OBSERVATIONS
La statistique de l’auteur repose sur 119 cas dont 97 sans renseignements,
Compris les cas où l’au- | teur n'avait aucun renseignement,
Chez les hommes, Chez les femmes.
Sur 234 cas 126 [ois de renseignements complets 126 syphilis.
Lettre personnelle,
Lettre personnelle.
id.
id.
(Noir historique).
| . | Paralysie générale chez l'adulte
id. à début précoce,
De quelques particularités cliniques
La statistique, les observations, sont évidemment de bons arguments en faveur du rôle de la syphilis. Mais il est une série d’autres faits, tirés de la vie ordinaire, qui nous fourniront des preuves à l’appui de notre thèse.
Nous voulons parler de l’examen des différentes professions ou des différents milieux de la société qui donnent un contingent plus ou moins élevé à la paralysie générale. Nous nous arrêterons plus spécialement aux malades qui appartiennent à la prostitution, à la carrière militaire, ou au clergé. La fréquence de la paralysie générale suit dans ces trois cas une décroissance remarquable. En effet, Cullerre, Anglade trouvent sur 100 femmes paralytiques 50 OJ0 de prostituées, Christian, sur 100 hommes paralytiques, 26,5 militaires, tandis que Bouchaud ne relève que 0,15 OJ0 ecclésiastiques.
Filles publiques. — Trélat, Hildenbrandt, Snell, Jastrowitz, Cullerre, Anglade et nombre d’autres ont signalé la fréquence de la paralysie générale chez les proslituées. Nous-même, dans nos années d’internat à l'asile d’aliénés de Maréville, nous avons maintes fois constaté que les paralytiques femmes avaient été filles soumises, Ou avaient mené une existence très irrégulière.
À quoi attribuer ce fait? A l’hérédité ? Oui certes, il s’agit souvent de dégénérées. Mais pourquoi l'hérédité déterminerait-elle ici à elle seule des désordres Spéciaux ? Au surmenage ? Nous ne croyons pas que l'existence d’une prostituée comporte un surmenage intellectuel quelconque et que les travaux auxquels elle se livre entraînent une fatigue de l'esprit capable d’amener aussi rapidement la déchéance des centres nerveux. Accuserons-nous l'alcoolisme ? Il peut jouer un certain rôle, nous le reconnaissons, mais combien y a-t-il de vieux alcooliques qui ne deviennent pas paralytiques, et combien de paralytiques qui n’ont jamais fait d’excès bachiques ? N'est-il pas plus logique d'admettre ici, comme cause, l'agent morbide, la tare la plus fréquente, c'est-à-dire la vérole, à laquelle presque toutes les prostituées paient leur tribut.
Casrière militaire. — Christian signale la fréquence de la paralysie générale dans l’armée. Darricarrère (1), frappé, lui aussi, par ce fait, en fit l'objet d’une thèse très intéressante. D'après lui, le surmenage suffisait à tout expliquer. Mais le surmenage intellectuel d'un officier est-1l plus grand que celui d’un magistrat, d'un homme politique, d’un médecin dont la vie intellectuelle commence dès l'adolescence pour ne cesser qu'à la mort? L'auteur qualifie de surmenage les efforts à faire pour se tenir au courant de règlements sans cesse renouvelés, de progrès continuels dans le métier des armes. Il en est de même dans toutes les professions civiles. En réalité, le métier des armes n'est-il pas le moins surmené, le mieux
() Darricarrère, La paralysie générale dans armee, ŒMh.Paris, 1890, p.17.
senc eee
partagé? Dans quelle carrière l'équilibre entre le moral et le physique est-il mieux compris : les exercices du corps ne viennent-ils pas constamment, régulièrement, reposer le cerveau de ses fatigues ? Du reste, en les étudiant bien, les observations de l’auteur peuvent servir d'argument à notre thèse. Darricarrère a en effet remarqué que les armes savantes farlillerie, génie) fournissent un moindre contingent que les autres à la folie paralytique ; et que les officiers sortis des écoles sont plus rarement atteints que ceux sortis du rang (dans la proportion de 1 contre à). Voici du reste les chiffres donnés par l’auteur (p. 75): se basant sur 1000 individus de la même arme, 1l trouve :
Dans la garde républicaine (composée d'anciens
sous -officiers) 2.56 P- 8:
Dans le train des équipages (dont les.officiers sont d'anciens sous-officiers) . 0.56 "1000
Dans la cavalerie (où les officiers sortant du rang sontnombreux). 0.43 Dans l'infanterie où ils sont moins nombreux. ŸÜ-:30 Dans l'artillerie où ils sont plus rares . ; .. 0-35 Dans le génie où il n’y en a presque pas. 00
Ainsi, contrairement à toute prévision, ce sont précisement les officiers qui se livrent le plus aux travaux de l'esprit qui sont le moins atteints.
Comment expliquer ces différences ? Par l’hérédité ? Mais il n'y à aucune apparence que les officiers, en particulier ceux sortis du rang, soient plus que les autres des fils d'aliénés. Par les excès vénériens ? « Beaucoup d’hom-
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» mes se mariant à un âge avancé et croyant devoir faire » honneur à leur signature, dépassent la limite et ne de- » viennent pas paralytiques généraux. » (Prof. Ball) (1). Nous restons en présence de l'alcoolisme et de la syphilis. Sans doute, on rencontre un certain nombre d’alcooliques parmi les militaires, mais on sait aussi combien la syphilis est à la mode dans l’armée et quels ravages elle y exerce. Tous les étudiants en médecine, dans le séjour, plus ou moins long, fait au régiment, ont été consultés par des camarades de chambrée, par des sous-officirrs pour une écorchure, un petit bouton insignifiant qu'ils avaient à la verge, mais qu'ils n’osaient montrer au médecin, de peur d’être consignés. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que des soldats soient plus que d’autres exposés à contracter la vérole? Ils passent, en général, leur existence dans des centres populeux où les plaisirs sont faciles, d'autant plus dangereux qu'ils sont plus faciles. Leurs goûts sont d'ordinaire peu raffinés et les registres d’observations des infirmeries régimentaires sont une preuve qu'à eux, plus qu'à d’autres, on peut appliquer cette étymologie du mot syphilis : ouo-oeo.
Nous ne nous étonnerons plus, dès lors, si parmi les officiers, ce sont ceux qui ont été simples soldats, puis sous-officiers, si ce sont ceux-là que la paralysie générale frappe le plus souvent et nous ne chercherons pas autre part que dans la syphilis, la fréquence de cette affection
chez eux.
Nous avons relevé, dans les registres de l'asile de Ma-
(1) Ball, Leçons sur les maladies mentales, 1883.
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réville, la nature de l'affection mentale des officiers et sous-officiers entrés depuis 1884. Ce document est intéressant et mérite d’être reproduit :
Années — Admissions — Folie simple — Paralysie générale 1884 4 0 4 1885 0 1 1886 0 0 0 1887 2 0 2 1388 4 l 3 1889 1 0 1 1890 2 1 1 1891 5 1 4 1892 3 0 3
ToTaL 22 3 19
Ainsi, sur 22 officiers ou sous-officiers admis en 9 ans à Maréville, 19 étaient paralytiques, soit 86 °/.. Sur 19, 12 au moins sortaient des rangs.
Clergé. — Enfin, l’étuce de la paralysie générale chez les prêtres et les religieux nous fournira des données plus intéressantes encore. À Maréville où, tous les ans, il entre quelques religieuse;, nous n'avons jamais rencontré une seule paralytique générale parmi les malades de cette catégorie.
Bouchaud (1), médecin à l'asile d’aliénés de Lommelet où l'on traile un grand nombre d’ecclésiastiques, s’est tout récemment cccupé de la question. Frappé du peu de religieux paralytiques qu'il rencontrait dans son service, il eut l’idée de relever les statistiques des asiles spéciaux
(1) Bouchaud, De la fréquence relative de la paralysie générale chez les aiques et les religieux. — Ann. méd. psych., mai 1891, D'1900:
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analogues à celui de Lommelet et obtint les résultats suivants :
A l'asile de Lommelet, il est entré en 20 ans : 1528 aliénés laïques, dont 391 paralytiques, 143 — religieux, dont 8 —
Sur ces trois malades de son service, Bouchaud (1) nous dit que l’un était en même temps ataxique, qu'un autre n’était entré dans les ordres qu’à 46 ans, après avoir menée une vie très irrégulière. Les antécédents de ces deux malades sont donc suspects au point de vue spécifique.
A l'asile de Léhon. il est entré en 14 ans :
1,329 aliénés laïques, dont 103 paralytiques, .. 64 — religieux dont 3 — A l’asile de Lyon. il est entré en 14 ans :
1,217 aliénés laïques, dont 451 paralytiques, 72 — religieux, dont 1 —
En résumé, tandis qu'il trouva ® paralytiques sur 100 aliénés laïques, 1l n’en trouva que 2,4 0/0 parmi les ahénés religieux. L'absence de l’hérédité ne pourra pas être invoquée pour justifier cette différence. Les religieux, comme les laïques, plus qu'eux peut-être, ont des ares héréditaires souvent très nombreuses. La preuve en est dans le grand nombre de religieux, hommes ou femmes, qui peuplent les asiles. Les religieux sont-ils à l'abri du surmenege ? Là comme ailleurs existe ia lutte pour la vie, puisque c’est ainsi que Christian défiuit le surmenage. Les uns, après des études rudimentaires, sont tout à coup astreints à des travaux d'ordre beaucoup plus élevé qui
(1) « En 1891-1892, nous avons réçu comme à l'ordinaire des religieux aliénés, mais dans ce nombre il n'y a pas eu de paralytiques. » Bouchaud, Lettre personnelle, septembre 1892.
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nécessitent une attention, une application de l'esprit enirainant falalement une fatigue pour un cerveau non préparé, non entraîné par une progression régulière ; les autres, dont les études plus poussées ont été conduites avec méthode, ont de l'ambition, le désir d'arriver aux situations élevées, de se mettre en lumière. N'est-ce pas là du surmenage ?
Or, comment admettre, s’il est vrai que les mêmes causes doivent produire les mêmes effets, que l’hérédité, le surmenage donneront naissance tantôt à une vésanie simple, tantôt à la paralysie générale.
Logiquement, ne faut-il pas quelque chose pour motiver cette différence ? Pourquoi ce quelque chose ne serait-il pas la syphls ?
« Malgré les difficultés que l’on rencoatre à établir «une pareille thèse, je crois néanmoins que la syphilis «est susceptible de provoquer le développement de la pa- « ralysie générale, de même qu'elle provoque le dévelop- « pement de l’ataxie locomotrice (1), sans produire les « lésions caractéristiques de la période tertiaire. C'est «ainsi, selon moi, que si les religienx sont rarement « atteints de paralysie générale, cela tient à ce que la « syphilis est rare chez eux. Ce qui prouve indirectement
«que la syphilis est la cause ordinaire de la paralysie « générale ». —(Bouchaud) (2).
Syphilis et paralysie jénérale conjugales. — D'autres
(1) Erb, dans une statistique de 550 cas de tabes, trouve 50 officiers contre 1 prêtre, encore celui-ci était-il nettement syphilitique.—Die Aetiologie der Tabes Samml. Klinischer Vortræge, août 1892, no 53.
2) Bouchaud, Lettre personnelle, 5 septembre 1892.