MESSIEURS
L'ordre naturel de notre sujet me conduit à diseuter aujourd'hui devant vous la question suivante : A quelles conditions un malade affecté de syphilis cesse-t-1l d'être dangereux pour le mariage; ou, ce qui revient au même, à quelles conditions devientil admissible au mariage, Si je puis ainsi parler?
Or, autant nous étions libres d’allures jusqu'ici pour déterminer les périls qu'importe un homme syphilitique dans le mariage et pour poser théoriquement les principes généraux de l’admissibilité ou de la non-admissibilité médicale au mariage, autant aujourd'hui nous allons rencontrer d’embarras et de difficultés pour passer de Ta théorie à la pratique, pour poser des solutions précises, pour apprécier les données variables, multiples et com-
plexes, des faits particuliers.
Et ces embarras, ces difficultés, nous les ressentirons d’autant plus vivement qu'ici, à vrai dire, nous marchons sur un terrain non encore défriché. L'expérience des anciens, de nos prédécesseurs, de ceux qu'avec un juste respect nous appelons les maîtres de l’art, nous fait, en l'espèce, à peu près complètement défaut. Et, en effet, Messieurs, parcourez les livres classiques, interrogez les traités spéciaux, nulle part vous ne trouverez attaquée de front, discutée, débattue, cette grave question du mariage des syphilitiques. Sans doute, çà et là, vous pourrez bien découvrir quelques aperçus généraux, quelques indications — toujours plus ou moins vagues — incidemment émises à ce sujet. Mais nulle part, je vous le certifie par expérience, vous ne rencontrerez un véritable programme sur la matière formulé in extenso, ni même ébauche. Tout reste à faire, ou peu s’en faut, et [à n’est pas le moindre embarras de celui qui a honneur de vous parler en ce moment”.
1. Il y aurait injustice grave, cependant, à ne pas mentionner ici avec éloge les noms de deux médecins contemporains qui ont abordé d’une facon spéciale quelques-unes des questions afférentes à notre étude actuelle, à savoir :
1° M. Edmond Langlebert, auteur d’un livre intéressant, ‘très spirituellement écrit, sur la syphilis dans ses rapports avec le mariage (Paris, A. Delahaye, 1873). Le lecteur y trouvera plusieurs chapitres étudiés à fond et empreints d’un grand sens clinique. Malheureusement il est à regretter que l’auteur se soit laissé détourner de son sujet principal, en consacrant une bonne partie de son livre à des questions étrangères.
2° M. Diday, qui dans plusieurs de ses publications, notamment dans sa Thérapeutique des affections vénériennes (P aris,1876, G. Masson),