Voici, en abrégé et comme spécimen, un cas de cet ordre
Un client de province, marié, que je traitais de la syphilis depuis unan environ et que j'avais cent fois averti des dangers de sa maladie pour sa femme, vient un jour me montrer une lésion érosive du gland, lésion de forme presque régulièrement annulaire, et incontestablement spécifique. Je lui donne mon diagnostic et m’apprète à lui formuler son traitement, lorsque tout aussitôt, changeant de conversation, il me dit : « Ce n’est pas pour moi, M. le docteur, que je suis venu vous consulter, mais bien pour ma femme. Y a-t-il quelque chose à faire pour elle, en vue de prévenir un danger de contagion? Car, je dois vous l'avouer, j'ai eu un rapport avec elle la nuit dernière ». — Comment, répliquai-je, vons avez eu rapport avec elle, alors que vous vous saviez malade et malgré tout ce que.
je vous ai dit et redit sur les dangers auxquels toute lésion développée sur vous pouvait exposer votre femme ! — Que voulez-vous?
Des turpitudes de ce genre doivent être signalées, car à priori on ne les Imaginerait pas, car on ne les supposerait pas possibles. Il faut, pour y ajouter foi, en avoir eu, par expérience personnelle, la démonstration péremptoire.
Mais pardon de cette digression sur des faits heureusement exceptionnels. Je reviens à mon sujet.
Je vous disais qu'il y a utilité majeure à prémunir contre les dangers d’une contagion conjugale tout mari en état de syphilis, a fortiori tout mari dont la syphilis est encore jeune, active, en pleine explosion secondaire.
Savez-vous, en effet, ce qu'apprend l’expérience relativement aux transmissions syphilitiques qui se produisent dans le mariage?
Mes notes sont absolument précises en la matière et me permettent d'affirmer les deux propositions que voici :
1° Pour l'énorme majorité des cas, les contagions syphilitiques qui se transmettent dans le martage du mari à la femme, dérivent d'accidents de forme SEGONDAIRE ;
M. le docteur, je n'ai pas pu faire autrement. Depuis une quinzaine que Je portais ce maudit bobo, j'avais épuisé tous les prétextes pour m'abstenir. Une reculade de plus aurait été un aveu. Je n'ai pas osé me compromettre ». (Textuel.)
Ainsi, pour ne pas risquer « de se compromettre », ce mari avait osé risquer de contagionner sa femme! — Et, en effet, la jeune femme fut, de ce fait, contaminée.
Je le répète, on ne peut croire à de telles choses qu'après les avoir vues de ses yeux.