OBSERVATION XVII (GUILLEMIN
M. J. P..., âgé de vingt-sept ans, tempérament un peu lymphatique, a eu, en 1858, des chancres suivis d'accidents constitutionnels (taches cuivrées, plaques muqueuses dans la bouche, maux de gorge, etc.) Sous l'influence du traitement mercuriel régulièrement suivi et longtemps continué, ces accidents disparurent. Le malade n'avait rien éprouvé depuis longtemps, et se croyait complètement guéri lorsque, vers le milieu du mois d'août 1862, il lui vint deux petits tubercules cutanés à la paume de la main gauche, un troisième à la partie supérieure du dos, un quatrième dans la région des lombes ; il ne s'inquiéta pas d'abord de ces lésions qui lui semblaient insignifiantes, mais il se fit sur ces entrefaites une petite ampoule au talon gauche résultat de la pression d’un soulier mal fait ; cette ampoule au lieu de guérir en un jour ou deux, comme d'ordinaire, fut suivie d’un ulcère douloureux qui s'enflamma à plusieurs reprises, se recouvrit de fausses membranes et s’entoura de larges vésicules. Pendant près d'un mois j'employai, suivant les indications apparentes, les cataplasmes, le cérat, le vin aromatique, le diachylon, divers onguents etc. Ces moyens restèrent complètement inefficaces.
Le quatre octobre le malade me montra les tubercules qu’il avait sur le dos et les mains, dont il n'avait pas jugé à pro-: pos de me parler jusqu'alors, ceux-ci présentaient une teinte cuivrée très évidente ; comme je connaïssais du réste les antécédents du malade je n’hésitai pas à les considérer comme étant de nature syphilitique et je prescrivai le traitement:
Teinture d’iode, 2 gr.
Eau commune, 200 gr.
Prendre deux cuillerées à bouche chaque jour.
Je prescrivais cette solution pour guérir les tubercules cu-
tanés et je ne me doutais pas le moins du monde, que l'ulcère du talon allait en ressentir l'influence, attendu que, malgré la singularité de sa marche et de son aspect, j'étais bien loin de croire qu'il eut été influencé par la cachexie syphilitique, tellement j'avais confiance dans la doctrine généralement admise. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque je vis la plaie marcher rapidement vers la cicatrisation, en méme temps que disparaissait la douleur et les accidents inflammatoires, de telle sorte que le 12 octobre, c'est-à-dire huir jours seulement après le début. du traitement, la cicatrisation était complète et définitive.
Le malade, bien que décidé, suivant mes conseils, à se remettre pendant quelques temps à l'usage de Tiode, se croyait cependant complètement débarrassé de ses accidénts syphilitiques, lorsqu'un nouvel évènement vint me montrer qu'il n'était guéri qu'en apparence, c'est-à-dire que la maladie existait, bien qu’elle ne se manifestât pas par des lésions apparentes Le 23 novembre, le malade se fait à l'imdex de la main droite une petite écorchure, l'épiderme fut soulevé dans une étendue de deux à trois millimètres, le malade mit sur cette excoration un morceau de taffetas d'Angleterre et ne s’en inquiéta pas. Quelque temps après, douleurs au doigt et sup- Puration. Application d'un petit cataplasme puis de cérat. Loin de se cicatriser la plaie sembla s'agrandir, le diachylon, le vin aromatique furent ensuite employés sans plus de suc-
cès.
Enfin l'idée me vint que la, même cause qui s'était opposée si longtemps à la cicatrisation de la plaie du talon empêchaït également celle-ci de se guérir et le ? décembre je fis reprendre l'usage de la solution d’iode. Voici l'état de la plaie à cette époque. Elle se trouvait sur la face dorsale de l'indicateur, de forme à peu près circulaire, sur diamètre «d'un centimètre environ, sa surface d'un rouge cuivré. Tout autour de ce petit ulcère, l'épiderme était soulevé et'formait un bourrelet qui paraissait résulter de la réunion de larges vésicules confondues les unes avec les autres par leurs bords.