‹ Syphilis et mariageChapitre 75 sur 82 · A EU EE TP OT · texte numérisé non relu

A EU EE TP OT

Cas de mort (avortements, accouchements prématurés, mort-nés, enfants morts, pour l’énorme majorité, à courte échéance apres l’accouchement, et morts de causes rationnellement imputables à la syphilis). 148

Toraléaius. #08

Remarquez bien, Messieurs, cette lamentable proportion de 148 enfants morts sur 208 naissances, ce qui équivaut à une mortalité de 51 pour 100.

Et notez, je vous prie, que cette statistique concerne exclusivement des malades de la clientèle privée, c'est-à-dire des familles appartenant à la bourgeoisie, voire pour quelquesunes à l'aristocratie, c’est-à-dire des classes sociales où la gravité de la syphilis trouve trois facteurs d’atténuation, à savoir : l'hygiène, l'intelligence et les soins médicaux. — Donc, que sera-ce à l'hôpital ?

A l'hôpital, ce chiffre de mortalité, quoique considérable déjà, s'élève encore. De cela voici la preuve.

Comme proportion de mortalité des enfants issus de femmes

syphilitiques, une statistique que J'ai dressée à Lourcine et portant sur les sept années que J'ai passées dans cet hôpital, me fournit le chiffre terrifiant de 86 enfants morts sur 100 grossesses.

De mème, un de nos très estimables confrères, M. le docteur Coffin, a vu, à Lourcine, 28 grossesses de femmes syphilitiques se terminer de la façon suivante :

27 enfants morts:

Et un seul enfant survivant!

Avec toute apparence de raison, on pourrait dire que cette mortalité excessive, extraordinaire, trouve une raison spéciale dans le public spécial qui compose Lourcine. Et, en effet, comme chacun le sait, les malades de Lourcine sont (pour la plupart au moins et réserves faites pour de très honorables exceptions) de jeunes prostituées qui s’adonnent à tous les excès, qui commettent toutes les imprudences imaginables, qui se traitent aussi mal que possible, ou, pour mieux dire, qui nese traitent pas du tout le plus souvent, et qui recherchent plutôt qu'elles ne redoutent l'avortement.

Et, d'autre part cependant, je vous ferai remarquer qu'à Saint-Louis, dont le public féminin est à coup sûr bien plus relevé qu'à Lourcine comme composition moyenne, la mortalité des enfants issus de femmes syphilitiques n’est que peu différente de ce qu’elle est à Lourcine. Exemple :

Sur 148 naissances, 125 morts et 23 enfants survivants.

D'où cette proportion de mortalité : 84 pour 100.

Aussi bien, comme conséquence de ce qui précède, cette | polymortalité des jeunes aboutit-elle souvent, dans les familles où s’est introduite la vérole, à dépeupler le foyer domestique, Ce serait abuser de votre attention, Messieurs, que de relater à ce propos des faits particuliers. Mais vous me permettrez bien tout au moins de citer quelques chiffres, em-

pruntés à diverses sources, relativement à cette mortalité des enfants dans les ménages svphilitiques :

Cus d'AugagMenr, : . | : à : . 5 naissances 3 morts Cat da oee 1 à RU » 5 — 4 — Pan Monet uns Dr, » à — 4 — OM OUR Ua a mu à À 6 — 5 — CR PRE, 04 6 ue 4 NN — 8 — CS Ce Trent 05 7. tit |," tv — 8 — AE ROLE De is PENSE NC TE, Lu ‘9 — 8 — Care er Peut : 2,2. à 4 à, Hi — 10 — HI BITARE 7 À D SO LM ts 1 Fa — II — REV RE 2 2006 de ds momo vtr a UT ES — II —

Puis viennent encore d’autres cas où la syphilis fait plus que des vides, à savoir le vide complet dans certaines familles, où elle fait — passez-moi le mot — table rase. Et alors, autant de naissances, autant de décès. Exemples :

Observation de Cazenave . . . . . . 4 naissances 4 morts — RD 4 — 4 — —— de ONE... Lt, ue ve, 6 — 6 — —— de ‘Erousseau. . .,:. . , 6 — 6 — — F5 dé PO 1 7621 EN EEE 8 — 8 —

Enfin, je dois à mon collègue et ami,le docteur Ribemont- Dessaignes, professeur agrégé de la Faculté, accoucheur de l'hôpital Beaujon, une observation plus curieuse encore et constituant en l'espèce ce qu'on pourrait appeler «un comble », suivant l'expression à la mode, Cette observation est relative à une femme qui reçut la syphilis de son mari dès les premiers temps de son mariage, qui ne s’en traita pas, il est vrai, et dont 19 grossesses ont abouti à 19 morts ! Les 5 premières grossesses se sont terminées par expulsion d'enfants morts et macérés, et les 14 suivantes ont donné des enfants qui sont tous morts entre un et six mois.

Eh bien, Messieurs, je vous le demande, en face de pareils résultats y a-t-il exagération à dire que la syphilis tient une

large place dans les causes de cette dépopulation ou tout au moins de cette insuffisance d’accroissement de notre population qui préoccupe actuellement l'Académie ?

J'ai déjà cité bien des chiffres, Messieurs, et cependant j'en dois citer encore. C'est qu'aux statistiques qui précèdent et qui me sont personnelles, j'ai besoin maintenant d'en ajouter une autre qui leur servira de confirmation. Et cela, en voici le pourquoi.

Ces statistiques, que J'ai déjà produites (partiellement du moins) à propos d'une autre question qui m'a longtemps occupé (la question du mariage des sujets syphilitiques), n’ont pas trouvé grâce devant tout le monde. Quelques-uns de mes confrères les ont taxées d’exagération. « Vous voyez les choses trop en noir, m’a-t-on dit quelquefois; en réalité la syphilis est moins meurtrière pour les enfants que vous ne l'avez avancé. D'ailleurs, vous êtes mauvais juge en la question, parce que tout naturellement les cas graves vont dans vos services spéciaux, tandis que les cas moyens ou légers, qui sont en somme les plus nombreux, restent ailleurs, et vous ne les voyez pas. »

Eh bien, j'ai voulu savoir ce que valait au juste l’objection qui m'était faite; j'ai voulu, passez-moi l'expression, tirer les choses au clair, et me rendre compte des résultats observés par mes confrères. Dans ce but, voici ce que J'ai fat depuis plusieurs années. Chaque fois que, dans mes lectures, Je rencontrais une observation afférente à ce point spécial, c’est-à-dire une histoire de syphilis dans un ménage, l'en prenais note très soigneusement et consignais dans un registre ad hoc les données de l'observation relativement à la mortalité des enfants. De la sorte, je suis arrivé à constituer une statistique que j'appellerai {a statistique de tout le monde (moi seul excepté), et que personne en conséquence n'aura droit d'attaquer, que personne ici ne récusera, car nombre des cas qui y figurent sont empruntés à d’illustres noms qui ont

dans cette enceinte un absolu crédit, ceux, par exemple, de Depaul, de Trousseau, de Parrot, de Jacquemier, de MM. Ricord, Henri Roger, Diday, Marjolin, Lancereaux, Siredey, Lannelongue, etc. — Or, si je consulte aujourd'hui cette statistique, J'y trouve ceci :

491 grossesses observées dans des familles syphilitiques (un seul des deux parents étant svphilitique ou les deux parents étant syphilitiques à la fois) fournissent un total de :

109 cas d’enfants vivants, contre 382 cas d’enfants morts.

Proportion ramenée à tant pour 100 : 77 enfants morts sur 100.

Or, cette proportion est sensiblement identique (si ce n’est même supérieure) à celle qui ressort de mes statistiques personnelles.

D'où il suit que j'ai ou ce que tout le monde a vu, et que mes chiffres concordent exactement avec ceux de l’observation générale.

Eh bien, concluons maintenant, et, comme conclusion, faisons, si vous le voulez bien, la moyenne de toutes les statistiques précédentes, pour apprécier d'ensemble la mortalité infantile de la svphilis dans les diverses conditions que peut présenter l'hérédité morbide et d’après les divers observateurs qui se sont occupés de la question.

La moyenne des six statistiques précitées aboutit au chiffre de mortalité que voici :

68 enfants morts sur 100 dans les familles syphilitiques, en tenant compte de tous les cas, voire des plus favorables (c'est-à-dire, par exemple, de ceux où le père seul est syphilitique et où le père n’a abordé le mariage qu'après un long stade d'expectation et de traitement).

Maintenant, ai-je la prétention, Messieurs, de vous donner ce chiffre (68 pour 100) comme représentant l'exacte et abso-

lue vérité des choses? Bien évidemment, non. Ce chiffre, certes, reste sujet à révision, d’après des statistiques plus étendues. Sans doute aussi il pourra varier quelque peu suivant le hasard des séries, Mais, à coup sûr, il n'est pas éloigné de ce que j'appellerai la vérité moyenne, car 1l repose actuellement sur près de 1500 observations empruntées à des sources très diverses, et je ne le crois guère destiné à subir d'importantes corrections du fait des résultats que l'avenir nous réserve.

Or, étant donné ce chiffre, et étant connue, d'autre part, l'indéniable fréquence de la syphilis dans toutes les classes de notre société, une conclusion s'impose : c’est que la syphilis

prend une part importante, considérable, dans la mortalité de

l'enfance, et conséquemment qu'elle a sa place parmi les facteurs de dépopulation que nous nous efforçons de déterminer actuellement,

Tel est, Messieurs, le premier point que Je tenais à vous

soumettre.

Cela posé, dois-je m'engager maintenant dans l'exposé et la discussion des divers remèdes qu'il conviendrait d’opposer à l’état de choses que je viens de décrire? Non, certes. Car ce labeur serait étranger, dans les innombrables détails qu'il comporte, au sujet de la discussion actuelle.

Ce qu'il faudrait réaliser. pour atténuer dans la mesure du possible cette désolante mortalité de la syphilis héréditaire, ce serait : |

1° De nous défendre contre la syphilis mieux que nous ne le faisons actuellement :

2° De mieux traiter la syphilis, c’est-à-dire de la traiter autrement qu'on ne le fait en général ;

20 P'HNS 3° De nous montrer plus sévères que nous ne le sommes en

général relativement au mariage des sujets en état de syphilis.

Donc : prophylaxie générale de la syphilis; — traitement de la syphilis; — question du mariage dans la syphilis; — tels seraient les trois sujets à mettre en discussion ici, tous trois considérables et susceptibles d’'enfanter des volumes, ce que du reste ils ont fait déjà. Je me gardera de les aborder, de les effleurer seulement. J'ai indiqué des têtes de chapitres, mais je ne remplirai pas les chapitres, et vous demanderai seulement la permission de vous présenter, à propos de chacun des trois points en question, quelques réflexions ou mieux quelques doléances très sommaires.

I. — A coup sûr, nous nous protégeons mal, nous nous protégeons insuffisamment contre la syphilis. Le système prophylactique qui est censénous défendre contre elle repose sur d'anciennes prescriptions administratives que tout le monde attaque, que tout le monde condamne {à des points de vue divers et parfois même opposés, ilest vrai), mais qui n’en subsistent pas moins. Le vieil édifice craque et croule de toutes parts, mais il n’en reste pas moins debout. Et force est de convenir que nous ne nous en inquiétons guère. Nous nous désintéressons étrangement de tout ce qui touche à la vérole, au moins comme mortalité et comme prophylaxie. Voyez plutôt.

Certes, on meurt de la vérole avec une certaine fréquence, comme je viens de le montrer dans ce qui précède, et inutile de dire qu'il n’est pas que les enfants qui en meurent. Eh bien, lisez nos statistiques mortuaires, lisez, par exemple, le Bulletin hebdomadaire de statistique municipale, qui — fort bien conçu d’ailleurs et très utile à d’autres points de vue — nous rend compte des diverses causes de la mortalité parisienne. Ÿ est-il jamais question de décès d'origine syphilitique? Le mot de syphilis n'y est même pas consigné.

Nos conseils d'hygiène se préoccupent-ils vivement des questions de prophylaxie antivénérienne ? J] n'y paraît guère

d’après leurs publications. Ainsi J'ai vainement feuilleté, ces jours-ci, une douzaine des derniers volumes de leurs Comptes rendus sans y trouver quoi ce que soit qui ait trait à la syphilis. Et je ne saurais mieux faire que d’invoquer ici le témoignage de notre Secrétaire annuel, le docteur Proust, qui me disait ceci mardi dernier : « Depuis dix ans que Je fais partie du Comité d'hygiène, jamais je n’y ai entendu souffler mot de la syphilis ».

Puis, consultez nos grands T'aités d'hygiène. Leurs auteurs, ici présents, me pardonneront-ils une critique? La question de prophylaxie est à peine abordée dans leurs excellents livres. Seul, M. Colin y consacre quelques pages intéressantes, mais surtout en ce qui concerne l’armée et l’importation maritime de la svphilis. M. Bouchardat, le vénérable doyen de l'hygiène, traite seulement la question en une demipage. Et pour M. Proust, suivant une expression que Je lui emprunte, il n’en souffle pas mot.

Le Conseil municipal, il est vrai, s’est emparé de la question il y a quelques années, et j'aurais mauvaise grâce à oublier qu'il m'a fait l'honneur de me demander un projet de réglementation de la prostitution parisienne. Mais il a dû renoncer, paraît-il, à ses velléités de réformes ; et pour mon projet, il dort actueliement, dans les cartons administratifs, d’un sommeil paisible, qui sera sans doute pour lui l'éternel sommeil.

Si bien qu'un étranger, jugeant les choses de loin et les jugeant seulement d’après les documents administratifs, pourrait croire, serait autorisé à croire, d'une part, qu'on ne meurt pas de la vérole parmi nous, puisque nos statistiques officielles ne mentionnent aucun cas de décès par cette maladie, et, d'autre part, que tout est au mieux chez nous en ce qui concerne la prophylaxie antisyphilitique, puisque ceux qui ont charge de la santé publique à ce point de vue ne se préoccupent guère d'améliorations ou de réformes à introduire dans le système en vigueur.

Et cependant tout n'est pas au mieux, tant s'en faut. Pour ne pas décroître d'intensité, la vérole ne diminue pas plus de fréquence. Tout au contraire, elle s'accroît comme nombre. De cela je suis persuadé, bien que je n’aie pas en main les éléments d’une statistique probante, presque impossible du reste à fournir. Et comment, du reste, en serait-il autrement, étant donnée la licence actuelle dont jouit et profite la prostitution parisienne, étant donné surtout le développement considérable de ce qu’on appelle la provocation publique, laquelle ne se contente plus des carrefours et des boulevards, mais aenvahi les théâtres, les cafés, les cafés-concerts, les « brasseries à femmes », — cette peste nouvelle de notre siècle, — Îles abords des lycées et des écoles, les parfumeries, les gares de chemin de fer, les trains de banlieue, les magasins de ganterie, de photographies, voire de librairie, d’antiquités ? Et jen oublie.

Plus de tentations, plus de défaillances ; — et, plus de défaillances, plus de contagions., Cela va de soi, et ces différents termes s'enchaînent logiquement.

Il. — J'ai dit, en second lieu, que, si nous voulons atténuer les désastres de la mortalité hérédo-syphilitique, il faut que la syphilis soit traitée mieux et autrement qu’elle ne l’est en général.

Consultez, en effet, les observations où figurent ces avortements multiples, ces morts multiples d'enfants dans les premiers jours ou les premières semaines qui suivent la naissance, et vous trouverez qu'elles sont relatives, pour l'énorme majorité des cas, à des malades qui, ayant contracté la syphilis, ne s'en sont traités que d'une facon notoirement insuffisante, c'est-à-dire quelques semaines ou quelques mois.

Puis, écoutez, d'autre part, les récriminations des malades

1. On en comptait à Paris 181 au mois de juin 1882 (voy. Macé, Le service de la süreté, Paris, 1884).

ainsi frappés dans leur progéniture. C'est Invariablement le même thème : « Si l’on m'avait prévenu de cela, si l’on m'avait dit qu'il fallait me traiter longtemps, même après guérison apparente, je me serais traité et J'aurais évité de tels malheurs à ma femme et à mes enfants, etc. »

De là, pour nous, ce double enseignement :

1° Qu'il faut traiter la vérole plus longtemps qu'on ne le fait en général. Ce n’est rien exagérer, à coup sûr, que d'exiger d'un syphilitique plusieurs années de traitement pour lui conférer une immunité complète au double titre d'époux et de père;

2° Que tout le traitement de la syphilis ne consiste pas à formuler des ordonnances de mercure ou d'iodure de potassium. Il y a autre chose à faire que cela, me semble-t-il, étant données les conséquences sociales que comporte la maladie. Et notre strict devoir est, non pas de faire à nos malades des conférences sur la syphilis, mais de les éclairer catégoriquement sur les dangers qui peuvent dériver de leur mal pour autrui, tout spécialement pour leurs femmes et leurs enfants à venir. Il est de leur intérêt, comme de l'intérêt de tous, que nous leur disions, par exemple, que la syphilis n’est pas une maladie comme une autre, avec laquelle tout est fini quand les symptômes actuels en sont effacés ; — qu'elle exige pour guérir un traitement méthodique et extrêmement prolongé ; — qu'elle est contagieuse, et surtout contagieuse par ses manifestations les plus légères et les plus inoffensives en apparence, celles conséquemment dont on se défie le moins ; — qu'elle peut retentir sur Les enfants, alors qu’elle n’a pas été suffisamment traitée, etc., etc.

Et J'ajouterai, à un autre point de vue qui nous est personnel : Tout cela est absolument essentiel à dire à nos malades, car 1l importe à la dignité médicale qu'ils ne puissent pas plus tard exciper de leur ignorance de telles choses, en rejetant sur nous — comme ils le font très souvent, je le répète encore — la responsabilité de désastres dont ils sont seuls coupables,

IL. — Que de fois encore n'ai-je pas entendu des malades qui, s'étant mariés prématurément, avaient eu le malheur de communiquer la syphilis à leur femme et de perdre, du fait de la syphilis, un, deux, trois, quatre enfants, mettre en cause leur médecin à ce propos et me dire : « Pourquoi mon médecin m'a-t-il laissé marier, lui qui connaissait mon état ? S'il m'avait averti des dangers que ma syphilis comportait pour le mariage, j'aurais attendu, j'aurais renoncé à mes projets. Donc c'est lui le coupable, et non moi. »

Certes, Messieurs, tous les syphilitiques qui entrent dans le mariage n'y entrent pas «avec la permission de leur médecin ». Beaucoup se privent de cette permission et, soit par ignorance du danger, soit par indifférence, soit par crainte d’une réponse qui contrarierait leurs projets, s’abstiennent de venir nous consulter sur leur aptitude au mariage; sans parler même de ceux qui nous consultent simplement pour la forme, bien décidés par avance à n’en faire qu'à leur tête, quoi que nous puissions leur conseiller. Mais, enfin, il en est bon nombre aussi qui viennent à nous très loyalement, très honnêtement, et qui nous acceptent comme les arbitres de leur destinée, J'entends de l'échéance possible d'un mariage exempt de dangers pour leur future famille. Or, je dois le dire et pourrais le prouver pièces en mains, nombre de nos confrères se montrent d'une tolérance singulière en ce qui concerne le mariage des syphilitiques. Tout au moins ai-je dans mes notes une centaine d'observations relatives à des sujets syphilitiques, qui, s'étant mariés dans la seconde année, voire dans la première année de leur maladie — et cela, m'ont-ils assuré, avec l’assentiment de leur médecin — ont eu gravement à s'en repentir et ont expié cruellement cette faute. Certes, l'échéance où un sujet syphilitique peut s'engager dans les liens du mariage sans risque d'être dangereux pour sa femme et plus encore pour ses enfants {c’est là le point qui nous intéressse actuellement) est beaucoup plus tardive qu'on ne le croit en général. Je me garderai de discuter cette question

FouRNIER. — Syphilis et mariage. 24

pour l'instant; mais, en deux mots, permettez-moi de dire qu'il est toujours périlleux de laisser un syphilitique contracter mariage avant un stage de trois à quatre ans, et de trois à quatre ans utilement employés à une dépuration thérapeutique suffisante. Le mariage étant chose facultative, à laquelle personne n'est contraint — surtout contraint À terme fixe. comme pour un service militaire ou une échéance de loyer —, c'est bien le moins en vérité qu'un syphilitique, candidat au mariage, s'impose, avant de franchir le seuil d'une mairie, l'expectation nécessaire à le rendre 707 dangereux pour sa future famille.

Or, comme nous sommes fréquemment consultés à ce sujet, il suit de là qu'il dépend de nous de diminuer, au moins dans une certaine mesure, les résultats néfastes de ces unions prématurées dans la syphilis, c'est-à-dire d’atténuer cette effroyable mortalité qui pèse sur les enfants issus de parents syphilitiques.

J'ai fini, Messieurs ; et, après vous avoir remerciés de votre bienveillante attention, il ne me reste plus qu à formuler les deux propositions suivantes comme résumé de ce qui preceucr

1° La syphilis constitue une cause active et puissante de mortalité infantile ; — et l'on peut évaluer au chiffre approximatif de 68 pour 100 le tribut qu'elle prélève sur les enfants issus de parents contaminés.

2° Les remèdes propres à diminuer cette cause spéciale de mortalité infantile sont de deux ordres : les uns d'ordre médical {traitement méthodique et suffisamment prolongé ; — prohibition des unions prématurées dans la syphilis); — les autres relevant de l'hygiène publique (prophylaxie générale de la syphilis).

Les premiers sont entre nos mains, et il dépend de nous, en les appliquant d’une façon rigoureuse, d'atténuer efficacement la mortalité infantile d’origine syphilitique.

Les seconds sont au pouvoir de l'Administration, des Conseils d'hygiène, des Corps politiques. Chacun de nous, sans que j'aie eu besoin de le dire, sait à quel point ils sont dé-

fectueux, insuffisants, illusoires. Il serait bien temps de songer à les améliorer. »

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