MANIFESTATIONS TERTIAIRES S'ÉTANT PRODUITES
Au cours de la 1'° année, 106 cas. | Au cours de la 24° année, 13 cas La DT 227 — — 258 — 12 — == D — 256 — —— DO or 4° is 229 — | 27° se 7.
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Total #, #a2305 cas.
Quant à la fréquence relative des diverses manifestations qui composent le tertiarisme, je lai également étudiée dans ce même travail. Ce serait sortir du cadre de ce livre que d’exposer ici les
suffisamment traité cette syphilis, se présente au mariage dans de telles conditions.
Cette situation, médicalement, est celle d’un homme qui a toutes chances pour être exposé dans un avenir plus ou moins distant, à des assauts plus ou moins redoutables de la diathèse. Cette situation est celle « d’un malade pour l'avenir », si je puis ainsi parler, celle d’un homme à santé compromise, d’un homme taré physiquement, endetté avee la vérole et condamné à solder sa dette tôt ou tard.
Dans de telles conditions, est-il admissible que cet homme aspire au mariage ? Est-il honnête, estil moral que ce futur malade songe à devenir époux et père ? Et, s'il nous consulte, nous médecins, pour SavOIr Si, Oui Où non, il est apte au mariage, pou-
divers résultats auxquels j'ai abouti. Cependant, il en est un que je veux retenir et Signaler, parce qu'il a trait à notre sujet actuel. Celui-ci est relatif à l'énorme fréquence des affections nerveuses dans le tertiarisme.
Sur 3429 manifestations tertiaires de tout ordre et de tout siège, j'en ai trouvé 1085 intéressant le système nerveux (Voy., pour le détail, mémoire cité, p. 11).
D'où il suit que les affections nerveuses constituent à peu près le tiers de la somme totale des manifestations du tertiarisme.
Parallèle établi avec toutes les autres localisations du tertiarisme, on aboutit à ceci que : De tous les systèmes or ganiques, © 'est le sYs— tème nerveux qui, sans contradiction possible, est le plus souvent éprouvé par la syphilis tertiaire. C’est lui qui paye à la syphilis le plus lourd tribut.
Or, étant donnée la gravité bien connue des affections nerveuses tertiaires, susceptibles plus que d’autres de se terminer soit par des infirmités graves et lamentables, soit même par la mort, on conçoit immédiatement, en ce qui concerne notre sujet actuel, quels dan-— gers importe dans la communauté du mariage, de par ses risques personnels, l'homme qui se marie en état de syphilis non éteinte.
Fournier. — Syphilis et mariage. 9
vons-nous, devons-nous le laisser s'engager dans cette voie, lui délivrer patente nette, sous notre responsabilité propre ? Telle s'impose la question à résoudre.
Eh bien, non, il n’est pas admissible, il n’est pas honnête, il n’est pas moral qu'un sujet syphilitique, dans les conditions que nous venons de préciser, se présente au mariage. Et notre devoir, à nous, c'est de l’éclairer à ce sujet, quand il vient nous demander notre avis, c’est de lui refuser l’autorisation, la libre patente — passez-moi le mét — qu'il réclame de nous, et de lui expliquer ce refus (à ne parler même que du seul point en question pour l'instant) par les raisons qui vont suivre.
Qu'est-ce donc en somme, Messieurs, que le marage ?
Le mariage n’est pas seulement affaire de sentiment, de passion, de convenances ou d'intérêts. A juger les choses d’une façon plus positive et plus élevée tout à la fois, le mariage est une association librement consentie, où chacun des conjoints est censé faire de bonne foi son apport de santé et de valeur physique, en vue de coopérer, d’une part, à la prospérité matérielle de la communauté et, d’autre part, à l'élevage des enfants, ce but suprême et sacro-saint de toute union.
Or, en l'espèce, quel sera done, je vous le demande, l'apport fait à la communauté par un mari syphilitique et non guéri de la syphilis ? Son
DANGERS PERSONNELS DU MARI. 131 apport sera celui d’une santé compromise, hypothéquée, frappée d'une dette d'avenir (je reprends le mot à dessein) vis-à-vis de la vérole, cette créancière impitoyable.
De par la vérole, en effet, il pourra se faire que cet homme aboutisse un jour ou l’autre à telle ou telle affection grave qui ruinera sa santé, à telle ou telle infirmité qui le rendra incapable de travailler, incapable de gagner le pain quotidien. Et alors, que deviendra la communauté, dont cet homme est le soutien désigné? Que deviendra la femme, que deviendront les enfants ?
De par la vérole, aussi, cet homme peut mourir. Et alors, même question: Qu'adviendra-t-il, lui mort, de cette femme et de ces enfants ?
Est-il done admissible qu'un homme songe à se créer une famille, alors qu'il est exposé à faillir à cette famille ?
Est-il admissible, est-il honnète, est-il moral, qu’un homme songe à se donner une femme et des enfants, pour offrir la perspective possible à cette femme du veuvage, à ces enfants de l’orphelinat, à cette famille de la misère ? Non, cent fois non.
Aussi, je n'hésite pas à le dire: L'homme qu, syphilitique et non guéri de la syphilis, ne craint pas néanmoins d'apposer sa signature au bas d'un contrat de mariage, commet en ce moment une MAUVAISE ACTION, wne action immorale et malsaine, une action que les honnêtes gens seront unanimes à condamner sévèrement.
Une comparaison confirmera ma pensée en la matérialisant sous une forme vulgaire. Deux individus associent leurs intérêts, je suppose, pour une industrie quelconque. L'un fait son apport social en bon argent ou en bonnes valeurs; et l’autre, à l'insu du premier, fournit sa quote-part en valeurs suspectes, hypothéquées, frelatées, frappées pour l'avenir d'une dépréciation nécessaire sur le marché. Que pensez-vous de l’action commise par ce dernier ?
Eh bien, ce dernier, c'est notre syphilitique, qui apporte dans la communauté du mariage une santé avariée, une santé de mauvais aloi, si je puis ainsi parler, avec la perspective certaine ou probable de catastrophes pathologiques devant ou pouvant compromettre gravement, à un moment donné, les intérêts matériels de la communaute.
Dans les deux cas, la forme des choses est très différente assurément, mais le fond reste.le même. Et c’est la même immoralité de part et d'autre, immoralité que, dans un cas comme dans l’autre, tous les honnêtes gens, je le répète, seront unanimes à flétrir.
Et n'allez pas, Messieurs, m’accuser ici d’exagération. N'allez pas croire que, pour les besoins de ma cause, je charge à dessein la situation et j’assombrisse le tableau.
Il n'en est rien. Je parle d’après ee que j'ai vu,
exclusivement et sans additions de fantaisie. I n’est que trop vrai, malheureusement, que, même au seul point de vue qui nous occupe, même au seul point de vue des dangers personnels du mari, la vérole est une source fréquente de misères sociales des plus lamentables, de drames intimes des plus navrants. Si vous en doutiez, j'ai de quoi vous convaincre. J’ouvre mes cartons de notes, et je copie sur nature.
Un jeune homme se marie, quelques années après une syphilis très négligemment traitée. Six mois au delà, il est pris d'accidents cérébraux de nature spécifique. Il meurt, laissant une femme et un tout jeune enfant dans un dénuement absolu.
Un artiste très connu, très applaudi jadis sur l’une de nos grandes seènes, se marie malgré une syphilis qu'il n’a jamais autrement traitée (le mot serait de lui, paraît-il) que « par le mépris ». Il a le bonheur de ne pas contagionner sa femme et même d’avoir un enfant sain. Mais, quelques années plus tard, il commence à être affecté d’une syphilide tuberculo-ulcéreuse, laquelle, toujours traitée avec la même stupide indifférence, prend le caractère phagédénique, laboure tout le visage, détruit inteoralement le nez et la lèvre supérieure, puis pénètre dans les fosses nasales et dévore là tout le squelette interne de cette cavité, tout le palais, le voile du palais, le pharynx, ete. Ce malheureux devient alors, sans exagération, un monstre hideux et infect, objet d’épouvante et de dégoût pour tous ceux
qui l’approchent. Il traîne ainsi plusieurs années dans un état de plus en plus effroyable, avant d'aboutir à une mort que lui-même, comme il me l’a dit plus d’une fois, trouvait bien tardive. Quelle situation ! Quel spectacle pour une jeune femme, pour un enfant, pour une famille! Sans parler du supplice moral et de la ruine pécuniaire.
Un autre artiste, celui-ci peintre, plein de talent et d'avenir, se marie après une syphilis très insuffisamment traitée. Tout va pour le mieux pendant quelques années. Les tableaux se vendent, le petit ménage prospère et s'enrichit d’un enfant. Puis, survient sur le mari une affection des veux, qui est d’abord méconnue comme nature et qui, attaquée trop tardivement par la médication spécifique, se termine par une cécité complète. Conséquence famille ruinée, tombant dans l’indigence absolue, et forcée de s'inscrire au bureau de bienfaisance pour ne pas mourir de faim |
Un Jeune homme vient me consulter pour des aceidents divers résultant d’une syphilis négligée. Je le traite, et tout s’efface. Quelques mois plus tard, en dépit de tous mes avis, de toutes mes instances, il se marie. Douze jours après son mariage, en plein voyage de noces, il est pris d’une attaque épileptique violente, premier symptôme d’une syphilis cérébrale qui s’accentue bientôt par des troubles d'intelligence et une hémiplégie gauche. En dépit de tous mes soins, il sueeombe quelques mois plus tard, en laissant sa jeune femme enceinte.
Un étudiant en médecine prend la syphilis et juge à propos de se traiter exclusivement par l’iodure de potassium, sans vouloir jamais absorber de mercure. Peu de temps après son doctorat, il se marie. Quelques années plus tard, il est affecté d’une paraplégie légère, qui, d’un avis commun, est rapportée à la syphilis par tous les médecins qu'il consulte. Néanmoins, il ne se traite encore que d’une facon très irrégulière, « à bâtons rompus », suivant sa propre expression. Finalement, il devient absolument paralysé des jambes, et je le trouve, quand il se présente à moi, dans un état d’incurabilité définitive. Jugez de la situation de notre malheureux confrère, quand vous saurez que, sans fortune, il reste infirme avec la charge d’une mère infirme, d’une femme et de deux jeunes enfants!
Un jeune employé de commerce contracte la syphilis et s’en traite assez régulièrement pendant quelques mois. Délivré des manifestations apparentes de la maladie, il se croit hors d'affaire et cesse toute médication. Trois ans plus tard et sans consulter un médecin, il se marie. À peine marié, il communique la syphilis à sa femme par une r'éeidive d’accidents secondaires qui se produit à la verge. Puis il est pris d'accidents de syphilis cérébrale, que je parviens à dominer tout d'abord, mais dont une invasion nouvelle emporte le malade rapidement. |
Épilogue : la jeune femme, devenue enceinte dès le début de son mariage, accouche d'un enfant
syphilitique, qu'une médication intense réussit à sauver. Bientôt, elle présente des symptômes multiples de syphilis maligne : éruptions confluentes, céphalée, névralgies atroces, ulcérations ecthymateuses à tendance phagédénique, se reproduisant à peine guéries, et aboutissant à couvrir le corps de plaies monstrueuses. Sous l'influence de tels symptômes, la santé s’altère; amaigrissement, déclin des forces, perte d’appétit, troubles digestifs, diarrhée; finalement, tuberculose pulmonaire, et mort dans la cachexie.
Orphelin et sans ressources, l'enfant à dû être recueilli par la charité publique.
Autre cas. — Mandé ces derniers jours pour une consultation dans une maison d’aliénés, j'ai trouvé là un homme jeune encore affecté d’une syphilis cérébrale grave et en proie à un délire des plus violents. Son état est tel qu’il laisse peu de place à l'espoir ". Or, l'histoire de ce malade est calquée sur celle de tous les sujets dont il vient d’être question. À dix-neuf ans, il a contracté la vérole et ne s’en est traité que juste le temps nécessaire pour faire disparaitre les manifestations apparentes. Plus tard, 1l s’est marié (il y a de cela seize mois), sans prendre souci de ses antécédents spéciaux. Il est devenu père il y a un mois. Sans fortune, il vivait de son travail. Quelle situation pour sa femme, quel avenir pour son enfant!
1. En effet, ce jeune homme a succombé quelques mois plus tard dans un état de démence et de gâtisme,
Dernier exemple, car je n’en finirais pas si je voulais tout dire, si je voulais raconter toutes les misères de ce genre auxquelles j'ai déjà assisté.
Un industriel se marie, malgré une syphilis très négligemment traitée. Grâce à son intelligence en affaires et à la riche dot de sa femme, il fonde une grande usine qui prospère merveilleusement. Quelques années plus tard, 1l est affecté de périostoses gommeuses et d’exostoses du crâne. Surviennent graduellement des accidents cérébraux de diverses formes : troubles intellectuels, vertiges, accès épileptiformes, hémiplégie. Il compromet alors sa fortune et son honneur commercial dans des opéraons grandioses et aventureuses qu'il n’est plus capable de diriger ou, pour mieux dire, qu'il n’eüt Jamais entreprises en état de raison. Bref, il se ruine. Finalement, il tombe dans la démence, et meurt en laissant dans un état voisin de la misère
sa femme et quatre jeunes enfants.
Que dire, Messieurs, de telles choses, de telles calamités sociales? Mais que dire surtout de ceux qui les ont préparées, de ceux qui, somme toute, en restent les auteurs responsables? A leur décharge, admettons qu'ils ont été plus ignorants, plus imprudents, que coupables; admettons (ce qui n’est que justice pour la grande majorité des cas) qu'ils n'avaient pas conscience du mal qu'ils pouvaient faire à autrui, des deuils et des désastres qu'ils couraient risque de semer autour d'eux. Mais
leurs victimes n’en sont pas moins la, tristes témoignages des terribles conséquences où peuvent aboutir, en matière aussi grave, l'indifférence, l’insouciance, la légereté.
Eh bien, que du moins ces regrettables exemples ne soient pas perdus ; qu'ils nous servent de leçons, à nous médecins, en nous montrant le devoir professionnel, disons mieux encore, le devoir social qui s'impose à nous en pareilles circonstances. Et ce devoir, que vous avez compris à l'avance, le VOICI.
Si ce n’est pas le métier des gens du monde de savoir ce que peut produire à longue échéance la vérole non traitée, c’est notre métier à nous de le savoir et de le dire à ceux qui l’'ignorent. Nous avons done mission d’éclairer sur ce point les clients qui viennent à nous et, plus spécialement
encore, ceux — en grand nombre — qui viennent
réclamer de nous une autorisation au mariage en dépit d’une syphilis insuffisamment traitée, restant menaçante pour l'avenir. Nous avons mission de détourner du mariage tout malade qui se présente à nous dans de telles conditions, de l’en détourner à son grand profit comme au grand profit de tous, de lui montrer l’abime qu'il va creuser sous ses pas, de lui révéler les dangers auxquels il exposerait par une union prématurée sa future famille, et de lui dire finalement ceci, avec l’autorité de notre expérience et de notre caractère : « Non, monsieur, non; il n’est pas possible, dans
les conditions où vous vous trouvez actuellement, de songer au mariage, à ne parler même pour l'instant que des risques personnels auxquels vous laisse exposé votre ancienne maladie. Jusqu'à ce Jour vous avez jugé bon de vivre avec la vérole, de conserver la vérole. C'était là votre droit, et personne n'avait rien à y voir, car, en votre qualité de garçon, la responsabilité de votre imprudence ne retombait que sur vous. Mais, aujourd’hui que vous aspirez au mariage, la situation devient toute différente. Se marier, c'est prendre charge d’âmes ; et, puisque vous me faites l'honneur de me consulter, vous me donnez mission de vous rappeler que vous n'avez pas le droit moral d'associer autrui à vos risques personnels, e’est-à-dire de faire partager à une femme et à des enfants les conséquences possibles de votre maladie. Vous marier dans les eonditions où vous êtes actuellement serait commettre un acte immoral, indigne d’un honnête homme,
non moins que dangereux à tous égards. »
lei se termine, Messieurs, la première parue de cet exposé.
Je viens de vous dire comment un homme syphilitique peut être ou peut devenir dangereux dans le mariage.
J'ai essayé de vous montrer qu'il peut être dangereux d’une triple facon : pour sa femme, en lui transmettant le mal dont il est affecté; — pour ses
enfants, par voie d’hérédité: — pour sa famille, par les risques auxquels il reste exposé.
Cela va nous servir de point de départ et de base pour la discussion qu'il nous reste à aborder actuellement.
Car, de ce qui précède il résulte tout naturellement :
1° Que le mariage doit être interdit à tout homme conservant encore une syphilis assez vivace pour rester dangereuse ;
2° Qu’inversement il peut être permis à tout homme se trouvant dans des conditions opposées.
Mais des données aussi générales seraient loin de suffire à la solution du problème essentiellement pratique que nous diseutons. Il nous faut maintenant serrer la question de plus près, descendre aux détails, rechercher les éléments cliniques d’après lesquels nous pourrons juger si un sujet syphilitique a cessé ou non d’être dangereux pour le marlage et si nous devons ou bien lui accorder l’autorisation qu'il vient réclamer de nous, ou bien mettre le veto médical sur ses projets d'union.
Cette nouvelle étude fera le sujet de notre prochaine conférence.