‹ Syphilis et mariageChapitre 51 sur 82 · Voir Gazette medicale, 24 juin · texte numérisé non relu

Voir Gazette medicale, 24 juin

2. Le même fait a été également remarqué par M. Kassowitz ® (Die Vererbung der syphilis, Vienne, 1876).

Au nombre des observations témoignant en ce sens, je citerai encore la suivante, qui est entourée, me semble-t-il, de toutes garanties d'authenticité.

Un jeune ouvrier se marie, dans la troisième année d’une syphilis assez correctement traitée. Sa femme devient enceinte après quelques mois et commence à présenter des symptômes de syphilis secondaire vers la fin de la première moitié de la grossesse : (roséole, névralgies, syphilides muqueuses, alopécie, ete.). Elle est soumise à un traitement assez intense et accouche à terme. L’enfant naît syphilitique et meurt dans la consomption à l’âge d'un mois.

La jeune femme continue à être traitée et devient enceinte cinq mois plus tard. Elle accouche d’un bel enfant, lequel, très minutieusement observé, reste exempt de tout phénomène suspect et est encore aujourd’hui très bien portant.

Rassuré sur l’état de sa cliente par le fait même de cette naïissance d’un enfant sain, son médecin ne la traite plus. — Elle devient enceinte un an plus tard, et avorte.

Nouvelle grossesse, à quelques mois de distance. — Nouvel avortement.

Deux ans plus tard, cinquième grossesse. — Naissance à terme de deux enfants jumeaux, tous deux syphilitiques,.

Donc, une influence méme provisoire du traitement peut suflire à conjurer provisoirement les effets de l’hérédité syphilitique. Telle est la conclusion à déduire des cas précédents.

En définitive, toutes les considérations qui precèdent concourent de diverses façons à établir l'influence modificatrice, corrective, neutralisante, qu’exerce le traitement sur la diathèse. Et la conelusion naturelle qui découle de tout cela, en ce qui nous concerne spécialement, c'est que :

La condition essentielle, capitale, à remplir pour tout sujet syphilitique aspirant au mariage réside dans un traitement spécifique sérieux, dans un traitement suffisant à conférer une immunité complète relativement aux dangers multiples et divers qu'importe la syphilis dans le mariage.

Pour qu'un malade syphilitique ait le droit moral de devenir époux, père et chef de famille, il faut de toute nécessité, il est indispensable que, grâce à un traitement suffisant, suffisamment protecteur, il ait cessé d’être dangereux pour sa femme, pour ses enfants et pour lui-même.

Mas quel est done ce traitement « suffisant, suffisamment protecteur », auquel nous revenons

sans cesse comme à notre meilleure sauvegarde ?

Cela, Messieurs, je vous l’ai longuement exposé dans une série de conférences antérieures, en vous traçcant en détail les règles du traitement de la syphilis, telles du moins que je les comprends pour ma part”. Je n'ai done actuellement qu’à vous renvoyer à ces conférences, dont une partie d’ailleurs a été déjà livrée à la publicité et que vous pourrez consulter à loisir.

D'une facon très sommaire, je me bornerai à vous rappeler qu'un traitement digne d’être qualifié en l'espèce de « suffisant » est celui :

1° Qui à pour base l’administration de ces deux grands remèdes qu'avec juste raison on appelle communément les « spécifiques de la vérole », à savoir le mercure et l’iodure de potas- SUN ;

2° Qui a pour base l'administration de ces deux remèdes à doses véritablement actives et curatives, très différentes des doses insuffisantes, timides, indifférentes, presque inertes même, dirai-je, auxquelles on se contente par routine traditionnelle de les prescrire le plus souvent ;

3° Qui est ordonnancé, régi suivant une certaine méthode, laquelle a pour visée et pour résultat de conserver à ces deux remèdes, en dépit de leur administration prolongée, leur intensité d'action

1. Traitement de la syphilis. Conférences faites à l'hôpital Saint- Louis, (Sous presse.)

primitive (méthode dite des traitements successifs ou éntermittents);

4° Qui, dans ces conditions, est poursuivi avec rigueur pendant plusieurs années consécutives, au minimum pendant {rois à quatre ans.

J'insiste spécialement sur ce dernier point, et je dis :

À maladie chronique il faut traitement chronique; c’est là une loi générale de pathologie, et une loi non moins applicable à la syphilis qu'à toute autre diathèse. Longue, très longue en lespèce doit être la médication, si l’on ne se contente pas de lui demander seulement un effet actuel et provisoire, si l’on veut en obtenir une action d'ensemble et d'avenir. De par l'expérience il est faux, absolument faux, qu'on en ait « fini avec la vérole » après un traitement de quelques mois, d’une année, de deux années même (limite extrême qu'on ne dépasse guère en général). Les traitements de ce genre ne

1. Voir mes Lecons sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme, 2° édit., p. 829 et suiv.

Un fait dont l’expérience m’a absolument convaincu, c’est que le mercure et l’iodure de potassium, administrés longtemps d’une façon continue, perdent singulièrement de leur efficacité. Pour ces deux remèdes, comme pour tant d’autres d’ailleurs, la continuité d’usage crée une accoutumance qui affaiblit, amoindrit et finit par annuler les effets thérapeutiques. Aussi me suis-je efforcé de combiner pour mes malades une méthode de traitement qui ait pour résultat de conserver au mercure et à l’iodure, pendant toute la durée de la médication, l'intensité d’action thérapeutique qui leur est propre. Cette méthode, je l’ai longtemps exposée dans mes cours, sous le nom de Méthode des traitements successifs ou intermittents. Je crois

être autorisé à dire qu’elle m’a rendu en pratique de réels services, et je la recommande à l’attention de mes confrères.

fournissent rien de plus qu'une immunité provrsotre, qu'un silence passager de la maladie; ils blanchissent, suivant l'expression vulgaire, en laissant subsister la diathèse avec tous ses dangers futurs, avec l’imminence presque fatale d'accidents tertiaires à longue portée. Les traitements de ce genre, je puis le dire, sont condamnés aujourd’hui par leurs nombreux et déplorables résultats. Il serait bien temps, en vérité, de renoncer une fois pour toutes à ces médications écourtées, et de rapprocher la vérole au point de vue thérapeutique de ces maladies constitutionnelles, telles que la serofule, la goutte, l’impaludisme, la dartre, ete., qui, de l'avis commun, ne sont curables que par un traitement de longue haleine, que par une série de cures successives, que par l'intervention itérative, presque chronique, de leurs remèdes spéciaux.

Pour ma part, j'ai la conviction, d’après ce que j'ai vu jusqu'à ce jour, qu'en aucun cas la durée d’un traitement antisyphilitique ne peut être abaissée au-dessous de trois à quatre ans, à quelque forme de la maladie qu'on ait affaire et si bénigne même que se soit annoncée la diathèse originairement. Trois à quatre ans méthodiquement consacrés à une médication énergique, tel est le minimum nécessaire, d’après moi, je ne dirai pas à guérir la vérole (car je ne sais pas si l’on guérit la vérole), mais à conjurer ses manifestations pour le présent et l'avenir.

Encore est-il prudent que, au delà de ce terme, le malade se soumette de temps à autre à de nou-

velles eures, de facon à tenir incessamment la diathèse en bride, si je puis ainsi parler, et à conserver le terrain conquis.

Combiné avec le temps, le traitement spécifique de la diathèse constitue à coup sûr la meilleure garantie en faveur du sujet syphilitique qui aspire au mariage.

Le remPs, d’une part, et le TRAITEMENT, d’autre part, voila, sans contradiction possible, les deux grands correctifs de la vérole; voila les deux conditions majeures à exiger de tout malade syphilitique avant de lui permettre le mariage.

Je ne saurais quitter ce chapitre du traitement sans y annexer encore quelques mots relativement à une pratique d’un usage très répandu et considérée dans le publie comme un ceritérium infaillible de la guérison ou de la non-guérison de la syphilis.

Üne croyance très accréditée parmi les gens du monde attribue aux Eaux minérales sulfureuses la propriété singulière de déceler, de révéler, de « faire sortir » la vérole chez les sujets syphilitiques non encore guéris de leur maladie.

Aussi, dans celte opinion, quantité de malades s’acheminent-ils chaque année vers telle ou telle station sulfureuse, soit de leur propre inspiration,

soit sur le conseil de leurs médecins. Et là, ils prennent religieusement les eaux pendant les vingt et un jours traditionnels, attendant non sans anxiété le résultat de leur cure. D'après eux, « s'ils ont encore quelque chose dans le sang, les eaux le feront sortir, tandis que, s'ils n'ont plus rien, s'ils sont guéris, rien ne sortira ». Dans la première alternative, l'apparition de nouveaux symptômes syphilitiques à la peau sera l'indice d’un nouveau traitementà su- Dir ; et, dans la seconde, l'absence de manifestations extérieures constituera un témoignage de guérison.

Or, ce « Jugement des eaux » a été appliqué (et il ne pouvait manquer de l'être) à la grave question du mariage. Vous trouverez cette opinion répandue chez nombre de vos clients, qu'avant de songer à prendre femme tout sujet syphilitique a le devoir d'aller faire un pèlerinage à quelque station sulfureuse, afin de savoir à quoi s’en tenir sur son état spécifique en général et son aptitude matrimoniale en particulier.

Eh bien

ai-je besoin de le dire? — cette prétendue action révélatrice des thermes sulfureux est bien loin d’être ce qu’on la suppose bénévolement. Il s’en faut, et de beaucoup, qu’elle « dévoile l'inconnu », suivant l'expression consacrée, el qu'elle nous fournisse de la sorte un critérium de guérison ou de non-guérison de la syphilis *.

1. Voir Péry, Du rôle des eaux minérales sulfureuses dans le traite-

ment des maladies vénériennes, Bordeaux, 1868. — Ce travail contient un historique très complet de la question.

Sans nul doute, les eaux sulfureuses peuvent bien en quelques cas déterminer des éruptions spécifiques chez les sujets en puissance de syphilis. Il serait difficile, du reste, qu'il en fût autrement, étant donnée l’action excitante, presque irritante quelquefois, qu'elles exercent sur la peau, alors surtout qu'on en fait un usage quotidien sous forme de bains, de piscines, de douches, d’étuves, ete., comme dans la plupart de nos stations balnéaires. Tous les médecins des stations sulfureuses ont observé et cité de ces réveils thermaux de la syphilis, et j'en pourrais moi-même relater quelques exemples.

Mais cette action des eaux n’a rien de constant ni même d'habituel, tant s’en faut, et de cela vorei la preuve.

D'abord, chaque année, quantité de malades syphilitiques sont envoyés aux stations sulfureuses pour divers motifs, alors même qu'on a toutes ralsons de les supposer aussi peu guéris que possible ; ils y sont envoyés, par exemple, pour s’y réconforter, pour « s’y refaire et de leur maladie et de leur traitement ». Or, nous les voyons revenir presque tous de telle ou telle de ces stations thermales sans y avoir éprouvé la moindre manifestation à la peau, sans avoir ressenti le moindre réveil cutané ou autre de la diathèse.

D'autre part, nous avons maintenant l'expérience de ces cures dites révélatrices, et nous savons ce qu'elles valent. J’ai dans mes notes des centaines d'observations du genre, relatives à des malades

qui, ayant fait une, deux, trois et jusqu'a six cures d'eaux sulfureuses, n’ont rien vu se produire sur eux, et qui plus tard, à échéances très variées, ont subi divers assauts de la diathèse, voire des plus graves. Ces Jours derniers, par exemple, j'ai été appelé à traiter un homme encore jeune, présentant des symptômes indubitables de syphilis cérébrale. Or, ce malade, lui aussi comme tant d’autres, était

allé à Luchon avant son mariage et à propos de son

mariage. Il y avait même fait trois saisons, et rien ne s'était manifesté sur lui. D’après cette assurance, on avait cru pouvoir le laisser se marier sans appréhension. L'événement a montré la valeur du pronostie.

Et de même pour tant et tant d’autres cas que J'aurais à citer! et dont chaque médecin pourrait grossir la liste.

1. Les deux observations suivantes pourront servir à fixer les convictions,

Ogs. I. — X.... Syphilis en 1861. Chancre induré, suivi de divers accidents secondaires. — Traitement mercuriel pendant quelques mois.

De 1862 à 1874, six saisons à Luchon. — Nulle action «révélatrice ».

En 1876, syphilide tuberculo-ulcéreuse de la nuque, à forme phagédénique. — Traitement spécifique. — Guérison.

Ogs. IL. — X.... Syphilis en 1856. — Chancre induré de la lèvre, suivi d'accidents secondaires. — Traitement de six mois par le mercure et l’iodure de potassium.

En 1858 et 1852, syphilide ecthymateuse. — Traitement spécifique. — Guérison.

Sept saisons à Luchon (de 1862 à 1872), les deux premières associées à un traitement spécifique, les autres dirigées en vue de provoquer l’action révélatrice. — Aucun accident à la suite de ces diverses saisons thermales.

En 1874, gomme palatine ; perforation du voile.

Done l’action révélatrice des eaux sulfureuses ne constitue en rien un critérium Sur lequel il soit permis de compter. Ce jugement des eaux est une légende à abandonner comme tant d’autres légendes. Nous sommes autorisés à déclarer fausse, absolument fausse, la doctrine d’après laquelle les eaux sulfureuses « dégageraient » la vérole de lorganisme à la facon d’un réactif qui dégage un corps d’une combinaison chimique. Et, pratiquement, nous n'avons aucune garantie sérieuse à attendre d’une eure thermale pour déterminer l’état de guérison où de non-guérison de nos malades en vue du mariage, voilà l’exacte vérité.

Pour une fois où cette action révélatrice pourra se produire par hasard, elle fera défaut vingt fois, cinquante fois peut-être. Quelle confiance accorder à un procédé aussi sujet à défaillances ? Que penserait-on en chimie, par exemple, d’un réactif qui, dix-neuf fois sur vingt, ne mettrait pas en évidence le corps spécial qu'il a la prétention de révéler ?

Et qu'on ne m'’accuse pas de faire ici la guerre de parti pris aux eaux sulfureuses. L’accusation tomberait bien à faux, car je suis un « croyant » en fait d'eaux sulfureuses, ear je les preseris fréquemment, très fréquemment, dans le cours de la syphilis, et chaque année j’envoie de nombreux malades à nos stations des Alpes et des Pyrénées. Mais je crois à ces eaux et je les prescris en vue d’un autre objectif que celui d’une prétendue faculté révélatrice. Je

crois à leur utilité comme agents toniques, reconstituants, surtout dans les cas de syphilis à forme asthénique ou de syphilis se compliquant d’anémie, de Iymphatisme, de scrofule. Je crois aussi qu'elles peuvent rendre d’incontestables services en facilitant la tolérance de fortes cures mercurielles, dans les cas où il y a lieu de demander au mercure toute l'intensité d'action dont il est capable, ete. Je ne conteste même pas qu'elles ne puissent quelquefois venir en aide au diagnostic, en déterminant sur nos malades des manifestations eutanées qui, sans elles, ne se seraient pas produites. Ce que je conteste seulement, ce que je repousse énergiquement comme erreur dangereuse, c’est la faculté d'arbitrage qu'on leur accorde dans des questions aussi graves que celle-ci : la guérison ou la non-guérison de Ta vérole, Paptitude ou la non-aptitude d’un sujet syphilitique au ma-

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1. Je suis heureux de me trouver sur ce point en parfait accord avec plusieurs de nos confrères qui ont une expérience spéciale de la question.

C’est ainsi, par exemple, que le D' Doyon, médecin de limportante station d’Uriage, se refuse à croire qu’on puisse se servir de la médication sulfureuse comme d’une « pierre de touche », pour savoir d’une facon certaine si un sujet affecté de syphilis est ou n’est pas guéri. « Les eaux sulfureuses, dit-il, celles d'Uriage comme les autres, n'ont pas d'action révélatrice certaine. I est impossible de leur attribuer le pouvoir de révéler une syphilis latente par la provocation d’exanthèmes cutanés. Ce qui est vrai, seulement, c’est que parfois, assez souvent même, elles déterminent des éruptions chez les sujets incomplètement traités. Ce qui est vrai, encore, c’est qu'un malade n'ayant éprouvé aucun effet révélateur d’une ou de plusieurs saisons un peu vivement menées, restera

Je viens de passer en revue devant vous, Messieurs, les diverses conditions auxquelles, à mon

vraisemblablement indemne de tout symptôme syphilitique pour un certain laps de temps. Mais dans tout cela il n’y a, il ne saurait y avoir que des éléments de sécurité relative. Et, au total, nous ne sommes pas autorisés à considérer comme guéri un sujet syphilitique par ce fait qu'une ou plusieurs saisons thermales n’auront déterminé sur lui aucun symptôme cutané, etc... » (Note manuscrite.)

M. le D' Vidal, ancien médecin-inspecteur des eaux d’Aix (en Savoie), n’est pas moins explicite sur le point particulier qui nous occupe. « Je ne crois plus, me disait ce savant confrère dans une conversation que j'ai eu l'honneur d’avoir récemment avec lui, Je ne crois plus à la prétendue action révélatrice des eaux sulfureuses par rapport à la syphilis. Nos eaux n’ont pas le pouvoir, bien malheureusement, de forcer la main à la syphilis pour l’obliger à se révéler par des explosions morbides vers la surface cutanée. Elles ne font au plus qu’aider, favoriser, exciter les manifestations cutanées que détermine spontanément la diathèse.

« Ce ne sont pas nos eaux qui développeront jamais un exanthème syphilitique, s’il n’est pas dans le vœu de la diathèse que cet exanthème se produise. Mais si cet exanthème a tendance spontanément à se produire, nos eaux lui donneront alors un véritable coup de fouet; elles le stimuleront, elles l’exciteront, elles lui communiqueront une intensité de développement que, sans elles, n'aurait pas atteinte. Aussi sommes-nous forcés quelquefois de congédier certains malades syphilitiques chez lesquels l’action thermale produit des effets de ce genre et exagère certainement l'influence propre de la diathèse. »

Telle est exactement ma manière de voir.

De même M. Diday : « Ne refusons Jamais le ‘secours de cette épreuve des eaux sulfureuses; mais gardons-nous de la tenir pour rassurante, quand — ce qui est le plus ordinaire — elle n’a rien révélé, quand la douche n'a provoqué le retour d'aucune éruption »,

(Péril vénérien, P. 207.)

sens, un sujet syphilitique est obligé de satisfaire pour avoir le droit d’aspirer au mariage.

De ce qui précède vous avez déja déduit les eonclusions naturelles, qui ne sauraient être autres que les suivantes :

1° À tout sujet ne remplissant pas les conditions — et toutes les conditions — de ce programme, je crois que le médecin doit formellement et énergiquement srterdire le mariage.

2° A tout sujet satisfaisant pleinement, intégralement, à toutes ces conditions, je crois que le médecin peut permettre le mariage.

1. Je crois superflu de parler ici des recommandations diverses dont le médecin accompagnera son acquiescement au mariage et qui ressortent tout naturellement des données précédentes.

De ces recommandations, la principale, la plus indispensable, sera celle qui a trait à la surveillance assidue, minutieuse, que le futur mari devra exercer sur sa personne, de facon à ne rien laisser passer inaperçu de ce que pourrait susciter un retour offensif de la diathèse. Il est très essentiel que nos clients soient avertis, convaincus par nous des dangers possibles de toute lésion venant à se manifester sur eux, si minime d’ailleurs et si insignifiante qu’elle puisse leur paraître. Il est très essentiel qu'ils reçoivent de nous l'injonction formelle de s’abstenir de tout rapport, de tout contact, au cas où ils seraient affectés d’une lésion quelconque, soit aux organes génitaux, soit à la bouche, à la gorge, etc. — Que de fois n’ai-je pas entendu tel ou tel malade qui avait eu le malheur de contagionner sa femme se plaindre amèrement de son médecin, « lequel, disait-il, ne lavait pas suffisamment renseigné sur les dangers de la contagion » ! C’est toujours le même thème que nous répètent les maris dans cette triste situation : « On ne m'a pas prévenu. Si j'avais su ce que j'ai appris à mes dépens, jamais Je n'aurais communiqué la maladie à ma femme, etc... ». Soyons donc avertis à notre tour, et ne risquons pas d’encourir pour notre part un tel reproche.

C’est là, du reste, un point que je me borne à signaler ct, devant avoir l’occasion d’y revenir en détail.

Cela, en effet, n’est que la déduction forcée des prémisses que nous avons établies. Cela en est l'application pure et simple.

Toutefois, après avoir tracé et défini ce prooramme d'admissibilité au mariage, tel que je Île comprends, je voudrais le faire suivre de quelques réflexions, de quelques commentaires qui me paraissent indispensables.

D'abord, Messieurs, ne prenez ce programme que pour ee qu'il est, pour ce qu'il vaut. Ce n’est pas là un programme convenu, discuté, accepté par la science contemporaine. C'est là purement et simplement le résultat condensé de mon observation personnelle, aidé de quelques emprunts que j'ai pu faire à des sources diverses.

C'est là, en second lieu, un programme très certainement sujet à révision, susceptible d’amendements, d’additions, de corrections, et que je serai le premier à modifier le jour où l'observation ultérieure me montrera des changements à v introduire, le jour où certains points de la question, qui restent encore obscurs et inexpliqués pour moi, viendront à être élueidés.

Tout est loin, en effet, d’être connu et élueidé dans cette complexe et difficile question des rapports de la syphilis avee le mariage. Je vous parlais

à l'instant de points restés obscurs et inexpliqués. Laissez-moi vous en citer un comme exemple.

Un fait patent, un fait qui s'impose de par lobservation clinique, n’a pas cessé de rester pour moi un sujet de perpétuel étonnement. C’est que eertaines syphilis se montrent si redoutables, si pernicieuses, et certaines autres si bénignes, si inoffensives, relativement à leurs conséquences dans le mariage.

Ainsi, jai sous la main quelques observations de malades qui, s'étant mariés en dépit de syphilis graves ettrès insuffisamment traitées, n'en sont pas moins restés Inoffensifs et pour leurs enfants et pour leurs femmes. Tel est un de mes clients qui, malgré moi, se maria à peine guéri d’un phagédénisme guttural des plus menaçants. Tel est un autre malade qui, sans me consulter, contracta mariage à peine délivré d'accidents multiples d’une syphilis maligne (ecthyma profond, rupia, céphalée, hémiplégie, ete.). Eh bien, ces deux imprudents, contrairement à toutes les prévisions rationnelles, ont eu des enfants sains, et leurs femmes sont restées indemnes !

Inversement, on voit parfois des malades qui, n'ayant jamais été affectés que de syphilis moyennes ou bénignes, s’en étant traités plus où moins longtemps, ayant attendu consciencieusement plusieurs années avant de contracter mariage, n'en aboutissent pas moins à engendrer des enfants syphilitiques et, d’une façon ou d’une autre, à contaminer leur femme.

FOURNIER. — Syphilis et mariage. 1)

Comme exemple, je citerai le cas d’un de mes clients actuels. En 1864, il contracte la syphilis, qui ne se manifeste que par des accidents légers (plaques muqueuses de la gorge, quelques eroûtes du cuir chevelu, éclaireissement momentané de la chevelure). — Il se traite pendant deux à trois ans. — Exempt de tout symptôme suspect depuis cinq ans environ, il croit pouvoir se marier en 1871, non sans avoir pris, à ce sujet, l'avis d’un de nos plus éminents confrères. Et alors, il engendre un enfant syphilitique, lequel communique in utero la syphilis à sa mère!

Quelle inégalité, quelle disparité entre ces deux ordres de cas, dont j'aurais à citer, je le répète, plusieurs exemples! L'un et l’autre, assurément, ont leurs raisons d’être, ont leur explication organique, matérielle. Mais force nous est bien d’avouer que, dans l’état actuel de nos connaissances,

cette explication nous échappe absolument. Il ; a là, sûrement, wne inconnue qui se dérobe à nous, au moins quant à présent, et sans doute de nombreuses, bien nombreuses observations seront encore nécessaires pour la dégager, au milieu des éléments multiples d’un problème aussi complexe.

D'ailleurs, Messieurs, ne vous faites pas illusion sur la possibilité de constituer jamais ce que j'appellerais (passez-moi le mot) un Code parfait du mariage à l'usage des sujets syphilitiques, e’est-à-

dire d’édifier un programme qui réponde à toutes les éventualités possibles, qui, d’une façon absolument certaine, détermine dans tous les cas l’aptitude ou la non-aptitude au mariage d’un malade entaché de syphilis. Une solution catégorique, une solution empreinte d’une rigueur mathématique, n'est pas et ne sera jamais possible à produire en l'espèce, étant donné un problème d’une telle complexité. Y aspirer même serait faire preuve d’un esprit peu médical.

Toujours, quoi que nous puissions faire, notre verdict restera basé sur un simple calcul de probabilites, c’est-à-dire sur l'appréciation essentiellement difficile et délicate d'éléments vagues et mal définis, tels, d'une part, que le diagnostic prévisionnel d’une diathèse, et, d'autre part, le degré d'action corrective, préventive, exercée sur cette diathèse par le traitement et par le temps.

Conséquemment — nous ne saurions nous le dissimuler, pas plus du reste que nous ne le dissimulerons à nos malades — nos jugements ne peuvent avoir qu'un degré de certitude proportionnel aux éléments qui leur servent de base. Ce qui veut dire ceci, à parler net : quelque attention, quelque rigueur que nous apportions à l'examen d’un cas particulier, il ne sera pas impossible que les événements déjouent nos prévisions; 1l ne sera pas impossible que nous aboutissions à une erreur. Car, je répéterai encore le mot et à dessein, nous ne disposons et nous ne pouvons disposer, pour établir

notre sentence, que d’un véritable calcul de probabilités.

Et cependant, Messieurs, ne gardez pas de ce dernier mot une impression fâcheuse. De ce qu’en l'espèce la certitude mathématique nous fait défaut, il ne suit pas — bien loin de là — que le médecin ne soit appelé, dans cette grave question du mariage des sujets syphilitiques, à rendre aux malades et à la société de fréquents et inestimables services.

Veuillez bien, en effet, considérer comment se présentent les choses, et rendez-vous un compte exact de la situation, telle qu'elle s'impose en pratique.

Un malade vient consulter son médecin pour savoir de lui s’il peut ou non se marier en dépit d’une syphilis antérieure. Le médecin interroge, examine ce client, recherche les conditions favorables ou défavorables au mariage, en un mot dresse le bilan de la cause, et travaille à se faire une opinion. Or, de deux choses l’une, alors :

Ou bien ce médecin aura déduit de son examen des données qu’il jugera suffisantes pour étre édifié sur la situation de son elient, pour se prononcer dans un sens ou dans l’autre. Et, dans ce eas, il n'aura nul embarras pour émettre son verdict, quel qu'il soit, verdict qui, soyez-en sûrs, courra bien peu de risques d’être-démenti par les événements.

Ou bien 1! manquera d'éléments pour fixer son opinion, pour asseoir son jugement. Or, dans cette seconde alternative, il n’a pas, il ne saurait avoir autre chose à faire que d'exposer en toute franchise à son client l’exacte vérité des choses, à savoir qu'il n'est pas pour l'instant de solution possible à donner à la question. Car, notez bien ceer, le médecin, en l'espèce, n’est pas tenu d’avoir quand méme une Opinion; il n'est pas dans la situation d’un juge qui, du haut de son tribunal, a l’obligation de statuer, de se prononcer entre deux parties adverses. Lui, tout au contraire, il a la ressource de rester dans le doute, de se récuser provisoirement, et, somme toute, de dire à son client : « Dans les conditions actuelles, il m'est impossible, comme il serait impossible à tout médecin, je pense, de savoir à quoi men lenir sur votre état. Peut-être serlez-vous encore dangereux pour le mariage. Donc, ne prenons pas de décision quant à présent, ou ne prenons d'autre décision que celle d’attendre, pour mettre tous les atouts dans votre jeu en complétant votre guérison » .

Telle est, et non autre, la situation, veuillez bien le remarquer, Messieurs, car c’est là un point dont on ne se rend pas bien compte en général. Et, je le répète encore, le médecin n’est pas obligé d'aboutir soit à une erreur, soit à un jugement d'aventure, alors qu'il n’a pas par-devers lui tous les éléments nécessaires à la solution du problème.

C’est en restant fidèle à cette règle de conduite, c’est en se tenant strictement dans ces termes, dans cette mesure, que le médecin respectera la science et servira le plus utilement les intérêts de son client.

Au surplus, les faits sont là pour juger en dernier ressort le degré de certitude de nos appréciations en pareille matière et le degré d'utilité de notre intervention.

J'ai déjà vu bien des malades se marier contre l'avis, contre la prohibition formelle de leur médecin. Et, si je consulte soit mes souvenirs, soit mes notes écriles, je trouve ceci : que, si quelquesuns de ces imprudents n’ont pas eu à se repentir de leur témérité, il en.est un bien plus grand nombre (je puis dire même l'énorme majorité) qui ont abouti aux plus regrettables catastrophes, soit en contaminant leur femme, soit en procréant des enfants syphilitiques ou malingres, presque toujours voués à une mort rapide’, soit enfin en payant leur dette

1. Je viens encore d'observer un fait qui mérite bien, à titre d'exemple, de trouver place ici.

Un jeune homme contracte la syphilis. Il n’en éprouve au début que des accidents assez légers : roséole, syphilides érosives de la

bouche, croûtes du cuir chevelu, adénopathies cervicales. — Il se traite par le mercure pendant quelques mois. — Tout s’évanouit, et il se croit hors d'affaire.

Six mois plus tard environ, il se marie, en dépit de la prohibition formelle d’un médecin.

Sa jeune femme devient enceinte presque aussitôt. Vers le quatrième mois de sa grossesse, elle commence à présenter des signes non douteux de syphilis secondaire (syphilide érythémato-papu-

personnelle à Ja syphilis, au grand détriment de leur famille.

D'autre part aussi, j'ai vu bien des malades se marier après examen médical et avec le consentement de leur médecin. Or, ici encore la même proportion se retrouve comme résultats, mais en sens précisément inverse. Pour quelques cas très rares, véritablement exceptionnels, où les prévisions du médecin ont été démenties par les événements, la règle presque absolue est que ces malades n’ont été dangereux ultérieurement n1 pour leurs femmes, ni pour leurs enfants, ni pour eux-mêmes. Presque invariablement, les mariages contractés dans ces conditions ont abouti à d’'heureux résultats. Cela, je suis en mesure de laffirmer pièces en main, chiffres en main.

Est-ce assez dire si l’appréciation d’un médecin instruit et prudent offre en l'espèce, même dans ce « calcul de probabilités », des garanties sérieuses? leuse, syphilides vulvaires et buccales, iritis, céphalée, courbature générale, névralgies, troubles du sommeil, accidents nerveux, ete.). — Elle avorte au sixième mois,

L'année suivante, deux autres grossesses. — Avortement à cinq mois. — Accouchement presque à terme d’un enfant syphiliuque, qui succombe dans les vingt-quatre heures.

Quinze mois ensuite, quatrième grossesse.

huit mois d’un enfant mort-né.

Traitement toujours très irrégulièrement suivi par le mari et par la femme. — Dix ans plus tard, le mari est pris d'accidents cérébraux qui, d’un commun accord, sont rapportés par divers médecins et par moi à une encéphalopathie spécifique. ‘Tardivement administré, le traitement antisyphilitique ne réussit à enrayer les accidents que d’une façon temporaire, et le malade est rapidement

Accouchement à

emporté.

Est-ce assez dire enfin — et je ne reviens pas sans satisfaction sur ce dernier point — si le médeein, consulté sur la question du mariage d’un syphilitique, remplit un office des plus salutaires, des plus utiles, des plus bienfaisants, en sauvegardant en cet instant solennel, d’une part, les intérêts de son client, et, d'autre part, derrière ce client, les intérêts de la société?

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