‹ Syphilis et mariageChapitre 28 sur 82 · HÉRÉDITÉ MIXTE. — SYPHILIS HÉRÉDITAIRE. O · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ MIXTE. — SYPHILIS HÉRÉDITAIRE. O

Quel fait plus instruetif ? Il confère l'évidence au point que nous voulons établir *.

II. — Seconde alternative : L'enfant issu d’un couple syphilitique peut naître vivant, mais 1} naît avec la syphilis et encourt tous les dangers, toutes les conséquences si graves, si redoutables, d’une syphilis héréditaire.

lei encore je n'aurai pas besoin de longs développements pour établir deux faits qui sont patents, qui ressortent avec une évidence malheureusement trop manifeste de l'expérience commune, ,presque journalière, à savoir :

1° Que les enfants issus de parents syphilitiques naissent le plus habituellement syphilitiques, surtout dans le cours des premières grossesses qui succèdent à l'infection des parents, c’est-à-dire à une époque où le temps et le traitement, ces deux grands correctifs de la vérole, n’ont pas encore exercé sur la diathèse du couple géniteur leur influence atténuante et dépurative. — Ce premier

1. Voir aux pièces justificatives (note II) la relation ?? extenso de ce fait curieux.

Je dois la communication d’un autre fait analogue à M. le docteur Le Pileur, médecin de Saint-Lazare.

Ce fait peut être résumé comme il suit : Femme infectée par son mari, et devenue enceinte onze fois. — De ces onze grossesses, cinq se sont terminées par avortement ou par expulsion d’enfants mort-nés à diverses époques de la gestation. Six autres ont amené des enfants vivants, dont cinq sont morts de convulsions, à savoir : quatre le premier ou le second jour, et le cinquième à six semaines. Un seul enfant a survécu.

Onze grossesses aboutissant à un seul cas de survie !

fait n’est ni contestable, ni contesté. Bornons-nous à l'enregistrer sans commentaires.

2° Que les enfants qui naissent avec une syphilis héréditaire sont exposés par le fait de cette syphilis à des dangers multiples et des plus graves. A force de soins, nous parvenons bien à en guérir un certain nombre. Mais, quoi que nous puissions faire, en dépit de tout traitement, un très grand nombre succombent. Je n'hésite pas à confesser que ma statistique personnelle sur les nouveau-nés syphilitiques même traités est vraiment déplorable comme chiffre de décès. Rien de meurtrier comme la syphilis infantile héréditaire. — C'est là un second fait qu’il suffira encore d’énoncer, tant il est d’observation commune.

III. — Enfin, troisième et dernière alternative : Il est possible assurément qu'un enfant né de parents syphilitiques échappe soit à la mort {n utero, soit même à la syphilis. Mais tout n’est pas dit pour cela. Car l'influence syphilitique, la tare syphilitique peut encore s'exercer sur lui suivant d’autres modes qu'il me reste à vous indiquer brièvement.

Je ne vous dissimulerai pas que nous touchons ici à l’un des points les plus difficiles et les plus délicats de la pathologie. Autant, en effet, les influences héréditaires se présentent formelles, catégoriques et indiscutables, alors qu’elles s’exercent d’une génération à une autre par la reproduction de la même maladie, du même type morbide, autant elles

deviennent suspectes et contestables dans des conditions opposées, c’est-à-dire alors qu’elles se traduisent sur la génération descendante par des symptômes différents de ceux qui se sont manifestés sur les ascendants. Et cependant cette hérédité & formes morbides dissemblables, si je puis ainsi parler, n’est pas moins authentique que l’autre hérédité, celle à formes morbides identiques. Seulement, elle échappe plus à l'attention, comme à la démonstration. C’est le cas ici. Tout le monde est d'accord sur l'hérédité syphilitique qui se traduit d'une génération à la génération suivante par des symptômes d'ordre syphilitique, tandis que l’on discutera longtemps encore la question de savoir si l'influence syphilitique des parents peut s'exercer sur leur descendance par des manifestations ou des tendances morbides qui ne rentrent pas directement dans le cadre de la diathèse.

Quant à moi, mon siège est fait — passez-moi le mot — sur cette question qui m'a préoccupé de vieille date et que j'ai étudiée avec une attention minutieuse. Après avoir douté, je ne doute plus, et ma conviction actuelle est que l'influence syphilitique des géniteurs se traduit sur les enfants non pas seulement par des symptômes d'ordre syphilitique, mais encore par des états morbides, par des dispositions morbides qui n’ont plus rien de syphilitique en soi, qui n’ont plus rien à voir avee la symptomatologie classique de la vérole, qui en sont

même aussi différents que possible, et qui cepen-

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dant n’en constituent pas moins des expressions modifiées de l’état diathésique des ascendants, n’en constituent pas moins, sije puis ainsi parler, une sorte de descendance indirecte de la vérole.

Et d’ailleurs, quoi de singulier, quoi d’anormal, quoi d’inexplicable dans cette modalité héréditaire ? Est-ce que la syphilis n’a pour symptômes, chez les sujets qu'elle affecte, que des manifestations d'ordre spécifique ? Est-ce que tout ce qu'elle produit, tout ce qu’elle détermine comme troubles morbides, est toujours et invariablement d'ordre spécifique ? Estce que, parallèlement à ses lésions propres, elle n’a pas aussi tout un cortège de symptômes communs ? En même temps qu’elle s’atteste par des dermatoses, des érosions, des ulcérations, des infiltrations d’organes, des néoplasmes viscéraux, des seléroses, etc., est-ce que, d'autre part, elle ne se traduit pas aussi communément par des phénomènes d’anémie, d’asthénie, de dénutrition, d’amaigrissement, d’appauvrissement et de détérioration organique, par des accidents fébriles, souvent aussi par des troubles nerveux, en un mot, par des symptômes et des réactions d'ordre commun? Est-ce que la syphilis, comme l’a si justement dit M. Ricord, n’éveille pas la scrofule chez les scrofuleux ? Est-ce qu'elle n'éveille pas aussi la dartre chez les dartreux, comme le professait ici notre éminent collègue, M. Bazin‘? Est-ce qu’elle ne détermine pas des

1. Voy. Lecons théoriques et cliniques sur la syphilis et les syphilides, 2° édit., Paris, 1866.

accidents nerveux de divers genres chez les nerveux‘? Est-ce qu'elle ne réagit pas sur les lésions traumatiques, comme M. Verneuil et ses élèves sont en voie de le démontrer aujourd’hui”? Done la syphilis n'est pas seulement une maladie à symptômes syphilitiques. C'est une maladie de tout lêtre ; c'est une maladie qui crée un trouble général dans tout l'organisme, qui affecte ou peut affecter ce qu'on Sole vulgairement « la santé », qui éveille ou peut éveiller des dispositions morbides très diverses ; en un mot, c’est une maladie à réactions multiples et polymorphes.

Or, s'il en est ainsi, si la syphilis est susceptible d'importer des perturbations à la fois aussi profondes et aussi complexes dans l'organisme qu’elle affecte, qu'y a-t-1l donc d'étonnant à ce que l’hérédité reflète ces dispositions morbides variées sur le produit de conception, sur l'enfant issu de parents

syphilitiques ?

Au surplus, laissons ces discussions théoriques, et voyons seulement ce qui ressort de l’observation, ce que nous apprend la clinique.

| Ce que nous apprend la clinique, c’est que les L| enfants nés de parents syphilitiques sont exposés à

NO oz. Voy. mes lecons sur les affections nerveuses de la période secon- 4 daire, sur l’hystérie secondaire, etc.

| 2. Voy. Henri Petit, De la syphilis dans ses rapports avec le trau- | matisme (Thèses de Paris, 1875). — Le lecteur trouvera dans cet 1 ms travail un à historique très sors 46 de la D —

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certains états morbides, à certaines aptitudes morbides, qui se produisent sur eux avec une fréquence significative.

Précisons.

1° D'abord, ces enfants présentent quelquefois pour estampille presque caractéristique leur débilité native. Is viennent au monde petits, singulièrement chétifs et malingres, pauvrement constitués, ridés et comme ratatinés, rabougris, « vieillots » d'aspect, suivant l'expression consacrée. On dirait de petits vieillards en miniature, avec une peau trop large pour les contenir sur divers points. Quelquefois encore (signe peu connu, sur lequel j'appelle incidemment votre attention) 1ls présentent à la face antérieure des jambes un état d’empâtement subœdémateux des téguments, qui ne glissent plus sur les parties sous-jacentes, qui semblent faire corps avec le tissu cellulaire et les tissus aponévrotiques de la région. Rien autre, d’ailleurs, de plus particulier n'’atteste sur ces enfants, sur ces « petits vieux », comme on les appelle, un état syphilitique bien avéré; rien n’atteste non plus n'importe quelle autre maladie. Et cependant, du premier coup d'œil, on juge bien qu'ils ne vivront pas. Les nourrices elles-mêmes ne s'y trompent pas, et j'en ai vu plusieurs refuser de tels nourrissons, « qu'elles ne parviendraient pas à élever », disaient-elles. A peine, en effet, ces enfants ont-ils la force de téter ; «ils ne tirent pas », vous répètent leurs mères ou leurs nourrices, ils s’endorment sur le sein. Puis, ils

vont s’affaiblissant de plus en plus, s’étiolant de jour en jour, et ne tardent guére à succomber. Ils s’éteignent ainsi d’une facon insensible; littéralement, ils cessent de vivre plutôt qu'ils ne meurent; et cela pour cette seule raison qu'ils ne sont pas nés viables, qu'ils sont impropres à la vie par insuffisance fonctionnelle de leurs organes.

2° D'autres fois (et ici je vais reproduire un fait pathologique dont je vous ai déjà entretenus précédemment d’une facon incidente), d’autres fois, dis-je, ces enfants se présentent avec des apparences originairement meilleures. Ils viennent au monde avec un développement moyen ou passable qui permet de les considérer comme viables. On est en droit d'espérer qu'avec des soins et une bonne nourrice ils « prendront le dessus », à la facon de tant d’autres nouveau-nés qui, tout d’abord faibles, délicats et chétifs, se développent et se fortifient dans le courant des premières semaines. Et, en effet, ces enfants continuent à vivre sans accidents et sans maladie apparente. Puis, après quelques jours, après quelques semaines, subitement ils dépérissent et s’éteignent rapidement, sans secousse, sans raison apparente, sans aucun incident morbide surajouté. Parfois même, comme je vous l'ai déjà fait remarquer, ils meurent d’un instant à l’autre, de la facon la plus inattendue, la plus inopinée, sans que parents et médecins sachent comment et pourquoi s'est produite cette

mort presque subite. J'ai déjà dans mes notes plus d’une dizaine de cas de ce genre, et, comme exemple, vous me permettrez de vous citer le suivant, que j'ai observé avec le concours d’un accoucheur les plus connus et des plus distingués.

Un jeune homme contracte la syphilis et ne s’en traite pas, ou ne s’en traite que d’une facon éphémère, tout à fait insuffisante. Quelque temps après il se marie. Sa femme devient enceinte presque aussitôt. Au cours de sa grossesse, elle commence à être affectée de divers phénomènes de syphilis secondaire. Elle accouche, presque à terme, d’un enfant de poids moyen, passablement constitué, et exempt de tout symptôme apparent de syphilis. Or, allaité par sa mère, surveillé quotidiennement par mon collègue et par moi, cet enfant se développe assez régulièrement pendant quelques semaines sans présenter le moindre phénomène morbide, syphiltique ou autre. Tout parait done marcher pour le mieux, au moins relativement, lorsqu'un matin nous apprenons que l'enfant a succombé brusquement dans la nuit. Cependant, la veille au soir, 1l avait encore été examiné par mon collègue, qui l’avait trouvé dans un état presque satisfaisant. Une heure avant la mort, sa mère l'avait tenu dans ses bras et changé de langes, « sans rien remarquer d'extraordinaire ». Bref, la mort s'était produite d’une façon absolument brusque et tout à fait inattendue.

Notez bien, Messieurs, ces cas de morts subites,

inexplicables (au moins quant à présent", non précédées d'aucun phénomène morbide apparent. Vous en rencontrerez assurément dans votre pratique, car ils ne sont pas très rares. Plusieurs accoucheurs de mes collègues ou amis m'ont diten avoir observé comme moi, et presque toujours « sur des enfants syphilitiques ». C’est done là un fait que je recommande à votre attention.

3° En d’autres cas, les enfants nés de père et mère svphilitiques échappent à la fois et à la mort et à la syphilis. Mais ils se présentent avec une apparence chétive, avec une constitution appauvrie, débile, avec un état d’anémie persistante et rebelle à tout remède, avec une résistance vitale inférieure à la moyenne normale. On pressent, rien qu'a les voir, qu'une maladie un peu sérieuse en aurait facilement raison, que ce sont là des sujets préparés pour ce qu'on appelle la malignite, Vinsidiosité occulte

1. Je dis « morts irexplicables », et ne suis que trop autorisé à le dire, car, ayant eu l’occasion plusieurs fois de pratiquer l’autopsie d'enfants qui avaient succombé de la sorte, je n’ai rien trouvé comme lésions, même après examen histologique, qui fût de nature à légitimer la mort.

Très positivement, donc, les enfants en question meurent sans maladie et sans lésions appréciables. Très sûrement, ils ne meurent pas par le fait d’une affection organique qui soit venue se surajouter à leur état antérieur. [ls meurent parce qu’ils n’ont pas, nativement, lPénergie fonctionnelle indispensable à l’entretien de la vie. Ils meurent par insuffisance congéniale de développement, de vitalité ; ils meurent, en un mot, par débilité native.

Et à quelle cause cette débilité native, originelle, pourrait-elle être plus logiquement, plus justement imputée en l'espèce qu’à l'influence héréditaire de la syphilis ?

des maladies. Et, en effet, 1ls sont souvent emportés par des affections dont on aurait sans doute triomphé facilement sur des sujets à santé mieux assise, à tempérament plus vigoureux. |

4° Un autre point qui ne fait pas doute pour moi, c'est que les enfants issus d’ascendants syphilitiques présentent une prédisposition intense aux affections du système nerveux. Un très grand nombre, par exemple, meurent de convulsions. En dépouillant mes observations personnelles, je ne trouve pas moins d’une cinquantaine de cas où des enfants nés dans ces conditions ont été affectés d'attaques éclamptiques plus ou moins répétées et souvent mortelles, qu'aucune maladie incidente, qu'aucune cause étrangère n'avait motivées. Et, d'autre part, quantité de faits de même ordre se trouvent signalés dans les traités spéciaux ou les publications périodiques.

Les mêmes enfants sont encore puissamment prédisposés à la méningite. C’est là une remarque que j'ai faite depuis longtemps, et je n'ai pas été seul à la faire‘. Je ne serais même pas surpris que les

1. Au moment où je relis les épreuves de ce volume, le hasard me fournit un nouvel et déplorable exemple de cette influence héréditaire de la syphilis sur la production des méningites.

Un de nos plus distingués confrères de province vient me rendre une visite amicale. La conversation tombe sur un de nos amis communs, médecin comme nous. « Vous vous souvenez bien, me dit mon confrère, de ce pauvre X..., que nous avons traité l’un et l’autre pour une syphilis grave, persistante. Eh bien, il vient de

prétendus succès de l'iodure de potassium dans la méningite tuberculeuse (quelques cas de ce genre, vous ne l'ignorez pas, ont été publiés) fussent explicables par le caractère spécifique des lésions contre lesquelles ce remède était administré. En autres termes, il ne me parait pas impossible que l'iodure ait guéri, en tant que syphilitiques, des méningites indûment réputées tuberculeuses.

Dans ses formes aiguës, cette méningite des enfants issus de parents syphilitiques est presque invariablement mortelle. Dans ses formes lentes, progressives, elle peut épargner la vie, mais pour aboutir en général à un état d'incapacité intellectuelle voisin de limbécillité ou de lidiotie. Soyez sûrs qu'un certain nombre d'enfants arriéres, pauvres d'esprit, imbéciles ou idiots, ne sont rien autre que des produits de l’hérédité syphilitique.

J'ai sous les yeux, en ce moment, un exemple du genre vraiment trop complet et trop démonstratif pour que je résiste au désir de vous le faire connaître. Le voici en deux mots.

Un enfant naît d’un père et d’une mère syphilitiques, qui déjà (notez ceci) avaient engendré deux

perdre son troisième enfant, qui a succombé, comme les deux premiers, àune méningite... I] ne met pas en doute — pas plus que moi du reste — que ces méningites, qui emportent tous ses enfants, ne soient des conséquences éloignées de son ancienne diathèse..….. D'ailleurs, ajoute mon confrère, je crois fermement, pour ma part, à l’influence héréditaire de la syphilis comme cause de méningite chez les enfants. J’en ai vu trop de cas dans ma pratique pour ne pas être édifié à ce sujet. »

enfants syphilitiques, tous deux rapidement frappés de mort. D'abord, il ne se développe pas physiquement; sa croissance ne se fait pas, si bien qu’à douze ans vous l’auriez pris pour un enfant de six ans tout au plus. Vers sa treizième année, il devient inintelligent, obtus, comme abruti ; il désapprend le peu qu'il savait, 11 perd la mémoire, il a peine à trouver les mots pour parler, il tombe dans une sorte de torpeur. Puis éclate une crise aiguë d’encephalo-méningite : vomissements, constipation rebelle, strabisme, délire, convulsions partielles, tremblements, accès épileptiformes alternant avec de longs stades de résolution et de coma, paralysies, contractures, etc., ete. Bien qu'administrée très tardivement, la médication spécifique (iodure de potassium et frictions mercurielles) dissipe tout cet ensemble morbide avec une rapidité significative. Mais l'intelligence ne se rétablit pas. Loin de là, elle reste abolie, éteinte, anéantie dans toute la force du mot; si bien que l'enfant aujourd’hui n’est plus — et cela d’une facon définitive — qu’un véritable édiot*.

1. Je tiens de mon collègue et ami le P'Tarnier un cas d’idiolie congéniale sur un enfant né d’un père syphilitique. « Dès les premiers temps de la vie, ditle savant accoucheur, l'aspect étrange et l’habitus général de l'enfant avaient dirigé mon attention vers la recherche d’une étiologie syphilitique, bien que d’ailleurs rien d’autrement spécial ne justifiât ce soupcon. J’interrogeai le père en ce sens, et J'appris de lui qu’en effet il avait contracté la syphilis peu de temps avant son mariage et ne s’en était jamais traité que d’une facon très insuffisante. »

Et ainsi d’autres cas semblables que je pourrais produire.

On trouvera cette question longuement étudiée, avec tous les

Il n’est pas moins avéré pour moi que l'influence syphiltique héréditaire (voire limitée au père seul) constitue une prédisposition à l’Aydrocéphalie. C'est ce dont témoignent un certain nombre de faits que jJ'a1 eu l’occasion de recueillir dans ma pratique. Comme exemple, je citerai l'observation d’un de mes malades qui, ayant eu l’imprudence de contracter mariage malgré une syphilis à peine traitée, à eu coup sur coup trois enfants hydrocéphales. J’ajouterai qu'ayant fait des recherches sur ce sujet, J'ai rencontré ça et là, éparses dans la science, de très nombreuses observations du même genre.

»° Enfin, surgit la question du l/ymphatisme et de la scrofule, qui, pour çertains auteurs, ne seraient rien autre que des formes déguisées de la syphilis héréditaire.

Assurément ce serait une véritable hérésie (surtout depuis les enseignements de la bactériologie contemporaine) que de considérer la scrofule comme une dégénérescence de la syphilis. Assurément, ce serait une erreur considérable, au point de vue pathogénique, que d'en faire la subordonnée de la syphilis, que de lenvisager, avec quelques-uns de nos prédécesseurs, au titre d’une affection syphilitique bâtarde, transformée, métamorphosée. La serofule, sans contredit, a son indi-

détails qu’elle comporte, dans mes leçons sur la Syphilis héréditaire tardive, Paris, 1886

vidualité propre et n’a pas besoin de la syphilis pour exister. Elle existe de par elle seule et n’est que le produit de causes (on dit actuellement de bacilles) qui n’ont que faire du virus syphilitique pour être, s’entretenir et se perpétuer. D'une façon commune, courante, on rencontre des enfants scrofuleux issus de parents qui n’ont jamais présenté le moindre symptôme syphilitique. Cela est un fait patent, qu'il suffit d’énoncer.

Mais ce qui, d'autre part, n'est pas moins certain, c’est que la syphilis constitue, si vous me pardonnez l'expression, un des affluents — et un des grands affluents — de la serofule. Très sûrement elle apporte son contingent causal à la scrofule en tant que maladie débilitante, anémiante, dénutriuve, en tant que maladie appauvrissant l'organisme, détériorant la constitution, ruinant les forces vitales. Très sûrement elle appelle la serofule à sa suite, elle y prédispose, à la façon de toutes les causes dépressives, à la facon de la misère, de l'alimentation insuffisante, de la captivité, de l'encombrement chronique, etc., ete. Et cette action, qu’elle exerce sur la santé des parents, se reflète plus tard sur l’enfant par les manifestations propres au lymphatisme en général et au degré le plus élevé du lymphatisme, c'est-à-dire la scrofule.

En un mot, la syphilis prépare le terrain à la scrofule, ou, pour parler le langage du jour, elle constitue l'organisme en l’état d’un milieu de eulture éminemment favorable à la germination et à la

dissémination des microbes pathogènes de la scrofulo-tuberculose.

6° Et de même pour le rachitisme, sur lequel on a tant discuté dans ces derniers temps. Certes il n’est plus question aujourd’hui de faire du rachitisme une lésion syphilitique, comme le voulait mon si regretté et si éminent collègue le professeur Parrot. Mais il ne reste pas moins certain et au-dessus de toute contestation possible que le rachitisme se rencontre avec une fréquence réelle sur les sujets affectés de syphilis héréditaire. Et cette fréquence est telle, ajouterai-je, qu’elle est significative par elle seule, c'est-à-dire qu’elle atteste d’une facon évidente une relation de cause à effet entre la syphilis et le rachitisme.

Très certainement, non, le rachitisme n’est pas une lésion syphilitique; ce qui n’empêche cependant que la syphilis ne soit un affluent considérable, principal même, du rachitisme.

Comment done la syphilis aboutit-elle à déterminer le rachitisme? C’est là un point sur lequel je me suis longuement expliqué devant vous dans mes conférences sur la syphilis héréditaire tardive*. Je ne ferai done que vous rappeler en deux mots les conelusions auxquelles j’ai été conduit par une longue étude de la question.

« Pour moi, vous disais-je, le rachitisme n’est

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