.

La syphilis constitue-t-elle une interdiction formelle, un obstacle absolu au mariage ?

Sans doute, Messieurs, vous avez plus d’une fois entendu ce propos banal : « Avec la vérole, il faut rester garçon ». C'est là ce que vont répétant et colportant, comme un axiome signé de toutes les Facultés, nombre de gens du monde, qui d’ailleurs, pour parler plus à l'aise de telles choses, n’ont jamais pris souci de les étudier. C’est là aussi (et je les en excuse) ce qu'affirment d’une facon bien autrement énergique encore les familles qui ont été intéressées dans la question pour leur propre compte et qui ont vu la syphilis s’introduire à leur foyer sous le couvert d’un mariage. Ces familles n’ont pas assez de réprobation pour tout homme qui, avec la syphilis, oserait aspirer jamais au titre d’époux.

Pour elles et pour toutes celles qui ont été victimes de calamités semblables, la vérole est radicalement « incompatible avec le mariage * ».

Mais il y a plus, et voici qui devient autrement sérieux. Pour quelques médecins, la syphilis serait une contre-indication formelle au mariage. Je me suis plu à causer de cette question, qui me préoccupe de vieille date, avee nombre de nos confrères, et j'ai entendu plusieurs d’entre eux me dire ceci, en propres termes : « On ne se marie pas, on ne doit jamais se marier, c’est un devoir de ne jamais se marier quand on a eu le malheur de contracter la vérole ». Je pourrais même citer deux de nos plus estimables confrères qui ont joint la pratique au précepte, c'est-à-dire qui ont payé d'exemple en restant garcons, et cela pour ce seul motif qu'ils avaient gagné la vérole dans leur vie d'étudiants.

1. Il faut entendre iuger cette question par les familles qui ont eu le malheur de voir leurs filles contaminées dans le mariage. Il faut entendre leurs appréciations sur leurs gendres, appréciations des plus injurieuses, des plus cruelles quelquefois.

Quelques exemples, pris sur nature : « Un honnête homme ne se marie pas avec une maladie semblable. » — « Il faut n'avoir pas de cœur pour se marier avec un mal honteux qui peut empoisonner toute une famille. » — « Notre gendre n’est qu’un misérable pour s'être marié dans les conditions où il se trouvait. » — «Il y a des gens en prison qui ont moins fait de mal que n’en font les gredins qui osent se marier avec une maladie capable d’infecter leur femme et leurs enfants. » — Etc., etc.

Que de fois n’ai-je pas entendu de tels propos, voire d’autres plus accentués encore ! Que de lettres n’aurais-je pas à produire (si le secret ne m'était imposé) où se trouve Jugée en ce sens et de la facon la plus sévère la question du mariage des syphilitiques par des familles malheureusement éprouvées !

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