QUE
faits encore nous prouvent qu'entre la syphilis et la paralysie générale il y a plus qu'une coïncidence. Faut-il, en effet, attribuer au hasard le fait que des époux syphilitiques deviennent tous deux paralytiques? Nous dirions oui, si le cas était exceptionnel, mais depuis longtemps, l'attention des alénistes et des syphiligraphes a été attirée par ce fait souvent relaté dans les annales de la psychiatrie.
Goldsmith (cité par Morel-Lavallée) (1) signale en 1855, au congrès de Saratoga, les cas suivants : Un homme contracte la syphilis, la donne à sa femme; la sœur de celle-ci habitant avec eux prend également la maladie ; 6 ans après, le mari est atteint de paralysie générale ; 8 ans après, la femme; 9 ans après, la troisième malade est frappée à son tour. — La seconde observation est celle d’un respectable gentleman et de sa femme qui contractèrent tous deux la syphilis et furent atteints de paralysie générale huit ou dix ans plus tard.
Ziehen (2), en 1887, sur 13 femmes paralytiques en trouve deux dont les maris ont été syphilhitiques et paralytiques généraux.
Mendel (3), en 1888, cite cinq cas d'époux syphilitiques paralysés aux mêmes époques.
Westphal (4) a rencontré trois fois là même coïincidence.
Evrard (5) cite deux observations du même genre,
(1) Morel-Lavallée, Syphilis et paralysie générale, 1889.
(2) Ziehen, loc. cit.
(3) Mendel, Berl. Gesellsch. f. Psych.und Nerv.— Arch.f. Psychiatrie, t. XX, DO
(4) Westphal, eod. loco.
(5) Evrard, Th., Paris, 1889, p. 45.
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plus curieuses encore : dans le premier cas, le mari héréditaire a une rémission, la femme, qui n’a pas d’antécédents nerveux, meurt plus rapidement ; dans le second cas, la femme héréditaire a une rémission, tandis que le mari, indemne de cette tare, succombe le 5remier.
Cullerre (1) dit avoir observé trois fois le fait d’époux syphilitiques paralytiques généraux.
Acker (2) relate le cas d’une femme morte paralytique générale quatre ans après son mari également paralytique et svphilitique.
Quelle est encore la raison pour laquelle la méningoncéphalite choisit dans une famille d'héréditaires l’un plutôt que l’autre : deux observations vont nous donner la réponse. La première est de Morel-Lavallée (3): un père, grand seigneur, riche, fait des excès de toute nature ; il a trois enfants : |
Le premier est atteint de démence partielle,
Le deuxième est embécile el épileptique,
Le troisième, intelligent, grand viveur, contracte la syphilis, et meurt paralytique général.
La deuxième observation nous est fournie par Goldflam (4) : dans une famille d'héréditaires, composée de plusieurs enfants, deux deviennent syphilitiques. Ce furent précisément ces deux-là qui, plus tard, firent, l’un de la paralysie, l'autre du tabes.
Cullerre, Congrès de Rouen. — Arcn. de Neurol., p. 297, 1890.
(1) JACKer, Ag. Zeits sf PSUCR- tx LIN, nou )
( (3) Morel-Lavallée, Bull. de la Société franc. de Dermat. et de Syphiligraphie, M892%/n0% 1p AT.
(4) Goldflam, Klinischer Beitrag zür Ætiologie der Tabes Dorsalis. — Deutsche Zeitsch f Nervenh., 1892, t. Il, heft. 1.
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Nous terminerons cette série de faits par le résumé de la remarquable observation, déjà bien des fois reproduite il est vrai, de Morel-Lavallée (1) :
En mai 1870, Marthe X... contracte la vérole, la transmet à son amant (Primus), étudiant en médecine, âgé de 22 ans, qui meurt trois ans après de méningite syphilitique.
En décembre 1871, devenue la maitresse d’un second étudiant en médecine (Secundus), elle lui communique la syphilis, et le quitte un mois après pour un troisième (Tertius), avec lequel elle vit maritalement pendant quatre ans : dans cette période elle fait deux fausses couches.
Neuf ans plus tard, Tertius reçu docteur, après s’être marié, avoir eu deux enfants, devient paralytique général et meurt en 1882.
Secundus, qui s'était marié également et avait eu deux enfants bien portants, commence à délirer au bout de quinze ans et entre à Charenton où l’on constate qu’il est atteint de paralysie générale, dont il meurt en 18388.
Un quatrième amant de cette femme (Quartus), pharmacien, meurt à T..., en 1890, atteint de paralysie générale.
Un cinquième enfin, Quintus, meurt 19 ans après l'infection primitive des suites d’une affection désignée sous le nom de folie syphilitique.
Fait curieux : la femme cause de tous ces désastres s'est mariée légitimement il y a quelques années et a un enfant de deux ans très bien
portant.
Nous ne discuterons pas ici l'influence de la syphilis. Les faits sont plus éloquents qu’un long discours.
(1) Morel-Lavallée, Bullelin de la Sociélé française de Dermatologie el de Syphil.. 1892. N° 2.
Paralysie générale et tabes
Les rapports de la paralysie générale et du tabes nous fourniront encore quelques renseignements précieux. « Les « faits cliniques, dit Raymond (1), démontrentque Ja para- « lysie générale et le tabes dorsal, sont deux maladies qui « s'associent fréquemment, soit que les accidents morbides « débutent par les symptômes du tabes, soit que là para- « lysie générale ouvre la scène. Dans l’une et dans l’autre « uffection, les lésions centrales intéressent les mêmes « systèmes organiques de sorte qu'on est autorisé à se « demander s1 le tabes et la paralysie générale ne con<ti- « tuent pas une seule et même maladie. »
Sans prendre parti pour la théorie unicisie ou pour la théorie dualiste, nous dirons que bien des fois nous avons observé chez des paralytiques des phénomènes ataxiques tels que l'absence de réflexe rotulien, des crises gastriques, des douleurs fulgurantes, des troubles de la sensibilité, des troubles urinaires, de l'inexcitabilité pupillure, des fractures spontanées, etc.
Les lésions anatomo-pathologiques du tabes se retrouvent également dans la paralysie générale.
l) Raymond, Société médicale des hôpitaux, 8 avril 1892.