‹ Syphilis et mariageChapitre 3 sur 82 · RESPONSABILITÉ ENCOURUE PAR LE MÉDECIN · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ ENCOURUE PAR LE MÉDECIN

un ensemble de conditions favorables, à contracter mariage. Le médecin consulté dans ces conditions apprécie mal, je suppose, la situation de son client et la juge incompatible avec le mariage; bref, il se trompe, disons le mot, et interdit le mariage, le frappe de son veto.

Conséquence : voilà le client en question indüment condamné au célibat, banni de la vie honnête où il se proposait d'entrer, rejeté dans la vie irrégulière, avec toutes les misères sociales, morales ou autres que celle-ei comporte; — voilà un homme dont un arrêt non justifié, une faute médicale va peut-être briser l'avenir et le cœur, en le forçant à renoncer à une union qui pouvait assurer sa situation et son bonheur; — voila un homme, en tout cas, privé de la vie de famille, privé de ces deux choses qui, après la turbulence des premières années de folle jeunesse, deviennent l'aspiration naturelle et commune, à savoir : le foyer de la famille et l'enfant.

Seconde alternative. L'erreur est commise en sens inverse, et le médecin permet prématurément le mariage à un homme dont la syphilis est encore vivace et dangereuse.

Oh! alors, les conséquences d’une telle méprise sont vraiment désastreuses et désolantes. Car :

1° Cet homme pourra infecter sa femme. Et quoi de plus triste que d'apporter à une jeune fille la vérole comme cadeau de noces!

2° De ce couple infecté vont naître des enfants qui, presque fatalement, ou bien mourront à peine engendrés, ou bien apporteront en naissant la maladie de leur père. Et quoi de plus hideux, pour un jeune ménage, que la vérole dans un berceau ! Sans parler même d’autres conséquences qu’une telle situation peutencore entrainer à sa suite, comme l'infection d’une nourrice, par exemple, ete. *. Croyez-moi sur parole, Messieurs. Pour avoir assisté déjà bien des fois à des scènes, à des drames de ce genre, je déclare ne rien connaître de plus navrant, de plus lamentable, de plus atroce que la situation d’un homme qui a importé la vérole dans son jeune ménage; — que la situation de cet homme : 1° vis-à-vis de sa femme qui se désole, qui pleure, qui ne comprend pas ou s'efforce de ne pas comprendre, car l'amour ou l'affection s’aveugle et pardonne aisément; — 2° vis-à-vis d’une nouvelle famille qui, elle, comprend et ne pardonne pas, qui a le droit d’être sévère, et qui en use ; —3° visà-vis d’un enfant qui végète misérablement et qui, au lieu d’être ce bel enfant rêvé des familles et des mères, n’est pour tous, voire pour ses proches, qu'un objet de dégoût et d'horreur ; — 4° vis-à-vis enfin d’une nourrice contaminée qui parle haut, qui menace, qui fait scandale, qui divulgue, qui : 1. Dans une autre série de lecons j'ai étudié les redoutables conséquences de la syphilis infantile par rapport aux nourrices. Je ne fais donc ici qu'énoncer le fait, sans plus amples commentaires. —

Voy. Nourrices et nourrissons syphilitiques, lecons professées à l’h6-

pital Saint-Louis. Paris, 1878, À. Delahaye.

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